RÉCIT FRANÇAIS. RÉCIT AUTRICHIEN
Le 46 avril. L'armée autrichienne à Arlon, se composait :
de 43,000 fantassins 8,000 cavaliers
et de 33 pièces de canon de gros calibre,
dans des positions formidables.
(Le général Jourdan).
L'armée autrichienne comptait 44,000 hommes {Lettre in représentant GiUat).
42,000 hommes (Victoires et conduite*).
Le 47, les Français attaquent avec
Beaulieu n'avait que 8000 hommes (4* récit) et seulement 6800 hommes (3* récit).
Le 46, tesTrançais avaient en ligne 6 à 7 colonnes, dont chacune surpassait les férees des Autrichiens (4«
quatre divisions, c'est-à-dire avec 22 récit). Us étaient au nombre de 30000 mille hommes environ. hommes (2e récit), avec une artillerie
Les Français étaient pourvus d'ar- formidable, tillerie légère seulement. Le 47, les Français attaquent avec
40,000 hommes et 60 canons (2« récit).
avec 40 ù 50 mille hommes (3e récit).
L'artillerie des Autrichiens était
nombreuse. V. les détails du récit
officiel.
Les Français n'ont eu à regretter la Le 46, la perte des Autrichiens est perte que de peu de monde. La perte peu considérable. L'ennemi a perdu de Fennemi a été peu considérable beaucoup de monde, surtout à Mesaussi, parce qu'il a cédé prompte- sancy. ment le champ de bataille. Le 47, la perte a été de 460 hommes,
tant tués que blessés (2* récit) de 204
hommes, tués, blessés ou égarés et
49 chevaux (3« récit).
L'exagération dana les récits de la presse locale est évidente. Les Français, avec 40 ou 50 mille hommes, attaquent 6800 Autrichiens et forcent ceux-ci à battre en retraite ; belle victoire vraiment !
Ce qui est plus exact, c'est que l'armée française comptait environ 22,000 hommes pourvus d'artillerie légère ; elle attaquait 42,000 Autrichiens occupant les mêmes positions formidables qu'en 4793, positions garnies de pièces de canon de gros calibre.
Le général Beaulieu dut se retirer devant des forces supérieures se présentant successivement sur le champ de bataille, et il n'ordonna la retraite que lorsqu'il craignit d'être coupé par un corps ennemi venant de La Gland, route d'Arlon à Virton.
La résistance des Autrichiens fut glorieuse aussi, sans grande perte des deux côtés.
Le champ de bataille en 1794 était le même qu'en 1793, mais les Français connaissaient mieux le terrain de la lutte ; aussi, avaient-ils divisé leurs forces, pour arriver au même point de divers côtés. C'est ce qui décida la retraite des Autrichiens.
Les récits français, surtout celui du général Jourdan, sont d'une brièveté
et d'une précision remarquables ; on ne saurait presque rien des divers
incidents de la lutte, si nous n'avions le récit autrichien officiel beaucoup
plus détaillé.
Retour offensif des Autrichiens.
Le général Beaulieu prit une belle revanche dans un retour offensif sur Arlon, exécuté quelques jours après l'affaire des 16 et 17 avril 1794; on ne trouve, chez les Français, aucun récit officiel sur cette revanche ; le Moniteur universel n'en parle pas et les historiens se taisent également ; mais la presse locale en a conservé le souvenir ; c'est une page intéressante de l'histoire d' Arlon, qui trouve également ici sa place.
Gaz. poL et litt. de Luxembourg, n° 37 du samedi 3 mai 1794, p. 143.
Luxembourg, le 3 mai 1794. Il semble que la fortune elle-même voulait que rien ne manquât à la gloire du général Beaulieu, retraite imposante et faite dans le meilleur ordre devant un ennemi nombreux qu'il savoit contenir dans une distance respectueuse; attaque imprévue et rapide avec des forces infiniment inférieures. Il est toujours le même ; son génie suffit à tout; jamais il n'est au-dessous des circonstances ; c'est même dans les occasions difficiles que son talent semble prendre un nouvel essor et briller avec plus d'éclat. Nous avons déjà parié de cette belle retraite si admirée des gens de l'art; rendons compte maintenant de l'attaque brillante qui a repoussé loin de nous les bordes conventionnelles et soustrait cette province aux bénignes influences de la révolution française.
Le 30 avril, le général Beaulieu, commandant le corps avec lequel il s'étoil battu le 16 et le 17, attaque à Arlon l'armée françoise forte de 24 à 25 mille hommes. Il la chassa de position en position jusqu'aux glacis et même beaucoup au-delà de Longwy. Il prit aux François plusieurs pièces de canon et obus; il fit une grande quantité de prisonniers, parmi lesquels se trouvent le colonel et l'état-major du ci-devant régiment de Lorraine infanterie ; l'ennemi a perdu 8 à 9 cents hommes, tant tués que blessés.
Elle est bien importante par elle-même cette heureuse expédition, puisqu'elle nous met à couvert des courses d'un ennemi pour qui rien n'est sacré dans ses fureurs. Elle l'est par les suites et son influence sur les opérations, en général ; elle est due absolument à la résolution intrépide du général Beaulieu qui a osé avec ses sept à huit mille hommes attaquer de 24 à 25 mille hommes.
Le général carmagnol Morlot a été tellement surpris de cette attaque brusque, que se trouvant abandonné par ses valets, il a été forcé de seller luimême son cheval et de se sauver en habit de costume : il était sans culottes.
Le général Jourdan étoit parti pour Metz, afin d'y conférer avec les représentants du peuple sur les opérations pour pénétrer plus avant dans la province. En partant il avoit donné Tordre au général qu'il avoit laissé à Arlon, de tenir
ferme dans les différentes positions, attendu que c'étoit du point d'Arion que •e comité de salut public espéroit tirer le plus grand avantage.
Gaz. pol. et lilL de Luxembourg du 5 mai 1794, p. 159.
Relation faite par un officier autrichien de la' bataille d'Arion, le 30 avril
Le général baron de Beaulieu ayant reçu, le 57, à Merscb, un bataillon de Manfredini de renfort, il en prit occasion de tenter une entreprise sur l'ennem à Arlon, et le fit avec d'autant plus de confiance qu'il espéroit tout de l'impulsion vive de l'attaque et de la surprise dans laquelle il comptoit jeter l'ennemi.
Il marcha le 27 de Mersch sur Osperen, sur la rive gauche de VAtlert ; il avoit déjà un corps volant de S à 300 hommes, cavalerie et infanterie, à Allert, premier poste sur le chemin d'Arion à Namur. Il avoit poussé le général major baron de Welsch à Wïllz* avec un bataillon et un escadron et demi, pour être en état d'arriver vers Bastogne et inquiéter l'ennemi ou de donner avis s'il eut essayé de passer par Atlert sur Marlelange et tenter de pénétrer en Ardennes, pour piller et inquiéter JVamtir, d'autant plus qu'un ou deux jours auparavant, il s'étoit déjà montré vers Marlelange; mais comme le général baron de Beaulieu étoit résolu de marcher lui-même vers Allert y prenant sa première station à Osperen, il rappela le général major Welsch de Wiltz et le fit arriver à Atlert . où il était le 29 Comme tous les jours précédents l'ennemi s'étoit montré de ce côté avec environ 2000 hommes ; le général détacha un de ses bataillons pour renforcer le baron de Welsch avec un nombre suffisant de cavalerie, pour lui former une colonne que le général vouloit employer le 30. Je ne donnerai aucuns autres détails de cette entreprise ; je crois qu'il suffira de dire que, le 30 avril, à deux heures et demie du matin, nous attaquons le Ires-important poste que l'ennemi avoit au Sandberg entre Allert et Arlon. Ce poste d'abord emporté, on fit avancer tout le corps d'armée et attaquer l'ennemi subitement sur tous les points et principalement sur un camp qu'il occupoit devant Arlon. L'ennemi forcé dans ce poste, alla se renverser sur un deuxième camp que nous attaquâmes sans lui donner le temps de se reconnaître. Les généraux françois à Arlon sellèrent eux-mêmes leurs chevaux et se sauvèrent en criant : qu'on batte la générale. Notre corps entier étant divisé à la gauche par une petite colonne de Croates et d'infanterie, se jeta dans les bois depuis Guirsch vers Bonert, laissant Eischen à gauche et de là dans le bois de Clairefontaine, renversant tout ce qui se rencontroit de tirailleurs ennemis. Par ce moyen, notre colonne de la gauche se trouvant assurée dans ce flanc, et ayant déjà renversé le camp ennemi entre Semmerkh et Arlon y marcha droit vers le camp ennemi sur le Wollberg, qui s'étendoit vers Ober EUern et qui commen-
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çoit déjà à prendre la fuite. Tandis que notre colonne de la droite attaqua le camp dont la droite étoit près de la censé de Burel et la gaucbe tout le long du Hirschberg, les ennemis chassés du Wollberg et ceux du camp de Burel voyant notre colonne de la gauche derrière leur flanc droit et étant attaqués vigoureusement par la colonne de notre droite, ne tinrent point contre l'approche de notre feu de mousqueterie. Dans ces circonstances, arriva toute notre colonne qui faisoit la réserve, mais dont on détacha un bataillon et un escadron pour prendre le Hirschberg en flanc où il y avoit déjà quelques-uns de nos Croates et hussards détachés ; ceux-ci voyant arriver ce secours, grimpèrent la montagne au flanc gauche de l'ennemi. Les carmagnols se trouvant pris dans les deux flancs et vers le centre de leur droite, voyant arriver notre réserve, prirent la fuite la plus précipitée. Toute cette bataille ne se livra qu'à coups de canon ; il n'y eut de feu de mousqueterie qu'au commencement de l'attaque du Sandberg et dans les bois à notre gauche. L'ennemi en se retirant nous foudroya avec ses grosses pièces, et comme il en avoit plusieurs du calibre de 24 et beaucoup d'autres très-grosses, il couroit les placer sur des hauteurs derrière lui, tandis qu'à ses arrière-gardes, il traînait une quantité de pièces de cavalerie, avec lesquelles il faisoit un feu continuel. Malgré celte supériorité des bouches a feu, l'ennemi ne s'est échappé que parce que nous avions trop peu de cavalerie, ce qui fut la cause que nous ne lui prîmes que six pièces de canons et d'obusiers, trois chariots chargés de grenades, dix- * huit chevaux d'artillerie et plusieurs de cavalerie; pendant l'action nous lui fîmes prisonniers i colonel, 4 capitaines, 4 chirurgien-major, 3 tambours,
4 musiciens, plusieurs officiers et 72 soldats. On a depuis ramené plusieurs égarés, et les paysans en ont tué quelques-uns éparpillés dans les bois de Clairefontaine. Plusieurs d'entre eux se déclarent déserteurs et se rendent à Luxembourg ; d'autres tombent entre les mains de nos piquets qui les conduisent également dans cette forteresse, de sorte que l'on compte, aujourd'hui
5 mai, au-delà de 120 prisonniers ; la perte de l'ennemi en tués et grièvement blessés est évaluée à plus de 900 hommes ; un bataillon çarmagnol a été entièrement détruit dans le bois de Clairefontaine. L'enseigne Gering du régiment d'Alton a été tué, 3 autres officiers ont été blessés ; l'un d'eux, le lieutenant Brumet, également du régiment d'Alton, a eu la cuisse emportée et est à la mort; notre perle, tant en tués que blessés, est d'environ 2C0 hommes.
L'ennemi s'est échappé par les montagnes et les bois, et s'est retiré derrière Longwy. C'étaient les généraux François Championne^ Lefebvre, Haïr y, Morlot, Simon, etc., qui commandoient une force de 22000 hommes faisant partie d'une armée de 32000 combattants. Le général Halry, en l'absence du général Jùurdan, qui étoit à Longwy pour se concerter avec les représentants sur les opérations ultérieures à entreprendre contre nous, commandoit ce jour là en chef.
Il seroit Incroyable qu'un corps d'armée aussi inférieur aux forces d'un ennemi qui occupoit plusieurs camps sur des hauteurs dominantes, ait pu les en déloger en si peu de temps; mais le général baron de Beaulieu a la confiance entière de ses troupes, et cette confiance bien établie et si bien méritée double le nombre de soldats. Nous avons repris à peu près notre dernière position au camp i'Arlon qu'on tâchera de corriger.
Toute la troupe, depuis l'officier jusqu'au dernier des soldats, a combattu avec une intrépidité vraiment héroïque et s'est couverte d'une gloire immortelle.
Je continue à comparer les deux récits.