‹ Histoire d'ArlonChapitre 101 sur 139 · CHARGES MILITAIRES. 53B · texte numérisé non relu

CHARGES MILITAIRES. 53B

et Comté de Chiny, n'ont rendu aucun ou peu de service, en toutes les guerres passées, qu'en leur exemption des franchises y a beaucoup d'abus qu'elle ne sont sinon de surcharge à leurs voisins et au surplus grandement préjudiciable aux biens publics et service de L. L. A. A. Icelles ont déclaré qu'elles déchargent tous lesdits francs hommeê du service à quoi ils ont été jusques ores obligés, en considération de ladite exemption et que moyennant cette décharge ils contribueront aux aides dudit pays comme autres non francs, sauf et excepté ceux qui sont descendus d'ancienne noblesse et vivent noblement, lesquels jouiront de l'exemption qu'il appartient aux nobles.

Et où lesdits francs hommes insisteront de jouir de leursdites franchises et exemptions L. L. A. A. déclarent et entendent que ce sera à la charge de tenir continuellement cheval et armes suffisans pour faire service militaire.

Item de se trouver aux monstres toutes et qoantes fois qu'il sera ordonné*

Et de faire service avec chevaux et armes quand leurs dites A, A. le trouveront ainsi convenir.

Item que lesdits francs hommes ne pourront être de compagnies des ordonnances, mais se devront contenter de Tune ou de l'autre qualité.

Le tout à peine que s'ils étaient défaillants en aucune des choses susdites, ils seront rayés du rolle desdits francs hommes, taxés et cotisés ainsi qu'autres non francs.

Entendent aussi leurs dites altesses que le même soit gardé et observé an regard des hommes de la salle de Bastogne, lesquels en cas de vouloir persis^ ter en leurs exemptions seront aussi obligés de tenir continuellement chevaux et armes suffisans pour faire service militaire.

Sera aussi ce que ci devant a été dit au regard des francs hommes dudit pays observé et ensuivi au regard de seize fiefs et alleus de La Roche, n'entendant L. L. A. A. que sous ce prétexte^ y ait plus de seize personnes affranchies^ mais qu'en ce, les aines soient préférés aux puisnés et que les autres soient contribuables aux aides.

Googh

5i6 HISTOIRE D'aRLON.

Et généralement ce qui dit est au regard des francs hommes servira pour tous autres qui peuvent avoir obtenu exemption d'aides ù charge de tenir chevaux et armes.

Entre lesquels Ton n'entend être compris ceux qui se disent francs hooimes de Coppagne^ mais qu'ils contribueront comme autres non francs.

Et afin que Ton sache ceux qui prétendront demeurer exempts en faisant ledit service, l'on ordonne aux commissaires ayant besoigiié audit dénombrement des feux ou ceux d'entre eux qui mieux vaquer y pourront, de chacun en son quartier respectivement y appeler le prévôt et officiers de chacun lieu à leur première commodité prendre la montre de tous francs hommes et autres ayant semblables franchises, repeter ceux qui ne seront trouvés sufGsamment montés et équipés et les faire contribuer avec les non francs, et ceux qui seront pourvus des chevaux et armes suffisants et déclareront persister en leur exemption, faire une liste et rolle dont lesdits commissaires enverront un double au Gouverneur dudit pays, une autre au procureur général et une 3«à L. L. Â. Â. afin qu'elles se puissent servir des personnes qui y seront inscrites, là et ainsi que pour leur service et le bien dudit pays, elles trouveront convenir (1).

Ce document nous montre que Tinslitution des Francs-hommes d'armes était dégénérée en abus : ils ne rendaient plus de services; ils continuaient néanmoins de jouir de leurs immunités en fait d'aides et de subsides.

Le souverain prend une décision générale pour leur donner congé et les soumettre au paiement des impôts, et quant k ceux qui persisteraient à vouloir jouir de certains privilèges, ce qui était réservé k une classe bien déterminée, il les soumet k un règlement nouveau qui fixe, avec précision, leurs obligations pour le service militaire.

SECTION m. — Service mililaire des localités affranchies.

Le service militaire était une des charges de raffranchissement accordé par les seigneurs. Cette obligation était assujettie k des conditions diverses; je rapporte ci-après ce qui est écrit dans quelques chartes.

(i ) Ce documenr est extrait des papiers de la Contadoterie des gens de guerre, déposés aux archives du royaume à Bruxelles.

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CHARGES M1UTA1RB8. 527

Les bourgeois en ayant reçu l'ordre iront à l'expédition do comte ou de la comtesse (12).

Pans les huit premiers jours, ils se pourvoiront à leurs dépens, le premier jour^ les chevaux in pabulo, les sept jours suivants, ils auront pabulum où Ils pourront avec les autres de la même expédition. Après ces huit jours, le comte leur fournira tout ce dont ils auront besoin (i3).

Ceux qui n'auront pas obéi pour aller en expédition paieront les cavaliers 10 sols, les fantassins 5 sols, s'ils ne sont excusés pour une cause légitime (14).

Chaque bourgeois qui peut avoir un cheval et une armature de fer, se la procurera selon ses moyens d'après le jugement du justicier et des échevins.

Et s'il ne peut avoir un cheval et une cuirasse il se procurera WamMium^ une lance et un casque de fer, au même jugement du justicier et des éche** vins (15).

Art. i6. Amendes diverses {Echtemach 4S46, Luxembourg 1244).

C'est qu'à nous comte susdit appartient le droit de faire prendre les armes aux sujects desdites villes et les faire marcher en campaigne à pied ou achevai appelé anciennement os et chevauché.

(Celui qui ne comparait pas paie une amende. On peut se racheter du service en donnant de l'argent) (Montlibertj Signy et Faux, 1270).

Et est assavoir que par le greit et l'octroy des homes, ils paieront ost et chevauchie à nous conte et à nous religieus desordis. Et doient aleir le dit home pour le dit archevestre si avant com les gens dou chastel de Mouson iront, et pour nous conte desor nommeit si avant com les gens de nostre chastel Dyvois iront {Vaux, 1294),

Ost et chevauchée (Ambeieux^ 1294),

Exemption des expéditions de guerre si ce n'est pour la défense du comté de Chiny {Montmédy 1239, Grand et Petit Vemeuil 1264, Yigneulx 1276).

Expédition de guerre pour une journée à leurs dépens et le reste aux dépens du seigneur (Raucourt 1255),

Les dits bourgeois me doient les chevaulchies ung jour et une nuy a lor despens et d'engin en avant à mien (Mons et Sassey 1307, Montigny 1285, Brieules 1261, Laferté et Villy 1342).

Les bourgeois me doivent assister en expédition partout mon comté et encore Je les peux mener hors de mon comté pour une journée à leurs dépens ; que si je veux tenir davantage, je les pourrais tenir à mes dépens raisonnables, suivant l'estimation des échevins (Raucourt 1255).

Ost et chevauchée pour un jour ou deux au plus (Beaufort 1188),

Burgenses in exercitu archiepiscopi ibunt, ita quod infra crastino ad Bellum montem ibunt (Ftlto de Beaumont 1182).

Le seigneur ne pourra contraindre ses bourgeois pour aller à chevaucher

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Stt nSTOIHB S'AHLON.

que poar M heures sans lui donner gage pour le pouvoir garder et non plus loin {Lai de Beaumonî 118i, art. 58).

Ne les bourjoii ne puis ie mener ni faire mener en cbevaucbier ce la besogne n'esloit mole propre {Douaunumi 1i5i).

L'ost et la chevaucbère (Vaux^ Euilly et Telaigne 1294).

Et après les chewacbes sont mon seigneur de lucb et que Messire Pîeres sil ait roestier de gens à son hoslei! ou au ban de Torgney, cil de Torgnei li doient estre aidant (Torgny 1S01)>

Ly bottrseois de Tyonville me doient mes cbevaucbies les premiers Yiii jours à leur despeos et denq en auant au mien (TkionmUe 1239],

i8S7, i9 mars. Affranchissement de Marche par Jean de Bohême [Berlholet, VI, p. j. ao).

11 charge les bourgeois d'entretenir les murailles^ les portes et les ponts de la ville et de conserver également en bon état l'artillerie qui leur sera confiée par les comtes pour la défense de la ville.

Chaque bourgeois doit avoir un cheval et une armure avec tous ses attirails^ afin d'être toujours prêt à toutes les expéditions militaires.

Les écbevins et les officiers doivent entretenir constamment U arbalétriers qui s'exerceront au métier de la guerre.

1331, 8 avril. Affranchissement de Laroche {Berlholel, VI, p. j. 2â).

Les écbevins doivent également armer quelques soldats et entretenir des engfaM d'artillerie pour la défense du château.

Que doit-on entendre par artillerie dans les chartes de 1327 et 1331 contenant la reconnaissance de Taffrancbissement de Marche et de Laroche?

Dans les anciens auteurs, le mot artillerie est employé pour désigner des machines de guerre en général, même celles employées avant le quatorzième siècle.

On lit dans Yhistoire de l'organisation militaire sous les ducs de Bourgogne^ par M. le général Guillaume^ que, en i338, en France, la ville de Puy^GuiUem, en Périgord, avait des canons.

En 1340, la ville du Quesnoy était défendue par des canons et des bombardes.

Leur usage était devenu général dans la deuxième moitié du xiv^ siècle.

Que devait-on entendre par Tartillerie de Marche en 1327 et peut-être auparavant ?

Dans Tinventaire du cabinet archéologique de M. Geubel de Marche, publié au tome VII, p. 123 des Annales de liustitut archéologique de la province de Luxembourg, on lit qu'on véritable canon a été déterré

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CHARGES muTADun. 519

à Marche. Ce canon a été donné a l'État par M. Geubel et figure dans les collections du musée de la Porte de Hal; c'est, dit-on, la plus ancienne pièce de ce genre (1). -

Les détails qui précèdent, indiquent combien étaient diveréés les obligations militaires dans les localités affranchies. Ces obligations étaient imposées la plupart, comme une conséquence du service militaire que devait depuis des siècles le vassal à son suzerain.

SECTION IV. — Des levées de troupes.

Ces levées de troupes remontent assez haut ; elles étaient indéfiMdanlcs des obligations du service de guerre par les vassaux et les arrières^vassaux.

Il résulte d'une déclaration de 1567, d'un colonel aliemaiid au «ervico d'Espagne, le comte Albert de Ludrome, autorisé par Marguerite de Parme à lever un régiment dans le duché de Luxembourg, que la pauvreté des habitants, réduits à la dernière misère par les levées précédentes, le manque de provisions et uoe maladie pestileotielle ne lui ont pas permis de remplir le but de sa mission (2).

Voici quelques actes de l'autorité supérieure pris pour la tevée de reemes*

1701, 3 mars. Ordre de lever 1200 hommes et d'en former an régiment»

i758, 25 janvier et i9 mars. Ordre de faire une nombreuse recrue de 18 à 40 ans pour entrer dans les régiments ou corps nationaux des Pays-Bas.

On demande aux Etats la levée de 2000 recrues à répartir par clocher ou de toute autre manière, en comprenant les terres franches dans la répartition.

1779^ a janvier. L'impératrice invite les officiers de justice et de police à faire de nouvelles recrues.

Les mêmes ordres sont donnés le 24 mai 1787, le 18 février 1790 et le iS février 4794.

Ces levées d'hommes étaient prescrites lorsque la province était en danger d'invasion. Les ordres se pressent à la fin du siècle dernier, lorsque l'empire d'Autriche était en guerre avec la République française.

J'ai trouvé dans les archives de l'Etat k Arlon av registre ia4^ déjà cité, sans pagination contenant taxes et distribution de proeàs, h mentioo sui** vante :

1 1^ On trouvera à l'appendice du présent chapitre une notice i* sur les arbalétriers de Marche, 2** sur les arquebusiers de Bastogne. (s) M. Lagarde, histoire du Luxembourg, a. i45.

580 HISTOIRE D'ARLOM.

Engagements militaires.

14 fev. 1758

p. 3 ans

10 écus

23fev. id.

3 ans

7 écus «/j

l^^marsid.

3 ans

21 florins

2 mars id.

4 ans

21 florins.

Puis viennent sept autres engagements sans désignation de prix.

Ces engagements se faisaient en pleine assemblée du magistrat.

La ville d'Arion devait-elle fournir un certain nombre d'hommes ? Cela est probable.

Ces levées d'hommes étaient encore une des plaies que souffrait une population clair-semée.

Représentation de iôOO.

Qu'adviendra-t-il donc, si par dessus et nonobstant tout ce conviendra encor souffrir les monstres (revues), places de deux régiments et de tant de recrues qui causeront infailliblement que la plupart des subjectz seront contraints se retirer et abandonner le pays.

Les lois^qui ont suivi la révolution française de 1789 et qui sont devenues communes k la Belgique, ont apporté de grands changements dans l'organisation militaire. L'armée est devenue nationale. Plus de privilèges, les soldats désignés par le sort sont pris dans toutes les familles; les grades sont accessibles à tous sans distinction.

Je n'entrerai dans aucun détail sur la conscription en France, sur les levées de milice dans les Pays-Bas et en Belgique sous l'empire de la loi du 8 janvier 1817, et de quelques autres lois qui l'ont plus ou moins modifiée.

J'indique encore la loi générale du 3 juin 1870 abolitive du régime précédent et modifiée elle-même le 18 septembre 1873, tant il n'y a rien de fixe en cette matière.

La population Luxembourgeoise a été décimée par les longues guerres de l'Empire français. Depuis la paix générale de 1814, les exigences du service militaire se sont bornées à enlever, pour un temps, nos jeunes gens aux travaux de l'industrie et de l'agriculture. La vie de caserne a été sob stituée, pour quelques années, à la vie de famille.

Est-ce un bien ? Est-ce un mal ?

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CHARGBS mLITAIRES. 881

SECTION V. — Garde et réparations des châteaux^ des forteresses et logements militaires.

Décret à Luxembourg du 28 janv. 1605 :

< En cas de nécessité et de danger, les châteaux et maisons fortes de ce pays ont de toute ancienneté été gardés et défendus par les sujets en dépendants : de plus, les arrières-vassaux ont eux-mêmes reconnu être obligés d'ancienneté k la dite coutume. En outre les schaffleut de servile condition dépendants de ces châteaux et maisons fortes ont de tout temps contribué et été obligés à contribuer par corvées aux bâtisses et travaux de fortifications des dites maisons ; que de temps immémorial et particulièrement en ces dernières années, cet usage a été pratiqué et observé de la manière ci-dessus alléguée ; les dites garde et corvées ont été faites k eux mêmes par leurs sujets, et depuis longues années jusqu'à ce jour, ils ont vu d'autres vassaux les faire aux châteaux et maisons fortes de leurs seigneurs » (1).

On a vu, dans le premier volume de cette histoire, chapitre XI c de la forteresse d'Arlon depuis 1309 > des eskuz occupés k la démolition des remparts d'Ârlon, et k la construction des fortifications de Luxembourg ; ils venaient de tous les points de la province et c'est k peine si l'Etat leur faisait quelque distribution de vivres.

Un règlement général du 16 mai 1634 avait été publié pour la levée des esleuz.

Le duché de Luxembourg était au Sud une des frontières des Pays-Bas du côté de la France. Que de soufi'rances ce pays n'a-t-il pas endurées lors des querelles armées entre les deux couronnes ! Le voisinage de la France obligeait le Gouvernement k entretenir des troupes dans le Duché.

Les plus grands maux pour la population venaient de l'entretien de ces troupes. Les représentations des Etats en font une peinture désolante. Qu'on en juge !

Représentation du H octobre 1600.

Contributions pour les garnisons ordinaires et chevaux d'artillerie. Charges et subsides pour l'entretien de plusieurs compagnies de Reitres allemands et régiments de gens à pied.

(i) Coutumes r.uxemboiirgeoîses, éditées par M. Leclercq* p, 173.

6SS BiSToin d'ablom.

Logement d*hyver^ excursions, foules et oppressions, forces, violences, rapines, larcins, pilleries et insolences des gens de guerre, commis indifféremment contre toutes personnes.

Représentation du 20 janvier 1648.

Secondement ils représentent en profonde humilité que quand le senrice de S. M. et le bien du pays at requis que par les subjets feraient la garde ou quelque autre fonction es villes et places fortes pour la conservation d'icelles» lesdits états ou leurs députés en ont fait le repartement pour observer quelque égalité et ne surcharger les ungs à l'esgard des aultres, mais maintenant il en arrive autrement que l'on les appelle sans adveu desdils états ni de leurs députés et de tels lieux que Ton semble ;

Qu'il ne reste dans le pays que peu de gens, la plupart étant morts de misère et réfugiés ça et là et deschassés par les surcharges et le reste continuellement distrait de son travail ;

Que les officiers du pays font beaucoup de levées sur leurs subjets d'office, à prétexte de frais communs ou mauvais frais sans en rendre compte ni que l'on en sache la cause ;

Que depuis ces présentes guerres l'on at mis garnison en aulcuns chasteaux et maisons nobles, lesquelles à cette occasion l'ennemi a fait sauter, nommé* ment le cbasteau de Lawaulx, Stadbredimus et partie de celui de Montquintain, beaucoup d'autres ruinés par les dites garnisons mesmes, à la grande désolation, ruine et destruction des maisons nobles et de leur postérité ;

Que les commandants et officiers de guerre y ayant leur quartier, se sont donné le logement si largement et si grand service qu'il n'y a moyen de les contenter, et fault que pour les appaiser, l'on leur donne argent et en aulcuns lieux le vin, comme à Bastoigne, Echternach, Bitbourg etc.

Les Bourgeois de Bastoigne» La Roche et Marche ont aussi grandissime sujet de se plaindre que l'on les appelle pour faire la garde es aultres villes comme à Luxembourg et Arlon, sans considération de la distance d'ung lieu à aultres, et qu'ils sont desjà obligés do tiers jours à l'autre, à faire garde de leur résidence es ville tant dedans que dehors, pour les incursions journalières des ennemis qui leur est ung fatigue insupportable, à raison de quoy ils supplient particulièrement Sadite Altesse estre servie de les excuser de faire garde en aultres lieux que es ville de leur résidence (4).

Représentation du 25 avril 1648.

La province comme étant déserte, pour la plupart occupée par les ennemis,

(i) Rapport de M, Noblom pour le partage cl la i émise des archives de Luxembourg, Bruxelles, iSéy, p. iio.

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GHAMB8 MIUTAUlflS. 588

et le peuple détruit, en sorte qu'il ne reste en vie la vingtième, non pas méoie la trentième personne de celles qui y étaient avant ces guerres, et si pauvre que l'on ne pense presque plus à ce qu'est des poursuites de justice, beaucoup moins aux contrats concernant le commerce ; car quant aux actions de justice il n'y a juge en ce pays, non pas même le Conseil provincial, qui soit stipendié du Roy pour l'administration d'ycelle ; mais tout leur salaire se tire des collUigans. Les dépêches du greffe très couslngeux, les translals très onéreux,

la dépense si griève que plusieurs personnes aiment mieux perdre leur

droit que de se mettre en justice Cette province comme étant sans commerce, distraite et éloignée des autres, est de sa nature stérile et pauvre, passant sous silence qu'elle est province franche et germanique, à qui a été donné beaucoup de privilèges dès son commencement pour y attirer le peuple, qui autrement n'y aurait pas en de goût pour sa stérilité... Personne n'ignore qu'il n'y a presque année que celte pauvre misérable province n'ait contribué de trois, quatre et cinq cent mille florins pour Tentretien des gens de guerre... a tant de fois soutenu le choc des années, qui ont ravagé et emporté tout ce

qu'elles ont rencontré, et mis grande partir au feu et à la flamme voire

même dechassé le peuple.

Représentation de 1648 (Extrait).

Après tant de ruines antérieures, la province, l'année dernière, a souffert de nouveau par l'armée ennemie sous le vicomte de Turenne, qui entra en icelle province et y séjourna, pillant, saccageant et brûlant, comme aussi par les troupQS que feu le Baron de Beck y conduisit pour tenir tête aux dits ennemis et les faire retirer. Onze régiments des troupes de Son Altesse de Lorraine, avec train d'artillerie, ont hyverné dans la province et suivant leur liberté et façon ordinaire, y ont vécu à discrétion, n'y ayant laissé, par le plat pays, que ce qii'ils n'ont pii emporter et emmener, et des villes, tiré la substance des pauvres bourgeois. Due partie des troupes y a séjourné jusqu'au mois de juillet et par dessus ces trois régiments d'infanterie des gens de Sa Majesté, quatorze compagnies d'infanterie et huit de cavalerie de plus de trois cents soldats que le Baron de Beck y a envoyées, et y ont séjourné tout l'été sans autre entretien que celui qu'ils ont tiré du pays, lequel les a nourris et sustentés.

ReprésenlalioH de 1651.

Les militaires en cantonnement^ principalement dans la partie wallonne, se sont livrés aux plus horribles excès : pillage, incendies, torture, assassinats.

A ces doléances si légitimes, que répondait le Gouvernement?

ttS4 HISTOIRE D'ARLON.

Que son intention n'a été et n'est auculnement d'altérer les prifiléges de la province et qne si on y a fait quelque assignation de logement sans convocation préalable, la presse et la nécessité du temps en a esté, et que dorénavant elle donnera ordre que les estats aient la satisfaction en ce que sera trouvé raisonnable.

Son Ex. donnera ordre d'excuter la charge du logement autant que sera possible.

S. Âl. S*"* donnera ordre au baron de Beck de prendre esgard et considération de ce qui est représenté par cet article et de soulager les subjets autant que sera possible (Bruxelles iO février 1648).

S. Al. S"*) en rapport du contenu en ccste et considéré les grandes charges et dommaiges que les suppliants représentent que la province de Luxembourg a soufferts, elle a bien de marrissement de l'entendre et de veoir qu'il n'y a eu moyen de l'en excuser, comme elle Tavait bien espéré et désiré^ aussi voudroit S. A. surtout qu'elle pourroit i'hyver qui vient laisser de loger ladite province, mais comme cela ne se peult, ce que Sadite Altesse fera, sera qu'elle ne soit chargée sinon le moins qu'il sera humainement possible (Bruxelles, le â9 octobre i648) (1).

Voilà donc ce que répondait le Gouvernement à des représentations légitimes : on avait bien du marissement des souffrances du peuple, mais elles étaient la conséquence des nécessités du temps ; tout ce qu'on pouvait ordonner, c'est que la charge des gens de guerre fût la moins lourde possible.

La véritable raison, qu'on n'avait garde de déclarer, c'est que le Trésor public était vide ; qu'on n'avait pas le moyen de payer les troupes, auxquelles même un arriéré dé solde considérable était dû, et qu'il fallait bien laisser les soldats vivre aux dépens du pays qu'ils occupaient (2).

Malgré les ordres, les charges militaires continuaient de peser sur la province, avec toutes les exactions qui étaient la suite. Ajoutez les dévastations des ennemis, les ravages de maladies pestilentielles, de misérables récoltes manquées, la famine, et étonnez- vous alors si la population avait été réduite au trentième de ce qu'elle était auparavant. Si l'on doit être surpris d'une chose, c'est que le pays n'ait pas été entièrement dépeuplé ; mais il y avait au fond de la nation luxembourgeoise un amour vivace du sol, une énergie de caractère qui la maintenait au milieu de toutes les misères, et ce noyau d'hommes, rudes comme le climat, a été le principe

(1) Rapport de M. Noblom, Bruxelles 1847, page 1 10.

(3) Cette fâcheuse circonstance s* est présentée plusieurs fois. V. V Histoire des bandes d'ordonnance des Pays-Bas , publiée par M. le lieutenant général baron Guillaume.

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GHARGB8 MILITAIRES. M5

de la population telle que nous la voyons aujourd'hui, après une paix de soixante années, sous un gouvernement constitutionnel.

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