CHAPITRE IL
La population.
Qaelie a pu être, pendant des siècles, la population d'un pays dont la masse des habitants, au milieu de quelques classes privilégiées, était attachée k la terre sans déplacement, et accablée, comme on le verra bientôt, d'extorsions de toute espèce, dans une contrée longtemps âpre et sauvage, souvent désolée par d'horribles fléaux.
Suivons cette population pendant la succession des temps, nous aurons sous les yeux des tableaux navrants.
Je dois reprendre les choses d'un peu haut, l'ancienne population trévirienne procédant à la fois du Germain et du Celte.
Les Germains.
Le belliqueux Germain, dit-on, abandonnait, dans son inaction, le soin de la famille, la culture de la terre, la conduite de toutes les affaires, aux femmes, aux vieillards, aux plus faibles de la nation. Mais César constate que les Suèves avaient cent villages, d'où sortaient, chaque année, des milliers de soldats pour faire la guerre. L'autre moitié de la population restait au logis pour nourrir les présents et les absents. Celle-ci, l'année suivante, allait k son tour en expédition et, les autres de retour occupaient la maison; ainsi, ni la guerre, ni l'agriculture n'étaient interrompues (1).
On a dit encore des Germains, qu'ils étaient un peuple pasteur et nomade,
négligeant la culture, qu'ils n'habitaient pas de villes, mais de chétives
' cabanes dont, à la manière des Scytes, ils changeaient annuellement, sans
avoir de résidence fixe. Ceux qui l'aftirment citent des passages de César
et de Tacite (2).
(i) CflBsar, bell. gall. lib. 4, cap. i.
(a) Privait ac séparât! agri apud eos iiihil est, iieque loiigius aiino remanere in loco ÏDColendi causa, licet (Cœ$. bell. gall, lib, i, cap, i). Neque qiiisquaiu agri modum certum, aut lines proprios iiabet ; st-d inagistralus ac
César déclare qae, chez les Germains, nal n'a de champs limités, ni de terrain qui lui appartienne en propre ; que, tous les ans, les magistrats et les principaux chefs assignent des terres, en telle quantité et en tel lieu qu'ils jugent convenable, k chaque famille vivant en société commune.
C'est aussi le sens général de ce que Tacite rapporte : Les champs sont partagés suivant la désignation. La vaste étendue du terrain facilite le partage. On change de champs tous les ans et il en reste encore beaucoup.
Cela veut-il dire que les Germains changeaient tous les ans de campement pour s'établir sur une terre nouvelle?
On ne peut le conclure absolument des termes employés par les deux historiens ; l'interprétation doit venir des faits postérieurs dont nous sommes encore les témoins.
En Hollande, dans la Frise et les provinces avoisinantes, territoires jadis occupés par des populations germaines^ on retrouve l'institution complète de la Marche de l'antique Germanie. Il s'agit de vastes terrains toujours possédés en commun et soumis à une administration particulière. Tous les ans, une partie de ces terrains est partagée entre les habitants pour être cultivée : Arva per annos mutant et superest ager.
Ce que décrivent César et Tacite est la peinture de ce qui se passe dans le Luxembourg habité par les descendants des Tréviriens. Dans cette province, beaucoup de communes possèdent de grandes étendues de terrains communaux. Tous les ans, les chefs de la commune désignent et limitent la partie du terrain qui doit être exploitée ; ils la divisent en lots qu'ils partagent, par la voie du sort, entre les habitants pour y faire leurs semailles.
La culture dans la Marche empruntait principalement le procédé de l'écobuage. De là la nécessité de changer de champ chaque année.
Voilà ce qui se passait dans la Marche germaine^ vaste éclaircie et territoire commun k la tribu. On ne voulait pas faire succéder k l'amour de la guerre les habitudes paisibles d'une culture suivie, le désir d'une propriété territoriale particulière, parce que de là naîtraient des puissants et des faibles, l'inégalité parmi le peuple, le désir du bien-être et des richesses, les factions et les discordes (1).
principes in annos singulos genlibus cognationibusque hominum, qui una coierunt, quantum et quo loco visum est, agris attribuuul afque anno post aUo transire cogunt {Idem, lit, 6, cap. 32).
Agri pro numéro cultorum ab universis in fines occupantur, quos mox inter sesccundum désigna l ion em, portiuntur : facilitatem portiundi camporum spatia praestant. Arva per annos mutant et superest ager. Nec enim cum ui)erta(e et amplitudinu soli labore conteodunt [Tacitus, de mor. genn. cap. 26.)
(1) Gacsar, bell. gall. b'b. 6, cap. 22.
Qoo^<z
Left Germains àeft bords du tlbin avaient vicosy aèdificia et àgràs^ des villages, des fermes, des champs (1).
Le vicus germain, quel était-il ?
Suivant Tacite, de mor. Germ. les Germains t vicos locant non in no6tnim morem, connexis et cobœrentibus aediGciis; suam quisque domum spatio circumdat^ sive adversus casns ignis remedium, sive inscitia dsdificandi. »
Voici comment M. GtlïOT^traduit ce passage :
< Les habitations de ta tribu germaine n'étaient pas contiguës comme elles le sont dans nos villages et éloignées des terres à cultiver. Chaque chef de famille était établi au milieu de ses terres ; sa famille et tous ceux qui les cultivaient avec lui, libres ou non libres, parents, colons, esclaves, y étaient établis comme lui, dispersés çb et lit, ainsi que leurs demeures, sur la surface du^domaine. Les domaines des différents cbefe se touchaiient, mais non leurs habitations (2). >
Les Celles au Gaulois.
On demande quelle pouvait être anciennement la population dans les Gaules. Plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, des expéditions de Gaulois
(i}Caesar, bell. gall. lîb. 4, cap. 4-19*3.
(3) M. Guizot, histoire de la civilisation, 33* leçon.
La description de Tacite rappelle les villages delà Haute Normandie formés de ce qu'on nomme les Masures : celles-ci sont de vastes enclos en herbage fermés de tous côtés par de larges levées de terre sur lesquelles croissent trois ou quatre rangées d'arbres de haute venue, abris nécessaires contre les vents soufflant de la mer. Dans ces enclos où paft le bétail, sont construits la maison du maître et les divers bâtiments d'exploitation d'une ferme, tous séparés les uns des autres, adversus casus ignis remedium. Ces masures sont limitées par des chemins formant des rues et leur ensemble, sur un terntoire étendu, constitue un village qui, de loin, apparaît comme une forêt.
Voyez aussi nos villages flamands : vous avez d'abord ia plac€y c'est le centre, le cceur des habitations, ii peu près le tiers ; c'est là que se trouvent l'église, avec le presbytère, l'école, la maison communale, quelques boutiquiers, des artisans, des ofBciers publics. Ensuite, les deux autres tiers du bourg se composent de fermes espacées bâties au milieu de terres en culture.
Tout cela, n'est-ce pas un souvenir des anciens Germains perpétué chez leurs destendants ? Ccst vraiment le pîcus de Tacite.
£n veQt*on un exemple dans la province de Luxembourg ? Le fisc royal -^Amberlou avait le ckdteau, b demeure du chef, Menil^ la ferme, Lavacherie^ les étables des bétes à cornes, Aviacourt, la basse-cour pour les volailles, Herbaimont^ la bergei*ie, Orreux (Horreuro), le magasin, le refuge pour les céréales. Ces endroits sont devenus des vSlages qui, tous, existent encore aujourd'hui.
La traduction que je fournis de arva mutant et euperest ager, a déjà ^té donnée par U^ie général Renard dans un travail publié sur la Belgique ; ce n'est donc pas une nouveauté, je ne fais que développer une opinion déjà ancienne.
Googh
88 ' HUTOIRB D'ARLOIf.
en Italie et vers l'Orient sont rattachées, croiC-on, soit à un excédant de population que le sol ne pouvait plus nourrir, soit à des troubles intérieurs, ou bien \k une invasion des peuples du Nord qui flt déborder la population refoulée sur les pays voisins (1).
Suivant des auteurs, les Celtes n'habitaient que des chaumières construites en bois, en chaume et en roseaux, de forme circulaire et terminées par un toit pointu, couvert en paille, sans fenêtres ni cheminées (2).
Les demeures des Celtes étaient éparses dans la campagne ; il n'y avait point de villes chez eux, tout au plus habitaient-ils des villages (3).
En cas d'attaque, les Celtes se retiraient dans leurs appida avec leurs ménages, leurs bestiaux et leurs denrées. IJappidum n'était pas une ville, mais un lieu retranché, au milieu des bois (4).
Ces diverses assertions sont-elles parfaitement exactes ? L'ont-elles été à toutes les époques?
D'après César, le pays était divisé en cilés occupant un vaste territoire. La cité renfermait :
i^ Pagus^ un département, un arrondissement ;
2° Pars^ un canton ;
S^ Vrbs et oppidum^ un assemblage d'habitations dans un même endroit ; Voppidum est entouré de murailles, mais n'est pas toujours au fond des bois, environné de marais (5).
Des oppida ont été appelés urbes (6).
Des localités sont nommées par César indifféremment sous les qualifications de oppidum ou urbs CI).
4<> Vicus^ le village ;
(i) César, belL gall. lîb. 6, cap. a4.
L'ezpédilîon commandée yers SSg ou Sgi ans avant J.-G. par Bellowèse «t Sigowèse comprenait 3oo,ooo hommes, dont une partie s*empara de Tllalie supérieure.
L'émigration de 479 ans avant J.-G. dont un des chefs Belgiua pén^îtra en Macédoine, était formée de aoo,ooo guerriers.
(2) Straho, lib. 4. Vitruvius, archît. lib. I.
(3) Polybius t. a. Straho lih. 4 et 5. Titus Livius lib. aa cap. 3o^ lib. 33 cap. 56.
(4) Cœsar, bel!. gaU. lib. 4 cap. 19, lib. 5 cap. ai. lib. 6 cap. 10, lib. 7 cap. 5.
(5) Caesar, bel. gall. lib. 1 cap. 3a-38, lib. a c. 3-6-1 a- 1 3, lib. 3 cap. 9-ia>i4-ao, lîb. 7 cap. a-ia-i3-3a-4a-55-58-69, lib. 8 cap. 2 et 5. Besancon, Bibrax, Soissons, Beauvais, Clermont, Ghâteaulandon, Châlons, Autun, Melun, Alise, Orléans n'étaient pas des refuges au fond des bois.
(6) GsBsar, bell. gall. lib. 7 cap. 36-47-1 4-i5^
(7) CsBS. bell. gall. lib. 7 cap. 33-57-59-90, lib. 6 cap. 44-47. Decise dans le Nivernais, Sens, Lutèce, Provins, Maçon, Reims, Amiens.
Qoo^<z
LA MFUtATIOff. SB
9^ Aedes^ aedifida^ constructions isolées, exploitations rurales (1).
Le6 villes (urbes)^ les forteresses foppida) étaient-elles inhabitées, lorsque le pays était en paix ? Ne renfermaient-elles que pour un temps, une popu* lation casée dans des chaumières informes ? Les habitations des Gaulois n'étaient-elles que des huttes basses semblables à des ruches d'abeilles ? Les druides, les che&, les chevaliers étaient-ils logés comme le peuple en état de servage ?
Les cités gauloises étaient renommées par leur légime social, par leur agriculture, leur industrie et leur commerce ; elles avaient des relations fréquentes avec la province romaine, avec Vltalie et Marseille. Un certain luxe dans les habitudes de la vie commune, dans les vêtements, dans les habitations, était la conséquence naturelle de l'industrie et du commerce (3).
n y avait donc, dans les Gaules, des centres plus ou moins habités, plus ou moins florissants.
Les Belges et les Tréviriens.
Les Belges, au moment de l'invasion de César, avaient aussi oppida, casteUa, vicos, aedes, aedificia, agros ; ils étaient agriculteurs : ils cultivaient des champs, ils élevaient des troupeaux et s'adonnaient li l'industrie, au commerce. La population était sédentaire (3).
Des auteurs ont écrit que le Luxembourg, sous les Tréviriens, était un pays couvert de forêts et de marais ; que la population y était très-rare ; que les Tréviriens n'avaient pas de villes ; qu'ils étaient nomades (4), comme les Germains, leurs ancêtres, s'adonnant peu à l'agriculture, ne vivant que de lait, de fromage et de chair et passant leur vie dans les exercices de la chasse et de la pêche.
Cependant, à l'arrivée. de César dans la cité de Trêves, le pays était partagé entre deux chefs ; il y avait des nobles, des chevaliers et sous eux, le peuple. César dit encore que les Tréviriens avaient la plus forte cavalerie de toute la Gaule et possédaient aussi beaucoup d'infanterie. Chaque fois que Labienus^ lieutenant du général romain, lutta contre les Tréviriens, ceux-ci lui opposèrent de nombreux soldats, tant cavaliers que fantassins.
(i) Cssar, bdl. gall. lib. a cap. 7, lib. 3 cap. 1-6, lib. 7 cap. 14-17. (a) Gnfar, beli. ^l. lib. 6 cap. ai.
(3) Gnsar, bell^gall. lib. 3 cap iS^ig, lib. 5 cap. 28-39, l^b* 6 cap. 6-a4-3i-34-43« lîb. 8 cap. a4-a5.
(4) J'ai expliqué plus haut le sens des mots de Tacite : Arva mutant per anno$ et uiperest ager.
Il y avait éortc Ae là population pour leVët et rassembler t^es armées.
César, quand il est question des Trévirieus, ne mentionne ni oppida^ ti wbesy ni vicos^ ni aedificia. Cependant les Tréviriens les possédaient, tomme les autres Gaulois ; ils étaient les plus civilisés des Germano-Belges : )e progrès social ne s'acquiert que Ik où il existe des centres de population plus ou moins considérables.
Y avait-il alors une ville de Trêves ? C'est probable, si Ton veut se figurer iautre chose que nos villes modernes ; on parait plus certain pour Arloti et Amberlou. Dans les temps antérieurs aux Romains, on reâ'éoAtt^it, dans là province, des foiéts immenses, de vastes étendues de terres vagues, des fàtages, des marais; mais près de là, dans des éclairctes, on trouvait de^ pâturages occupés par des irodpeaux, et des cliamps couverts de îmùïssons : fi y avait là des habitations fi^es et de la population, tout cè^a étàft VeTativement faible et épars. Les anciennes monnaies gauloise^ XKÙk Vvet uù bœuf au revers étaient significatives : elles appartenaient aux régions ardennaises (1). Des noms d'origine celtique indiquent-ils que quelques-uns de nos villages ont a^xpartenu à la période trévirîenne (3) ?
Les luttes avec les Romains diminuèrent la population dans la cité de Trêves, comme dans le reste de la Gaule. Cette dépopulation se comptait par millions, selon les historiens (3).
Suivant M. Schayes^ le Luxembourg ne comptait que douze à quinze •mille habitants. Cependant la cité de Trêves avait une certaine importance. Les Tréviriens se révoltèrent plusieurs Tois contre César et chaque fois^ on le répète, ils lui opposèrent de nombreux cavaliers et fantassins (4).
(i) Od est fixé aujourd'hui 5ur la signîficalion du mol ARDA. d*est le nom d'un chef de confëdérëâ belges; contemporaîn de César, lyes n.'onnâfes portent pour lëgeade àADA, tête de Diane et au revers un bœuf paissant ou bien une t^te d'bomàfie ou wa cbe?nl. On les a attribuées aux peuples habitant la forél des Ardemies ; ou a eu tort de lire dans AHDA le mot Ardenne, Cos monnaies appartiennent aux Pœmanes ou aux Cérêses, peup^s clients des Ti^viriens et liabitâul le Luxembourg {Tteuue numismatique belge» B* série, i. H^,p. 4ia).
(a) On peut l'afiirmer même pour des localités situées dans le Luxsmbourg grandducal ; il s'y trouve une quantité considérable de villages d'origine celtique et dont la «igA{8cati6é, ^\t/ùi à\ï tio'm, n*e peut s'expliquer t|Ue ^Sar lé celtfqû'é. Voir, en^rë autres, le travail de M. de La fontaine sur les étymologics des noms de lieux du Luxembourg, inséré dans les pablications de la Société historique du Grand-Ducbé.
fl) Les auteurs disent que César massacra un million d'ennemis «t en réduisit cm nombre pareil eu esclavage, le reste lui échappa : ce sont deH villes përies dans \ek flamn)es, des populations eutiéres passées par les armes, hommes, femmes, enfants, vingt mille» trert te millei cent mille tués, détruits, le surplus distribué en esclaves aux soldats romains ou vendus â l'encan (Caesar, bell, gali, lib. 3 cap. 33,lib. 3 cap. 2-6, lib. 7 cap. iS-7t-75-76;.
(4) Gxsar, bell. gall. lib, cap. 3-4-47, l>^* ^ ^P* ^^> 1'^* ^ ^^P* ?•
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Ep sidn^e^laol Iç chiffre de douze a quinze mille habitanta po^r 1^ P9i|tie de 1^ cité trévi^rienne occupée par l'ancien Luxembourg, cette populatjioj^i résidait^ qij^çlque part. Il y ayait (jlea liçui habités, peu nombreux si, VoQ, veut, maî^ certains, au milieu des éclaircies dans les forêts. Cette population sédentaire en temps de paix, s'occupait d'agriculture, de l'élève du bétail, peut-être d'industrie.
Le Luxembourg sous les Romains.
On prétend que le Luxembourg était h peu près déser;t sous les Romains. Cette opinion est en opposition avec les faits, avec les découvei^tes ^nt quelques-unes sont récentes.
Quelques noms apparaissent dans les monuments écrits des Romains, Carte de Peutingcr^ Itinéraire (TAntonin^ Constitutùms des empereurs. Notices des dignités de Vempire, tels que :
Mosomacumy Mouzon, Epoisum, Yvoi (Carignan), Slabulum, Étalle,^ Qrolaunum^ Arlon, Manduatum^ Mande près ^ Bastogne, Ambra, Amberlou, Nassonium, Nassogne, Fontes aeidi. Met.
Le long des voies romaiuies qtjiji ont été décrites, ou bien à une certaine distaace dans Tintérieur des terres, existent des ruines soit de campa, soit de réunions, d'habitations, soit de bâtiments isolés ; ces ruines sont nom-, breuses et indiquent une population en rapport avec leur importance. Les. cimetières qui, partout dans notre province, ont été mis au jour, sont le signe d'une population voisine.
La province, sous les Romains, était donc peuplée plus que sous les Celtes, plus qu'on ne le croit communément. Les Gaulois étaient mêlés aux Romains oïl \ivaient à côté d'eux séparément. Aucun nom n'est resté de ces villages, de ces fermes ; il n'y a que des lieux- dits, beaucoup ^^ noms de ces lieux-dits et même de villages semblent d'origine latine (1).
A la fin de l'empire romain, les endroits habités souffraient, les campagnes manquaient de cultivateurs ; c'était la conséquence d'un système d*impdt8 ruineux, insupportables; la production diminuait; le pays se dépeuplait insensiblement.
(i) 11 faut lîre dans les Aéinales cle rinstilut archéologique de la province de Luxembourgy les notices écrites par MM* Gbubej, de Ma.rclie çt Sulboux, curé è Su:s^i/9chai^pj^, sur les domaines occupés par les Romains dans le Luxembourg et que les invasions des Barbares ont ruinés, pour se convaincre combien alors les habitations disséminées dans les campagnes étaient nombreuses. Les découvertes continuent dans rarrondissemenl de Bastogne, dans des contréçs peu esçpjlpréiçs jusqu'à prés/^x^t. £llef ,sp^nt très-ii9Q9f;tam^.,
4) H18T0IRB D'ARLON.
Les Barbares, qai envahirent l'empire romain, ne fondèrent rien dans le Luxembourg; ils traversèrent la contrée, passage obligé, ne laissant partout que des ruines ; le temps les a recouvertes d'une couche de terre ou de forêts ; le hasard, des accidents de culture les ont tirées d'un long oubli.
Population après Vinvasion du v® siècle.
Après la mort de Clovis, la Gaule du Nord, k peu près déserte, commença à se repeupler. Les conquérants tendaient k se fixer.
Grégoire de Tours^ dans un voyage qu'il fit à Trêves en 585, parle de la route de Reims k Trêves passant par Ywy et mentionne presque tontes les localités qui, du temps des Romains, subsistaient le long de cette ronte.
Des établissements furent primitivement aussi fondés par la Foi.
Des religieux parcoururent les solitudes de l'Ardenne afin de convertir les habitants à la loi du Christ. Une chapelle était bâtie avec une cella. Les nouveaux convertis venaient s'établir à côté. Telle fut l'origine de hameaux, de villages.
D'autres religieux, fixant leur séjour dans de profondes solitudes, défrichèrent un sol jusque là infécond ; des abbayes furent fondées avec une royale munificence ; k côté du monastère, un village se forma pour devenir souvent une ville.
D'un autre côté, après la conquête des Francs et l'occupation permanente du sol, il y eut partage des terres entre les vainqueurs (1).
Les Rois s'attribuèrent de grands territoires, et les plus beaux. Les Wttoe des Mérovingiens devinrent des centres d'exploitations rurales.
Augustin Thierry, dans ses Récits mérovingiensy donne la description d'un domaine royal :
c Autour du principal corps de logis se trouvaient disposés par ordre les logements des officiers du palais, soit Barbares, soit Romains d'origine, et ceux des chefs de bande qui, selon la coutume germanique, s'étaient mis avec leurs guerriers dans la truste du roi, c'est-à-dire sous un engagement spécial de vasselage et de fidélité. D'autres maisons de moindre apparence étaient occupées par un grand nombre de familles qui exerçaient, hommes et femmes, toutes sortes de métiers La plupart de ces familles étaient gauloi&es
(i) Il ne faut pas entendre le partage dans son sens ordinaire. Au moment de la conquête, les terres devinrent la propriété du chef de la bande guerrière, et celui-ci, poar récompenser ses compagnons, leur fit présent de fonds territoriaux.
Googh
Des bâtimenls d'exploitation agricole, des haras, des étables, des bergeries et des graages, les masures des cultivateurs et les cabanes des serfs du domaine complétaient le village royal (I). i
Les LeudeSj de leur côté, se Axèrent dans les villas ruinées des Romains, dont les emplacements étaient heureusement choisis, ils les rétablirent et en bâtirent de nouvelles. Leurs manoirs étaient, k l'exemple des fiscs royaux, construits avec une basse-œur peuplée d'ouvriers et de gens de métiers qui formaient la domesticité. Enfin, des hommes libres qui ne possédaient que ce titre, vinrent s'y fixer avec le consentement du propriétaire.
L'accroissement de la population marchait lentement ; les rois francs avaient continué de prélever les impôts publics établis par les Romains. Le peuple soafirit beaucoup des guerres entre l'Austrasie et la Neustrie et des querelles sanglantes suscitées entre Brunehaul et Frédégonde ; il respira un peu sous la main ferme et protectrice de Charlemagne. Les ravages des Normands en 882 et 891 couvrirent le pays de nouvelles ruines.
I La consternation devint si générale, que les grands, comme les petits, saisis de frayeur au seul nom des Normands, songeoient à fuir plutôt qu'à se défendre. Cette terreur au reste n'étoit pas mal fondée, puisque les barbares lalssoient partout de sanglants vestiges de leur cruauté ; et pour ne point tomber entre leurs mains, ou pour éviter les derniers opprobres, il n'y avoit d'autre ressource que la fuite. Us violoient les vierges consacrées à Dieu, mas^ sacroient les ministres des autels, tenailloient les moines, profanoient les sanctuaires, renversoient de fond en comble les églises, dépeuploient les villes et les villages, pilloient les maisons, ravageoient les campagnes, détruisoient les monastères et ne cherchoient qu'à se rassasier de carnage, ou à s'enrichir de butin. Pour surcroît de malheur, les peuples ne pouvoient attendre aucun secours de leurs souverains,' princes amollis par les plaisirs ou divisés par des guerres intestines et par conséquent incapables de combattre des ennemis paissants (9). »
La construction de beaucoup de 'châteaux remonte aux invasions des Normands. Les habitants cherchèrent un refuge sous leurs murs bâtis en général sur les hauteurs et ces agglomérations de maisons furent elles-
(1) Voici les noms de quelques-uns de ces domaines royaux dans-le Luxembourg ancien: Douzy, Sienay, Amtierlou, Laroche, Chiny, Ârlon, Tbionville, Longber, Bitbourg, Echtemach (Maàiilon^ diplomatique), (3) Berihoiet, II, 445.
4^ HISTOIÇE I^'AW-O^
mêmes closes de murailles, afin de les mettre k l'abri d'une surprime extérieure {Edit (ie Charles-le-Chauve de 864).
c Le possesseur du fief s'établit dans un Heu isolé, élevé, qu'il prend soin d,e rendre s&r, fort, il y construit ce qu'il appellera son château. Avec qui s'y éiab)U-il t avec sa femme, ses. enfants ; peut-être quelques hommes libres qui n^ sont pas devenus propriétaires, se sont attachés à sa personne et continuent à vivre avec ^ui à sa table. C'est là ce qui habite daus L'intérieur' du château. Tout autour^ au pied, se groupe une petite population de colons, de serlEs qui cultivent les domaines du possesseur du fief. Au milieu de cette population inférieure, la religion vient plaoter une église; elle y amène un prêtre (1). •
Population au moyen-^ge.
Les longs troubles de la Lorraine au x» siècle, sous les successeurs de Charlemagne, arrêtèrent l'accroissement de la population.
c Tel était l'état de la Lorraine : on n'y faisoit la guerre que pour sa propre destrnctîop, et les victoires n'aboutissoîent qu'à brûler, à piller et à désoler les campagnes. On y répandoit le sang des pauvres peuples et les seigneurs se croyoient bien récompensés, lorsqu'à ce pri:^, ils avoientaffaibli leurs ennemis, ou gagné quelques pouces de terrain pour leur agrandissement (2).
Les guerres des nobles entre eux se perpétuèrent ; elles avaient pour théâtre la plaine, où se trouvaient la cabane, le champ du serf, tandis que le seigneur se renfermait intact dans les murailles de son castel.
Pour se faire une i(iée des maux que souffrait le peuple, qu'on. Use ce qju'ont écrit les auteurs sur l'état social k la fin du xi® siècle.
Va terre était trempée du sang des hommes massacrés, cette terre indisciplinée, sans un chef qui sut la gouverner. Quiconque tombait en la puissance d'un çunemi, souffrait desi t^purqents ^ cruels, qi^ç la mort lui é^îf préférable à la vie (3^.
(i) M. Guizot, çssais.
C2) Bertholet^ II, 5oSb
(3) ^gidîus aur, val* c. la.
ïlepleta fuerat hsac terra sanguiue occisorum, terra absque gubernalore,
terra indisciplinata Quicumque
veniebant in captionem îoimicorum 'suorum, tam crudeli morte torquebantur, ut mors eisi melioressetqiiam vita.«.
LA PCMLATIM. 4ë
Ott dMraha lui remède à iras ees maux*
c Comme jl se commetioit en ce tems beaucoup de vols et de rapines, qui réduisoient beaucoup les gens à la mendicité^ Henri, évéque de Liège, fit la paix avec Albert III, comte de Namur, et du consentement des Primats et des barons, qui possédoîent dans le diocèse des duchés, des marquisats, des comtés et des fiefs dépendants de l'empire, il établit une loi aussi équitable qu'avantageuse aux pauvres et aux riches, aux nobles et aux roturiers. Il fut donc décerné que personne ne portât des armes, dans le diocèse de Liège, les jours de fête et les dimanches et n'y fit aucun brigandage, sous peine, pour les hommes libres, de perdre leurs biens et d'être bannis du diocèse, et pour les eaeiaves d'avoir la main droite coupée et d'être excommuniés (1). •
Ici, se place un épisode concernant notre province. Henri, comte de Laroche, n'avait pas accepté la loi proposée par Tévéque de Liège. Les seigneura qui l'avaient souscrite, vinrent l'assiéger dans son château. Après une longue résistance, le siège fut levé, et Henri demeura libre d'acquiescer â la pads de Dieu.
Cela se passait en i088. Les guerres de château k château, les pillages n'avaient pas cessé aa siècle suivant.
Noosavoiis trouvé notre abbaïe(Stavelot) troublée et vexée par les fréquentes rapines et les butins que vos officiers et autres sujets ont faits sur nos terres ; il seroit trop long de raconter les maux qu'ils y ont causés, mais entre autres ils ont enlevé à Pukienmei cent bétes â cornes, cent-vingt moutons, huit porcs et trois dhèvres, & Beringeval, seize animaux, à la métairie i*Ehrinben, vingthuit bœufs et en un autre village voisin de votre château, vingt- quatre, usant ie reptésailles de ce que le frère de notre Mayeur de Lemeau^ avoit seulement pria vingt veaux àq4ielqu«s*uns des^ vôtres. Noas espérons de votre justice que vous condamnerez ces voies de fait qui sont sî contraires â la bonne police. Il eai vffii«qa'«ltesont été occasionnées par notro Uayeur de Isnem^ lequel a bit crever les yeux â on de vos siyets, i^arce ^u'îl avoit enlevé la femme d'un des nôtres ; mais il avoit permission des vôtres de poursuivre l'iniqne ravisseur, et de le punir selon la grandeur de son crime, s'il le pouvoit faire prisonnier (â).
Toutes ces luttes fréquentes s'étendant partout, la féodalité qui n'avait établi que des seigneurs et des serfs, des hommes de la glèbe, les charges dont ceux-ci étaient accablés, tout cela avait porté ses fruits.
( I ) Chronique belge.
il) LMire 4oi,éc Wib»kl« au ooiole àû Salin, H«un, écrite «ii 1149.
Dès le X® siècle, après les invasions des Normands et les guerres de la Lorraine, la population agricole avait à peu près disparu et les seigneurs ne possédaient plus que de vastes étendues de terrains stériles. Cette situation, qui blessait si vivement leurs intérêts, devait appeler un remède.
Dans le cours des xu9 et xiu^' siècles, le seigneur offrit de la terre au manant, en retour de quelques avantages : Il lui donnait la terre, le bois, le pâturage, une diminution des tailles et des corvées, un peu de liberté.
Le seigneur demandait sa part des produits ou une redevance annuelle en bétail, en volaille, en œufs, etc., en blé, en seigle, en avoine, en lin, en cire, en huile, etc.
Il y avait nécessité pour le seigneur d'accorder le bois et le pâturage, car il fallait se loger, se chauffer, nourrir le bétail. On concédait encore Tusage des eaux, le droit de pèche dans les étangs et les rivières. Les colons ne pouvaient vendre leurs droits, ni les bois, ni la braise, ni les cendres.
En France, les insurrections pour l'établissement des communes avaient commencé dans le cours du xi<^ siècle. Il y eut entre les seigneurs et les citains des luttes qui amenèrent des concessions. Celles-ci furent souvent reprises par les seigneurs ; de là des guerres dans lesquelles le pouvoir royal intervint et finit par remplacer les seigneurs, tout en restreignant les libertés d'abord concédées aux communes.
C'est k peu près vers le même temps que débute l'aOranchissement des grandes communes belges des Flandres et du Brabant, qui luttèrent plus tard contre leurs comtes et leurs ducs.
Dans le Luxembourg, le pouvoir souverain alla au-devant du vœu des habitants. Ermesinde et Waleran commencèrent par affranchir Echtemach en i236, puis Thionville en iâ39 et Luxembourg en 1244.
L'exemple donné par Guillaume aux blanches mains, auteur de la loi de fieaumont, et par les comtes de Luxembourg, fut suivi par les seigneurs possesseurs de fiefs (1).
(i) Liste des locaUtës appartenant à Tanoîen Duché de Luxembourg, qui furent affranchîes par leurs seigneurs. Â quelles conditions? Je le dirai dans d'autres chapitres.
1 188, Beaufort. — ia4a, Laffertë. — i343, Stenay, confirmation. — ia45, Gembes. — 1347, Brouenne. — 1261, Bellefontaine. ~ 1362, Marville. — ia54, Limes. — laSS, Raucourt et Haraucourt. — 1268, Tintigny, Han, Poncel, Houderoont. — ia58 et 1260, Saint-Mard et Vieux- Virton. ~ 1261, Brieule-sur-Meuse. — 1267, Les Abbyes. — 1^68, Herbeumont. ~ 1270, Virton. ^ Montlibert, Signy et Vaux (les moines}. — 1273, Floren ville. ~ 1274^ Nassogne. — 1280, Longwy. — 1282, Dampvillers. — 1284, OUxie, Vance. — * ia85^ Montigny. — 1286^ Mont^Saint-Martin. — 1287^ Quincy et Chaufour. —
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Veat-on savoir comment la popalation a marché depaia rinvaaion des Barbares? Je donne en note les dates des chartes dans lesquelles des localités sont nommées (1).
lagi, Ambedeux, Vaux, Euîllj' et Tëtagne. — Vaux près de Moazon. — i3oo, Etbe. — i5oi, ChÎDj, Torgny. — iSoy, Mons et Sassey. — • i3i7, Grane. — iSaS, Rouvroy. — i3a7. — Marche. — i33i, Laroche. — i34a, Villy. — rSôg, HarooDCOurt. — 1378, Villers-devant-Orval. — 1471, Sain le-Marie (Etalle). — 1476, Montquîntin, Gouvreux. — i584, Sugny. — i6o5, Miissy-la«Ville (Le record du 6 juillet constate uo état de choses ancieii). — 1686, Sommethonne (Même observation). — 1768, Confirmation d'andens prlyil^es pour Grandcourt, le Mesnil et Ruelte la petite. — > 1758, Confirmation d'un ancien ëlat de choses pour Etalle, Buzenol et Sainte-Marie.
Dés 1337, ^ J vwX des bourgeois à Boatogne^ ce qui indique un endroit afiranchi auparavant. ^
Arton n'avait pas cessé de Fétre.
Un coup d'œil jeté sur cette liste montre que le mouvement vers l'affranchissement des villages luxembourgeois, fut assez avancé dans le courant des xiii* et xiv« siècles. Pourquoi s'est-il arrêté dans les siècles suivants ? Est- ce que Texpénence ne fut pas aussi décisive qu'on l'avait espéré soit pour l'intérêt des seigneurs, soit pour l'avantage des habitants^ pour lesquels il pouvait n'y avoir de libertés que dans les formes ?
ARRONDISSEMENTS
Arlon.
Bastogne»
Marche,
Neufchàteau,
F'irton.