‹ Histoire d'AuvergneChapitre 3 sur 119 · GO · texte numérisé non relu

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Nous laisserons pour quelques moments l'Auvergne et nous nous transporterons dans TOrient pour y voir un seigneur de cette province qui s'attira, par son zèle pour la foi et par les grandes actions qu'il fit pour défendre Théritage de Jésus- Christ, une réputation immortelle. Cet homme, qui a fait la gloire des Hospitaliers de Saint- Jean de Jérusalem, était Guérin de Montaigut sur Champeix. Il avait pour père Pierre de Montaigut, et pour mère Alix ou Alasie. Ce père fut heureux en mettant au monde six enfants mâles qui donnèrent dans le même temps un éclat à sa maison que l'on aurait de la peine à découvrir dans une autre. Le premier, qui eut le même nom que son père, prodigua son sang à la bataille de Masoure en combattant sous les yeux de saint Louis; le second fut Astorg de iMontaigut, archevêque de Nicosie, dans l'île de Chypre; le troisième, appelé Foulques, fut évoque de Lidde, dans la Terre- Sainte; le quatrième, nommé Bernard, fut évêque du Puy, tendrement aimé du roi saint Louis; le cinquième, que ses errandes qualités élevèrent à la diç^nité de maître des Templiers, avait le nom de Pierre ; et enfin le sixième, nommé GuérJn, qui surpassa en mérite tous ses frères. Son zèle et sa valeur lui firent embrasser la règle des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. La force de son génie, sa prudence, sa piété et les hauts faits par lesquels il s'était signalé dans mille rencontres, le firent choisir pour être à la tête de cet ordre qui remplissait de son nom les trois parties du monde. Il fut élu en 1206, après la mort de Geoffroy Le Rat, de la Langue de France. Il en fut le quatrième grand maître. Une de ses premières et brillantes actions fut d'affermir sur le trône d'Arménie, Léon, qui était attaqué d'une manière cruelle par le sultan d'Iconium.

Le pape Innocent ayant excité d'une manière si ardente tous ceux qui assistaient au concile de Latran à prendre les armes, ils ne purent pas résister à un pape qu'ils crurent inspiré de Dieu et qu'ils étaient par conséquent obligés à lui obéir. André, roi de Hongrie, fils de Bala III et de Marguerite, fille de Louis le Jeune, se détermina sur-le-champ à

partir. Le saint-père, sachant Tardeur de ce roi pour cette entreprise, l'exhorta de ne former aucun projet sans la participation du grand maître des Hospitaliers. Ce roi, de son côté, qui aimait tous les hommes d'un mérite distingué, avait conçu tant d'estime pour lui qu'il n'avait compté en prenant les armes que sur sa valeur et sur sa sagesse. Aussi ne réglat-il aucune opération de guerre que par ses conseils. Il fut si fort touché de tout ce qu'il vit faire d'éclatant aux chevaliers conduits par un tel grand maître, qu'il demanda avec beaucoup de zèle d'être associé dans l'ordre en qualité de confrère, et afin qu'ils conservassent la mémoire d'un roi qui s'était fait une gloire d'être de leur corps, il donna à perpétuité à l'ordre sept cents marcs d'argent à prendre sur les salines de Saloch, en Hongiie. Il n'y eut point d'affaires de conséquence dans la Palestine et dans l'Europe qu'on ne lui communiquât et sur laquelle on ne voulût avoir son avis. Mais sa sagesse ne parut jamais avec plus d'éclat que dans les démêlés du pape Grégoire IX et de l'empereur Frédéric. Il se conduisit en Palestine, dans ces temps de trouble, d'une manière à ne point perdre l'amitié et l'estime du saint-père, dont l'autorité était si respectable dans son ordre, et à ne point aigrir Frédéric si ce prince avait pu modérer ses emportements contre le chef de l'Église. Après tant de belles actions que le grand maître avait faites pendant vingt-trois ans qu'il avait gouverné les Hospitaliers, il ne faut pas être surpris s'ils pleurèrent sa mort qui arriva en 1230. L'auteur de l'histoire des chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem dit qu'il était de la maison de Montaigut en Auvergne, homme de grande valeur et prudent, et qui fut fort honoré et aimé des princes chrétiens, et à sa mort extrêmement regretté de ses religieux. On verra par le détail que nous donnerons de tout ce qu'il fit de grand qu'il n'y a point d'éloges qu'il ne mérite.

Tandis que Guérin gouvernait avec tant de sagesse les Hospitaliers, il perdit, en 1223, un des plus zélés de son ordre [sic), Philippe-Auguste, un des plus habiles de nos rois dans l'art de régner. Louis VIII, son fils, régna après lui et ne fut pas

longtemps sur le trône. Il marcha contre les albigeois ; sa santé rempocha de finir une guerre dont les commencements lui promettaient un heureux succès. A son retour, il prit son chemin par l'Auvergne, et, sentant affaiblir entièrement ses forces, il fut obligé de s'arrêter à Montpensier, où sa maladie augmenta si fort qu'elle le mit au tombeau le huitième de novembre de l'année 122G. Son corps fut porté à Saint-Denis. L'abbaye de Saint-André-lès-Clermont eut le bonheur d'avoir le cœur de ce vertueux roi, qui fut déposé dans l'église célèbre par les tombeaux dos anciens dauphins d'Auvergne.

Après sa mort fut mis sur le trône des Français un roi qui, ne voulant plaire qu'à Dieu seul, fit le bonheur de ses peuples et fut l'admiration de tout l'univers. Aussi sut-il joindre à une éminente sainteté, un courage et une valeur qui étonnaient ses ennemis, et une science dans l'art de régner qu'il possédait en véritable chrétien au suprême degré. Il fallait, en effet, que le mérite de Louis eut quelque chose de bien supérieur à tous les héro^ qui avaient été avant lui, puisque des peuples barbares et infidèles voulurent en faire leur maître.

L'église de Clermont eut aussi le bonheur de voir, dans sa chaire épiscopale, un homme qui, pour le faire connaître en un mot, eut la confiance du saint roi dont nous venons de parler. Cet évêque fut Hugues de La Tour, que le clergé choisit pour occuper la place de Robert d'Auvergne, quand il se démit de l'évêché de Clermont, en 1227. Il était fils d'Arbert II, seigneur de La Tour-du-Pin, et de Marie d'Auvergne, sœur de Guy II, comte d'Auvergne, et de Robert, auquel il succéda. Il pratiquait la règle de saint Benoît quand il fut fait évêque. Sa piété, qu'il avait soin de nourrir de la méditation des choses saintes, le fit connaître à saint Louis, qui lui donna toute sa confiance. Robert III, comte d'iViivergne, ayant donné une église qu'il avait fait bâtir à Herment, à l'église de Clermont, avec tous ses droits, dîmes et oblations, en lluO, les chanoines, sur les représentations qu'on leur fit que rien ne se-

rait plus utile au peuple de ce canton que d'ériger une collégiale dans le lieu d'Herment, abandonnèrent les revenus qui leur avait été donnés pour en faire jouir douze ecclésiastiques dont le chapitre serait composé, qui auraient à leur tête un doyen. Ils se contentèrent, pour faire connaître que l'église de la nouvelle collégiale était entièrement de leur dépendance, d'un cens de quinze livres, monnaie de Glermont. Ce qui fut approuvé par l'évêque Hugues, qui approuva aussi que Ton érigeât en collégiale l'église de Saint-Pierre, à Glermont, qui était desservie par des clercs de la cathédrale. Il fallait le consentement de la mère église à laquelle ils étaient soumis. Ils le demandèrent en 1242, et ils ne trouvèrent aucune opposition à leur désir. On exigea que leur chapitre paierait tous les ans à la cathédrale, comme une redevance, vingt-cinq livres, dix livres au doyen et dix livres de cire à l'évêque de Glermont. On exigea aussi que le doyen et chaque chanoine» après avoir été installés dans le chœur de leur église, ferait serment de fidélité au chapitre et à l'église de Glermont, dans l'endroit où l'on a coutume d'assembler les chanoines. On exigea encore quelques autres conditions qu'on lira dans l'histoire.

Le roi saint Louis et la reine Blanche, sa mère, faisaient tant de cas de l'évêque Hugues, qu'ils le consultaient dans les affaires les plus importantes. Ils le chargèrent d'une négociation qui demandait une grande dextérité pour terminer une guerre qui pouvait allumer un grand feu dans le royaume- Piaymond VII , dit le Jeune , avait fait sa paix avec le roi et avait promis sa fille Jeanne en mariage à Alphonse, frère du roi, et. qu'après sa mort, son comté de Toulouse passerait à son gendre et aux enfants qui en naîtraient ; et que si leur postérité venait à manquer, le comté serait dévolu au roi et après lui à ses enfants. Ge prince, faisant réflexion au traité honteux qu'il venait de faire et animé par des seigneurs qu'il croyait de ses amis, ne fut occupé que de la passion de se venger. Ge qu'il aurait fait sans les manières douces et insinuantes de l'évêque de Glermont, qu'on lui avait envoyé avec

Imbei'l de Beaujeu, pour le faire rentrer dans son devoir et dissiper en même temps un orage qui pouvait avoir des suites.

Tandis que Tévèque Hugues s'attirait de plus en plus, par sa sagesse, la confiance de saint Louis, l'église d'Auvergne donna à celle de Paris un de ses plus saints et de ses plus savants évèques. On n'aura point de peine à en convenir lorsqu'on nommera Guillaume d'Auvergne ou de Paris, dont la patrie était Aurillac. L'école de Paris où il avait été élevé le rendit un des docteurs les plus célèbres qui eiit paru dans cette université. Il succéda en 1228 à l'évoque Barthélémy, recommandable par sa piété et sa grande suffisance dans le droit civil et canonique. Il donna d'abord des marques éclatantes de son zèle pour arrêter un désordre qui le faisait gémir depuis longtemps, qui regardait la pluralité des bénéfices, qu'il regardait comme un monstre. Qui n'envisagerait point, dit-il lui-même, comme une chose monstrueuse, un clerc revêtu des dépouilles de la maison de Dieu, lorsque bien souvent il en devrait être chassé? Peut-on voir sans gémir, ajoutet-il, un clerc doyen dans une église, prévôt dans une autre, chantre dans celle-ci et archidiacre dans celle-là? Il fit tenir une assemblée, dans le chapitre des frères-prêcheurs, des plus célèbres docteurs, où il se passa des choses qui satisferont la curiosité du lecteur.

Guillaume de Paris ne fut pas le seul évêque que l'église d'Auvergne vit sortir de son sein. Celle du Puy reçut dans son siège un Auvergnat dont la vertu devait avoir bien de l'éclat puisqu'elle l'avait fait tendrement aimer du roi saint Louis. Il était de l'illustre maison de Montaigut, frère du grand maître des Hospitaliers. Il succéda à Bernard de Rochefort dans l'évêché du Puy, en 1236. Le saint roi, qui n'avait de penchant que pour les gens de bien, voulait sans cesse avoir auprès de lui ce saint évêque, surtout dans les saintes et éclatantes cérémonies qu'il faisait quelquefois, comme il arriva lorsqu'il reçut avec tant de vénération les reliques qu'on avait apportées de Venise. Il voulut être accompagné de l'évêque du Puy et lui fit part d'une partie des trésors qui faisaient

toute sa joie. Après avoir donné mille marques de son zèle pour la sanctification de son peuple, il mourut le vingt-troisième jour de février de Tannée 1248. Après sa mort, l'église d'Auvergne donna encore à eelle du Puy un évêque du nom de Guillaume de Murât, frère de Pierre de Murât qui avait épousé Gaillarde de La Tour, fille de Bernard de La Tour, septième du nom, et de Jeanne de Toulouse, et neveu de Gérard de Gros , archevêque de Bourges. Il fut chargé de quelques affaires importantes par le pape Innocent IV qu'on lira avec plaisir. Il mourut en 1250.

Nous commencerons à parler de la piété de Hugues, qui le rendait très cher au saint roi ; aussi l'avait-il toujours auprès de lui dans les jours où ce saint roi faisait avec plus d'éclat quelque action de piété. Car le bel édifice de la Sainte-Chapelle que nous admirons encore aujourd'hui, étant dans sa perfection en 1247, il en fit la dédicace avec tout l'éclat que demandait une cérémonie si auguste. Ce saint roi dont le zèle était ardent pour tout ce qui regardait la religion, s'y trouva et voulut être accompagné de l'évêque de Clermont et de tout ce qu'il y avait de grand à sa cour.

Ce bon prince, dont toute la vie n'était qu'un enchaînement de saintes actions, porta après cela toutes ses vues à accomplir le vœu qu'il avait fait d'aller en personne arracher des mains des infidèles le tombeau de Jésus-Christ. L'évêque de Paris, Guillaume d'Auvergne, jugeant que ce serait fort inutilement qu'il s'opposerait à ce pieux dessein, prit la croix qu'il avait demandée et la lui attacha. Le saint roi voulut avoir avec lui dans cette sainte expédition l'évêque de Clermont. Avant son départ, il fit son testament dans lequel son église se ressentit de ses bienfaits par l'acquisition qu'il fit de la dîme de Jensac qu'il unit à la mense épiscopale et assigna dessus le revenu des quatre vicalries qu'il fonda dans sa cathédrale, à raison de vingt septiers chacune. Le roi , qui l'aimait beaucoup, eut la douleur de perdre bientôt ce saint évoque. A peine fut-il arrivé en Egypte qu'il tomba malade, et Dieu couronna ses travaux par une sainte mort, le 28 décembre

de l'année 1249. C'est à lui que Ton est redevable de la magnifique église cathédrale. Il en avait fait jeter les fondements avant de s'embarquer pour le voyage d'outre-mer.

Un grand nombre des seigneurs d'Auvergne, à l'exemple de leur évoque, pénétrés de la vénération qu'ils avaient pour leur roi, voulurent l'accompagner pour partager avec lui tous les périls auxquels son zèle pour la religion Fallait faire exposer. Les plus illustres furent Bertrand de La Tour, septième du nom; Jean, seigneur de Rochefort et de Préchonnet; Gautier de La Guesle ; Helin, seigneur de Salers, sur lesquels nous dirons des choses qui ne déplairont point et qui sont extraordinaires , surtout celles que nous rapporterons du seigneur de Salers.

Nous reprendrons ensuite l'histoire de nos évoques par le successeur d'Hugues de La Tour. Ce fut Guy de La Tour-du- Pin, fils d'Albert de La Tour-du-Pin, premier du nom, et de Béatrix de Coligny. Il avait embrassé la règle des frèresprêcheurs dans le couvent de Clermont , dès l'âge de quinze ans. Il fut élu par le chapitre en 1270, n'ayant encore que dix-huit ans. A peine eut-il été sacré, qu'il se forma un orage contre lui par le comte d'Auvergne, Robert, qui prétendait rentrer dans des terres dont l'évêque était en possession, croyant qu'il serait appuyé par Alphonse, frère du roi, qui possédait le canton de l'Auvergne, que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de duché d'Auvergne, dont le chef-lieu est la ville de Riom. Les lieux qui faisaient les sujets de la querelle étaient Mauzun, Lezoux, Laps, Issandolanges et quelques autres moins connus. Des amis communs arrêtèrent ce feu qui pouvait avoir des suites. L'accommodement fut fait par une transaction dont furent médiateurs Raoul, comte de Genève, Albert de La Tour-du-Pin, dit le Jeune, frère de l'évêque, et Guillaume, seigneur de Raffie. On régla que les châteaux de Mauzun et de Lezoux avec toutes leurs appartenances et dépendances, avec le fief de Bertrand Frenaud, qui commençait à la rivière d'Allier, demeureraient à perpétuité à l'évêque, lequel, de son côté, aban-

donnerait au comte les châteaux dlssandolanges, de Laps et tout ce qu'il prétendait à Chalandrat, situé au delà de la rivière.

Il eut encore un grand démêlé avec le comte Alphonse qui, ayant obtenu, pour son apanage, la partie de l'Auvergne qui fut appelée la Terre-d'Auvergne, Terra Alverniœ. qui avait été enlevée à ses comtes, il en prit la qualité de comte et prétendit que la ville capitale était à lui. Mais l'évcque ayant présenté une requête au saint roi, dans laquelle, après lui avoir exposé qu'il tenait de lui sa ville épiscopale, il suppliait Sa Majesté de ne la jamais mettre hors de sa main et puissance royale. Ce qui lui fut accordé par lettres patentes par lesquelles le roi lui promit de ne jamais mettre hors de l'obéissance de la couronne de France la ville de Clermont. Elles sont de l'année 1269.

La maison des comtes d'Auvergne donna un archevêque à l'église de Vienne, qui fut Guy d'Auvergne, frère du comte Robert V. Il était prévôt de Lille-en-Flandre, archidiacre de Tournai, écolastre de l'église de Cologne et abbé de Saint- Germain, à laquelle abbaye il devait être nommé par son frère qui, à cette occasion, eut de terribles assauts à soutenir contre un chanoine de Paris qui disputa avec beaucoup de vivacité ce bénéfice à son frère. 11 avait encore un frère nommé Guillaume d'Auvergne, qui était chanoine de Lille et de Lyon, archidiacre de Liège et prévôt de Saint- Donatien de Bruges; peu s'en fallut qu'il ne se vît placé dans l'évêché de Liège. On ne sera pas surpris de voir ces deux frères posséder ces bénéfices en Flandre, lorsqu'on saura que leur père Guillaume X, comte d'Auvergne, avait épousé Alix de Louvain ou de Brabant, fille d'Henri Y% duc de Brabant, et de Mahaut de Boulogne. Nous ajouterons que c'est par là que le comté de Boulogne entra dans la maison d'Auvergne. Ces deux frères ne furent pas les seuls de cette province qui furent l'ornement de quelques autres églises. La maison de Polignac , si illustre par le sang des Apollinaires dont elle se flattait avec raison de descendre, avait donné un évêque à

l'église du Piiy. Son nom était Armand do Polignac, fds de Pons Ilf, vicomte de Polignac, et d'Alcinoïs de Montlaur, qui répandit ses bienfaits sur sa cathédrale et sur plusieurs maisons religieuses.

L'évéque de Clermont fit voir aussi des effets de sa libéralité à l'égard de Tabbaye de La Chaise-Dieu, à laquelle il donna l'église de Saint-Jean-des-OUières et la chapelle d'Olliergues. Il ne fut pas longtemps à se repentir d'avoir été si libéral. Les religieux oublièrent bientôt la reconnaissance qu'ils lui devaient pour un tel bienfait ; ils lui refusèrent hautement de lui rendre les droits épiscopaux. Quoiqu'il eut été religieux, il ne laissait pas de vouloir les ranger à leur devoir, et il en serait venu à bout s'ils n'avaient pas trouvé de la faveur auprès du pape Urbain IV. Il était aussi bien difficile d'exiger quelque soumission des abbés à qui il était permis de se montrer aux grandes fêtes avec la mitre en tête, la crosse à la main, donnant la bénédiction au peuple.

Les chanoines de l'église du Port n'en usèrent pas de même, et firent voir d'une manière bien généreuse combien ils étaient sensibles aux marques effectives de bonté que leur donnait ce grand évêque. Ils lui abandonnèrent, en 1263, et à ses successeurs, la nomination à la seule dignité de leur chapitre, qui est le doyenné.

Nous ne manquerons pas de parler de ces jours heureux dans lesquels l'évoque et les chanoines et tous les citoyens de Clermont virent paraître dans leur ville le plus saint et le plus grand de tous les rois. Tout retentit des cris d'allégresse à sa réception. Tous les cœurs étaient contents à la vue d'un si bon prince. Le sujet de sa venue augmentait encore le ravissement dans lequel sa présence mettait les peuples. Ce bon roi s'était rendu à Clermont, accompagné de tous les grands de son royaume, pour une action bien éclatante, puisqu'on y devait célébrer le mariage de son fils, Philippe le Hardi, avec Isabeau, fille de Jacques, roi d'Aragon, et d'Yolant, fille d'André, roi de Hongrie. Il le fut, en effet, le jour de la Pentecôte, le 27 mai 1262, dans l'église cathédrale, par l'évoque

assisté de tout son clergé, en présence du roi, de Robert V, comte d'Auvergne, de Robert II, dauphin d'Auvergne, des princes, du légat du pape et d'un grand nombre de seigneurs qui se trouvèrent à cette cérémonie qui se fit avec un appareil digne d'une action si auguste.

Un grand nombre d'évêques s'étant trouvés à Clermont pendant cette magnifique fête, s'assemblèrent en présence du légat d'Urbain IV pour traiter de plusieurs affaires de conséquence. On croit que cette espèce de concile se tint dans le couvent des frères-prêcheurs. On y montre encore à présent la chambre du légat et les cellules où l'on prétend qu'étaient logés les évêques. C'est apparemment ce concile que M. Dupin traite de synode, qu'il place en l'année 1263.

Peu de temps avant que se fît l'auguste cérémonie dont nous venons de parler, l'évêque de Clermont pleura la mort de Robert P', comte de Clermont, dauphin d'Auvergne, avec lequel il était lié d'une amitié des plus étroites. Nous donnerons dans toute son étendue son testament. Outre que c'est un beau monument de la piété de ce comte, on y lira des particularités tout à fait singulières. Son fds, Robert II, donna des marques de son amour pour l'église de Clermont par un acte qu'il fit après la mort de son père, par lequel il déclare reconnaître, à l'exemple de ses ancêtres, tenir en fief de l'évoque de Clermont, le château de Champeix et ceux de Plauzat, d'Aurières, de Pontgibaud, de Montrognon, de Chamalières, avec leurs dépendances, et tout ce qu'il a à Clermont, à Montaigut, à Ruhan, que le seigneur de Montaigut tient de lui. II avoue encore tenir de l'évêque les fiefs d'Aubière, de Montrodez, d'Opme, de Chanonat et de Reaumont, qui sont des dépendances de Montrognon , et celui de Vernines , qui est une dépendance d'Aurières. Il fait l'hommage de toutes ces terres à l'évêque de Clermont et avoue que ses successeurs sont obligés de suivre son exemple, comme il suit celui de ceux qui l'ont précédé, et afin de rendre cet acte irrévocable, il y apposa son sceau au mois d'août de l'année 1263, étant à Gournon.

L'église de Clermont trouvait dans son sein, comme elle a toujours fait dans la suite, des hommes qui non seulement défendaient avec chaleur son patrimoine, mais qui Taugmentaient même de leur propre bien. Un de ses doyens, nommé Guillaume de Cebazat, de qui elle avait déjà reçu, en 1258, dix setiers de froment de rente en directe, qui devaient être pris sur le territoire de Rabanesse, lui donna de plus, en 12G3, par testament, la maison et la dîmerie qu'il avait en commun avec l'abbé de Saint-Alyre, au territoire de Sezal. Ce doyen était un homme de mérite, puisque l'évêque de Clermont, Hugues de La Tour-du-Pin, l'avait fait son vicaire général et qu'il fut souvent nommé juge dans des affaires de conséquence, comme il le fut d'un grand différend qu'une action très criminelle avait fait naître entre l'abbé de Thiers, la prieure du monastère de Courpière, et Etienne, damoiseau et seigneur de Maubec, dont on racontera ce qui y donna lieu. Nous n'oublirons pas non plus l'action d'un chanoine de la cathédrale, homme de qualité, nommé Géraud Dalmas, qui s'attira bien des chagrins par une conduite qui déplut extrêmement à son chapitre, qui fît paraître dans cette occasion une grande fermeté. On découvrira, dans la narration de cette affaire, le zèle des chanoines à punir ceux de leurs confrères qui s'écartaient quelquefois de leur devoir, dans des choses même qui semblaient n'être point criminelles. On sera ravi de voir la manière dont ils procédaient dans ces occasions. S'ils eurent quelque sujet de plaintes de ce chanoine, leur corps reçut beaucoup de gloire de la conduite de deux autres qui étaient tous deux d'une maison illustre. L'un était de celle de Saint-Nectaire et l'autre de celle de Montgascon. Le premier, appelé Casto de Saint-Nectaire, était fils de Louis de Saint-Nectaire et d'Alix. Il était en même temps chanoine de Brioude et archidiacre de Billom. Aymeric de Montgascon, chanoine et archidiacre de Clermont, était d'une maison illustre et puissante par le nombre des terres qu'elle possédait en Auvergne. Il était frère de Robert de Montgascon, qui avait eu de Béatrix de Beaujeu, Faucon de Montgascon, qui

ne laissa que deux filles de son mariage avec Isabeau de Ventadour, dont l'aînée Béatrix, épousa Robert VI, comte d'Auvergne et de Boulogne, et lui porta les seigneuries de Montgascon, d'Ennezat, de Joze, de Montredon, de Pontgibaud, des Granges, de Margeride et plusieurs autres terres. Aymeric, son oncle, avait eu de grands biens de sa maison ; il en fit part à son église. Il fonda une vicairie et donna pour cela les percières de Villelongue, paroisse de Saint-Ours. On voit par son testament qu'il y fonda son anniversaire et qu'il fit don au chapitre de trente œuvres de vigne qu'il avait dans le territoire de Floral, d'une dîme qu'il avait à Clermont par indivis avec le même chapitre et l'abbé de Chantoen, d'une autre dîme qu'il avait à Epinet et à Lussat, de dix setiers de froment à prendre chaque année sur la leyde de Clermont. Il avait encore .un frère, Jean de Montgascon, qui fut chanoine de la même église. Nous joindrons aux chanoines dont nous venons de parler un chanoine de la maison de La Tour, nommé Bertrand de La Tour, fils de Bertrand de La Tour, sixième du nom, et de Jeanne de Toulouse, qui eut de grandes contestations avec son frère aîné, Bernard, pour le partage des biens paternels et maternels. Il eut tout lieu d'être satisfait de son lot, puisque nous voyons par son testament qu'on lui avait laissé les terres de Saint-Saturnin, de Saint-Amant, de Randoha, de Fohet, de Tinières, de Chastries, de Gibertez, de la Fau, de la Broha, de Darbouville, de Ferreoles, de Banhols, de Saint-Donat, de Chastel-sous-Mercœur, de Mon tpey roux, de Coudes, de Saint- Sandoux et de plusieurs autres endroits. C'est dans ce testament oii l'on connaît, sans en douter, l'attachement qu'il avait pour l'église de Clermont. Outre d'autres legs qu'il a faits à cette église, il fonda une vicairie et légua pour cela dix livres de monnaie de Clermont. Il veut que le prêtre qui la desservira dise une messe tous les jours dans la chapelle de Saint-Jean, qui est près de sa maison, pour son âme et celles de ses père et mère et parents. Il veut que cette vicairie soit à la nomination de ceux de la maison de La Tour qui auront jouissance de ces maisons. Mais il déclare que si, dans vingt

jours après avoir appris qu'elle vaquait, ils manquaient d'y nommer, ce droit serait dévolu au chapitre de l'église cathédrale. Il veut, de plus, que le vicaire qui sera nommé fasse son séjour dans Clermont et soit habitué dans Téglise où il est chanoine. 11 donne encore à son église cinquante livres tournois pour faire tous les ans son anniversaire, à la charge que le chapitre régalera ce jour-là les frères-prccheurs et les frères-mineurs de Clermont qui feront un office des morts pour le repos de son âme. Parmi les autres dons qu'il fait dans son testament, il fait présent de son livre de Décret aux frères-mineurs de Clermont, à condition que frère Armand, du même ordre, son neveu, en aura l'usage pendant sa vie, et il donne aux frères-prêcheurs de la même ville son livre des Décrétâtes, qu'il prétend être attaché avec une chaîne, pour ceux qui y voudront chercher quelque texte favorable dans leurs affaires. Ce testament fut fait à Cuers (1) en Auvergne, au mois d'octobre de l'année 1281. L'année d'après, se trouvant à Toulouse, il fit un codicile.

L'évêque Guy de La Tour, voyant l'éclat qui revenait à son chapitre par tant d'hommes distingués qui le composaient, mais qui manquaient d'une église qui répondît par la magnificence à la manière auguste avec laquelle ils célébraient l'office divin, entreprit d'achever le superbe édifice que nous voyons aujourd'hui, dont Hugues de La Tour, son prédécesseur, avait fait jeter les fondements en 1240. L'évêque et les chanoines n'étant pas en état de fournir les sommes suffisantes pour conduire à sa perfection un ouvrage de cette conséquence, ils eurent recours au pape Clément IV. Ils obtinrent de lui une bulle donnée à Pérouse, le quatrième des calendes de janvier, adressée aux archevêques de Bourges, de Bordeaux et de Narbonne, par laquelle il donne des indulgences à tous ceux qui contribueront par leurs aumônes à la construction de l'église de Clermont. A ce prix, les mains

[i] Cuyrs, d'après Baluze. Hist. gén. de la maison d'Auvergne^ t. ii, p. o03.

d'une infinité de personnes furent ouvertes. Les grands seigneurs d'Auvergne furent aussi libéraux dans cette occasion. Ils suivirent en cela Texemple de leur roi saint Louis qui, étant à Clermont pour la cérémonie du mariage de son fils, crut engager le ciel à le bénir en sortant de son trésor de quoi élever une église où les louanges du Seigneur devaient être chantées. L'amour qu'il avait pour cette église ne se termina pas là. Il voulut lui procurer quelque chose de plus précieux que l'or et que l'argent. Il l'enrichit en effet de ce que nous avons de plus saint dans notre religion. Il envoya, étant à Paris, à l'évêque Guy de La Tour, une croix dorée , enrichie de pierreries, où était du bois de la vraie croix, une épine de la couronne du Sauveur et bien d'autres qui avaient servi à cet Homme-Dieu. Il accompagna ce présent d'une lettre, où il traite l'évêque de son ami fidèle et bien aimé. Il le prie et tous les chanoines de veiller avec grand soin à la conservation de ces saintes reliques et de vouloir offrir pour lui à Dieu leurs prières. Cette lettre est datée de l'année 1269. Il ne cessa de répandre ses bienfaits sur cette église. Il en augmenta les revenus par le don qu'il fit au chapitre de la leyde de Clermont et fonda un anniversaire pour lui et pour Philippe son fils.

Nous parlerons en détail de la dernière entreprise de ce saint roi, qui fut si funeste à la France par une mort qui enleva ce prince dans lequel on voyait toutes les vertus qui font les grands saints et toutes les qualités que l'on admire dans les héros qui ont fait le plus de bruit dans le monde. Quand les seigneurs d'Auvergne qui raccompagnaient dans cette expédition ne nous eussent point obligés à le suivre dans cette partie du monde qui le vit mourir, ses bontés pour l'église de la province d'Auvergne nous engageaient à ne point le quitter un moment, pour admirer ses vertus qui le rendirent si cher à ses peuples, et qui le feront regarder dans tous les temps comme le modèle des rois. Quelles larmes ne versèrent pas , à la nouvelle de sa mort , l'évêque de Clermont et les peuples de la province qui n'avaient vu que des jours heureux

depuis que le saint roi leur avait laissé des règlements à Tabri desquels le repos, la paix, la tranquillité régnaient dans toutes les familles !

Si la mort d'un si bon roi mit TAuvergne dans une affliction extrême, Riom, la capitale de ce qu'on appelait la terre d'Auvergne, ne fut pas moins sensible à la perte qu'elle fit du prince Alphonse, frère du roi, qui trouvait le séjour de cette ville si agréable, qu'après y avoir passé près de deux ans, il ne la quitta qu'avec regret et ne put se résoudre à ce triste voyage qui coûta tant de pleurs à la France, qu'il n'eût laissé des preuves sensibles de sa tendresse pour les peuples de cette ville en leur donnant des coutumes et des privilèges qui fussent comme une barrière capable d'arrêter tout ce qui pouvait troubler le repos de la vie. Nous les ferons connaître,

La funeste expédition du siège de Tunis jeta aussi dans le deuil les plus grandes maisons d'Auvergne. Plusieurs seigneurs, entraînés par l'exemple du saint roi, avaient voulu le suivre et partager avec lui tous les périls où il allait s'exposer. Un des plus illustres fut Bernard de La Tour, septième du nom, qui mourut dans ce funeste canton d'Afrique, le 14 d'août, douze jours après le décès de saint Louis.

Tandis que la malheureuse expédition de Tunis faisait verser des larmes, les moines de La Chaise-Dieu sentirent une douleur amère pour un sujet bien différent, puisqu'elle n'eut d'autre source que la crainte qu'ils eurent que l'autorité de leur monastère ne souffrît quelque diminution. Ils regardaient leur maison comme un chef d'ordre qui en avait plusieurs dans sa dépendance. Leur abbé, Arbert de La Molette, partit dans le dessein de visiter quelques-uns des monastères qui lui étaient soumis ; s'étant rendu dans l'abbaye de Saint- Théodard de Montauban, il y trouva un abbé nommé Bernard, d'une humeur impétueuse, qui ne crut pas devoir plier devant un homme qu'il regardait comme son égal. Arbert, outré de voir qu'on voulait le dépouiller d'un droit dont un grand nombre de ses prédécesseurs avaient joui, forma ses plaintes. Ce démêlé, qui allait avoir des suites fâcheuses, fut

calme par l'adresse et la prudence de Bertrand , abbé de Moissac.

Quelque temps auparavant un abbé du même monastère, nommé Bertrand de Paulhac, d'une noble maison près de Billom, qui soutenait avec beaucoup de vigueur les privilèges de son abbaye, surtout depuis que le pape lui eût permis de se montrer dans son église avec la mitre, la crosse, les gants et les sandales, et de bénir le peuple paré de tous ces ornements dont usaient les seuls évêques quand ils officiaient les jours de grande solennité; cet abbé ne pouvait souffrir au milieu de si grands honneurs d'être obligé de se rendre au synode que l'évêque de Clermont assemblait, lorsqu'il y était obligé. Guy de La Tour, qui savait mieux qu'un autre les droits des évêques et la différence qui devait être entre sa dignité et celle d'un abbé d'un monastère, le fit sommer d'y comparaître ou de se justifier s'il avait quelque excuse légitime pour ne point s'y trouver. L'abbé croyant que son éminente place le dispensait de se montrer dans le même rang que les curés et les autres clercs du diocèse, refusa d'obéir à son évêque. Mais sa désobéissance fut punie par une sentence arbitrale qui lui ordonnait de se trouver aux synodes tenus par son évêque. Cette sentence fut rendue le mercredi après la nativité de la Vierge, en 1253.

Guy de La Tour termina une affaire bien plus importante qui regardait le monastère de Saint-Alyre. Cet évêque, dont les soins s'étendaient sur son clergé et sur les religieux de son diocèse, fut averti d'employer son autorité pour arrêter la mauvaise conduite d'un abbé de Saint-x\lyre , nommé Jean Bel. Ses moines avaient fermé les yeux à ses désordres tandis qu'ils n'avaient aperçu dans lui qu'une grande négligence à faire observer les statuts de l'ordre. Mais lorsqu'ils virent que leur maison ne pourrait plus se soutenir par l'affreuse dissipation qu'il faisait des biens du monastère, alors ils crurent qu'ils ne devaient plus dissimuler, qu'ils devaient lever le voile et faire connnaître à leur évêque le dérèglement do leur abbé. Guy de La Tour, informé que cette

sainte maison, qui avait été un des plus grands ornements de sa \ille épiscopale, était sur le point d'être renversée par le ravage qu'y faisait cet abbé, prit avec beaucoup de vivacité les intérêts de ce monastère. Voulant d'abord donner quelques bornes à la sévérité avec laquelle il pouvait traiter cet abbé, il se contenta de le suspendre pendant quelque temps de ses fonctions. Cet homme audacieux, bien loin de se soumettre avec humilité à ce que demandait de lui son évoque, lève le masque et refuse d'obéir. Guy de La Tour, voyant que la douceur ne faisait qu'augmenter la hardiesse du coupable, se résolut de le pousser à bout. Il chargea Languisset, archidiacre d'Aurillac, de lui faire son procès. Après quoi l'évêque, conjointement avec son chapitre, prononça une sentence par laquelle il fut condamné par coutumace, déposé, et l'abbaye déclarée vacante, avec la liberté aux religieux de procéder à l'élection d'un autre abbé.

Ils eurent bientôt oublié la reconnaissance qu'ils devaient à l'évêque et à son chapitre de leur avoir ôté, comme ils le souhaitaient, un abbé d'une conduite si déréglée. Il leur avait sans doute inspiré quelque portion de son orgueil contre ses supérieurs puisqu'ils crurent se rabaisser que d'aller aux processions générales des Rogations et du dimanche des Rameaux, comme ils avaient accoutumé, avec la cathédrale, les chapitres et les religieux de Saint-André et de Chantoen. Leur désobéissance ne demeura pas impunie. Ils avaient affaire à un évêque qui ne pouvait souffrir l'orgueil dans ceux dont l'humilité devait être la principale vertu.

Nous verrons dans ces temps-là, dans la chaire épiscopale du Puy , un évêque qu'elle tenait de l'église d'Auvergne. C'était Guillaume de La Roue, d'une ancienne et illustre famille de la province sur les confins de l'Auvergne et du Forez. Il avait embrassé la règle de saint Benoît dans le monastère de La Chaise-Dieu quand il fut élevé à cette dignité. Il fut sacré par le pape Urbain IV à Orviète, le 22 février 1263. Clément IV, qui avait conservé beaucoup de tendresse pour cette église qu'il avait gouvernée avant Guillaume, lui envoya

le Pallium. Après avoir donné tous ses soins à la conduite de son troupeau pendant bien des années, il mourut le 9 août de Tannée 1282. Il voulut être enterré dans l'église de La Chaise-Dieu. C'est à lui que l'évêché du Puy est redevable de la terre de Monistrol qu'il acheta mille trois cent soixante livres de Guigon de Saint-Didier, et du fort d'Hispalis (1) qu'il fit bâtir.

L'évêque de Clermont n'était pas moins ardent pour les intérêts de son église que celui du Puy. Il savait que plusieurs de ses prédécesseurs, nommément Robert d'Auvergne et Hugues de La Tour-du-Pin , avaient fondé dans leur église cathédrale des distributions de pain et de vin qui se devaient faire tous les ans à Noël, le jeudi saint, à Pâques et à la Toussaint. La fondation de ces évêques ayant été négligée, il se fît un point de conscience et d'honneur de la mettre à exécution. Robert d'Auvergne et Hugues de La Tour avaient légué au chapitre de Clermont la somme de cent soixante-huit livres de revenu annuel qui devaient être prises sur la somme de trois mille et trois cents livres qu'ils avaient prêtée à Guillaume, comte dauphin, à Bernard, seigneur de La Tour, et à Girard, seigneur de Villeneuve, lesquels seigneurs, pour sûreté de la somme prêtée, avaient affecté et hypothéqué le comté d'Auvergne, le château de Montrognon, la seigneurie de La Tour, le château de Regnac et le village ou fort de Fohet, et le seigneur Girard la moitié de la leyde de Billom. L'évêque Guy ayant été payé de cette somme de trois mille et trois cents livres, il l'employa et y ajouta quelque chose de plus pour acheter le village ou château d'Aulnat, le village ou château d'Aloys(2) pour la commodité et utilité de l'évêché, et promit en même temps de payer au chapitre, tant pour lui que pour ses successeurs, la rente de cent soixante -huit livres, au payement de laquelle il affecte les droits de sceau de l'officialité et le temporel de l'évêché. Ledit acte est du l^"" juillet de l'an-

(1) Espaly.

(2) « Castrum et villam H'Aloyza. »

née \ 282 ; et, pour donner plus de force et d'autorité à cet acte, il fut confirmé et approuvé, le troisième décembre 1285, par Tarchevêque de Bourges, Simon de Beaulieu. Nous n'oublierons point plusieurs comtes d'Auvergne et dauphins d'Auvergne dont la piété leur a fait répandre libéralement leur bien sur l'église de Clermont et sur toutes les églises ou monastères de la province avec une profusion qui surprendra les lecteurs. Les femmes de ces seigneurs n'ont pas été moins libérales que leurs maris. Nous en serons convaincus par le testament de la mère du comte d'Auvergne, Robert, qui était de l'illustre maison de Baffic qui avait donné un évêque à Clermont dès l'année 1095. Ayant appris que son fils avait été tué dans le combat naval que donna le prince de Salerne, fils du roi Charles d'Anjou, contre le roi d'Aragon, elle s'abandonna à un si grand chagrin qu'elle en mourut. Voyant qu'elle allait rendre compte à Dieu, elle fit son testament qui fait juger des secours qu'elle voulait s'attirer du ciel par les dons qu'elle fit à presque toutes les églises d'Auvergne.

Dans le m5me temps que l'on pleurait cette princesse, l'Auvergne pleura aussi Philippe le Hardi qui aimait l'église de Clermont. Elle lui donnait en toutes occasions des marques de sa reconnaissance. Elle en trouva une particulière qu'elle n'échappa pas. On avait représenté au roi qu'il était bien dur aux peuples de la terre d'Auvergne, aujourd'hui le duché, que les chanoines levassent la dîme sur les terres qui lui devaient des percières. Ils ne balancèrent point à abandonner leurs intérêts pour lui faire plaisir. Ils renoncèrent à cette dîme d'une manière qui lui fut si agréable, qu'il ne laissa pas sans récompense la générosité du chapitre. Il donna des lettres patentes par lesquelles il lui fit don de vingt setiers de froment de rente annuelle à prendre sur son domaine d'Ennezat. Dans une autre affaire que le chapitre eut avec ce roi, les choses ne se passèrent pas avec la même douceur. Ses officiers s'étaient mis dans la tête de dépouiller l'église cathédrale de la justice qu'elle avait toujours eue sur un village appelé Donas Vignas, elle se vit obligée de porter ses plaintes

au parlement et de mettre en évidence son bon droit. Ce qui fut fait d'une manière si claire et si précise, que ces sénateurs pleins d'intégrité donnèrent un arrêt en faveur du chapitre contre le roi par lequel il était maintenu dans la possession de la justice haute, moyenne et basse du lieu qui faisait le sujet du procès.

Nous serons obligés de parler de l'affliction où fut plongée l'Auvergne par la mort de son évêque, Guy de La Tour, qui était le refuge de tous ceux qui souffraient et l'arbitre de tous les différends qui naissaient entre les grands et les petits. L'usage de tester étant interdit aux évêques qui, avant que d'être élevés à cette dignité, s'étaient consacrés à Dieu dans une maison religieuse ; Guy de La Tour, se trouvant dans le cas, obtint du pape Innocent V, qui avait été, comme lui, dans l'ordre de Saint-Dominique, la permission de disposer de ses biens par testament en 1276. Ce qu'il fit dans son diocèse. Mais dans un voyage qu'il fut obligé de faire , étant tombé malade dans un endroit nommé Ouzouer, dans le diocèse d'Auxerre, il fit un second testament qui n'est ppesque qu'une confirmation du premier. C'est un trop beau monument de la piété de cet évêque pour ne pas le donner dans l'histoire de l'église de Clermont. Après le préambule ordinaire aux testaments, il vient aux pieuses donations que son zèle pour les églises de son diocèse lui inspira de faire. Il unit l'église de Tinlhat à celle de Billom, et une troisième partie de la dîme de la chapelle de Montmorin, l'autre partie à l'église de Notre-Dame de Vertaizon. Il unit à Notre-Dame du Port l'église de Saint-Laurent qui n'en était pas loin. Outre cela, il lui légua la dîme d'Aydat. Il unit à l'église de Clermont celles de Tort et de Condat, mais il veut qu'on réserve vingt livres tournois de rente pour chaque prêtre qui les desserviront. Après quoi il fait le partage de ses joyaux que nous ferons connaître en détail. Il lègue sa bibliothèque et ses vêtements au couvent des frères-prêcheurs de Clermont, sa grande Bible en un volume avec la Somme des cas à frère Guillaume de Luys, et son livre de la Pauvreté religieuse à la communauté,

mais il veut qu'il soit attaché à une chaîne. Pénétré de reconnaissance pour les biens que lui et quelques autres de sa maison qui avaient gouverné l'église de Clermont avaient eus de cette cathédrale, il lui lègue son château d'Aulnat et tout ce qu'il avait acquis à Lempdes avec toutes les appartenances et dépendances, à la charge qu'on ferait pour lui tous les ans deux anniversaires. Il abandonne tous les revenus de son château de Lezoux et de ses autres acquisitions à ses exécuteurs testamentaires jusqu'à l'entier payement de ses dettes. Il choisit pour ses exécuteurs testamentaires son frère Hugues de La Tour, sénéchal de Lyon et abbé de l'église de Clermont, Gilles Aycelin, prévôt de la même église, qui fut chancelier de France, «t frère Hugues de Jalignac, de l'ordre des frèresprêcheurs. Il avait déjà donné sa grande coupe d'or pour en faire un calice, il changea de volonté et ordonna qu'on en fît un soleil où l'on enfermerait l'hostie lorsqu'on exposerait le Saint-Sacrement sur le grand autel. Ce testament, que nous donnerons en son entier, fut fait et passé à Ouzouer le jeudi après les Cendres, en l'année 1285. On l'envoya à Clermont 01^1 il fut publié judiciairement par l'official en présence d'Aymard deCros, chantre de l'église, et de plusieurs chanoines, le 16 des calendes d'avril de l'année 1285, un lundi après la troisième semaine de carême. Il vécut peu de jours après son testament. On croit que sa mort arriva le premier jour de mars. Il fut enterré dans l'église de la paroisse dédiée à saint Martin où l'on voit son tombeau, sur lequel on découvre la figure d'un évoque en habit de cérémonie avec ces mots : Hîc jacet DD. Guido de Turre, Episcopiis Claromontensis.

Outre les biens qu'il a donnés à son église, il avait grand soin d'en conserver les privilèges et les prérogatives pour la rendre plus vénérable aux peuples, et môme de les augmenter quand il en trouvait l'occasion. Sa grande réputation engagea Pierre I°% abbé de Maurs sur les confins de l'Auvergne, à céder à l'évêché de Clermont la moitié du domaine de la ville de Maurs en 1255. Cette donation fut confirmée par Pierre III Olivier en 1281. Quoiqu'il eût été religieux, il savait mieux

qu'un autre ce qu'on devait à Tépiscopat et ne négligeait nullement de se faire rendre les devoirs épiscopaux par les religieux et les religieuses. 11 agit môme avec tant de vigueur auprès de François de Bort, chevalier du Temple, qu'il Tobligea à passer une transaction par laquelle il s'engageait, à cause de sa commanderie de Culhat et Foulhouse, de reconnaître le fief et de payer une obole d'or aux évêques de Clermont. Ce fut en l'année 1278. On s'empressait à lui rendre la foi et l'hommage. Jeanne, comtesse de Forez, la lui rendit après la fête de saint Pierre-aux-Liens, en 1274, pour les châteaux de Vollore, Maymont et La Barge. Nous parlerons aussi du plaisir qu'il eut de voir l'empressement que les peuples de Clermont et de Riom eurent pour profiter des grands exemples de vertu que donnaient les frères-mineurs dans tous les endroits où on les appelait. Ils furent reçus dans ces deux villes presque dans le même temps. On dira des choses très curieuses sur la fondation de ces deux maisons de ces pères , qui furent d'abord placées hors de ces deux villes. Celle de Clermont regarde pour ses fondateurs les seigneurs de la maison de La Tour, et c'est aussi dans leur église qu'ils ont leurs tombeaux. Celle de Riom a pour fondateurs les habitants de la ville et quelques seigneurs des environs qui y sont inhumés.

Nous reviendrons à parler de nos évêques par le successeur de Guy de La Tour, qui fut Aymard de Cros, de l'ancienne maison du même nom. 11 était fils de Guy II, seigneur de Cros, et petit neveu de Géraud de Cros, archevêque de Bourges. Il eut cette place par le choix d'Hugues de La Tour, sénéchal de Lyon et abbé de Clermont. Les chanoines, après avoir jeté les yeux sur trois personnes de leur corps pour en élever un des trois à cette dignité, laissèrent la liberté à Hugues d'en nommer un en prenant l'avis de Gilles Aycelin, prévôt de leur église. Son élection fut confirmée par Honorius IV et la cérémonie de son sacre fut faite par Simon de Beaulieu, archevêque de Bourges. Il prit possession de l'évêché le jour de Noël de l'année 1286 et fit le serment accou-

lumé au cliapitre. On dut un si digne évêqiie au choix de l'abbé de Clermont, Hugues de La Tour, qui fit, presque dans le même temps, un don à son église de plusieurs maisons situées dans la rue du Port. Un autre chanoine, nommé Odon, donna aussi par son testament cinquante sols de rente pour acheter des cierges d'une livre qui devaient être distribués aux chanoines qui assisteraient à la procession de la Purification. L'acte de cette donation est du septième des ides de mars de Tannée 1288.

L'évêque de Clermont eut à soutenir quelques combats contre Philippe le Bel, prince des plus fiers et des plus impérieux qui fût monté sur le trône. Il sut pourtant l'art de ne point plier dans une affaire assez délicate et de ne point s'attirer l'indignation d'un roi nourri dans l'orgueil et qui se croyait tout permis. Dès qu'il se fut rendu maître par achat de la ville de Montferrand, il commença à y étaler les plus grandes marques de la souveraineté en y faisant battre monnaie. L'évêque de Clermont, instruit parfaitement de la hauteur avec laquelle ce prince soutenait ses entreprises, ne laissa pas d'y former opposition pour son église. Elle fut déclarée nulle. L'évêque ne perdit point courage et soutint avec fermeté son droit. Ce procès donna lieu à faire une enquête. Elle est de l'année 129o. C'est un grand parchemin où elle est écrite qui a du moins vingt pieds de long et qui se plie en rouleau. Le droit du chapitre y est prouvé d'une manière décisive. On y voit, par le témoignage des personnes âgées de quatre-vingts ans, de quatre-vingt-dix et de cent ans, les lieux où la monnaie de Clermont avait cours. Le procès n'étant pas décidé, Philippe donna des lettres patentes par lesquelles il déclarait qu'attendu la nécessité de ses affaires, la fabrique de la monnaie de Montferrand continuerait par provision et sans déroger aux droits de l'église de Clermont.

Si ce procès avec le roi lui donna quelque chagrin, il fut diminué en voyant dans une grande élévation un homme de son diocèse, dont la maison était illustre. Son nom était Hugues Aycelin de Montaigut. fils de Pierre Aycelin, seigneur

de Montaigut-sur-Billom , et de N. Flotte, dont la famille a donné deux chanceliers à la France. Le désir ardent qu'il eut pour son salut le fit choisir pour sa retraite la maison des frères-prôcheurs de Clermont, où il se fit une si grande réputation que son mérite parvint jusqu'à la connaissance du pape Nicolas IV qui, ayant dessein de faire une promotion de cardinaux, jeta les yeux sur Hugues Aycelin pour l'élever à cette éminente dignité. Nous apprendrons des choses dignes de remarque sur ce cardinal , qui obtint l'évêché d'Ostie. Le saint Pierre Mouron ayant été élevé sur la chaire de saint Pierre après la mort de Jérôme d'Ascoli, Nicolas IV, la cérémonie de son sacre fut faite par ledit Hugues Aycelin, le 29 d'aoiit 1294. 11 fit deux testaments dont la lecture satisfera le lecteur. Il fit encore un codicile à Sainte-Sabine de Rome le dimanche 28« jour de décembre de l'année 1298. 11 mourut deux jours après. Ses entrailles furent déposées dans l'église de Sainte-Sabine et son corps et ses os furent transportés dans l'église des Jacobins de Clermont et mis dans un magnifique tombeau que l'on voit encore aujourd'hui dans le chœur de l'église de ces pères , non loin du grand autel, du côté de l'épître. Comme il prenait le nom de Hugues Aycelin de Billom, on l'a souvent confondu avec un seigneur de Billom, qui se nommait Hugues Seguin de Billom, dont les maisons sont bien différentes par la noblesse et les dignités. L'Auvergne pleura ce cardinal, mais sa mort fut encore plus sensible à l'évêque de Clermont qui le regardait comme un puissant protecteur de son diocèse.

Les évêques étant souvent obligés, sous Philippe le Bel, de se rendre à Paris pour leurs affaires et pour celles de l'Etat, le roi exigeant sans cesse de tout le clergé des décimes et d'autres contributions qui faisaient gémir les peuples, l'évêque Aymard de Cros prit de là occasion d'acheter dans cette grande ville un hôtel , pour lui et pour ses successeurs , qui était situé dans la rue de la Harpe, près de l'église de Saint-Côme, qui répondait à la cour intérieure du couvent des Cordeliers. Ce fut en 1291. C'est cet hôtel qui fut vendu

par Guillaume du Prat, évoque de Clermont, et dont les deniers furent employés pour l'acquisition de Thôtel de Langres, que Bernard de La Tour avait acheté de la maison de Flotte, tous Auvergnats. C'est aujourd'hui le collège des jésuites, dans la rue Saint-Jacques, lequel a été connu, jusqu'en 1G74, sous le nom de collège de Clermont. Les premiers disciples de saint Ignace , dans lesquels brillaient au souverain degré toutes les vertus, pénétrés de la plus vive reconnaissance pour leur fondateur et d'une reconnaissance qu'ils auraient juré devoir être éternelle, se firent gloire de faire connaître à toute l'Europe leur premier collège de France sous le nom de Clermont, qui était celui de la ville épiscopale de Guillaume du Prat, leur insigne bienfaiteur, et de l'hôtel qui avait été vendu pour acheter celui où ils sont aujourd'hui.

Le clergé d'Auvergne eut bien à souffrir sous le règne de Philippe le Bel, qui leva, en vingt-huit ans, vingt-et-un décimes. Ce prince, fier et hautain, se brouilla avec presque toutes les puissances de l'Europe, surtout avec le pape Boniface et Edouard Ilï , roi d'Angleterre. Les métropolitains n'eurent presque d'autres occupations, sous son règne, qu'à tenir des assemblées avec leurs comprovinciaux pour lui fournir l'argent qu'il attendait d'eux. Il fut si content de l'évêque de Clermont, qui ne s'opposa à aucune de ses demandes, dans l'assemblée qui se tint à Clermont la quatrième semaine de carême de l'année 1295, qu'il lui donna plusieurs fois des preuves de l'estime qu'il avait pour lui. Il fut ravi de l'acquisition que fit un seigneur d'Auvergne, nommé Pierre Flotte, que nous verrons chancelier de France, de la terre de Maschale, pour en gratifier l'évêque de Clermont. Il se fit un plaisir de ratifier un don qui augmentait le revenu de l'évêché. Après avoir gouverné son église avec beaucoup de sagesse, il mourut le 17« jour d'octobre de l'année 1297. Il fit à son éghse un présent des plus magnifiques et des plus riches , qui était sa vaisselle d'argent, dont il avait une quantité étonnante pour le siècle où il vivait. Il voulait qu'on en fît une table d'argent qui devait avoir de riches embellissements. On ne

sait à quoi elle devait servir. L'ouvrage ne pouvait pas manquer d'être des plus magnifiques , puisque cette table devait peser plus de trois cent soixante marcs. Il n'y a point lieu d'en être surpris, ayant destiné, pour le conduire à sa perfection, quatre-vingt-et-un bassins, cinquante assiettes, soixantedeux écuelles, quarante-huit gobelets, vingt-cinq cuvettes et un vase fait en forme de navire pour recevoir les aumônes; le tout d'argent. On doute si cette riche matière fut employée à la construction de cette table ; car, outre qu'il n'en est fait aucune mention dans aucun mémoire des archives de la cathédrale, il est certain que le chapitre prêta toute cette vaisselle d'argent à Jean Aycelin, qui fut successeur d'Aymard de Gros dans l'évêché de Clermont.

Sous cet évêque , les carmes furent reçus dans la ville de Clermont. Tout ce que nous dirons sur l'établissement de ces pères donnera beaucoup de satisfaction au lecteur. Il ne sera pas moins content de tout ce que nous rapporterons sur l'établissement des frères-mineurs à Brioude , qui doivent leur fondation à la veuve d'un nommé Julien Odin, appelée Anne Fabre. Tous les seigneurs des environs voulurent avoir part à cette bonne œuvre, comme on le verra dans l'histoire.

Après la mort d'Aymard de Gros , le chapitre de Glermont nomma , pour remplir sa place , Jean Aycelin , abbé de la même église, auquel le pape Nicolas avait accordé, par une bulle , la dispense pour pouvoir posséder en même temps l'abbaye de Glermont, celle de Saint-Genès, et des prébendes dans les églises de Ghamalières, de Billom et de Beauvais. Il était de la maison des Aycelins , seigneurs de Montaigutsur-Billom, fils de Pierre Aycelin et de N. Flotte, frère de Hugues Aycelin, cardinal, et de Gilles Aycelin, archevêque de Narbonne. Il prit possession de son évêché le propre jour de Pâques, et fit le serment accoutumé au chapitre en 1298. Il ne fut pas longtemps sans donner des marques de sa reconnaissance à son église par l'union qu'il fit à la mense capitulaire, en 1299, pour augmenter le service divin, de l'église de Saint-Mamet avec les fruits, revenus, profits, oblations, et

tous autres droits appartenant à ladite église, se réservant vingt livres pour celui qui desservirait ladite église. Il avait accompagné son frère Hugues, le cardinal, à Rome. L'abbaye de la cathédrale étant venue à vaquer, les chanoines, qui avaient une grande vénération pour ce cardinal , le prièrent de nommer à ce bénéfice qui il voudrait. Hugues, connaissant le mérite de ceux qui composaient le chapitre, fut si longtemps à se déterminer à faire un choix qui leur fût agréable , que le pape, averti de Tétat flottant où il était, le tira de son irrésolution en donnant l'investiture de l'abbaye à son frère Jean par l'anneau. Nous sommes instruits de ce détail par la lettre que Jean écrivit lui-même, de Home, aux chanoines pour les prier d'agréer et de vouloir confirmer la grâce qu'il venait de recevoir du saint-père. Il finit sa lettre en leur souhaitant une longue vie, une santé parfaite, et les prie de lui commander comme à un homme qui leur est tout dévoué. Il veut que sa lettre , qui est cachetée en cire rouge , soit adressée aux vénérables et discrètes personnes qui composent l'église de Clermont. On ne pouvait pas voir une union plus étroite que celle qui était entre cet évêque et son chapitre. Il connut combien il en était aimé dans une occasion assez importante. Ayant témoigné à ses chanoines qu'on lui ferait plaisir de lui prêter la vaisselle d'argent que son prédécesseur avait donnée à son église, on la lui accorda de bonne grâce. Il promit par écrit de la rendre. Ce qui fut exécuté par ses héritiers en 1306. Le chapitre eut la douleur de le perdre en 1301.

Bientôt après qu'on eut fait les cérémonies funèbres, les chanoines s'assemblèrent et choisirent pour leur évêque Pierre du Croc (1), qui était de la maison du Croc, près de Thiers, qui a donné des hommes distingués dans la guerre et dans les ambassades. Il fut élu le troisième de février 1301, et prêta le serment un vendredi de l'Assomption de la Vierge. Comme il eut quelque part, avec quelques seigneurs d'Auvergne, au grand démêlé qu'eut Philippe le Bel avec le pape Boniface VIII,

(1) Généralement connu sous le nom de Pierre de Gros.

nous rapporterons la source de leur éclatante division dans le tempérament fougueux et violent de ces deux souverains, tous les deux d'une fierté et d'une hauteur à ne jamais céder. En faisant connaître un seigneur d'Auvergne, nommé Pierre Flotte , qui eut la confiance de Philippe le Bel , nous verrons ce que firent ce pape et ce roi pour se perdre l'un et l'autre. Ce seigneur avait toutes les qualités propres pour plaire à son roi. Il était d'un esprit élevé et ardent, ne reculant jamais dans les entreprises les plus difficiles quand il y allait du service de son maître. Aussi fut-il employé par ce roi, qui voulait être servi sans réplique, dans un grand nombre de négociations dont il s'acquitta avec tant d'honneur, qu'elles lui servirent comme autant de degrés pour parvenir à la dignité de chancelier de France. Il fut employé pour dissiper l'orage qui se formait par les intrigues du roi d'Angleterre contre la France, et pour faire mettre Louis IX au nombre des saints. Il sut même si bien l'art d'adoucir l'esprit du pape, qui était tout de feu , qu'il donna des interprétations favorables à la bulle qui avait si fort choqué Philippe. Leur bonne intelligence ne devait pas durer. Le nouvel évèque de Pamiers fit naître entre eux une haine qui ne leur fit garder aucune mesure. On verra jusqu'à quel excès ils poussèrent leur emportement. Pierre Flotte fut envoyé à Boniface pour adoucir cet esprit hautain ; mais il le trouva si aigri, qu'il ne put jamais le fléchir. Il s'abandonna à des menaces indignes contre le roi, auquel il écrivit une lettre dans laquelle il traitait ce prince avec une hauteur sans égale. Il en chargea le seigneur de Flotte, qui lui dit, en partant, avec beaucoup de courage : € Saint-Père, votre épée ne tranche qu'en paroles ; mais celle de mon maître tranche en effets, d C'est comme l'exprime la vieille chronique de Saint-Denis : Sancte Pater gladhis vester est verhalis, sed gladius Domini mei est realis. Cette lettre aigrit si fort le roi, que, pour rendre inutiles les coups que le pape était sur le point de lui porter, il fit assembler les États de son royaume à Paris, en 1303. Tous les grands du royaume, plusieurs évêques, abbés, bénéficiers, s'y trouvèrent. Pierre

Flotte en était 1 ame. On y déclara qu'on ne reconnaissait point d'autre supérieur que le roi pour le temporel. Le zèle de révêque de Clermont, Pierre du Croc, parut, dans cette occasion, pour les intérêts du roi. Il se joignit aux autres évêques qui envoyèrent une lettre au pape où , prenant le parti de leur prince, ils ménageaient extrêmement le chef de rÉglise. Le roi récompensa Pierre Flotte en Thonorant de la dignité de chancelier de France. Il lui avait déjà donné , en 1294, la terre de Ravel en Auvergne, qui est aujourd'hui à la maison d'Estaing. Ce chancelier sacrifia sa vie dans la guerre que firent au roi les Flamands.

Son armée ayant été taillée en pièces , il fallut en lever une nouvelle , et pour cela trouver de l'argent pour une si importante entreprise. Le clergé fut le premier qui entra dans ses vues. On leva des décimes qui lui firent connaître que ce premier corps de l'État était toujours prêt à se sacrifier pour le bien du royaume. Il fut surtout content de l'évêque de Clermont qui, dans cette occasion, s'épuisa, avec son clergé, pour marquer son attachement pour ce prince. Philippe en fut si content , qu'il lui accorda bien des grâces pour son église. La joie de cet évêque fut un peu diminuée par un petit orage qui s'éleva entre son chapitre et lui, qui fut bientôt dissipé. Ayant voulu confirmer l'élection d'une abbesse de Blesle , aujourd'hui du diocèse de Saint-Flour, et la sacrer dans le monastère de Saint-André sans en avoir parlé à son chapitre, il reçut une députation de quelques chanoines, parmi lesquels était Aubert Aycelin, qui, lui ayant fait connaître que, dans cette occasion , il devait faire la chose de concert avec son chapitre , satisfait de leurs raisons , il suspendit l'exécution de ce qu'il avait résolu de faire, jusqu'à ce que le chapitre fût entré dans l'acte de la confirmation de l'abbesse.

Robert VI, comte d'Auvergne et de Boulogne, fils de Robert V et d'Éléonore de Baffie , passa une transaction avec le même chapitre de Clermont en 1304, par laquelle le chapitre le décharge de plusieurs redevances qu'il lui devait moyennant six vingt livres d'argent. Il le décharge, de plus,

de la prestation de foi et hommage qu'il lui devait pour les biens qu'il avait dans la paroisse de Saint-Martin-des-Olmes, et le comte assigna dix-huit setiers qui avaient été légués au chapitre par Aymeric de Montgascon, cinq sols de rente donnés aussi par Guillaume X , son aïeul , pour son anniversaire , et enfin dix livres de rente qui avaient été données au même chapitre par Jean de Montgascon, chanoine de la même église, sur la leyde de Clermont. On croit que, dans la même année 1304, finit ses jours l'évêque Pierre du Croc.

Après sa mort, l'élection de son successeur ne se fit pas sans quelque trouble. Le plus grand nombre des chanoines voulurent élever à cette dignité un religieux de l'ordre des frères-prêcheurs , nommé Bernard de Ganniac ; quelques autres donnèrent leurs voix à Aubert Aycelin, leur confrère, qui était aussi archidiacre de Chartres ; et un chanoine nommé Desfarges prétendit que le droit de nomination lui appartenait, apparemment comme étant en hebdomade, et fit choix de Rolland, prévôt de son église. L'affaire étant portée devant le chef de l'Eglise, Clément V, Aubert fut préféré à ses deux concurrents, comme il paraît par une bulle donnée la deuxième année de son pontificat. Ce différend fut cause que le nouvel évêque ne fit le serment accoutumé qu'en 1307, et celui de la fidélité au roi dans l'octave de l'Assomption de la même année. Il était fils de Guillaume Aycelin, seigneur de Bressolie et de Montaigut près Billom, neveu de Gilles Aycelin, chancelier de France, de Hugues, cardinal, et de Jean, que nous avons vu évêque de Clermont, et frère de Robert Aycelin, qui fut prévôt de la même église. Quelques mois avant que l'éghse de Clermont perdît son évêque, Pierre du Croc, celle de Paris se vit privée du sien , connu sous le nom de Matifas de Buci. Elle en reçut bientôt un d'Auvergne , à qui les chanoines de cette église avaient déjà donné une place parmi eux. Voulant récompenser le mérite qu'ils reconnaissaient en lui, ils relevèrent à cette dignité le 18 de septembre de l'année 1304. Le lieu de sa naissance était Aurillac , et le nom de sa famille Baufeti ou Baufet. De physicien, c'est-à-dire

médecin de Jeanne de Chatillon , il devint médecin du roi. Cette comtesse de Blois le choisit pour être un de ses exécuteurs testamentaires en 1291 ; on le trouve nommé dans son testament : « Guillaume d'Orillac, mon physicien. » Ce nom de Guillaume a fait que quelques auteurs l'ont confondu avec le célèbre Guillaume d'Auvergne, évoque de la môme église, si estimé du bon roi saint Louis. Le nouvel évêque de Paris se vit d'abord obligé de faire rendre compte de sa doctrine à un docteur en théologie de l'ordre des frères-prêcheurs, nommé Jean de Paris, homme de beaucoup d'esprit et d'un grand savoir, qui se piquait de suivre une route nouvelle et inconnue aux savants dans la manière d'expliquer l'existence de Jésus- Christ dans l'eucharistie. La témérité de ce relisrieux fut arrêtée par l'évêque de Paris ; mais il ne se rendit pas aux menaces qu'on lui fit : il appela au Saint-Siège. On lui donna des commissaires en cour de Piome ; mais il mourut avant que l'a flaire fût terminée. Cet évêque eut bien des assauts pendant la vie de Philippe le Bel. La colère de ce roi contre le pape Boniface ne put jamais être adoucie , même après la mort du saint-père ; sa haine contre les chevaliers du Temple était si grande, que les supplices les plus affreux dont on se servait pour leur ôter la vie ne purent jamais toucher son cœur de compassion pour ces malheureux. Tant d'impôts, qui jetaient les peuples dans la dernière misère , firent passer des jours pleins d'amertume à cet évêque de Paris , qui ne trouva la fin à toutes ses douleurs que par la mort, qui arriva en 1320.

Ce roi , le plus hautain qui fût jamais , avait quelque amitié pour l'église de Clermont, parce que, apparemment, il l'avait toujours trouvée dans la disposition de lui fournir les secours dont il avait besoin. Il lui marqua sa reconnaissance en lui donnant des lettres patentes par lesquelles il reconnaît que les dignités et les prébendes de cette église ni des églises qui en relèvent ne sont point sujettes à la régale ; et il ordonne en même temps, aux receveurs de ses droits, de rendre les fruits dont ils s'étaient emparés. Ces lettres sont de l'année 1309,

Le Parlement donna aussi un arrêt portant que le roi ne nommerait point aux bénéfices vacants dépendant de Tévêque pendant la vacance du siège , et réservait la nomination et la collation à l'évoque futur. Cet arrêt est du vendredi après la fête de TEpiphanie.

Cet évêque eut encore beaucoup de joie du mariage de son neveu, Gilles Aycelin, P"* du nom, avec Mascaronne de La Tour, fille de Bertrand, seigneur de La Tour, VHP du nom, et de Béatrix de Bodez. Le contrat fut passé à Paris et enfin conclu à Chateldon le 29 septembre 1317, après que Gilles et Mascaronne eurent été émancipés en présence de Gilles Aycelin , archevêque de Bouen ; de Bertrand de La Tour , seigneur d'Olliergues ; de Hugues de Chalencon , chantre de Téglise cathédrale , et de quelques autres. Nous ferons connaître cet archevêque de Bouen qui a fait tant d'honneur à l'église de Clermont, puisque c'est de cette église dont il fut tiré pour être archevêque de Narbonne, ensuite de Bouen, et enfin qui fut élevé, par un mérite distingué, à la dignité de chancelier de France. Il était de la maison de Montaigut, fils de Pierre Aycelin, seigneur de Montaigut, et de N. Flotte, oncle de l'évêque de Clermont. Comme il était neveu de Pierre Flotte, qui avait beaucoup de crédit à la cour de Philippe le Bel , il se vit en situation d'aspirer aux plus grands emplois. Son inclination lui fit embrasser l'état ecclésiastique, dont il fut l'ornement. Il commença à s'y distinguer dans la place de prévôt de l'église de Clermont ; s'étant fait connaître, revêtu de cette dignité, pour un homme qui avait de la fermeté jointe à un grand amour pour le bien de l'Eglise, le chapitre jeta les "yeux sur lui pour le mettre à sa tête. Nous dirons tout ce que son zèle lui fit faire de grand dans cette église, de laquelle il passa à l'archevêché de Bouen où était archevêque Bernard, neveu du pape Clément V, qui fut ravi de ce changement, parce que son neveu n'avait pas su se faire aimer de la noblesse. La réputation de l'archevêque de Bouen fit que le roi le mit dans son conseil et qu'il le chargeait souvent des affaires de la dernière conséquence ; enfin il lui confia les sceaux.

: ilBRARY

Il fui un des plënipolentiaires, en 1299, à Montrcuil-sur-Mer, pour négocier un traité de paix ou de trêve. Il s'y trouva avec les ducs de Bourgogne et de Bretagne. Le roi l'envoya à Rome pour tacher d'adoucir l'humeur violente du pape Boniface ; n'ayant pas pu le calmer, il revint en France. Après la mort de ce pape, les cardinaux ne pouvant s'accorder pour donner un chef à l'Église, il eut ordre d'aller à Rome en 1305; et peut-être que ce fut par ses avis que le roi eut cette conférence avec Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, qui succéda à Benoît XI.

Le roi avait tant de considération pour lui que, parmi tous les archevêques et évêques du royaume, il le choisit pour faire la célébration du mariaee d'Isabeau de France, sa fdle, avec Edouard, prince de Galles, depuis roi d'Angleterre. Cette brillante cérémonie se fit à Boulogne où se trouva le roi avec les princes, ses fils, et toute la cour. Edouard y ratifia le traité de paix fait en 130o avec le roi son père, et y fit hommage à Philippe pour le duché de Guyenne et pour le comté de Ponthieu. Gilles Aycelin, après avoir rendu de si grands services à l'Eglise et à son roi, dont nous entrerons dans le détail, mourut le 23 de juin de l'année 1318. Il avait fondé en 1314 le collège qui fut longtemps appelé le collège des Aycclins et ensuite de Montaigut, qui est le nom sous lequel il est connu aujourd'hui, sur lequel on dira des choses qui ne seront pas désagréables au lecteur. Celles que nous rapporterons au sujet de la découverte des reliques de saint Alyre ne lui feront pas moins de plaisir. Guy Escot, abbé de ce monastère du nom de ce saint, ayant cru qu'il était de son devoir de chercher ce précieux trésor qui était dans son église, l'évêque de Clermont fut prié de se trouver à cette pieuse cérémonie. Il se rendit dans cette abbaye au mois de décembre de l'année 1311, et, à l'issue de matines qui furent chantées, il célébra la messe à son autel et communia les religieux en présence de plusieurs chanoines et d'un grand nombre de frèresprêcheurs et de frères-mineurs. Ensuite on fit creuser audessous de l'autel, o\X l'on découvrit Un coffre qui renfermait

le corps de saint Alyre. On en fut convaincu sur-le-champ par une merveille dont tout le monde fut témoin ; Dieu, par les mérites du saint, ayant rendu la vue à un saint religieux des frères-prêcheurs. Le lendemain on fit une procession magnifique où était révêque en habits de cérémonie accompagné de tout son clergé, dans laquelle on porta le corps du saint en triomphe dans toutes les rues de la ville. Dès que l'on fut de retour dans l'abbaye, l'évêque monta dans une chaire que l'on avait préparée dans un pré et fit un éloquent discours qui tira bien des larmes à tous les auditeurs, dans lequel ne fut pas oublié le miracle éclatant dont tout le peuple avait été témoin ; après quoi il célébra la messe sur l'autel de saint Clément.

La même année 1311, le pape Clément V, ne pouvant plus résister aux violentes sollicitations de Philippe le Bel , se rendit à Vienne pour tenir le concile qu'il y avait convoqué depuis trois ans. On y vit plus de trois cents évêques, sans compter les abbés et les docteurs. Dans le temps que l'on conférait sur les matières que l'on y devait décider, arriva l'évêque de Clermont, qui s'y trouva lorsqu'on y lut les actes faits contre les templiers. Dans la seconde session , qui fut tenue le troisième d'avril, la supjjression de ce corps qui avait été si illustre fut publiée en présence de Philippe le Bel, à qui cette affaire tenait fort à cœur, de son frère Charles de Valois et de ses trois fils. Le roi se vit au comble de ses souhaits au sujet de l'ordre des templiers qui fut anéanti en sa présence. Sa joie fut troublée par le chagrin et la confusion qu'il eut de ne pouvoir pas obtenir de voir flétrir la mémoire de Boniface. Il eut la mortification d'entendre parler trois cardinaux pour la justification de ce pape et de voir deux chevaliers catalans qui s'offrirent à soutenir des combats pour l'honneur du chef de l'Eglise qu'on voulait déshonorer. Le concile renouvela la célébration de la fête du saint sacrement, instituée quarantehuit ans auparavant par le pape Urbain IV; mais la bulle n'avait point eu d'exécution. 11 y avait l)ien lieu d'espérer que la colère du roi serait satisfaite par l'entière extinction

de Tordre des templiers; mais on fut étrangement surpris quand on sut que l'on allait continuer le procès des deux premiers hommes de l'ordre, savoir du grand maître Jacques de Molay et du grand prieur d'Aquitaine qui , ayant pris des sentiments dignes de leur naissance , révoquèrent avec un courage infini la confession qu'ils avaient faite par la crainte de la torture et des horribles tourments dont on les menaçait. Que ce qu'ils avaient dit contre leur ordre était faux, que ses statuts et ses lois étaient très saintes et que tout ce qu'ils avaient avancé n'était qu'à la sollicitation du pape et du roi, qu'ils étaient prêts de donner leur vie pour soutenir cette vérité. Le roi fut si surpris de leur désaveu et animé en môme temps d'une si terrible colère, qu'il les abandonna entre les mains des bourreaux. Ils furent brûlés à petit feu le 13 de mars. Le pape ni le roi ne leur survécurent pas longtemps. Une maladie mit le pape au tombeau le 20 d'avril 1314, et Philippe mourut la même année à Fontainebleau, le vendredi, veille de saint André, sur le point de voir son Etat en combustion par la levée des nouvelles impositions dont il accablait le peuple. Son fils Louis fut son successeur.

Le Saint-Siège ne fut pas rempli aussitôt que le trône de France. Les cardinaux, ne pouvant pas s'accorder, le laissèrent vide pendant plus de deux ans. Enfin, s'étant assemblés à Lyon par la prudence de Philippe, frère du roi, qui les avait fait enfermer en la maison des frères-prêcheurs, pour sortir de cette espèce de prison ils élurent Jacques d'Ossa, cardinal, évêque de Porto, le 7 d'août 1316. Il était fils d'un savetier nommé Arnaud d'Ossa, de la ville de Cahors. Quoiqu'il fût d'une si basse naissance et d'une petite taille, il parvint à toutes les dignités de l'Eglise, jusqu'à la suprême, par son esprit, par son savoir et par son courage.

A peine l'évêque de Clermont fut-il de retour du concile de Vienne, qu'il fut prié de se trouver au contrat de mariage de Bertrand de La Tour, P' du nom, seigneur d'Olliergues, avec Marguerite Aycelin, sa nièce. Le nouveau marié, peu de temps après, rendit la foi et l'hommage à l'église de Clermont

pour la terre de La Veyssière, près Courlheugol, qu'il avait achetée de Roger de La Rivière, à la charge du fief qu'il devait au chapitre qui, en considération d'un si grand seigneur, neveu de son évêque, voulut bien changer en sa faveur le fief de La Veyssière en arrière-fief à la charge de vingt-cinq sols de prestation annuelle. L'évêque de Clermont, ne voyant qu'avec des yeux d'indignation le trouble que causaient les juges séculiers dans la juridiction ecclésiastique, s'en plaignit au roi Louis le Hutin qui, par une considération particulière, lui accorda, en 1315, des lettres patentes par lesquelles il leur était défendu de ne plus inquiéter les juges ecclésiastiques et de ne point mettre sous la main du roi la temporalité de l'évêché sans en avoir un exprès commandement du roi.

Ce roi, de qui l'évêque venait de recevoir une grâce si singulière, ne vécut pas longtemps après. S'étant échauffé en jouant à la paume, il fut saisi d'une fièvre qui l'emporta le 7 du mois de juin de l'année 1316. La reine Clémence de Hongrie, sa seconde femme, étant accouchée d'un prince qui mourut bientôt après, assura la couronne à Philippe qui ne lui fut point contestée, surtout après qu'une grande assemblée composée de la noblesse, de presque tous les prélats et des principaux bourgeois de Paris, eut déclaré d'un consentement unanime que les femmes étaient incapables de succéder à la couronne.

On croit que, dans la même année, l'église de Clermont perdit un de ses chanoines de la maison de La Tour, Guillaume, fils de Bertrand, IIP du nom, et de Béatrix d'Olliergues. Il était en même temps chanoine de Reims et de Brioude. L'étude du droit étant la voie la plus courte pour parvenir aux premières dignités de l'Église, les personnes de la plus haute qualité se faisaient un honneur de s'y rendre habiles. C'est pourquoi ce chanoine de Clermont passa une partie de sa jeunesse à étudier dans l'université de Toulouse où il fut reçu bachelier en lois, où il se distingua si bien, qu'après avoir obtenu le degré de docteur en croit, il fit profession publique de l'enseigner. Il fit son testament à Clermont, au mois d'avril de l'année 1315, où

il fait un grand nombre de legs à toutes les églises d'Auvergne, à plusieurs hôpitaux et à plusieurs églises de Toulouse. Il laisse au seigneur Agnon, son frère, prieur de Carennac, dans le diocèse de Cahors, son livre de Décret. Il lègue ses autres livres de droit, VInfortiat, le Code et ses autres commentaires sur le corps du droit et les décrétâtes, au fils de son frère, Bernard de La Tour, nommé aussi Bernard, qui fut chanoine de Clermont et ensuite cardinal.

Enfin nous voici arrivés dans l'année 1317 dans laquelle le diocèse de Clermont fut divisé en deux diocèses. Le pape Jean XXII ayant érigé en archevêché l'église de Toulouse, il lui donna quatre suffragants qu'il créa évoques de quatre cités qui firent quatre diocèses. Il ne s'en tint pas là. Il fit un grand nombre de nouveaux diocèses. Celui de Clermont fut un de ceux qu'il prit envie de diviser. Mais afin de ne trouver aucun obstacle à ce qu'il prétendait faire, il fit part au roi de son dessein pour avoir son consentement. Après quoi il partagea en deux diocèses celui de Clermont, érigeant en évèché l'ancien prieuré que saint Odile avait établi dans un lieu de la Haute-Auvergne nommé Saint-Flour qui avait pris son nom de saint Flour que l'on croit avoir été le premier évoque de Lodève. Pour composer ce nouveau diocèse, on tira de celui de Clermont les archipretrés de Saint-Flour, de Langeac, de Blesle et d'Aurillac où l'on trouve près de 400 paroisses. La première pensée du pape fut d'ériger en évèché Brioude ou Aurillac ; mais ces deux églises de Saint-Julien et de Saint- Géraud ayant marqué peu d'empressement à accepter l'honneur qu'on voulait leur faire parce qu'elles étaient exemptes de la juridiction de l'évêque de Clermont et de l'archevêque de Bourges, le pape se détermina à rendre Saint-Flour chef du diocèse, à la sollicitation du vicomte de Murât, des seigneurs de Brezons, de Canillac, de Peyre, de Dienne et de quelques autres qui possédaient de belles terres dans ce canton.

Quoique l'église de Saint-Flour eût été érigée en évèché, les moines du prieuré ne laissèrent pas de faire le service

divin; ce qui continua jusqu'en 1476 qu'ils furent sécularisés par le pape Sixte IV à la prière de Louis XI et des moines qui se plaignirent, aux termes de la bulle, que leur monastère ayant peu d'étendue et que ne pouvant être éternellement au chœur ou dans leur chambre, ils étaient obligés de sortir pour prendre l'air dans la place publique et de se trouver par conséquent avec les laïques ; ce qui paraissait fort opposé à la règle de saint Benoit et empêchait les nobles et les doctes d'embrasser leur institut. La vie qu'ils menaient étant peu édifiante sur ce fondement , le chapitre fut réduit à peu près en l'état où il est aujourd'hui. Avant l'érection de l'évêché, il y avait à Saint-Flour un archiprêtré dépendant de l'évêché de Clermont ; on le continua sous les évêques de Saint-Flour. On avait créé un archidiacre. Ces deux dignités furent réunies au chapitre lorsqu'il fut sécularisé. De sorte que ce chapitre fut composé d'un archidiacre, d'un archiprêtré et de dix-sept chanoines dont le premier est l'évêque, et de six semiprébendés qui doivent être présents à toutes les heures. Les dignités, outre les revenus dont elles jouissent qui sont égaux à ceux des chanoines, ont des prieurés qui leur sont annexés. L'archidiacre a les prieurés de Brezons et de Malbo, le trésorier a celui de Saint-Mari-le-Plain, et l'archiprêtre celui de L'Espinasse. L'archidiacre et les prébendes sont à la nomination du chapitre et les semi-prébendes aussi, avec cette différence que ceux qui les possèdent peuvent être destitués si leurs mœurs n'étaient pas régulières et s'ils n'étaient pas exacts au service du chœur. L'archiprêtre est à la nomination de l'évêque. Chaque chanoine a droit de choisir pour lui un habitué.

Quoique le diocèse de Clermont ait été divisé en deux, nous ne laisserons pas de continuer l'histoire de l'église d'Auvergne dans ce septième livre. Nous la verrons toujours briller par des événements remarquables, par les hommes célèbres qui sont sortis de son sein, qui ont fait la gloire d'un grand nombre d'autres églises de France. On aura le plaisir de voir plusieurs de ses enfants capables des plus grands

emplois qii\in mérite éclalant a fait placer parmi les cardinaux, les archevêques, les cvêques, les chanceliers de France et les généraux d'ordre.

Nous commencerons ce livre par représenter quelques démêlés qu'eut l'évêque de Clermont, Aubert Aycelin, avec son chapitre, au sujet de quelques droits et privilèges dont les chanoines étaient en possession de temps immémorial. Comme ces droits furent la malheureuse source de la mésintelligence qui régna quelque temps entre les autres évêques, ses successeurs, et le chapitre, il est bon de faire connaître en peu de mots l'origine de tous ces différends et quelles étaient les prétentions des chanoines de Clermont. Nous les trouverons clairement expliqués dans la bulle d'Urbain V par le chanoine qui fut député pour soutenir les droits de son église devant ce pape qui ne lui était pas fort favorable. Ce chanoine, nommé Chondardi, exposa avec beaucoup de netteté et de force, devant le saint-père, les privilèges dont son chapitre avait joui de tout temps sans aucun trouble. Il représenta qu'il avait toujours été en possession de la juridiction spirituelle et temporelle, soit pour le civil, soit pour le criminel, sur les chanoines, sur les choriers et officiers de l'église de Clermont ; qu'il avait toujours été le maître de la tour de la Monnaie et des cinq portes du cloître ; que de tout temps il avait tenu les assises dans cette tour; qu'il jugeait par ses officiers tous les procès tant en matière civile qu'en matière criminelle qui regardaient les ecclésiastiques de l'église cathédrale; que c'était à ses officiers à faire l'inventaire de ce qui se trouvait dans la maison d'un chorier qui était mort, ou après avoir fait son testament, ou sans en avoir fait; qu'il n'était point permis à l'évêque de faire aucune union de bénéfice, d'imposer aucune levée des deniers sur son clergé et de faire des statuts synodaux sans l'avis et le consentement de son chapitre ; que l'évêque était tenu de lui payer les émoluments du sceau, cent trente livres chaque année, la moitié à la fête de la Toussaint et l'autre moitié à Pâques ; qu'il était aussi tenu de payer douze sols pour l'anniversaire de l'évêque Hugues de La Tour,

et douze sols pour celui de Robert d'Auvergne, son prédécesseur; que c'était à lui à fournir le pain et le vin le jour de la Cène, et le linge dont était ceint celui qui faisait la cérémonie ; qu'il devait payer la moitié de la somme que l'on donnait à ceux qui étaient chargés de sonner les cloches; que c'était à lui à fournir les treize cierges qui brûlaient à certaines heures de l'office sur la perche. Il y a bien d'autres choses que nous passons sous silence. On verra plus en détail les contestations que le chapitre eut avec l'évêque Aubert Aycelin et avec quelques-uns de ses successeurs, qui presque tous rendirent justice aux chanoines de leur église par des transactions qui les ont conservés dans tous leurs privilèges. Le pape Jean XXII, étant informé de la division que de petits intérêts entretenaient entre l'évêque de Clermont et son chapitre, nomma, pour mettre la paix entre eux, son neveu, Bertrand de Pojet, cardinal du titre de saint Marcel. L'évêque eut quelque peine à acquiescer au jugement que ce cardinal avait prononcé ; mais il ne laissa pas de passer avec son chapitre une transaction par laquelle il veut bien qu'il jouisse de sa juridiction ordinaire, qu'il soit maître des cinq portes du cloître et ne lui dispute point tous les autres chefs dont nous avons parlé.

Il fit connaître en une occasion combien il était ennemi des manières d'agir violentes. Son bailli, croyant apparemment lui faire sa cour, insulta un chanoine de sa maison. 11 réprima sur-le-champ l'insolence de son officier, et ne se contentant pas de désavouer avec éclat son action, il nomma, de plus, deux chanoines pour informer contre lui, afin qu'il fût sévèrement puni. Nous verrons aussi comme il mit la paix entre l'abbé de Saint-Alyre, nommé Escot, et ses religieux, étant persuadé que, sans l'union, l'esprit de Dieu ne saurait se trouver dans les monastères.

Nous ferons paraître, sous cet évêque, un homme de son diocèse qui se fit une grande réputation par son esprit et par son savoir, qui fut mis dans le siège de la ville du Puy. Ce fut Durand de Saint-Pourçain qui, voulant dans sa jeunesse se

retirer du inonde, choisit pour le lieu de sa retraite la maison des frères-j)rèclieurs de Clcrmont. Il n'y demeura pas longtemps sans faire connaître retendue de son esprit. On le crut propre aux sciences les plus élevées. C'est pourquoi on l'envoya à Paris pour puiser dans cette célèbre université ce qu'il y a de plus profond dans la théologie. Il s'y fit tant de réputation qu'il fut choisi par le pape, en 1312, pour un maître du sacré palais. Jean XXII lui confia ensuite le gouvernement de l'église du Puy.

Ce pape avait donné une bulle contre les frères-mineurs schismatiques qui s'étaient retirés en Sicile, où ils s'étaient donnés un général particulier et où ils enseignaient des erreurs dont la plus remarquable était qu'il y avait deux Eglises, l'une charnelle, comblée de richesses, plongée dans les délices, à laquelle commandaient le pape et les autres prélats ; l'autre spirituelle, ornée de toutes les vertus, qui ne consistait qu'en eux et leurs sectateurs. Ils résistèrent à la bulle du pape. On travailla à faire leur procès, sur lequel on voulut avoir l'avis de Durand. Il le donne en cette manière : « Moi, frère Durand, évêque du Puy et docteur de la sacrée faculté, je juge que tous les susdits articles sont hérétiques. En témoignage de quoi j'ai signé de ma propre main. :s>

Ce pape fut si content de lui qu'il le fit passer de l'évêché du Puy à celui de Meaux. Nous verrons que, malgré les marques d'estime que le saint-père lui donna, il ne laissa pas de se déclarer contre des propositions que ce chef de l'Eglise avança dans un sermon qu'il fit le jour de la Toussaint pour soutenir son opinion favorite, que les âmes des justes ne jouiront de la vue de Dieu qu'après le jugement universel. Durand fit un traité où il combattait avec beaucoup de force ce sentiment. Ce pape, qui ne voulait point être contredit, le fit citer. Cette affaire eût été peut-être plus loin si le roi n'avait pris sa défense. Quoique cet évêque estimât infiniment saint Thomas, il ne laissa pas de s'éloigner de quelques sentiments de ce saint docteur. Il soutenait des opinions particulières et assez hardies qui lui ont fait donner le nom de docteur résolutif. Ce

qui n'a pas empêché le célèbre Jean Gerson de conseiller aux écoliers de théologie à Paris de lire ses écrits. Tous les grands hommes de son temps lui ont donné de grandes louanges et ceux qui ont vécu après lui ne lui en ont pas moins donné. Nous joindrons à ce grand évêque son neveu, que Ton a appelé Durandel, pour le distinguer de son oncle. Il embrassa comme lui la règle de saint Dominique. Mais ne pouvant souffrir, pour la gloire de son ordre, que son oncle se fût éloigné des sentiments de saint Thomas, préférant l'alliance spirituelle qu'il avait contractée avec sa congrégation à celle du sang, il écrivit sans aucun ménagement contre lui. Cet ouvrage n'eût point paru sans saint Antonin , qui nous en a conservé la mémoire dans le premier tome de sa chronique. Cette querelle, où l'esprit seul avait part, n'altéra en rien l'amitié qui était entre l'oncle et le neveu.

Nous reprendrons notre histoire pour parler de Philippe le Long qui eut quelque chose à souffrir de ses peuples qui paraissaient mécontents de son gouvernement, et de la fierté des Flamands qui voulaient la paix à des conditions qui ne convenaient point au roi qui était leur souverain. Pour ramener le comte à son devoir, il voulut le faire les armes à la main. Dans ce dessein, il écrivit aux prélats et aux seigneurs du royaume qu'ils eussent à se tenir prêts en armes pour le suivre, à la mi-carême, oia il voudrait les mener. Ceux des seigneurs d'Auvergne qui reçurent des lettres de la part du roi furent Aubert Aycelin, évêque de Clermont, le seigneur de La Tour, le seigneur de Mercœur, Guillaume Flotte, le comte de Boulogne, le seigneur de Montboissier, le dauphin d'Auvergne, le vicomte de Chouvigny et Pierre de Mercœur. Il envoya même quelques seigneurs en Auvergne et les chargea de demander aux barons et aux nobles qu'ils voulussent lui accorder bénignement et gracieusement quelques secours pour la guerre qu'il avait à soutenir contre les Flamands, à des conditions que l'on lira dans l'histoire, qui furent très agréables à toute la noblesse. Ces grands préparatifs du roi étonnèrent les Flamands et firent faire la paix par un traité qui fut conclu le

deuxième de juin 1320. Les sujets du roi en eurent d'autant plus de joie que ce prince, par une bonté peu commune, ne laissa pas passer l'année sans les décharger des tailles et sans faire de beaux règlements de justice.

Nous raconterons ensuite comme ce roi, qui ne manquait pas de prudence, conçut le dessein de porter, comme quelques-uns de ses prédécesseurs, la guerre en Orient. Nous n'en pouvons pas douter, puisque nous avons des lettres de ce roi données à Vincennes, le huitième jour d'octobre 1319, par lesquelles il ordonne aux prélats et aux grands seigneurs du royaume de se trouver à Paris aux fêtes de Noël pour y délibérer sur la résolution qu'il avait prise d'aller attaquer dans la Palestine les ennemis du nom chrétien. Robert VII, comte d'Auvergne et de Boulogne, fut un des seigneurs à qui ces lettres furent adressées. Il obéit aux ordres du roi et se trouva à Paris cette année. Il fut logé dans l'enceinte de l'abbaye de Sainte-Geneviève où il fut attaqué d'une si violente maladie que les médecins, après bien des visites, désespérèrent de sa santé et l'abandonnèrent. Un de ses gens, au désespoir de perdre son maître, s'approcha de son lit plein de foi et lui parla ainsi : <l Sire, il repose céant une vierge de grande puissance, Requierez à son aide et li promette à offrir une ymage de vostre pesant de cire ; et je crois qu'elle vous fera ceu que li phisicien ne pourroient faire et quelle vous rende tout sain. A ces mots le comte leva les yeux au ciel et le cuer, car plus ne pouvoit et requist l'aide de la vierge. En l'eure il demanda à mangier. Et bientost après il fut guerriz et fit faire une ymage de cire et une de fust qui encore est en l'église, d

Philippe le Long ne put accomplir le projet qu'il avait fait, ayant été attaqué d'une violente fièvre quarte qui le mit au tombeau le troisième janvier 1322. Charles le Bel, son frère, lui succéda et fut sacré au mois de février. Ce prince eut beaucoup de confiance pour un gentilhomme d'Auvergne nommé Rodier, qu'il éleva aux premières dignités de l'État. On n'en sera pas surpris par tout ce que nous dirons de lui. Il avait pris le parti de l'Église et avait été introduit à la cour par la

maison de Flotte ou par celle des Aycelins dont l'autorité était grande sous ces fils de Philippe le Bel. Il fut clerc de ce roi, c'est-à-dire secrétaire, et connu pour un homme d'une si rare prudence qu'il fut commis pour des affaires de conséquence. Il ne fut pas moins aimé de Charles de France, son frère, puisqu'il le fit son chancelier, et après la mort de Philippe il lui confia les sceaux, en 1321, et en cette qualité il assista à son couronnement. Il les garda jusqu'en 1323 et les rendit après avoir été nommé à l'évêché de Carcassonne. Il y acquit la réputation d'un saint évêque et fit bâtir dans son église la chapelle de saint Barthélémy.

Nous ne manquerons pas aussi de parler des marques d'estime que donna ce roi au chapitre de Clermont. Ses anciennes querelles s'étaient renouvelées avec l'évêque Aubert, qui continuait à inquiéter les chanoines au sujet de leur juridiction; ils s'adressèrent à ce prince qui, étant touché de les voir persécutés par celui qui devait les traiter en père, leur accorda avec bonté des lettres de sauvegarde pour la conservation de leurs privilèges; elles sont de l'année 1325.

Dans cette même année, nous parlerons de la mort de Robert VII, comte d'Auvergne et de Boulogne, fils de Robert VI, comte d'Auvergne, et de Béatrix de Montgascon, qui fut enterré avec cérémonie dans l'abbaye du Bouchet. C'est à lui qu'on donne la fondation de la Chartreuse de Neuville, près de Mon treuil-sur-mer, appelée aujourd'hui Notre-Dame du Prez. On prétend que ce qui lui donna lieu à faire cette bonne œuvre, fut qu'étant venu à Montreuil, sa dévotion l'ayant porté à voir le tableau de la Véronique, il crut s'apercevoir que Jésus-Christ, qui était peint dans ce tableau, semblait détourner les yeux de dessus lui, comme le jugeant indigne qu'il portât ses regards sur un pécheur. Ce qui le fit penser sérieusement à lui. De sorte qu'il prit la résolution de fonder cette Chartreuse. Il n'en fut point détourné par un prieur des chartreux, nommé Henry Kalkar. Après quoi il eut la consolation de voir le visage de Jésus-Christ.

Nous reviendrons à l'évoque de Clermont qui vécut en

paix avec son chapitre jusqu'en 1328, que le seigneur l'appela à lui dans la ville de Billom. Son corps fut transporté dans la cathédrale, où on lui fit élever un mausolée de marbre blanc, où il est représenté en habit de cérémonie avec la chasuble et la mitre. On y voit les armes des Aycelins.

Dans cette même année, le chapitre de Glermont perdit son protecteur, le roi Charles le Bel, qui mourut au bois de Vincennes et qui eut pour successeur à la couronne de France son cousin germain, Philippe de Valois, fils de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel. Le trône qui lui fut disputé par Edouard III, roi d'Angleterre, lui fut adjugé tout d'une voix dans une assemblée des seigneurs et des grands du royaume. Bertrand de La Tour d'Auvergne ne survécut pas longtemps à Charles le Bel. Il fit de grands dons à un nombre infini d'églises et de monastères. Il fit son héritier Agne de La Tour, et voulut que son fils puîné, Pierre dit Pierrot, serait religieux, et ordonna à son héritier de lui payer, chaque année, cinquante livres et tout ce qui serait nécessaire pour son entrée en rehgion. Il déclara, de plus, que si Dieu lui donnait plusieurs filles, il veut qu'il y en ait une de mariée et que toutes les autres entrent dans des monastères. Nous dirons d'autres choses sur ces seigneurs qui ne déplairont pas au lecteur.

Nous avons parlé de la mort d'Aubert Aycelin, nous ferons connaître son successeur, Arnauld Boger de Comminges, fils de Bernard V, comte de Comminges, et de Laure de Montfort, frère de Jean, cardinal de Comminges. Il fut élu par le chapitre en 1328 et prit possession de son évèché le 18 décembre de l'année 1329. Dans ces temps-là, nous parlerons fort au long du défenseur du clergé de France, dont l'éclatant mérite fit empresser les rois, les papes et les princes à l'élever dans les plus hautes dignités. Il se nommait Pierre Bertrand, et était fils de Mathieu Bertrand, de la ville d'Aurillac, où il professait la médecine. On ne sait ce qui l'obligea à quitter sa patrie pour s'aller établir à Annonay, dans le Vivarais, où

il épousa une demoiselle connue sous le nom d'Agnès Impé-

Patrice, de laquelle il eut ce fils. Il fut, en 1310, chanoine et officiai de Clermont. Son profond savoir dans le droit canon et civil le fit appeler par les universités de Montpellier, d'Avignon, d'Orléans et de Paris pour y faire des leçons de l'un et de l'autre droit. Louis le Hutin lui donna une charge de conseiller en la Grand'Ghambre. Philippe le Long fit choix de lui pour un des quatre clercs de son conseil d'État. Après quoi il fut nommé évêque de Nevers, et cinq ans après évêque d'Autun. C'est dans cette place que le clergé de France trouva dans lui un intrépide défenseur qui soutint avec ardeur les intérêts de ce corps contre des ennemis très puissants, qui ne travaillaient pas moins qu'à lui ravir toutes ses prééminences en lui disputant tous ses droits, et en attaquant tous ses privilèges qui le rendaient vénérable aux yeux du peuple, et qui n'ont cessé de lui faire une guerre sourde, sous laquelle il a enfin succombé et s'est vu dépouiller de ses plus belles prérogatives. Nous développerons dans cette histoire les sujets de cette guerre qui a été si funeste à ce premier corps du royaume, malgré les combats que cet évêque d'Autun soutint avec tant de force, de zèle et de vigueur, qu'on ne put lui refuser d'abord la victoire. Il fallait que son discours eût fait bien de l'impression sur l'esprit du roi, puisqu'il protesta aux évêques qui s'étaient rendus dans son palais, ayant à leur tête l'évêque d'Autun, que bien loin de vouloir diminuer les droits de l'EgUse, il les augmenterait et les étendrait de tout son pouvoir, qu'il mettrait tout en œuvre pour conserver le glorieux titre de roi très chrétien et de fils aîné de l'Eglise, qu'il tenait par succession d'une longue suite de ses ancêtres ; et pour faire connaître combien il était content de la manière dont l'évêque d'Autun avait soutenu les intérêts de l'église de France, il lui permit, par une concession toute particulière, de charger de trois fleurs de lis d'or le chevron de ses armes, afin de conserver à la postérité la mémoire d'une action qui lui était si glorieuse. Ainsi le clergé de France dut la conservation de ses droits, sous ce roi, à deux Auvergnats, à l'évêque d'Autun et à Durand do Sain t-Po urbain, qui avait com-

— lu; —

posé un traité des plus savants sur la juridiction ecclésiastique, dans lequel Pierre Bertrand ne fait point difficulté d'avouer avoir puisé les plus fortes preuves pour la cause qu'il venait de défendre avec tant de succès.

Le pape fut si content de la manière toute pleine de bonté dont le roi en usa dans cette occasion à l'égard de l'église de France, qu'il lui en fit de grands remercîments. Mais, comme il attribuait cet heureux succès à l'évêque d'Autun, il voulut faire connaître à toute l'Europe l'obligation que toute l'Église avait à ce grand homme, en se rendant avec plaisir aux prières que le roi et la reine lui firent de l'honorer du chapeau de cardinal ; ce qu'il fit en 1330 ou 1331.

Nous raconterons ensuite comme le roi , quoiqu'il eut de cruels ennemis, se mit en tête de porter la guerre dans la Terre-Sainte, et comme le pape Jean XXII, ravi de voir revenir ces temps heureux, dans lesquels de nombreuses armées marchaient sous les ordres du chef de l'Eglise, exhorta le roi à ne se départir jamais d'un si pieux dessein. Les évoques furent invités par ce prince à se rendre à Paris, en 1331. L'évêque de Clermont reçut sa lettre comme les autres, et se trouva à Paris dans l'assemblée qui se tint dans la Sainte- Chapelle, 01^1 ils furent touchés du discours qu'ils entendirent de Pierre de Palu, patriarche titulaire de Jérusalem. Cette extrême ardeur qui paraissait dans le roi et dans le pape pour cette sainte expédition, n'aboutit enfin qu'à la levée des décimes.

Nous ferons voir l'attention que l'on avait pour le clergé à cause de ces levées qui lui étaient si fort à charge. Ce qui parut dans une occasion qui fut très favorable à l'évêque de Clermont et à son chapitre. Nous avons vu que cette église avait reçu des lettres patentes du roi Philippe le Bel, par lesquelles il déclarait qu'elle n'était point sujette à la régale. Elles avaient été inutiles jusqu'en 1332, n'ayant point été mises à exécution. Ce qui fut fait cette année par un procèsverbal qui fut dressé par le bailli d'Auvergne ou son lieutenant. Ce fut un grand avantage pour cette église, qu'elle n'a

pas su conserver dans ces derniers temps, par une négligence qui n'est point pardonna?jle. Si les chanoines de Clerniont eurent tout lieu d'être contents de la Cour, ils ne le furent pas moins de leur évêque qui , voulant bannir tous les sujets qui pouvaient faire naître entre eux quelque mésintelligence, donna une déclaration, en 1332, par laquelle il assure ne vouloir jamais préjudicier en aucune manière aux immunités, privilèges et juridiction de son chapitre. Dans le même temps, ayant quelque différend avec Tabbé de Maurs, dans la haute Auvergne, à raison de la justice de cette ville et de l'enregistrement des fiefs, il passa une transaction qui lui fut avantageuse avec Guillaume, abbé de cette ville, les moines et les damoiseaux des environs. Il reçut aussi, le vendredi après la fête de la Toussaint de la même année 1332, une reconnaissance d'Isabelle de Cusset pour tout ce qu'elle possédait dans le bourg de Saisine (1), diocèse de Saint-Flour. L'année ensuite, le chapitre de Clermont fit un accommodement et passa un contrat d'échange avec l'abbé de Saint-André, nommé de Serre, et les religieux de l'abbaye, par lequel il céda à cet abbé et au monastère la quatrième partie de ce qu'il avait accoutumé de prendre tous les ans dans les dîmeries des Aymerics, et, en contre échange, l'abbé et les religieux donnèrent au chapitre neuf setiers froment de cens en directe sur divers héritages situés à Malintrat, et quatre sols six deniers, aussi en directe. Ils remirent aussi audit chapitre trois setiers deux quartes froment qu'il leur devait à cause de sa dîmerie de Ceyrat, Ils ajoutèrent à tout cela une cession qu'ils firent au chapitre d'une quarte de froment, que les habitants d'Aulnat étaient obligés de payer tous les ans à ce monastère à cause du château du même lieu , qui appartenait au chapitre.

L'évêque de Clermont, appuyé de l'autorité du pape , fit, comme son chapitre , un contrat d'échange avec Bertrand , seigneur de La Tour, auquel il céda le château de Reignac, et

(1) Gézens?

reçut celui de Sevine (1). Mais ce fut à la condition que Ton rendrait aux évoques de Clermont la foi et Thomniage ; ce qui y fut mis par une clause expresse ; ce fut en 1333. Cet évèque obtint cette dernière faveur du pape Jean XXII, qui mourut le quatrième de décembre de l'année 1334, âgé de près de quatre-vingt-dix ans, après avoir gouverné l'Église près de dix-huit ans. Les cardinaux, après sa mort étant assemblés, donnèrent, par inspiration, pour chef à l'Eglise, Jacques du Four ou Fournier, de Saverdun, dans le comté de Foix. On l'appelait le cardinal blanc, parce qu'il portait l'habit de l'ordre de Cîteaux dont il avait embrassé la règle. Il fit paraître d'abord une étonnante humilité. II était pourtant grand théologien et habile jurisconsulte. On jugera par tout ce qu'on lira dans cette histoire que je devais faire connaître ce pape, regardé comme un saint, qui donna, en bien des rencontres, des marques de l'estime qu'il avait pour le chapitre de Clermont. Dès que la nouvelle de l'élection d'un pape vertueux fut répandue, l'évêque de Clermont, comme le premier des suffragants de la métropole de Bourges, écrivit à l'évêque de Rodez des lettres par lesquelles il lui donnait avis de l'exaltation de ce nouveau pontife et lui ordonnait de faire faire des prières pour celui qui venait d'être élu à cette suprême dignité et qui était connu sous le nom de Benoît XII. Presque dans le même temps cet évêque reçut le serment de fidélité d'Isabeau de Langeac, abbesse dés Chases, pour son monastère, pour le lieu des Chases, pour le château et le lieu de Saint- Arçons, et du précepteur de la maison de Saint-Antoine de Nébouzat, pour le mas de Chancelade. Guillaume aussi , abbé du Bouchet, lui promit obéissance par un acte qui est du onzième novembre.

Nous n'oublierons pas que, dans la même année que mourut le pape Jean XXII , l'église de Châlons-sur-Marne perdit un grand évêque qu'elle tenait de celle de Clermont. Il était de la môme ville et d'une maison distinguée qui avait donné des

(1) Savennes.

conseillers au Parlement de Paris. Son nom est aujourd'hui Mandeville. On le trouve écrit anciennement Madevilloni et Mandouillenc. Il conserva jusqu'à sa mort une tendresse particulière pour l'église de Clermont, comme il le fit paraître par son testament, dans lequel il veut et ordonne qu'on fasse dans cette église, où il a été chanoine, une image de la Vierge avec un tabernacle, que le tout soit mis dans une chapelle qui est au-devant du chœur, et que chaque samedi, pendant Tannée, tous ceux qui sont au chœur se rendent après vêpres devant l'image de la Vierge pour y chanter l'antienne Inviolata ou quelque autre en l'honneur de cette mère de Dieu, et il lègue à tous les chanoines qui seront présents deux deniers tournois et un aux habitués. Il lègue, de plus, vingt setiers de froment de rente pour la fondation d'une vicairie , à la charge que celui qui en sera pourvu dise du moins trois messes par semaine. Nous passons bien d'autres legs que l'on lira dans son testament. Il devait, étant évêque, avoir des ornements bien riches, puisque Guy d'Auvergne, connu ordinairement sous le nom de cardinal de Boulogne, parmi les dons dont il voulut gratifier l'église de Lyon, de laquelle il était archevêque, il est fait mention dans son testament d'une mitre dont il avait accoutumé de se servir avant que d'être cardinal, qui avait appartenu à Jean de Mandevillain, évêque de Châlons-sur-Marne. Mais il ne la donne qu'à condition que les archevêques qui voudront s'en servir, ne le pourront faire qu'ils n'aient donné des cautions suffisantes, qu'ils ne l'aliéneront jamais et qu'avant leur mort ils la remettront à l'église, au chapitre et au doyen.

Nous ferons mention d'un petit sujet qui troubla la paix qui régnait entre l'évêque de Clermont et son chapitre. Ce démêlé ne dura pas longtemps, non plus que la douceur qu'il avait de voir l'union qui était entre lui et ses chanoines. Il mourut en 1336, avec de grands sentiments de piété.

Raymond Despets ou des Prés fut élu pour remplir le siège de Clermont, vacant par la mort d'Arnauld de Comminges, en l'année 1337. Il fit son entrée dans la ville le 24 de mai, et

ne prêta le serment que le 29 septembre, dans la chapelle de saint Nicolas, où les chanoines tenaient leur chapitre. Ce fut en présence de Géraud de Gros, prévôt ; de Guillaume de Orto ou du Jardin, abbé; de Pierre Rovi (1), doyen; de Pierre Giraud, chantre ; de Hugues Dauphin et de Gilles de Chalencon, Tan quatre du pontificat de Benoît XII. On commença dès lors à connaître ce que l'on devait attendre de lui, par le refus qu'il fit de prêter serment. Les chanoines avaient fait leurs protestations contre son refus ; ce ne fut que par les conseils de ses amis qu'il se détermina à leur donner la satisfaction qu'ils demandaient.

L'abbé de Orto ou du Jardin nous donnera lieu de parler d'un statut de l'église de Clermont qui est assez singulier. Le chapitre, en 1323, donna des lettres patentes par lesquelles il déclare qu'il veut que l'on sache que le vénérable homme Guillaume de Orto, chanoine et abbé de ladite église, a accompli le temps de sa première résidence triennale, selon les statuts et la coutume de Clermont, qui obligent les nouveaux chanoines auxquels on a conféré nouvellement une prébende, d'observer exactement ce statut. Le chapitre déclare encore que, dès qu'il eut obtenu l'abbaye de leur église, il paya, en qualité d'abbé, dans le temps prescrit pour les heures, en bonne monnaie bien comptée, quarante hvres. Nous dirons aussi quelque chose digne de curiosité au sujet d'Hugues Dauphin, qui était présent lorsque le nouvel évêque prêta le serment accoutumé. Il était fils de Robert III, comte de Clermont, dauphin d'Auvergne, et d'Isabeau de Châtillon, sa seconde femme. Il jouissait des terres de Champeix et de Chamalières, où il fit son testament. Il avait été nommé prévôt de l'église de Brioude. Cette grande maison d'Auvergne, qui avait donné à l'église de Clermont Hugues Dauphin , avait encore donné un hoQime illustre à l'évêché de Tournai et ensuite à celui de Cambrai. Nous le ferons connaître dans cette histoire. Son nom était Guy d'Auvergne, seigneur de Bouton-

(1) Rocci?

Tiargues, fils puîné de Robert V, comte d'Auvergne et de Boulogne, et d'Eléonore de Baffle. Il embrassa l'état ecclésiastique, obéissant en cela à la volonté de son père qui lui avait déclaré dans son testament qu'il voulait qu'il fût d'église, avec Geoffroy d'Auvergne, son frère. Gomme la maison d'Auvergne était connue dans les Pays-Bas pour une des illustres du royaume, surtout depuis que son grand-père, Guillaume X, avait épousé Alix de Brabant, et que par ce mariage Robert était devenu comte de Boulogne, il n'est pas surprenant si l'on voit plusieurs princes dans cette maison occuper les premières places des églises de ces provinces. Guy d'Auvergne, de qui nous parlons, en obtint deux des plus considérables. Il se compoi'ta avec beaucoup de sagesse dans ces places. Il était doux, affable et généreux. Il était très exact à se trouver dans les conciles assemblés par son métropolitain. Il assista en 1311 à celui de Sentis, où présida l'archevêque de Reims, Robert de Courtenay, pour examiner une accusation atroce que l'on avait formée contre Pierre de Latilly, évêque de Châlons, qui était (1).

[Nous verrons ensuite comme le Seigneur consola l'église de Clermont en lui donnant un saint évêque nommé Aubert, dont le mérite et surtout la piété furent récompensés par les plus éminentes dignités de l'Eglise, par le cardinalat et la papauté. Tout ce que nous dirons de lui sera digne d'un grand exemple pour ses successeurs. Nous en ferons paraître plusieurs après lui dans la chaire de Clermont qui se firent distinguer de leurs peuples, comme Pierre André, d'une maison distinguée de la ville épiscopale , Pierre d'Aigrefeuille et Jean de Mello , si fort aimé du duc de Berry et de ses diocésains, dont il épousait les intérêts avec un zèle plein de vigueur dans des temps malheureux.]

[Nous parlerons ensuite de plusieurs cardinaux d'Auvergne qui se firent une grande réputation avant et pendant le grand

(1) Ici s'arrête le texte du manuscrit d'Audigier. La suite est tirée du Projet imprimé.

schisme. Les plus illustres furent le cardinal Guy de Boulogne, oncle du roi Jean, qui avait épousé sa nièce : il n'y eut point d'affaires de conséquence dont il ne fût chargé par les papes et par les rois de France ; Bernard de La Tour, mort à Avignon en 1361 et enterré à Clermont où il avait été chanoine , fait cardinal par le pape Clément VI ; Gilles Aycelin , chancelier et cardinal, qui, se trouvant à Avignon après la mort de Grégoire XI et après l'élection forcée d'Urbain VI, confirma celle du cardinal de Genève, qui avait été faite à Fondi par les cardinaux qui s'étaient échappés de Rome ; Jean Rolland , évêque d'Amiens et cardinal, qui s'était fait une grande réputation dans plusieurs universités où il avait enseigné le droit : il se trouva à Rome à l'élection violente d'Urbain , où il eut grand'peur ; Nicolas de Saint-Saturnin , de l'ordre de saint Dominique, de la ville de Clermont, qui fut député par les cardinaux au roi Charles V, après qu'ils eurent élu Robert, cardinal de Genève, pour lui faire la peinture de la fureur que les Romains avaient fait éclater contre les cardinaux ultramontains ; ce qui ne contribua pas peu à faire approuver leur conduite par le sage roi. Les autres cardinaux d'Auvergne qui donnèrent une grande idée de leur attachement pour la France dans ce grand schisme feront une agréable partie de cette histoire. Ils méritent qu'on les connaisse ; ils le seront sous les noms de Pierre Aycelin , évêque de Laon et cardinal , et d'Ameil , cardinal , évêque d'Embrun ; de Bertrand de Lager, cardinal, et de Jean de Murols, cardinal , évêque de Genève , d'une maison distinguée. Leur conduite pleine de sagesse nous fournira bien des choses curieuses.]

[De crainte d'être trop long dans ce projet, nous ne parlerons que fort succinctement des évêques de Clermont qui ont succédé à Jean de Mello, nous réservant de faire connaître dans notre histoire tout ce qui s'est passé dans l'église d'Auvergne de digne d'être conservé dans la mémoire des hommes. Nous joindrons aussi tous ceux que notre église nous présentera qui auront brillé sous ces évêques par leur piété, leur

science et leur habileté dans les affaires importantes, et par toutes les qualités qui les ont fait élever dans les premières places de l'Église et de l'État.]

[Nous commencerons par les successeurs de Jean de Mello, Henri de La Tour, fils de Bertrand de La Tour, IV° du nom , et d'Isabeau de Lévi , frère de Jean de La Tour, cardinal , de Bertrand de La Tour, évêque et duc de Langres, et de Bertrand de La Tour, évêque de Toul et ensuite du Puy. Nous ne laisserons pas passer tout ce qui se sera passé d'important sous cet évêque et sous ses frères , non plus que tout ce que nous présentera de curieux le gouvernement de son successeur, Martin de Charpaigne-Gougo, qui, étant chancelier de France, fut comme l'âme de toutes les grandes affaires sous le roi Charles VIL Jacques de Comborn, son grand ami, de l'illustre maison de son nom, lui succéda, qui eut aussi beaucoup de part au gouvernement de l'État. Son église reçut aussi mille bienfaits de lui. Après sa mort fut placé dans le siège de Clermont un prince de la maison de Bourbon, connu sous le nom de Charles P'" de Bourbon, frère de Pierre de Bourbon , qui avait épousé Anne de Beaujeu , régente du royaume , laquelle fit gagner à son beau-frère , évêque de Clermont, un procès que Guillaume du Prat perdit par le crédit de Catherine de Médicis. Il mourut cardinal et archevêque de Lyon. Après sa mort , sa place fut disputée par Guillaume de Montboissier, prévôt de l'église cathédrale, qui eut le plus grand nombre de suffrages, et par Charles II de Bourbon, fils naturel de Baynaud de Bourbon , qui l'était de Charles , duc de Bourbon et d'Auvergne, lequel avait eu quelques voix par la brigue de la maison de Bourbon. Ce qui n'alarma pas beaucoup celui que les chanoines voulaient avoir pour leur chef; de sorte que Charles ne fut bien paisible possesseur de l'évêché qu'après la mort de Guillaume de Montboissier. Charles en conserva quelque aigreur pour son chapitre, laquelle eût duré plus longtemps si Jean de La Tour, comte d'Auvergne et de Boulogne , ne l'eût porté à la douceur. Les chanoines furent charmés de lui donner pour successeur

Jacques d'Amboise , qui avait été chanoine de leur église. On ne peut pas jeter les yeux sur son église, sur son palais de Clermont et sur son ancienne et grande maison de Beauregard , qu'on n'aperçoive des marques de ses bienfaits ; mais on fut encore plus surpris de son zèle pour rétablir la discipline régulière dans plusieurs maisons religieuses. On ne le sera pas moins de tous les mouvements qu'il se donna pour une si bonne œuvre. Thomas du Prat, qui lui succéda, et son frère, Antoine du Prat, cardinal légat, archevêque de Sens et chancelier, nous fourniront bien des choses dignes de ceux qui aiment les événements singuliers. On ne sera pas moins content de tout ce que nous dirons de Guillaume du Prat, qui succéda à son oncle, Thomas du Prat. Son zèle pour la religion, sa grande suffisance dans la théologie , dans l'histoire ecclésiastique et dans les belleslettres lui attirèrent l'estime et l'amitié des plus grands hommes qui composaient l'assemblée du concile de Trente, dans laquelle il connut les jésuites qu'il fit venir le premier en France, où il fonda pour eux trois collèges, deux en Auvergne, Billom, Mauriac, et un à Paris, qui a été longtemps connu sous le nom de collège de Clermont. Il eut pour successeur Bernard Salviati , d'une grande maison de Florence , que la reine Catherine de Médicis attira en France. Il commença à se faire connaître par les belles actions qu'il avait faites étant chevalier de Malte, qui l'avaient rendu la terreur de l'empire ottoman ; la reine lui procura l'évêché de Clermont , et le pape Pie IV, voulant l'avoir auprès de lui, le fit cardinal. Son siège ensuite fut occupé par Antoine de Saint-Nectaire, de l'illustre maison de ce nom. Dans le même temps, l'Auvergne donna un cardinal à l'Eglise romaine, nommé Jérôme de La Souchère, dont le saint-père Pie V fit l'éloge après sa mort. François de La Rochefoucauld fut mis à la place d'Antoine de Saint-Nectaire. On s'attend bien que les belles actions de ce saint évêque feront un des plus agréables ornements de cette histoire, dans laquelle nous ferons entrer tout ce que fît pour la religion le père Faure, premier abbé de Sainte-Gene-

viève, fils d'un gentilhomme d'Auvergne qui fut d'un grand secours au pieux évêque dans les projets qu'il avait formés pour rétablir la ferveur dans plusieurs maisons religieuses. Les affaires de la Ligue, soutenue par notre évoque, nous retiendront quelque temps avec plaisir, par des événements de conséquence qui donneront lieu à Févêque de Clermont de changer d'évêché avec Antoine Rose, évêque de Senlis, qui ne fut pas longtemps dans cette place. Il eut pour successeur Joachim d'Estaing, d'une maison illustre. Il ne fut point en paix avec son chapitre. Son siège, après sa mort, fut occupé par un autre d'Estaing nommé Louis, frère du premier, qui gouverna son diocèse avec beaucoup de sagesse. Gilbert de Veyni d'Arbouse, qui lui succéda, fit aussi paraître beaucoup de prudence dans sa manière de gouverner. Le roi nomma, après sa mort, François Bochard de Saron, qui, par la solidité de son esprit, par sa douceur et sa prudence, trouva l'art de se faire aimer de son chapitre et de tous les peuples de son diocèse. Il eut pour successeur Jean-Baptiste Massillon, prêtre de l'Oratoire, qui s'était fait admirer, dans Paris et à la Cour, depuis plus de trente ans, par la beauté et la force de son éloquence.]

[On finira cet ouvrage par un seul livre qui comprendra une histoire suivie jusqu'à ces derniers temps de tous les grands événements auxquels ont eu part les Auvergnats, sous leurs rois, sous la république romaine, sous les empereurs, sous les rois visigoths et sous les rois de France de la première, de la seconde et de la troisième race.]

[Une histoire qui commence quelques siècles avant Jésus- Christ, qui présentera au lecteur tout ce qui s'est passé d'important soit pour la religion, soit pour la politique, qui donnera une connaissance exacte de toutes les villes et des lieux de quelque conséquence, des évêchés, des abbayes, des monastères, des grandes maisons et des hommes illustres qui ont paru avec éclat soit dans l'Église , soit dans la guerre et dans la robe, est une entreprise qui n'est pas médiocre. Il a

fallu consulter un grand nombre d'écrivains anciens et nio dernes, tant imprimés que manuscrits, fouiller dans plusieurs archives pour découvrir ce qui pourrait servir à former cet ouvrage, pour lequel nous a été d'un grand secours les Mémoires que nous a laissés Tauteur de VOrigine des François, surtout pour l'histoire politique de la province; car, pour l'histoire de l'Eglise, l'auteur ne la doit qu'à la peine qu'il s'est donnée de fouiller dans plusieurs archives, surtout dans celles de l'évèché et de la cathédrale de Clermont, où il a travaillé dix ans avec plaisir, dans la vue de donner des marques de son amour pour sa patrie, pour son église, et de son attachement respectueux pour le prélat qui la gouverne avec tant de zèle et de sagesse.]

[Mais, outre ce que nous avons dit, ce qui n'a pas été moins difficile à l'auteur est l'arrangement des divers matériaux que l'on avait recueillis avec bien de la peine ; c'est de les mettre dans un ordre qui ne pût pas dégoûter les lecteurs, qui soulageât leur esprit et partageât moins leur attention.]

[On peut juger, par le plan que nous venons de donner de cet ouvrage, combien de recherches il a fallu faire pour le mettre en état de paraître. Quoique l'on se soit étendu sur l'histoire des abbayes, des églises, des maisons illustres, et sur la vie des grands hommes , comme on pourrait n'avoir pas été instruit de bien des particularités curieuses et capables d'éclaircir des faits intéressants, et qu'il se peut faire même qu'on ait oublié des personnes considérables parmi les abbés , les abbesses et les hommes distingués , on prie les communautés et les particuhers de procurer à l'auteur les mémoires qu'ils peuvent avoir, pour servir à perfectionner son ouvrage. S'ils ne le font pas, qu'ils ne se plaignent point s'ils ne trouvent pas le nom et les belles actions de quelqu'un de leurs ancêtres et quelques autres personnes auxquelles ils prennent intérêt. Car , quoique l'auteur ait une grande attention à rendre justice à tout le monde, il ne peut pas tout savoir. Il est difficile qu'il ne lui soit échappé bien des choses

qui devraient entrer dans son histoire, s'il n'est aidé dans les recherciies qu'il fait (1).]

(11 Les dernières pages du Projet imprimé sont remplies par une assez lonlue liste de» fam lies importantes de l'Auvergne à l'époque romaine et sous le premiers rois de France. Nous avons cru inutile de la reproduire ici parce que l'auteur revient sur ces familles dans la suite de son

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