HUMBLE SALUT
Messeigneurs.
Nous auons reçu celles quil nt pleut a V. V. S. S. nous despècher en datte du 14m« juin 4675, seulement le 15e du mois de juillet ensuivant, par lesquelles nous fut ordonné, que dans le terme de 8 jours de la réception, eussions a vous envoyer copie authentique de l'octroye de noslre admission en la ville d'Arlon. •• auec déclaration deuement certifiée du nombre des Religieux qui pntmnt sont de nostre Famille en ce Couuent et expressions de leurs noms et lieu de leur naissance.
Pour a quoy obéyr humblement et auec le respect qui en ce cas nous est conuenable auons iugé estre de nre debuoir vous adresser auec ces deux copies icy iointes de l'octroye de nre admission de par Sa Maté, encor une 3™ de nre Réception par la communauté et tout le magnoras de ce lieu ayant pour l'absence du R. P. Guardien, le tout fait authentique par le Clerc Juré de la Justice d'Arlon et quant vous aduiser qu'à présent sommis icy en tout 15 de famille y comprenant les absents, a savoir. Le P. François de Malmédy Guardien. P. Iuste de Florenville. P. Cristophe de Lille... P. Martin d'Arlon. P. Godefroid d'Arlon... P. Mathias de Verton. P. Oliuier de Monlmedy. P. François de Verton. P. Daniel de Malraédy, prestres. F. Hyerosme de Thionville... F. Raphaël de Bastoigne. F. Jean François de Malmédy, clercs. F. Hilarion de Stanchet. F. Gille de Malmédy. F. Maurice de Néaux, laies.
Entre lesquels maintenant par le temps de nre chapitre, le P. François de Malmédy, Guardien avec le P. Iuste de Florenville son compagnon est absent, et en leur place est subrogé pour assister quelques semaines a desseruir le Couuent, les Pères Joseph et P. François de Habays tous deux prestres, en foy de quoy auec l'apposition du cachet de ce Couuent en l'absence du P. Guardien at signé de V. V. S. S.
Messeigneurs,
L'Humble et très Obéissant serviteur Père Christophe de Lille vicaire Capucin Indigne.
Fait à Arlon en nre Couuent le 17 de juillet 1675.
(Archives de l'Étal à Arton.)
HISTOIRE RELIGIBQSe. 4SI
Le cachet en blanc est oblong et porte au milieu la sainte Vierge portant un sceptre dans la main droite, l'Enfant Jésus dans la main gauche et foulant aux pieds la lune. Légende : Sigillum Capucinorum arœ lunœ.
24 fév. 4676. Ordonnance du gouvernement général qui statue que le nombre des Capucins au couvent d'Arlon, sera restreint k quinze (1).
Cette déclaration ne fut suivie d'aucun acte contraire a l'existence des religieux qui se maintinrent jusqu'à la révolution de 1789 et l'invasion de Luxembourg par les Français. Les Pays-Bas furent réunis à la République française ; la nation fit main basse sur tous les établissements religieux, en dispersa les habitants et s'empara des bâtiments et du mobilier qui s'y trouvait.
Le couvent des Capucins ne fut pas épargné.
Gaz. pol. et litt. de Luxembourg, N. 40 du 10 mai 1794, p. 294.
Les hordes incendiaires de la France ont laissé à leur retraite d'Arlon les traces les plus cruelles de leur barbarie. L'abbaye de Clairefontaine a été la proie des flammes. La main sacrilège de ces impies a surtout exercé sa fureur sur les églises. Celle des Capucins à Arlon présente un tableau dont, dans les siècles reculés, les Barbares mêmes auroient rougi. Tous les ornements enlevés ou déchirés, les autels brisés, les Christs flétris de coups de sabre, les statues des saints mutilées de la manière la plus indécente : tous ces ravages rendent témoignage de la profonde scélératesse de ces brigands qui, grâce aux talents du général Beaulieu, ont été honteusement chassés de nos contrées, avant qu'ils aient pu achever leur ouvrage impie sur les autres églises de la province.
Par les lettres patentes du 28 janvier 1625, le roi d'Espagne n'avait
accordé aux Capucins que la jouissance du terrain, s'en réservant expressément la propriété.
Par suite de la suppression du couvent en 1795, la propriété revint à l'Etat. IL y eut d'ailleurs, à cette époque, comme je l'ai dit, main mise de la nation sur tous les établissements religieux.
Il résulte d'une lettre du commissaire de la République Jacquier, en date du 13 nivôse an V, qu'alors le couvent était parfaitement intact, mais, ajoute le commissaire « du moment où il sera évacué p?r les religieux malades qui y résident encore, le commandant de la place d'Arlon
(i) Archives deLuxemb {Knreg. f. 94°].
devra y mettre un poste suffisant pour la garde et la conservation de ce domaine. »
La guerre et les déprédations qui s'en suivirent avaient donc respecté en partie le couvent des Capucins, et c'est ainsi qu'il est parvenu entier jusqu'à nous. Ceci prouve combien est exagéré le passage précédent de la Gazette de Luxembourg, au sujet des dégradations que les Français auraient commises dans le couvent des Capucins ; mais il fallait les rendre odieux aux populations luxembourgeoises el la feuille politique de Luxembourg n'y manquait pas par des récits taxés de mensonge le plus souvent.
Comment les bâtiments du couvent devinrent-ils la propriété de la ville d'Àrlon ? Est-ce par suite d'une cession faite par l'Etat en exécution do décret impérial du mois d'avril 1811 ?
La ville d'Arlon en a fait abandon à l'Etat, en échange du terrain sur lequel avait été construite l'ancienne caserne d'infanterie, incendiée au commencement de l'année 1838 et qui, elle-même, occupait l'emplacement de l'ancien couvent des Carmes.
Le gouvernement a établi dans les bâtiments des Capucins l'hôpital militaire de la garnison d'Arlon. Le logement du curé de St-Donat a été réduit au strict nécessaire et la paroisse a été totalement séparée de l'hôpital, en murant quelques ouvertures intérieures.
L'ancien couvent des Capucins n'a de remarquable que sa position élevée sur une terrasse d'où l'on peut, dit-on, découvrir par un temps favorable, les fortifications de Longwy et celles de Luxembourg.
L'église des Capucins, aujourd'hui paroisse de St-Donat, n'a pas de caractère comme monument, c'est un vaisseau allongé avec deux chapelles latérales placées à gauche, la première dédiée à la Ste-Vierge, la deuxième à Sl»Donat.
La chapelle de St-Donat avait été peinte en fresque par un artiste de Luxembourg nommé J.-G. Weiler. La peinture couvrait les deux murailles latérales et représentait le massacre d'une légion chrétienne. Un badigeon grisâtre recouvre aujourd'hui la moitié de cette peinture. On a prétendu que l'humidité de la muraille l'avait fortement endommagée et que des réparations n'étaient plus praticables.
L'autel de l'église de St-Donat provient de l'église des Recollets de Virtoo, qui fut également démolie et dont les débris furent dispersés ; c'était aussi un édifice vaste et d'un beau style.
Le couvent des Capucins fut, comme celui des Carmes, supprimé en 1795.
Je n'ai trouvé, dans le peu des archives du couvent qui fait partie du dépôt d'Arlon, aucune indication sur les biens et les revenus de cette maison religieuse.
Les Capucins avaient été dispersés et l'église profanée ; la maison resta longtemps inhabitée. Mgr. l'évêque Jeauffret de Metz bénit de nouveau l'église vers 1807. Une seconde consécration, dite sous l'invocation de St-Donat,zélé accomplie en 1825. L'église est devenue alors une paroisse. Un tiers du couvent forme la maison pastorale ; les deux autres tiers furent occupés par les écoles de la ville et servaient en même temps au logement de l'instituteur et de l'institutrice.
Au commencement de la révolution belge de 1830, les écoles durent évacuer ces locaux, pour faire place k des soldats qui y furent casernes (1).
L'église de St-Donat ne fut d'abord qu'une simple succursale ; le 11 janvier 1858, elle a été élevée au rang de doyenné. L'ancien doyenné de St-Martin fut partagé entre les deux cures.
Je complète par la note suivante les documents divers recueillis sur le couvent des Capucins.
Note fournie par le R. P. Pruvost de la maison de Jésus, à Arlon.
" Les annales de la Société archéologique d'Arlon (1859-1853, p. 353-272), contiennent quelques détails historiques intéressants, concernant le couvent des Capucins d'Arlon et les dévotions qui attiraient les fidèles dans leur église ; c'est-à-dire sur la statue miraculeuse de la sainte Vierge, sur le chemin de la Croix et sur les reliques de saint Donat et de saint Bernard. Ils sont tirés en bonne partie de deux imprimés qui ont paru en 1739 à Luxembourg et qui ont été communiqués à l'honorable M. Prat, par M. Wûrth-Paquet, président de la Société de Luxembourg. D'autres détails qui ne sont point tout à fait à négliger, nous sont fournis par deux autres imprimés d'une date postérieure. Voici le titre du premier :
Recueil des prières les plus choisies et des pratiques de piété les plus solides, au sujet de la dévotion au Sacré Cœur de Notre-Scigneur Jésus-Christ, /* du culte affectueux qui se rend à la Bienheureuse Vierge Marie, dans l'Eglise des Révérends Pères Capucins d'Arlon, le tout imprimé avec permission et approbation, A Luxembourg, chez les Héritiers d* André Chevalier, vivant Imprimeur de Sa Maj. l'Impératrice- Reine. 1759, petit in-12 de I20 pagrs snns les liminaires et les finales.
Nous trouvons, dans l'avertissement, que le pape Benoit XIV, lors de son avènement au souverain pontificat, accorda, par deux bulles en date du 30
(•) Noie de M. l'abbé LcuerU, ancien curé de Si Donat à Ai Ion.
septembre 1740, la faculté d'ériger à perpétuité dans l'église des Capucins, deux confréries, l'une sous le titre du Sacré-Coeur de Jésus ; l'autre sous celui de la Protection de Notre-Dame d'àrlon, et qu'il enrichit ces deux pieuses associations de plusieurs faveurs spirituelles.
Le P. Gallifet, dans son ouvrage sur le Sacré-Cœur, fait mention de la première confrérie.
Les bulles apostoliques avaient été visées et apostillées, suivant les prescriptions canoniques, par Mgr Frédéric de Nalbacb, évéque d'Emmaûs, suffiragant de l'archevêché de Trêves, le 27 décembre 1740.
Le second opuscule a pour titre :
La confédération d'amour ou confrérie dévole sous le titre de la protection de Notre-Dame d'Arlon, érigée canoniquement à perpétuité dans l* Eglise des RR PP. Capucins d'Arlon. Par autorité de Kolre Saint Père le Pape Benoit XIV, et approbation de Monseigneur l'Evéque d'Emmaûs, Suffragant de l'archevêché de Trêves. Avec un office, et quelques belles prières sur le même sujet.
A Luxembourg,... (comme plus haut) 1759,, petit in-42 de 148 pages sans les liminaires et les finales.
La permission d'imprimer accordée par le R. P. Provincial des Capucins de la Province Wallone F. Gbilain, de Blangy, est datée de Tournai, le 18 décembre 4742.
Les approbations des théologiens, F. Lambert de Martilly, ancien définiteur et gardien du couvent de Luxembourg et F. Bonaventure de Luxembourg, ancien définiteur et vicaire du même couvent, sont datées, pour le premier opuscule, de Luxembourg, le 4 janvier 1743, et pour le second, le 7 du même mois. On y a joint une approbation du R. P. Petitdidier de la Compagnie de Jésus, docteur en théologie et chancelier de l'Université de Pont-à-Mousson, au sujet du livre d'où l'on avait tiré les principales pratiques et prières renfermées dans les deux opuscules.
Il est à remarquer que, parmi les pratiques recommandées aux membres de la confédération d'amour, se trouvent des prières en l'honneur du Saint- Cœur de Marie.
On sait que la dévotion aux cœurs de Jésus et de Marie venait, à l'époque de la publication des deux manuels, de prendre une plus grande extension dans l'église catholique.
Nous avons sous les yeux : 4° une réimpression faite en 4743, de l'opuscule allemand indiqué en premier lieu par M. Pral (p. 253) et traitant de Notre Dame d'Arlon ; 2° une réimpression faite en 1745 de la seconde partie, concernant les Stations. On a ajouté dans les deux opuscules les pratiques de la confédération d'amour et des prières aux sacrés cœurs ; 3° un opuscule allemand de 404 pages imprimé en 1743, chez André Chevalier à Luxembourg, éditeur des deux premiers et contenant une c Explication et aperçu historique
HISTOIRE RELKHEU8E. 485
de l'origine de la dévotion à saint Donat dans l'église sérapbique des PP. Capucins à Arlon.
On trouve, dans ce dernier opuscule, quelque» petits détails historiques.
A la page 22, l'auteur rappelle les orages effrayants de 4707, 1708, 1709 et 1736. Les suites désastreuses des trois premiers déterminèrent les Capucins d'Arlon à demander une relique de saint Donat et à établir dans leur église la dévotion à ce saint.
A la page 27, il est dit qu'après avoir obtenu, en 1738, par l'entremise du général des Jésuites, une relique de saint Donat, les Capucins commencèrent, le deuxième dimanche de juillet, de la même année, à célébrer de grandes solennités en l'honneur du saint. On porta la relique en procession par toute la ville ; il y eut deux sermons, l'un en allemand et l'autre en français.
A la page 29, on lit qu'en l'année 4427, la foudre tomba sur une maison de la ville qui prit feu et devint la proie des flammes. De cette maison l'incendie gagna toute la ville, par suite de la violence du vent et bientôt tout Arlon fut réduit en cendres.
A la page 43, il est fait mention d'un bref du 11 mai 1642, par lequel Benoit XIV confirma et enrichit d'indulgences la confrérie de Saint-Donat, établie à Arlon dans l'église des Capucins. L'évéque d'Emmaûs, Frédéric de Nalbach, suffragant de Trêves, y donna son approbation le 21 juin 1742.
Dans la réimpression de l'opuscule allemand sur Notre-Dame d'Arlon, p. 18, il est dit que la première pierre du couvent des Capucins fut posée le jour de la Pentecôte, 16 mai 1626. L'opuscule français (annales, p. 258), assigne à cette cérémonie la date du 19 mai 1625.
On y trouve aussi que la fête titulaire de Notre-Dame d'Arlon se célèbre le premier mai.
Dans la réimpression de l'opuscule sur le chemin de la Croix, p. 14, 15, 16, il est dit que, dans l'incendie de 1660, qui consuma presque toute la ville d'Arlon, les flammes s'arrêtèrent devant les images de la sainte Vierge et de Saint-François, à l'entrée du chemin de la Croix. En mémoire de ce fait extraordinaire, on plaça les inscriptions suivantes :
1° Sous l'image de Marie :
In InCenDIo arLVnensI Maneo Integra.
(Dans l'incendie d'Arlon, je reste entière).
2° Sous l'image de saint François :
In InCenDIo arLVnensI ConVertbns se fLaMMas reDargVIt. (Dans l'incendie d'Arlon, il se retourna pour commander aux flammes).
Ce sont, comme on le voit, deux chronogrammes, mais le second est doublé.
436 niSTOIRE d'arlow.