CHAPITRE XL
Les établissements religieux.
Dans les cbapttres qui préoMent, j'ai peint la société romaine, lorsque les Barbares vinrent mettre fin k une domination qui avait duré pendant plus de cinq siècles.
Les historiens ont décrit k grands traits cette époque, quand la loi du Christ naissait, pour envahir le monde.
Quand «ne société est tombée si bas qu'il faut des amendes pour la forcer à donner signe de vie» on peut dire avec assurance que son terme approdie. Placée entre deux ennemis, les Barbares et sa propre corroptlon, la société romaine, en Gaule comme aillMn, sa dissolvait de ioutas paris ; oe qu'elle avait de vivaoe resta s>Mjr le sol, mais il fallait pour cela que d'autres hommes vinssent la raviver Rn sa place s'élevait de tous côtés plus forte et plus radieuse, i jRtesure que le vieux monde s'en allait^ une nouvelle société qui portail au elle les destinées de l'univers. C'était la société chrétieuue (i).
Plus de distinctions de races et de conditions, d'amis ou d'ennemis^ l'univers est substitué à l'empire ; de même que la foule des dieux de TOlympe a fait place à un seul Dieu, tous les peuples viennent se fondre en un seul peuple, le peuple du Christ.
C'est 11 ce qui faisait la véritable force du christianisme à cette époque où toute force semblait avoir disparu de la terre, h Texception de la force brutale et «aSArielle ; c'était par là qu'il devait survivre ii la société romaine dont le sein gangrené ne pouvait plus le contenir. Romaûis on Barbares, que lui importait? Le nom du Christ n'élait^il pas sous la tente du Goth aussi bien que dans les fastueuses basiliques d'Aotiache ou 4e Coustautiuople ? Et joéme, il y avait meilleure prise sur ces peuples neufs, prêts à recevoir, avec la aimjiUcité et la joie de Tenfance, les doctrines d'une religion nouvelle, que sur cç vieux monde entêté et blasé qui ne voulait pas oublier son passé, qui sacrifiait sans peine des dieux dont lui-même se moquait depuis longtemps et qu'il avait ac-
(i) Burette, histoire de France 1, 5a«
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M6 HI8T0IRB D'ARLOlf.
cueillis d'un grand éclat de rire quand ils sortirent de leurs ténébreuses demeures pour paraître au grand jour, mais qui n'avait pas tiré du sanctuaire une divinité tout autrement redoutable au Dieu nouveau, sa corruption et ses mœurs (i).
Viennent les Barbares! La société antique est condamnée, mais Rome laisse sur le sol gaulois Torganisation, l'administration ; les Barbares la subissent malgré eux.
A côté de cet ordre, un autre s'est établi, qui doit le recueillir et le sauver pendant la tempête de Tlnvasion barbare. Partout à cdté de la magistrature romaine qui va s'éclipser et délaisser la société en péril, la religion en a placé une autre qui ne lui manquera pas. Dans la division des diocèses ecclésiastiques subsiste celle des diocèses impériaux : l'université catholique apparaît. Le monde se maintiendra et s'ordonnera par l'église. Sa hiérarchie naissante est un cadre sur lequel tout se place et se modèle (2).
A la fin de l'Empire romain, la puissance des évèques restait seule debout au milieu des ruines. Les églises étaient riches et le clergé influent.
L'administration municipale était presque entièrement aux mains des évéques.
L'épiscopat était d'abord purement électif et ensuite électif avec l'approbation du Roi. Les évéchés étaient des bénéfice^.
L'établissement des Barbares dans les Gaules accrut la puissance du clergé. I^es Barbares eurent besoin de celui-ci, qui formait une corporation, ayant des institutions, qui représentait et défendait la société romaine, et devenait un intermédiaire obligé entre les conquérants et les conquis. Les évéques, les supérieurs des monastères correspondaient avec les barbares, entraient dans les assemblées des Leudes.
La population romaine s'était groupée autour d'eux dans les cités.
Par les bénéflces, les legs et les donations, le clergé avait acquis des biens immensels et pris place dans l'aristocratie des conquérants.
Les évéques, les chefs des communautés religieuses avaient retenu dans leurs terres, l'usage des lois romaines et les immunités qu'ils avaient obtenues tournaient au profit des cultivateurs romains.
Lien obligé entre les deux peuples, ce qui fut une nécessité sociale acceptée des deux côtés, le clergé prit une haute position dans le monde et y exerça une grande influence.
Au milieu d'une nation anarchique et sauvage, seul il proclama une loi
(OBuretlel, 55.
Ca) Michelel, histoire de France^
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protectrice et obligfatoire pour tous, parlant seul des faibles aux forts, des pauvres aux riches, réclamant seul le pouvoir au nom d'une croyance, d'une idée, protestant seul, par sa mission et son langage, contre rinvasion universelle du droit du plus fort (1).
Les églises acquirent des biens considérables, de grands fiefs leur furent donnés par les rois, comme s'ils avaient été donnés k un Leude, avec les mêmes prérogatives, avec les mêmes charges.
Les églises eurent donc le droit de faire payer les compositions et d'exiger le fredum. Ce droit fut appelé immunité. Un capitulaire de Charlemagne de 802 prescrit aux évêques et aux abbés les qualités que doivent avoir leurs officiers de justice. Un autre capitulaire de Charlemagne de 806 veut que les églises aient la justice criminelle et civile sur tous ceux qui habitent dans leur territoire (2).
Après Charlemagne on ne vit plus le clergé, comme sous les Mérovingiens, faire en général cause commune avec le roi contre les grands propriétaires barbares. Devenus eux-mêmes de grands propriétaires, dé puissants seigneurs, affermis k la fois dans leurs domaines et dans leur empire sur les esprits, les évêques, les abbés s'isolèrent du trône et agirent pour leur propre compte (3).
Les monastères n'étaient donc pas de simples retraites de religieux ou de religieuses. La plupart s'étaient élevés, en même temps que les seigneuries, avec les mêmes prérogatives (4).
Ces maisons étaient de véritables établissements féodaux, possédant fiefs, bénéOces, dîmes.
Leurs chefs participaient, comme les seigneurs et les évêques, k l'exercice de certains pouvoirs.
Il y avait la féodalité laïque et la féodalité religieuse.
Je reviens sur mes pas. Il ne faut pas se faire d'illusion sur les progrès du christianisme dans la Gaule du Nord et parmi les Francks, ses envahisseurs.
Le Christianisme se répandit lentement dans le nord, surtout dans les campagnes. Au quatrième siècle encore, Saint Martin y trouvait à convertir des populations entières et des temples à renverser.
(i) Gui'^ol, ^1* esuHi, IV.
(?] Montesquieu^ esprit tics lois, liv. 3o, cli si. (3) Guizot, 4« essai.
14} V. les chartes des concessions des rois aux ëtablissemciits religieux, celles d'Orval et de Saint Hubert pour la province de Luxemliourg.
908 H18T0IMI S'aRLOV.
Les Gaulois étaient dispersés daas les forêts» dans ies marais qui eooTraiest leur sauxage pays, au milieu des hasards d'une vie barbare ei guerrière <4).
L'impulsion donnée aux mœurs des Francks par Tbabitude d'une vie barbare et d'une religion sanguinaire ne fut point arrêtée par leur convensio^ m christianisme. La conversion n'a été ni soudaine ni complète* D'abord* il y eat scission entre les partisans du nouveau culte et de l'ancien, la plupart de ces derniers quittèrent le royaume de Chlodowig. De plus, il resta auprès du roi beaucoup de gens qui gardèrent leur croyance, sans renoncer à leur vasselage. Dans les documents relatifs à l'histoire des sixième et septième siècles, on trouve une foole de traits qui prouvent que le paganisme durait toujours parmi les FraniAs, quoiqu'il s'éteignit par degrés (f).
Lors de Tarrivée des Romains dans les Gaulea, I9 religion était le Droîdisme, dont les divinités principales furent Belenus^ TesUatee, Taranis^ et en deasouis de ceux-ci les Suif es et les Du$es. Ce qui tenait une très grande place dans le druîdisme, c'était Je culte des forets et des arbres, la consécration d'énormes blocs de pierre dont on trouve encore des spécwens nonnbrenx et imjpqmnts (3).
Le druidisme a été ranimé et forti&é par l'invasiop des peuplades fermaniques qui apportaient aux Gaulois du Nord les antiques croyances de le«rs père3 qu'ils avaient presque oubliées. Ces anciens Dieux septentrionaux étaient Wodan ou Odhin^ Tuisco ou Thot^ Krodo ou TAor, Frig ou Freya; puis venaient Herlha^ Nehallenia^ Sirona^ Rosmerta^ ArdQÎna.
Les Romains trouvèrent le druidisme établi dans les Gaules ot interprétèrent les divinités locales d'après leur propre Olympe. Le druidisme primitif et le polytbéisDoe Gallo-romain coexistaient sur le sol de la Gaule : un temple et un dolmen, une pierre levée se trouvaient k quelque distance ies uns des autres. .
Le Druidisme fut persécuté par les Romains, mais il restait de cette antique religion les pratiques extérieures.
Il y avait donc, parmi les anciens Belges, une mêlée de systèinos religieux tour k tour triomphants et abattus.
Quels changements la loi du Christ apporta-t-elle dans cette situation ?
(i) Micheiet, histoire de France^
(2) Auguste Tliiery, lettre 6 sur t histoire de France.
(3) On constate Timportance du culte des arbres et des forêts dans les aucieones religions. Le culte des bocages est mentionné dans la Bible. Les Grecs et les Romaii» aTaieot leurs bois satires. Les grands arbres étaient adorés par les Germains ; il en était aînsi àt% forétfi, par exemple ceUe des Ardeunes^ Ardoina. Tacite dit des Germains : Uaco9 ûc nemora consecrant (Germ. cap. 9).
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Au milieu du iy^ siècle^ la Gaule presque tout entière était encôte païenne ; les habitants de la campagne restaient fidèles à la religion de leurs pères. Paysans et payens sont un même mot, une même chose : pagani^ mstirÀy gentiles. DsAs les campagnes, le peuple avait conservé toù seulement les cérémonies et les pratiques de l'ancienne religion, promenades des ambaHryales, rites funéraires, sacrifices, prières, adoration de lieux cohsacrés, mais eiicore le fond même du polythéisme avec un mélange du drtildisme.
Ces cérémonies, ces pratiques de cultes anciens survécurent, sous d'autres MMM, ^ddant plus de dix siècles.
Voici ce qui le prouve.
6M)-659. Allocution pastorale de S' Eloi aux Belges pour les détourner des pratiques païennes et des superstitions qui s*y rattachaient.
Celte allocution renferme renonciation d'une multitude d'usages qui remontaient au druidisme ou au paganisme :
Invocation à Neptune, ù Mars, à Diane, à Minerve ou à toute autre divinité, au soleil, à la lune;
Observation des fêtes païennes ;
Culte des autels, des pierres, de& fontaines, des arbres, des temples, des carrefours;
Lustl^ations, incantation des herbes ;
SuspeusiOTTâ d'amulettes au col soit par hommes, soit par femmes;
Sofltlèges, detiuations, i^ecoun^ aux devins^ aux enchantements dans les cas de maladies ;
Jeux diaboliques, danses et chants.
Les cauMS du concile de Septines, en 743, prononcent aHathètne contre ceux qui invOquci.sient Neptune, Plutou, Diane, Minerve, Hercule et autres démons^ qui adoreraient le destin ou la fortune, qui fendraient un culte aux fontaines, aux arbres.
Ces anathèmes furent renouvelés par d'autres conciles jusque dans le treizième et le qt^atorzième sciècle.
On lit dans le concile provincial de Trêves du 38 avril 1310 :
67. Nous défendons les devinations, les sortilèges, les augures et toutes autres superstitions, de quelque manière qu'elles se fassent, soit par des enchantements, des vœux ou des billets, soit par des lectures.
68. Nous condamnons les danses, les feux, les illuminations qu'on fait en certains jours, de même que les pronostics tirés du vol des oiseaux, avec mille
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570 HIST01RK D'ARLON.
autres superstitions de cette nature^ que la sainte religion catholique a toujoon eu en horreur i].
Ce qui avait persisté, c'était le culte des arbres : aux vi«, yu^ et viir siècles, cette idolâtrie était encore très-florissante. Les anciens chênes étaient surtout l'objet de la vénération des paysans. Le christianisme en a consacré un grand nombre à la Sainte Vierge : une petite niche pratiquée dans le tronc renferma une statue de la mère de Dieu.
On place les premières prédications de la foi dans le nord des Gaules au temps de Saint Materne, disciple de S^ Pierre.
Le nouveau culte, dans les premiers temps, faisait peu de pas, car le colosse dit de Diane, à Saint Walfroy, ne fut détruit que dans le yi« siècle, sur les exhortations de Saint Mageric.
Les progrès du christianisme dans le Luxembourg sont plutôt indiqués par les établissements religieux qui y furent créés. Je vais les désigner brièvement, sans m'arréter dans le cours des siècles.
i^ Cugnon. 648. Charte de la fondation du prieuré de Cugnon, par Sigebert, en faveur de Saint Remacle. Ce prieuré avait été construit dans le fond des prairies, sur les bords de la Semois, vis-k-vis du village actuel d'Auby. Ou en voyait encore quelques ruines, il y a soixante ans environ. En face et vers le milieu de la montagne, il existait une excavation appelée la grotte de Saint Remacle. Suivant la tradition, le saint s'y réfugiait souvent (2).
S'^ Nassogne. Vers 636. Saint Monon était venu d'Ecosse s'établir dans les Ârdennes, cherchant k convertir k la doctrine de l'Évangile, les rudes habitants de ces contrées. Il bâtit un oratoire k Fridier^ ancien nom de la rivière qui coule k Nassogne. Les païens le massacrèrent et firent de lui un martyr. On bâtit une chapelle pour y déposer les reliques du saint ermite, et en 687, Pépin fonda la collégiale de Nassogne sur l'emplace-
fl) Berlholel, tome V, page 3go.
(i) 65o. Fondation du couvent de Mulmëdy. Sàînt Remacle à Cugnon se trouvait encore trop prè3 de la Cour de Sigebert. Celui-ci, à sa demande, lui fît uue noiivellc concession de terrain dans une solitude horrible de l'Ardenne et le Saint y jeta les fondements du couvent de Malmédy.
656. S^ Remacle fonda également l'abbaye de Stavelot, non loin de Malmëdy.
En 672, c^hilderic, roi d*Austrasie, délimita la donation de Sigebert.
Que reste-t-il des deux couvents de Stavelot et de Malmédy, qui, dans le temps, eurent quelque célébrité ?
LK6 ÉTABLISSEII81IT8 RBLIGIEUX. 571
ment de la cellule de Saint Monoo. Cette collégiale était composée d'an prévôt et de six chanoines (1).
La collégiale a disparu et Nassogne est aujourd'hui une simple paroisse.
3® Saint Huherl, Il existait très-anciennement dans l'Ârdenne, un certain château appelé Am6n/. Ce château était le chef-lieu du fisc amberlacuSi On rapporte que Saint Materne, évéque de Tongres, y fit bâtir, en 102 de l'ère chrétienne, une petite église en l'honneur de Saint Pierre. Le château avec l'église fut ruiné de fond en comble par les Huns en 451 , et il n'en resta, pendant près de 337 ans, qu'un monceau de ruines au milieu d'une vaste solitude.
En 687, Plectrude, femme de Pépin, visitant par hasard ces ruines, y ramassa, dit la légende, un écrit tombé du ciel, qu'elle montra k Saint Bérégise ; celui-ci interprétant cette lettre et aidé de Pépin et de sa femme, y fonda un couvent de clercs réguliers, qui, faute de ressources suffisantes, fut abandonné après un siècle environ et tomba lui-même en ruines.
En 817, Walcan, évéque de Liège, releva le couvent, le reconstruisit, le dota suffisamment et y plaça des Bénédictins. L'abbaye d'Anc/ain, suivant une appellation commune, prit le nom de Saint Hubert^ après la translation du corps de ce saint, qui eut lieu en 825 (2).
L'abbaye de S^ Hubert avait été confisquée par la nation, lors de la conquête de la Belgique par la République française. L'église, avec le couvent, les jardins et le parc furent vendus k M. Lecoulteux de Cauteleux et rétrocédés a M. Soignes. Celui-ci allait en ordonner la démolition, lorsque quelques habitants de S^ Hubert rachetèrent l'église et les bâtiments de l'abbaye. Le prix en fut payé k l'aide de quêtes ordonnées dans divers diocèses.
L'égUse fut reuihie au culte eu 1808 et devint la paroisse de la ville.
Le cQuvent, propriété du département, fut occupé par le tribunal de
(i) Nassog lie ëlaît une résidence impériale sous les derniers empereurs romains. H existe au Gode théod >sien, un édit de 353, daté de Nassogne.
I a) On n*est plus d'accord sur le premier emplacement du couveol fondé par Plectrude et Saiul Bérégise en 687. On prétend que ce lut a Saint Hubert même; tel avait été longtemps le sentiment général, lorsque M. AVj«/i, dans une longue dissertation insérée aux annales Je t Institut archéologique de la province de Luxembourg ^ tome 3, page i33, soutint, non sans quelque raison, que le couvent fut d*abord fondé à Amberlou,(j4mbra)^ chef-lieu du 6sc royil de ce nom, et qu'après la ruine du premier établissement, il fut transréré par Walcan, en 817, à Tend r oit où l'église et les bâtiments subsistent encore aujourd'hui.
II serait trop long de discuter ici Tune et l'autre opinion. Je renvoie le lecteur à la dissertation de M. Neyen.
$1% HItTOIlB b'MILM.
i^ inslance de l'sifroDdiflseiiient de S^ Hnben. Aptëe la wappnaÊioû de ce tribuDal, la province abandonna les bàtimenU de raneicrt CMrretit k FÉtat qui y fonda la maîsoû pënîieMiaire des jeunes délinquants (I).
L'abbaye de Saint Hubert, également très-riche^ moins cependant que le monastère d'OrvaU avait des possessions en France, dans le Lnemboorg et dans les autres provinces belges. La sitnation financière du commt de Saint Hubert fut gravement compromise par les spéeulations indmlrielks du dernier abbé, Dom. Spiricrt : les forgés de Poix et la fabrique d'eaaî fortes de Remagne, deux entreprises qui ne réussirent KiicuneiteDt*
A^ Muno était un ancien fief des comtes d'Ardenne en 945. Ce fief iat donné à Téglise de Saint Vanne de Verdun |par Godefroid le Grand, duc de Bouillon.
1005. La donation fut confirmée par Heman, fils de Gode^id.
Au XI® siècle^ le prieuré dépendait encore de l'église de Saint Vanne.
En 1532f on y nomma des commandataires.
1569. Le prieuré appartenait à'un chanoine de l'église de Liège.
1574. Bulle du pape Grégoire XHI qui prononce l'union de Muo m collège des Jésuites de Liège.
(I) Que sont devenues les reliques de S^ Hubert ?
Selon Hoberty, en 964, les religieux de $t Hubert visitèrent la châsse et y trouvèreot le corps entier.
Dans une bulle datée de i5i5, le pape Lëou X certifie qiit le corps vënëraUe de St- Hubert, glorieux confesseur, est conservé incorruptible dans le monastère, sans avoir sbtlfiêrt la nloiud're dlttfratîou datis aucun de sei membres, ainsi qu'il conste claifeineDt |iflM* la foi de témoins oculaires.
Depuis on n'en a plus parlé. La sainte relique a-t-elle été cachée? Exîste-t-elle eaeore après les pillages et les dévastations subis par le monastère à diverses époques?
M. le Colonel Geoffroy, auteur d'un article intitulé le corps de Saint Hubert^ inséti dans le )ournal V Ob$erpmt€ur du Luxembonrg (mois de février et de mari tS46> rapporte ce qui suit :
Un religieux nomrfié JDom Célestin^ habita longtemps la ville de Saint Hubert après b suppression du couvent et mourut en France en 1816. Il avait la conviction intime que le coi'ps du Saint était caché dans l'église. Celle-ci pendant le séquestre de la nation^ était gardée par un concierge nommé Jamotte. Dom Célestin, accompagné de Jamotte, allait souvent de nuit faire des recherches dans l'église. Il parait que, en perçant une voûte sous une pierre qu'ils avaient levée, ils avaient découvert un souterrain. Dom Célestio étant trop vieux pour y descendre au moyen d'une corde dont il s'était muni, Jamotte avait tenté l'entreprise et s'était laissé glisser avec sa lanterne ; mais un instant après il était remonté frappé de terreur et ne voulut plus recommencer. Qu'avait-il vu? On Tignore. Dom Célestin ne fit plus de recherches ; peut-être était-il parvenu au bat qu'H poursuivait. L'ancien concierge Jamotte, mort quelques années avant i846, a toujoors prétendu qu'il savait où était le corps de Saint Hubert, mais qu'il avait fait serment de n'en rien dire.
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LES ÉTABLISSBMBNTS RELIGIBUX. 573
1575, 13 juin. L'évéque de Liège, comme doc de Bouillon et suzerain de Muno, donna aux Jésuites de Liège la jouissance de Muno, pour servir à l'entretien de leur maison.
1586. L'union aux Jésuites de Liège est également prononcée par l'évéque de Verdun.
La suzeraineté de Muno fut longtemps contestée entre Bouillon, Liège, Luxembourg. et la France. Les Jésuites de Liège reconnaissaient successivement l'une ou l'autre, suivant l'intérêt du moment, et entretemps, ils posaient- des actes visant à une indépendance absolue. Cependant la souveraineté a fini par être reconnue à l'empereur, duc de Luxembourg.
A la fin du siècle dernier, sous la République française, le prieuré de Muno partagea le sort de toutes les communautés religieuses de la province : il fut confisqué et vendu.
5<» Longlier. 1055. Sous l'autorité de l'empereur Henri III, l'église de Longller fut cédée par Godefroy IV, duc des deux Lorraines et de Bouillon, k l'abbaye de Florenne, dont elle devint un prieuré.
1064. La cession fut confirmée par Frédéric de Luxembourg, duc de Lorraine (1).
Le prieuré est, sous la République firançaise, devenu une propriété particulière.
6^ Orval. Vers 1070, des moines Calabrais, sortant de l'Italie, s'avancèrent vers le Nord, cherchant un lieu où ils pussent en paix vivre sous la règle de Saint Benoit ; ils le trouvèrent sur les confins de la forêt ardennaise, dans le comté de Chiny ; c'était alors une vallée d'un aspect horrible; ils obtinrent du comte Amoux II la permission de s'y établir. En 1080, le comte leur en fit don. Cela est du moins de tradition et se trouve rappelé dans la charte de 1124, la plus ancienne que l'on possède sur le couvent d'Orval.
Les moines Calabrais ayant été rappelés en Italie, ils furent remplacés par des chanoines réguliers envoyés par l'archevêque Brunon de Trêves. A ceux-ci succédèrent des Bernardins qui prirent possession d'Orval, le 9 mars 1131, et le pape Innocent II mit le sceau k l'établissement définitif par une bulle de 1141.
Depuis 1124, et pendant des siècles, les comtes de Chiny et la noblesse du pays ne cessèrent d'enrichir l'abbaye. Le pied terrier des moines d^Orvat, manuscrit resté longtemps entre les mains de la famille Lefort du canton
(i) Bertbolet, tome III, p. i3i.
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{(74 HIBTOiRB H^'àXLÙtL
de Floienville, et passé on ne sait où, était le répertoire le ploB complet et le plus authentique de la sitij^ation financière de Tabbaye d'Orval, quelques années avant sa destruction. Le revenu était estimé à plus de doue cent mille francs et le capital foncier k plus d'un milU»rd. L'accroissement de cette main-morte avait été si rapide que, en 1651, le Procureur génénl du Duché avait été obligé de se pourvoir contre certaines acquisitions d'immeubles faites sans autorisation. Les territoires tributaires de ce revenu étaient au nombre de plus de trois cents et se trouvaient assis en France, dans le comté de Chiny, dans le duché de Luxembourg, dans les provinces de Liège, de Naraur et de Brabant. Les abbés d'Orval étaient seigneurs haut-justicieis et siégeaient aux États de la province parmi les pairs ecclésiastiques.
Le vieux couvent avait été remplacé par un palais emvetituel^ eonatonction assez récente commencée sous le 49® abbé, D. Menas Ef fleur ^ de Dinaat, et continuée sous le 50® abbé, D.\Stephanus SeAoUti^, de Bastogne. Celui-ci avait posé, le 6 juillet 1769, la première pierre de l'église dédiée k SaiAt Bernard; il la bénit le 6 août 1782. Il restait une aile de bâtiments à construire pour achever cette magnifique résidence abbatiale.
Il a fallu le souQle révolutionnaire de la France de 1789 pour abattre un établissement élevé par les siècles. En n93, après avoir pillé l'abbaye pendant plusieurs jours, les Français y mirent le feu, et le canon acheva l'eeuvre de destruction (1).
Aujourd'hui^ le terrain occupé par l'abbaye appartient à M. le comte de Loen, qui a fait construire un château sur les bords de l'étang. Les longues terrasses construites par les moines sont à l'abandon et les jardins en (riche. Des monceaux de ruines marquent l'emplacement de Tancien couvent et de l'église fastueuse dédiée k Saint Bernard. Du nouveau couvent, il ne reste que quelques paos de murailles couvrant de vastes caves seules k peu près intactes ; le tout est entremêlé de ronces et de buissons, où, lorsque je visitai ces ruines en automne, voltigeaient de nombreux oiseaux, seuls êtres qui animassent ces vestiges désolés d'une résidoice autrefois splendide, où florissaient les lettres, les sciences, les arts, où toutes les misères trouvaient des secours, où une large hospitalité attendait les voyageurs, pèlerins ou simplement touristes et visiteurs.
(t) Consulter sur Thisloire d*Orval Touvrage intitulé les ruines et les chroniques de l'abbaye ^Orval^ par M. Jeantio^ vol. in-B'', Naocy, 1849 et 1857 \ puis une petite brochure intitulée : L'abbaye d'Orvd, Le moyen^^dge dans le Luxembourg, par G. F. P., publiée par VBoho du Luxembourg»
LES ÉTABLMSBllElff S «fiLlGIBUX. S7S
Quel contraste entre le pMsé et le présent !
Combien Tàme est attristée en contemplant ces vastes décombres, qui attestent le pea de fondement des calculs hwnains.
Ge q«i l'aifflige davantage encore, c'est que le dernier abbé d^Orval, dans 80» memoriale^ écrit à Luxembourg, croit à la restauration future de son abbaye. Voil^ quatre-vingts années que les ruines d'Orval existent. A quand la restauration rêvée ? Qui sait ?
1^ BouiUon. Cette ville renfermait jadia trois établissements religieux.
1. Les premiers habitants qui occupèrent le faubourg de Laiites^ sur la rive droite de la Semoîs, construisirent sor la hauteur une église qui dépendait de Téglise-mère de Sensenruth, et qu'ils dédièrent à Saint Pierre.
En 1070, Godefroid le Barbu fonda, en cet endroit, un prieuré pour des Braises de Saint Hubert, où les passants trouvaient un abri et des secours. L'église, également sous l'invocation de Saint Pierre, fut reb&fie en 1633, sur le même enplac^nenl que les églises précédentes ruinées successivement. Les bàtiments,^ tels qu^on les voit encore aujourd'hui, ne sont pas ceux de la fondation de i070 ; ceux-ci ont été agrandis et réparés plus d'une fois.
S. 4509, février. Création de l'hôpital Saint Georges, au Bru^ dans l'intérieur de la ville. Les Âugustins sont appelés à Bouillon pour desservir cet hôpital. Ils en changent la destination et y fondent un couvent pour recevoir les pèlerin» qui se rendaient à Saint Hubert ou qui en revenaient.
Une petite chapelle dédiée à Saint Eloy existait rue de ta Maladrerie ; elle tombait en ruines en i590; elle fut donnée aux pères Augustins avec ses revenus.
En 1607, l'église des Augustins fut reconstruite ; incendiée en 1634 avec une partie du monastère, eile fut rebâtie en 1639, avec Faide de la charité publique.
En 1656, le couvent fut agrandi. Par application d'un legs du vicomte de Turenne, et ensuite d'une eomention passée, le 19 juillet 1697, avec Pautorit^ locale, les Augustins érigèrent deux classes de latinité, une de rhétorique et une de philosophie. Selon toute apparence, les autres classes existaient déjii.
3. 1i626. Fmdatron du monastère des cbanoinesses du Saint Sépulchre, appelées les Sépulchrines, hors des murs de la ville, rue des Basses voies,
Mff lea bords de la rivière. Les bâtiments et FégHse furent construits
eii{«33v
La révolution française eut aussi son contre-coup à Bouillon ; ce fut après l'an IV, lors de la réunion du duché à la France.
La nation, après s'être emparée du prieuré de Saint Pierre, le vendit k des particuliers. L'église servit longtemps de paroisse, mais finit par menacer ruine, l'exercice du culte y avait été interdit; elle fut démolie avec la sacristie pour agrandir le cimetière communal. Une partie des bâtiments du prieuré existe encore, mais dans un grand état de délabrement ; c'est la propriété de la famille Labouverie^ dont un des fils est actuellement bourgmestre de Bouillon.
La ferme de Morsuhan^ qui dépendait du prieuré, appartient à M. le notaire Jules Ozeray.
Les bâtiments et l'église du couvent des Sépulchrines sont encore debout et devenus la propriété de divers particuliers. La majeure partie des constructions est en la possession de M. Dachy-Fossin^ qui y a établi une brasserie. Le parloir, une partie de l'église et l'enclos dépendant du monastère sont k M. Leroux- Delogne, un des échevins actuels de la ville de Bouillon, qui en a fait son habitation. Les autres biens ont été morcelés.
Le couvent et l'église des Âugustins situés au lieu dit le £rti, avaient été maintenus après la révolution française ; l'église servit pendant quelque temps de paroisse après la démolition de l'église du prieuré à Laittes. Hais l'église et le couvent furent démolis en 1848, pour faire place à l'église paroissiale actuelle, construite vers 1851. Celle-ci occupe un assez vaste plateau en-dessous de Thôtel-de-ville qui, lui-même, a fait autrefois partie des propriétés ducales.
Le clos qui dépendait du couvent des Âugustins est, en grande partie, possédé par M. Bonnardeaux-Hancart^ conseiller communal. Les autres propriétés appartiennent à la ville et à divers particuliers.
8^ Chiny^ 1097. Fondation du prieuré de S^ Walpurge, par Ârnoux II, comte de Chiny. Il fut donné aux Jésuites de Luxembourg en 1585, lors de la fondation d'un séminaire et d'un collège.
Ce prieuré fut également confisqué par la nation et vendu, après l'invasion française en Belgique en 1793.
9<' Sainte Cécile. Ce village tire, dit-on, son nom d'un couvent de filles qui y existait depuis plusieurs siècles et qui fut brûlé lors des guerres du temps et non rétabli.
10<> Conques^ 1173. Le prieuré de Conques, sur les bords de la Semois, fut donné aux moines d'Orval par Louis III, comte de Chiny. En 1702,
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usa iTABLISSBlIENTS BELIGIBUX. 677
Conques fat habité par des religieux d'Orval et devint un petit monastère. Il fut vendu après 1793, comme propriété nationale.
H<> Clairefontainc. Cet endroit a reçu plusieurs appellations. En 1214, donation de Waleran et d'Ermesinde à Cambrai : Bardeburg ;
En 1246, testament d'Ermesinde, Bialeu ;
1251. Bienfaits par Henri II : Bardenbetch ;
1253. Confirmation de Tabbaye : Clarus fons.
Bardenburg^ parce que, sur le plateau d'une montagne voisine, il existait un château bâti, dit-on, par Charles-le-Chauve, peut-être comme rendezvous de chasse, et habité anciennement par un barde. Cette étymologie est très-contestable ;
Bialeu^ à cause de la beauté de la vallée ;
Clarus fons, claire-fontaine, par suite de la limpidité des eaux de la fontaine sur les bords de laquelle la comtesse Ermesinde aurait eu, suivant la légende, pendant son sommeil, le songe qui a donné lieu à la fondation, en 1216, d'un monastère de filles nobles de l'ordre de Citeaux.
J'ai déjà fait remarquer que, dès 1214, le comte Waleran avait doté le couvent de Clairefontaine.
Du château, il ne reste qu'un souvenir et des décombres ; du couvent, il n'y a que des ruines sur lesquelles quelques maisons particulières ont été élevées avec les débris et forment un hameau ; mais la Claire- fontaine coule toujours et remplit la vallée du murmure de ses eaux limpides. Oeuvres éternelles de Dieu ! œuvres passagères de l'homme !
120 Baslogne, 1237. Fondation d'un hôpital à Bastogne par Gérard de Houffalize, bourgeois de Bastogne, qui en fait la cession aux Trinitaires, en 1241.
1241 . Fondation des Trinitaires à Bastogne. Le couvent était situé à gauche en descendant la rue de Bastogne, aux deux tiers environ. L'église longeait la rue.
Tout a été vendu et en partie démoli du temps de la révolution française.
Vers 1600, fondation du couvent des frères Minimes ou Recollets où Ton enseignait les humanités. Ce fut Claude de Humain, seigneur de Schuttbourg, qui en fut le fondateur.
Les bâtiments existent encore et sont devenus une propriété particulière ; ils ont été occupés longtemps par la brigade de gendarmerie.
1628. Le couvent de Bethléem fut fondé par sept religieuses grises qui sortirent de Dinant, en 1628, pour s'établir â Bastogne, en une place appelée Picfnirue ou Cour de Saint Pierre, dont les curés de Bastogne
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k76 fluvont d'auxm.
étaient seigneurs, et qui, à raison de la cession, reçurent des RemHeeiian une rente annuelle. En i660, a eu Heu la pose de la première pierre des bâtiments du cloitre par M. Théodore d'AUamont, comte de Branderille, grand prévôt d'Ardenne, et par Marie de Mérode, son épouse*
L'église ne fut commencée qu'en 1678.
On mit vingt-cinq ans k achever tous les b&tiinents.
Une charte datée de Bruxelles, 9 septembre 1628, avait aniarisé la fondation du couvent. Une autre charte do 12 juillet 1666 confirma la donation de la Piconrue.
Plusieurs religieuses du couvent des Recollectines de Bastog^e appartenaient k des familles nobles du Luxembourg (1).
Le couvent est resté et a été augmenté pour devenir le petit séminaire de Bastogne.
13^ Houffalize* A une époque qui. ne peut être fixée, un hôiMtal Ste-€a* tberine avait été fondé par Henri Dehaut et les filles Lambert de Champion.
En 1235, Thierry et son fils Henri, seigneurs de Houffalize, fondèreol le prieuré des écoliers en un lieu appelé Vhôfdtal de SU-CaihervM el le dotèrent de plusieurs biens.
En 1238, avec l'autorisation d'Ermesinde, comtesse de Luxen^ourg, Henri de Vans et Elisabeth^ sa femme, donnèrent k l'église de Ste-Cathe* rine et aux frères de l'ordre des écoliers, une partie de dîmes k Mives.
En 1243, Thierry et son fils Henri reconnurent que le premier terrais donné aux frères des écoliers près de Véglise Slc-^Cutherine n'était pas convenable pour y établir une maison conventuelle. Reprenant le premier terrain cédé^ ils en accordèrent un autre dans une prairie, au-dessous de Houflalize, appelé le Coin. C'est Ik que fut construit le prieuré dit dn Vd des écoliers^ sous la règle de Saint Augustin,
1244. Bulle de confirmation par le pape Innocent IV.
L'église fut, dit-on, construite en 1243, par Thierry qui avait fait vœa de la bâtir pendant la deuxième croisade. Elle subsiste encore aujourd'hui, ainsi que les bâtiments du couvent.
Elle renferme les tombeaux des deux Thierry et ceux des covites de Merode d'Houffalize, Merode de Peterabem et Scheyfert de Merode.
Le prieuré d'Houffalize fut supprimé par ordre de l'empereur Joseph II
(i) Four avoir plus de détails sur cette maison religieuse» consulter la notice sur If Cottuent de Btthieem fondé à Baëtogne par ies sœurs recollectines du tiers ordre de St François^ par Af. iabkd Germain., pro/esstur au séminaire de Bastogne, inaérée aoi annales de Tlastitut archéolQgique d'Arlon, année i854, page 39X.
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LB8 ÉTAlLiatnBim RVUIOIBUZ. IIT9
du 13 avril i784. L'église devint Téglise paroissiale ; une partie des bâtiments servit au logement du doyen ; l'autre partie fut occupée par des fermiers.
Le château de Chession, en aval de HouiTalise, et en partie situé sur lé territoire de la commune de Mabompré, était originairement une oommanderie de Templiers et avait été construit par un seigneur de Houtblize, nommé Renaud, qui était entré 'dans cet ordre célèbre et qui, en 1120, un peu après le premier établissement, construisit une seconde commanderie près de son château de Houffalize dont il devint le prieur. Il existe encore, de cette dernière commanderie, des bâtiments qui servent d'habitation, qui ont été entretenus et restaurés jusqu'à ce jour par les particuliers auxquels ils appartiennent.
H^ Suxy\t 1286. Louis III, comte de Chiny, et Jeanne de Blamont, sa femme, fondèrent ^ Sossy un prieuré de Croisiers, sous la règle de St Augustin (1).
Zittard, abbé de Suxy, a laissé un manuscrit qu'il écrivait en 1400.
Le comte de Chiny avait d'ab<^ fait bâtir une chapeAle sur une mon-" tagne où St Thibaut avait passé les nuits à prier.
159 Arlon. Dans le premier volume AeVHisioire d'Arlon, j'ai relaté tout ce que l'on sait des fastes des couvents des Carmes et des Capucins. Je les mentionne ici de nouveau très*brièvement afin de compléter la série des établissements religieux de la province.
Couvent des Carmes^ 1291. Les magistrats d'Arlon achetèrent un terrain et en transportèrent la propriété aux Carmes, ce qui se fit du consratement de Béatrix d'Avèsne, femme de Henri IH, comte de Luxemboui|[, et fut confirmé en 1292 par l'archevêque de Trêves.
Ce couvent, après avoir subi quelques désastres dans le cours des siècles, désastres réparés successivement, fut confisqué k la fin du siècle dernier, par la natioo, aliéné par celle-ci â des particuliers, qui le démolirent et en vendirent les matériaux (2).
Couvent des Capucins. Ce couvent fut bâti sur la montagne occupée jadis par le château des comtes et marquis d'Arlon. Le terrain leur fut €»Beédé par le roi d'Espagne, le 28 janvier 1625. A l'arrivée des Français en Belgique, les religieux furent dispersés, mais les bâtiments furent conservés. Après avoir subi diverses vicissitudes, ces bâtiments sont aujovd'hw
(i) Bertholet, loroe 5, preuves 73.
(3) y. à l'appeDclice.
080 HISTOIRB d'arlou.
occupés en partie par le doyen de Saint Donat ; Tautre partie sert d'hôpital militaire. De l'église on a fait la paroisse de Saint Donat.
Il existait encore k Arlon un petit couTent de filles serrant les malades. Il avait été fondé k une époque qu'on ne peut préciser ; il fat rainé pir les guerres et non rétabli. H était situé k l'endroit occupé aujourd'hui par l'église paroissiale de Saint Martin et le presbytère.
Une commanderie de Templiers existait, dit-on, dans la maison Résibois, située grande rue. C'est un édifice d'une construction très-ancienne, remarquable dans quelques parties. Avait-il été aliéné après la destraction de l'ordre et la confiscation de toutes ses propriétés ?
16. Vit ton. 1340, mars. Fondation du prieuré des Croisiers dans ane maison et dépendances données par la communauté.
1341, 10 mai. Approbation par l'archevêque de Trêves.
1674, août. Octroi de Sa Majesté qui autorise l'établissement d'un couvent de Recollets.
Les Pères recollets avaient depuis quelque temps un hospice k Virtoa pour loger les prédicateurs qu'on y envoyait. En 1739, du consentement de l'archiduchesse, Gouveraante des Pays Ras, les pères y constraisirent un collège, où ils enseignèrent les belles lettres.
Sous la République française, les établissements religieux de Virton furent nationalisés et vendus. Les b&timents subsistent encore en partie.
I7<> Dtirbuy II y avait autrefois deux couvents k Durbuy, l'un de Recollets, l'autre de Recollectines, fondés par M. Lejeune, chanoine et doyen de l'église de Maestricht, le premier en 1629 et le second en 1641. Il existe un octroi du Roi d'Espagne du 18 déc. 1628, pour le couvent des Recollets qui était assez spacieux, avec une église passable. Le couvent des Recollectines a été démoli après la révolution française. Le couvent des Recollets existe encore en partie. Son église a été convertie en paroisse ; la maison curiale et la caserae de gendarmerie proviennent de ce même couvent.
On enseignait les humanités dans l'établissement des Recollets.
18^^ Marche. Il existait, dans cette ville, trois maisons religieuses avec un hôpital :
a. Un couvent des Carmes dont la fondation remonterait k 1473.
b. Un couvent de Carmélites fondé en 1690 par des religieuses sorties du monastère de Huy. Le b&timent était situé Grand'rae et le jardin aboutissait aux remparts (1).
(i) V. une ootice sur le mouaslére des Cirmeliles à Marciieen Fainentie, par Alexau.lrc Pruvost S. J., petite brochure in So, Bruxdies, 1873, chez Alfred Vroinans, imprimeuréditeur.
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LIS ÉTABLttSBIlBNTS RBLIGIBUZ. 881
e. Un éublissemeni de Jésuites qui date également de 1620. Ils y avaient un collège où l'on enseignait les humanités.
Le couvent des Carmes et celui des Carmélites ^ confisqués par la nation française, sont devenus des propriétés particulières.
Le couvent des Jésuites a été remis à la ville de Marche. Il a servi longtemps de caserne k la brigade de gendarmerie. L'administration communale fait approprier les bâtiments ^ l'usage de l'école primaire des garçons. L'église a été convertie en salle pour les bals et les cérémonies publiques et ses dépendances sont devenus un casino.
Destinées bizarres ! Est-ce le dernier mot de tous ces changements ?
19^ Hamiprén 1664. Fondation du couvent de Hamipré. Charles Eugène, duc d'Ârenberg, et Ferdinand Charles, comte de Lœvenstein, cédèrent aux Recollets (frères minimes) un hôpital et une église, avec un terrain adjacent, pour y construire un couvent.
Confisqué par la nation, après la conquête du pays par les Français, en 1793, le couvent fut vendu. La propriété appartient aujourd'hui k la famille Jullien.
20» Salm. Personnat qui n'existe plus.
21 <> Dampiœurl. A peu de distance de Montquintin, on trouvait autrefois les ruines d'une abbaye dite l'abbaye d' Argent-fontaine, dont il ne reste plus que le nom dans les souvenirs.
9S9 Mont. Aux lieux dits Villy et Vieux château^ on rencontre les ruines de vastes édifices qu'on dit avoir été un monastère de Templiers.
23<> Porcheresse. Il existe, au milieu d'un bois communal dit le Gros boisy les ruines d'une ancienne abbaye. La tradition rapporte que ce monastère a été détruit par les guerres. Le bois où se trouvent ces ruines, était nommé anciennement le bois de Vahhaye.
On ne sait k quelle époque cette maison religieuse fut fondée, ni au profit de quel ordre.
On ignore également quand elle fut ruinée et dans quelles circonstances.
Est-ce par suite des guerres générales ou particulières de seigneur k seigneur? Est-ce pénurie des ressources et abandon dans un pays pauvre?
±iP Tiniigny. Au lieu dit Longhu^ section de Breuvanne, on trouve encore les restes d'un ancien couvent ; ces ruines ont été fouillées en 1844, on y a remassé des monnaies du commencement du xiii® siècle. Quelles ont été les causes de la destruction de cet établissement ? On l'ignore également.
Comme on a pu le remarquer, la province actuelle de Luxembourg comptait jadis d'assez nombreux établissements religieux. Ils ont disparu.
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sas «STOniV M^'éMJO».
BOQ pas entièrement, ^mht presque partout les bitimeuts «bsistent et out reçu d'autres destiDations. Ce qui a été détruit saus retour, c'est leoouvent des Carmes d'Arloa livré à la pioche des démolisseurs, c'est l'abbaje d'Onral, c'est le couvent de Clairefontaine qu'une soldatesque sauvage détruisit par la flamme et par le canon et n'en fit que des monceaux de ruines. La haine de la religion pouvait conduire à la suppression des couvents, à la dispersion des religieux et des religieuses. Mais s'en prendre k des pierres !
On a fait du couvent de Saint-Hubert, heureusement conservé, un établissemeat public, un pénitencier. La province aurait également utilisé les bâtiments d'Orval et de Clairefontaine, s'ils étaient restés debout. Nombre d'institutions lui font défaut : hospice civil pour les vieillards infirmes, pour les orphelins, pour les malades, pour les insensés ; dépôt de mendicité, colonie agricole et autres. Pourquoi le Luxembourg ne possède-t-il pas l'ufi ou l'autre de ces établissements qu'on rencontre dans 4'aatre8 provinces ? C'est qu'il faudrait commencer par acheter des terrains, construire de vastes bâtiments ; or, la province n'est pas riche et les plus beaux projets sont abandonnés â défaut de numéraire. Il n'en serait pas ainsi si les abbayes d'Orval et de Clairefontaine avaient été conservées comme propriétés nationales et remises au département, ainsi qu'il en a été du couvent de Saint-Hubert.
Quelle triste histoire que celle de nos établissemenU religieux : Presque partout, ou bien on se heurte â des ruines ou bien il n'y a plus qu'un nom?
J'ai â rappeler d'autres souvenirs.
Un écrivain non suspect (le R. P. Bertholeft, tome 3, page 116 et suiv.) trace le tableau suivant de l'état de la société vers le milieu du onzième siècle :
< Rien n'était plus déplorable. Les richesses, source de tous maux, autant que tentation délicate & l'ambition des clercs et à l'avarice des laïques, engendrèrent en ce malheureux tems l'ignorance. Après la chute des belles lettres, les bonnes mœurs et les pratiques des vertus tombèr^t et la corruption alla k un tel point qu'il sembloit être permis de se glorifier d'être vicieux. On y voyoit marcher, tète levée, l'incontin^ice, les rapines, le» pillages, l'usure et la simonie des clercs et des laïques..*.
c Pour ce qui regarde les clercs, ils avoient oublié la sainteté de leur profession et ne se souvenoient plus que la continence^ cette verln «ngélique» avoU fait la gloire de l'Éi^se 4ès les premiers âèdes d» chrifitia-
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LES ÉATBLttSBnmrB mSLIGIBUZ. 588
nisme. Leurs fonctions ëtoient presque rédnhes ^ chanter des psaumes, qu'ils n'entendoient pas ou bien à pratiquer des cérémonies extérieures dont ils ne pénétroient point l'esprit. Vivant comme les peuples, ils croyoient qu'il n'y avoit aucune distinction entre eux. Le mauvais exemple, qui fait plus d'impression sur une nature corrompue que les lois les plus saintes n'ont de force pour en réprimer le penchant vicieux, leur fit croire que le célibat étoit une loi impraticable et de là vint que la plupart lâchèrent la bride à leur passion et secouèrent un joug salutaire.
c Quant a la violence des laïques, elle est assez manifeste. Les comtes se faisoient de cruelles guerres ; les nobles et presque tous les gentils* hommes, ennemis les uns des autres, armoient leurs vassaux, se forti Soient dans leurs châteaux et n'en sortoient presque plus pour recevoir les instructions de leurs pasteurs, se contentant d'assister aux messes de leurs chapelains. De pareils désordres empéchoient les évéques de visiter leurs diocèses et de remédier aux abus, et comme les seigneurs envahissoôeBt les biens ecclésiastiques, les évéques étoient bien souvent forcés de prendre les armes pour défendre les droits et les terres de leur église contre ces usurpations.
c Ajoutons à ces maux la simonie, qui a été dans tous les tems la ruine de la discipline et de la morale chrétienne. Elle sembloit être autorisée et permise, tant l'avidité des richesses est aveugle. Les princes vendoient au plus offrant les évéchés et les abbayes ; les évéques s'indemnisoient de ce qu'ils avoient donné, en conférant des ordres pour de l'argent et en faisant payer les consécrations des églises et les autres fonctions de leur ministère. »
Un concile, tenu k Rome, par le pape Nicolas II, en 1059, prit des dispositions pour abolir ces désordres.
Dans ces temps de trouble où toutes les notions du bien et du mal semblaient perdues, l'Église intervenait pour régler même des choses qui appartenaient au gouvernement temporel de la société. En voici un exemple.
Concile de Trêves de l'an 1227, calendes de Mars (1).
Défense aux prêtres et aux clercs de porter des armes (88).
Défense aux mêmes d'assister aux duels, aux tournois, aux supplices des voleurs, aux jugements de sang (91).
Défense aux laïques, de quelque autorité qu'ils soient, d'empêcher ou dé troubler la juridiction ecclésiastique (95).
Défense de vendre sa marchandise plus cher à cause de crédit (99), de prêter
(r) Bertbolef, tome IV, pages 34o et suiv.
584 HISTOIU D'ARLOR.
son argent avant la moisson ou la vendange dans Tintention de recevoir do blé ou du vin à plus bas prix (lOâ).
Défense aux nobles et aux seigneurs d'empécber leurs hommes de célébrer les jours de fête et de les contraindre à labourer et à faire œuvre 8ervile(l06).
De son côté, le pouvoir temporel ne tarda pas à s'immiscer même dans des matières qui regardaient plutôt la discipline ecclésiastique.
i544. 26 janv. Charles V. Recherche des hérétiques fugitifs. Défense de les recevoir.
158S. 29 janv. C. prov. Défense aux prêtres et aux gens d'église de continuer de recevoir chez eux des concubines et qui invite celles-ci à sortir des maisons presbytérales et à cesser toutes relations avec des ecclésiastiques, à peine de fustigations de verges et banissement de la province.
i591. 6 avril. C. prov. Règlement pour l'instruction des procès contre le crime de sortilège.
i630. i^^ oct. G. prov. Défense d'établir cloîtres, couvents et monastères sans octroi préalable de Sa Majesté.
1781. 12 juillet. C. prov. Défense aux prêtres et religieux de s'ingérer dans l'administration d'une seigneurie et nommément de donner des premières audiences.
Des ordonnances du mois de février 1676 fixèrent le nombre de religieux dans chaque couvent. On a vu cette ordonnance appliquée aux couvents des Carmes et des Capucins à Ârlon ; elle le fut également aux couvents de Marche et aux autres maisons religieuses de la province.
Cependant les religieux expulsés de leurs couvents continuaient les actes de leur ministère dans les paroisses, ce qui fut réprimé par l'autorité provinciale.
1757, 26 novembre. Ordonnance du Conseil provincial de Luxembourg:
< Son Excellence nous ayant fait connaître qu'ElIe était informée que plusieurs Carmes chaussés expulsés du couvent de Marche et d'autres se trouvant encore répandus dans différents endroits de cette province, qu'ils y prêchent, entendent les confessions, logent chez les curés et s'émancipent de faire des quêtes au préjudice des religieux de l'ordre qui, s'étant soumis aux volontés du gouvernement, se sont rendus dans ces couvents, et sa dite Excellence nous ayant marqué ultérieurement ses intentions 2i cet égard.
La Cour fait défenses à tous et chaque habitant de cette province, ecclésiastique ou séculier, de faire la quête et de loger les dits Carmes ainsi
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LB8 ÉTABLISSRMBim BBLIGIEUX. 885
expulsés, k peine de 300 florins d'amende, déclarant en outre qu'iceux comme réfractaires aux ordres du gouvernement seront tenus comme vagabonds et gens sans aveu et punis comme tels s'ils se retrouvent sous la domination de Sa Majesté.
Voilà quel était un côté de ce régime du bon vieux temps ! L'autorité civile étendait bien loin son pouvoir ; TÉglise était alors dans l'État et celui-ci n'hésitait pas a réglementer beaucoup de choses qui concernaient plus ou moins la religion et le culte. 11 était sérieux dans ses prescriptions et sévère dans l'exécution.
11 me reste k dire quelques mots^d'institutions qui n'existent plus :
Juridiction des évêques. — Tribunaux ecclésiastiques.
Dans les commencements de l'établissement du christianisme, au milieu des persécutions qui frappaient les convertis à la foi du Christ, une autorité en quelque sorte de convention revint aux chefs de la religion chrétienne : il y avait de nouvelles lois, de nouvelles règles annoncées au monde, celles écrites dans l'Évangile. C'était donc aux évéques que s'adressaient les convertis pour décider sur leurs différends. — Que pouvaient-ils attendre de la justice romaine, qui les persécutait jusqu'à la mort?
Plus tard, l'habitude étant prise, les évéques acquirent une juridiction non seulement sur les affaires religieuses, mais encore sur les intérêts civils. C'était la conséquence de la haute position qu'ils avaient prise dans la société et du respect qu'on leur portait.
A part que!(i!ie résistance qui ne devait pas durer, le christianisme était roi dans les Gaule:». De toutes parts, le peuple se ralliait au clergé ; les évoques eurent bientôt, comme un monopole, cette charge sacrée de défenseur de la cité^ tradition romaine, mais agrandie par les idées nouvelles. En place de ce dur et sec vetOy les fonctions du défenseur de la cité avaient quelque chose de touchant, et qu'on ne s'attendait guère à trouver au milieu d'institutions égoïstes et froides. Il était spécialement chargé des veuves, des orphelins et des faibles qu'il devait traiter en père ; c'était l'expression de la loi. A qui cette charge convenait-elle mieux qu'à l'évéque, le protecteur né du pauvre et du petit, à celui qui de tout temps avait été le refuge de toutes les misères et le vengeur de toutes les oppressions (i).
(1) Burette, HUioirs de France, I, 64.
De U^ naquirent plw t«rd encore les tribunaux ecclésiastti|ue8.
Au moyen^âge, à côté de la justice féodale, m rencontrant la }«ridictwn ecclésiastkiae qui connaissait de la plupart des affaires temporelles, îi Fcxception de celles purement féodales. Celle-ci obtenait même la préférence, parce que les juges étaient pliK instruits, que la procédure était ^v» régulière et que les décisions étaient conservées par l'écriture.
Cependant, le pouvoir civil tendait k restreindre cette juridiction, et des ordonnances de l&âl et i622 finirent par détemûser exaeteiient len attributions et les droits des juges des tribunaux spiriliiels.
Après la conquête du pays paff les Français em 4793, les justices ecclésiastiques furent abolies, une nouvelle organisation judiciaire fut établie pour les crimes, les délits et les contraventions, comme pour les intérêts civils entre les citoyens. Il n'y eut plus de tribunaux ecclésiastiques, avec une juridiction spéciale, prononçant des peines dont l'eiécution était remise au bras séculier.
Les églises et les frais du culte (1). Les églises^
Les églises étaient divisées :
En églises mères ou églises majeures.
En égUses filiales on égKses médianes.
En égUses ou ebapeUes snccorsales ou quarte chapelles.
Cette division provenait-elle de certaines redevances payées aux évéques, aux archidiacres et aux doyens par les bénéficiers ? cela est probable.
Selon le droit commun, Tévêque nommait le doyen. Dans quelques diocèses, les doyens étaient nommés par les curés du décanat.
L'église, cbef-lieu du décanat, demeurait la même. Le doyen pouvait être pris dans une autre cure. C'est ce que j'ai fait voir ailleurs ponr le doyenné d'Ârlon.
Les curés et les desservants étaient trèchsouvent nommés par un collatenr ou patron, qui pouvait être une abbaye, un chapitre ou bien un seigneur laïque, mais ils étaient approuvés par l'évêque.
(i) Voir la notice $ur Anlieràé]^ citée ; le IFe/«M0«r#r publié- à Lai[e«ibo«irg, chartes diverses et Vétat a/icien desparoiases dans le comté de Namur^ publié dans les annales de la société archéologique de Namur^ tome XII, p. 347.
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LBS ÉTABLlflSBMBim 1IVL16IBUX. 887
Frais du cuUe,
Dans le principe^ les sacremenls étaient coalérés gnituiteiaent el les ministres du culte vivaient des dons des fidèles et des revenus des fondations établies par oenx^ci.
Ces fondations se multiplièrent et les églises devinrent riches ; mais ai eommeneenent du moyen-àge, elles furent dépouillées par de puissants seigneurs ; piwr les dédommager^ Charlemagne établit tes dtmes. Il y en avait plusieurs :
La grosse, anr les céréales et les grains ;
La menue, sur les légumes et les herbages ;
La novale, sur les terrains nouvellement défiiriehés et mis en eohure ;
Le cbavnage^ sur les animaux : poulains, veaux, poussins, eanpelons, cochons de lait, abeilles.
Les dîmes en général auraient d A revMîr au euré du Keu ponr ses besoins, ceux de son église et ceux des pauvres de la paroisse. Elles ne (ardèrent pas à être partagées. La grosse dime appartenait (M^nairement k l'évéque, k quelque abbaye, à quelque chapitre ou même à un seigneur laïque et le curé ne conserva que la menue dime. Dans d'autres localités^ les curés n'obtinrent que le tiers des dîmes, et afin de leur subvenir, des taiift furent établis pour la cuUation des sacrements.
Il y avait bien les revenus des fondations soit en immeubles, soit en argent et des biens qui étaient affectés à des cures ; mais presque toujours radministrstion en appartenait aux évéques, aui titulaires des églises-mères et aux doyens. Cctle administration s'étendit quelquefois sur les dimes. Que restait-il de loua ces revenus au bas clergé, aux simples desservants des églises de villages 2 Presque rien.
La Construction et Ventretien des églises.
Par qui les églises étaient-elles construites T
Le moyen-âge nous a légué ces vastes et magnifiques monuments religieux qui font aujourd'hui encore notre admiration ; ils furent élevés par les évéques, par les abbés, avec les offrandes et le concours des fidèles ; ce fut l'œuvre des années.
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588 HISTOIRB D'ARLON*
De plus modestes églises ont été érigées par les habitants qui Ycalaieiit, dans leur intérêt, constituer une paroisse et quelquefois, eomme œovre pie, par des seigneurs, par des hommes riches. Souvent, il y avait nécessité de b&tir une église, comment s'y prenait-on ?
Les usages étaient variables.
Dans la province de Namur, le gros décimateur était tenu d'entretenir, de restaurer et au besoin, de rebâtir de fond en comble la nef de l'église. Même obligation pour le transept, pour la tour depuis sa base jusqu'à sept pieds au-dessus de la nef, et pour la grande fenêtre du chœur, ou les deux latérales.
Le menu décimateur, ordinairement le curé du lieu, devait entretenir le chœur.
Les obligations étaient différentes dans d'autres localités.
Les paroissiens devaient entretenir la sacristie, l'école adhérente à l'église et les fonts baptismaux.
Les paroissiens procuraient également le presbytère qu'ils devaient entretenir, les menues réparations étaient à charge du curé.
Le cimetière était aux frais des paroissiens.
Le mobilier des églises nécessaire pour la célébration du culte était fourni par le gros décimateur avec la cloche dite décimale.
Les paroissiens faisaient les dépenses des autres cloches.
Dans le Luxembourg, la construction d'une église, au 16^ siècle, présentait des difficultés presque insurmontables.
Les paroissiens devaient faire les charrois et la main-d'œuvre.
Le curé devait bâtir le chœur, les paroissiens la nef, les décimatenrs la tour et fournir les cloches.
Lorsque l'église était bâtie, les décimateurs devaient contribuer k son entretien et mettre le curé à l'autel avec les ornements journaliers.
Comme on l'a dit, les décimateurs étaient ordinairement le curé pour un tiers, l'évêque ou des établissements religieux pour un autre tiers et des maisons nobles pour le dernier tiers.
H fallait obtenir le consentement et surtout l'argent des décimateurs et le concours des paroissiens ; que de courses I
Par exemple, la tour et le comble de l'église d'Anlier ont été couverts par la paroisse avec deux coupes de chevirons près de la tour ; la nef a été recouverte aux dépens des preneurs de dîmes. H en était ainsi de la
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