ÉTYMOLOGIE, H
1° Le colle de la Luné était-il anciennement établi à Arlon ?
Arlon, ee qui sera prouvé plus loin, était un endroit habité antérieurement à l'arrivée des Romains dans les Gaules. Plusieurs annalistes distingués, dit-on, pensent que les Tréviriens ont été les fondateurs d' Arlon et qu'ils y ont établi le culte de la Lune, en élevant un temple à cette divinité.
Mais on sait que les Celtes ou les Germains, peuples antérieurs aux Romains dans le Luxembourg, n'enfermaient point leurs divinités dans une enceinte de murailles ; ce ne serait donc qu'après la conquête des Gaules par les Romains, qu'il faudrait placer la fondation du temple d'Arlon, si jamais il a existé.
D'un autre côté, les anciens habitants du Luxembourg, avant la conquête de César, n'adoraient aucune divinité sous les noms de Luna, Diana, Trivia, Lucina, Hecates. La divinité de la contrée était Ardoina. Les Romains, qui trouvèrent établies chez nos ancêtres les divinités Scandinaves, y accommodèrent leur propre Olympe, d'après les attributions. C'est ainsi que Tarants et Thorr devinrent Jupiter \ Dis ou dit fut Plulo et Odhin, Mars et Mercurius. Ardoina, présidant aux forêts, devint Diana (1).
De Diana à Luna, le passage était naturel. Hais Luna, comme Diana, était une déesse romaine ; de même que Ara lunae sont des mots appartenant au latin, qui était le langage romain.
Les anciens habitants du pays empruntèrent-ils ces mots aux Romains, avant la conquête de César? Et Orolaunum n'a-t-il pas d'autre signification que Ara lunae? C'est ce que j'examinerai plus bas.
Que les Romains, après ta conquête, aient établi à Arlon le culte de Diane chasseresse, la divinité des forêts, sur une hauteur boisée, au centre de la vaste forêt ardennaise, continuant ainsi le culte de la sombre Ardoina; qu'ils l'aient adorée sous le nom de Luna, quoi d'invraisemblable ! Cela pouvait être, mais cela n'est pas démontré non plus.
2° Existait-il k Arlon un temple dédié à la Lune ? La tradition le veut ainsi, et ce temple aurait été renversé par les premiers chrétiens qui bâtirent sur ses ruines une chapelle dédiée à Saint Biaise.
Voici comment s'exprime Bertels :
t Dans la suite des temps, la population chrétienne, beaucoup augmentée
(i) On prétend qne les Romains admirent Jrdoina dans leur Panthéon à Rome, sous le nom de Deanae Arducnae ; mais il a été établi depuis que les monuments des environs de Rome portant de pareilles inscriptions, sont justement suspects. V. une dissertation de M. Scheurraan, insérée dans le bulletin de la commission royale des monuments, tome X, page 47.
en nombre et en zèle, enflammée de l'amour du Créateur, s'indigna de laisser subsister davantage au milieu d'eux les vestiges de la première religion de leurs ayeux et les restes du culte rendu aux démons; et d'un consentement unanime, elle se mit à démolir le temple lui-même, en même temps que l'autel et à les raser jusqu'au sol; et au même lieu, une chapelle élégante, sous l'invocation de Saint Biaise, pontife et martyr, fut élevée et consacrée au Seigneur (i). •
Ce sentiment est partagé par Wilhelm Wiltheim :
c Que sur le territoire luxembourgeois, au milieu de la forêt ardennaise, un autel ait été élevé à la Lune par les Romains, à l'endroit même d'Arlon, on se le persuade facilement, à cause du culte de Diane répandu dans toute l'Ardenne du temps des Romains, sous plusieurs noms, comme je le crois, par exemple : Lucifera ayant, pense-t-on, un simulacre à Luxembourg, Arduina, adorée ainsi dans toute l'4rdenne et à Rome même; Montana, ainsi représentée à Ecbternach. Enfin on peut croire que Diane sous le nom de Luna, fut révérée à Arlon (2). i
D'après les vestiges nombreux d'antiquités que l'on a rencontrés k Arlon, à diverses époques, peut-on conjecturer qu'un temple ait été construit sur la montagne ? Parmi ces vestiges, il y avait en abondance, au milieu de monuments funéraires, des architraves, des frises, des colonnes, des pierres ornementées de grande dimension, qui évidemment ne pouvaient appartenir à quelque tombeau, à moins d'imaginer quelque chose de colossal. Ce qui est plus vraisemblable, c'est qu'il y avait à Arlon, du temps des Romains, un édifice remarquable, peut-être plusieurs. — Ce qui parait assez eurieux k observer, c'est que, en général, les pierres tombales qui ont été décou-
(i) Successu denique tempo ris, populus christianus, numéro et merito jâm plurimura auctus, amore créa to ris exardescens, îndignum repu tans si pristinae avorum suorum gentilitatis ac perfidia dœmooum cullurœ vestigîa apud se diutius paterentur subsistere, unanimi concensu templum îpsum una cum arâ demolirî, eveitereet solo tenus adœquare adorsi sunt, et in ejus locum sacelluro elegans ad divî Blasii pontificis et marlyris honorem Domino Deo erigi et consecrari fecerunt.
{Bertelius, historia Luxemàurgensis, p. i48.)
(2) Ara m autem Lunœ, in Luxemburgi terrîtorio et in Ardueunâ sylvâ, â Romanis eo loco ubi nunc Arluuum est conditam persuadet cullus Dianœ, qui totâ Arduenua multus erat tempore Romanorum ; idque opinor vario nom in e, ut Lucifera, cujus forte siniulacrum Luciliburgi ; ut Arduinœ, cujus multus in Arduennâ cullus et Rome etiam; ut Montana, cujus modi siguum illud Diause Epternacensis. Itaque posuit et Diana, lunœ nomine, Arluni fuisse superstitiosa.
[Wilh. Wiltheim, Disçuisitiones, lié. a. Cap. XI. § a. M$.)
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vertes, n'ont que trois côtés sculptés ou chargés d'inscriptions, le quatrième côté est entièrement nu, grossièrement travaillé et ne devait pas être vu. Le monument devait donc être appuyé contre quelque chose. Comment, si ce n'est autour d'un édifice religieux, contre les murs extérieurs ou intérieurs de cet édifice ?
La pierre dite l'ara d'Arlon sort de la classe ordinaire des tombes anciennes ; ses quatre côtés sont sculptés et représentent des scènes à personnages. La pierre était destinée k être isolée pour être vue de ses quatre Taces On pourrait donc conclure que ce n'était pas une tombe, du moins une tombe ordinaire.
On ne saurait néanmoins fonder aucune certitude sur ce qui n'est et ne peut être que purement conjectural.
La question de l'étymologie d'Arlon doit se décider par d'autres éléments.
Àrlon étant une ville très-ancienne, il n'y aurait d'autre moyen d'éclaircir la question que le témoignage d'anciens écrivains.
On ne trouve aucun vestige de cette ville ni dans Pline, ni dans Ptofomée, ni dans Strabon, ni dans Pomponius MeUt, ni dans aucun des vieux géographes.
Il n'en est pas fait mention sur la carte de Peutinger.
Le seul monument ou document historique où il en soit question est Y itinéraire d'Anton in, d'une antiquité très-reculée ; k l'occasion de la route de Reims à Trêves, il y est parlé d'un Orolaunum viens.
D'après les détails de l'itinéraire, Orolaunum ne peut être un autre endroit qu' Arlon ; tous les commentateurs de l'itinéraire sont unanimement d'avis de reconnaître Arlon dans Orolaunum.
Le plus ancien nom d'Arlon connu dans l'histoire est donc Orolaunum; c'est le nom de cette ville du temps que les Romains en étaient les maîtres.
Voyons comment ce nom a été écrit dans les plus anciens actes connus postérieurs aux Romains.