CHAPITRE IV
ces marqué. L'année saivante, il renouvela la tmtative, qui se tennina d'une manière très désastreuse.
n s'était établi sous les murs d'Alnwick , forteresse fatale à sa
famille, et épiait les mouvements de la garnison, tandis que sa
nombreuse armée où ne régnait aucune discipline pillait le paysk:
Sur les mêmes entrefaites, une bande de ces barons du nerd àa
l'Angleterre , dont les aieux avaient gagné la bataille delTten^
dard votaient arrivés à Kewcastle , et firent une sortie pour net«
tôleries cmnpagnes. Ils étaient environ quatre cents cavaliers;
et avaient galopé au hasard , cachés par un épais brouillard du
maÊÊD. Lorsqu'ils songèrent à revenir sur leurs pas, ils ne surent
phis quelle routé prendre ; mais Bernard de Baliol s'écria que ^
quand même tous les autres tourneraient bride, il irait seul en
avant , et qu'il y mettait son honneur. Ils continuèrent donc à
marcirer, et toujours à l'aventure. Le brouillard finissant par s'é«
claircir soudain , ils aperçurent les bastions d'Alnwick , et se trou*
vèrent près d'un corps d'une soixantaine de chevaux avec lequel
Guillaume, le roi d'Ecosse, battait la contrée. D'abord, il prit les
Anglais pour un escadron des siens; puis, quand il fut détrompé :
« Eh bien ! dit-il intrépidement, nous allons voir qui d'eux ou de
nous sont les meilleurs chevaliers ». Alors il chargea à la tête de
là poignée d'hommes qui l'accompagnait; mais il fut renversé de
sa monture , et fait prisonnier avec plusieurs des principaux de sa
suite. Les barons du nord , craignant que la nombreuse armée
écossaise ne survînt, se retirèrent en toute hâte vers Newcastle,
emmenant avec eux leur royal captif. Guillaume fut présenté au
roi Henri, à Northampton , les jambes liées sous le ventre d'un
cheval, indigne traitement d'un prince captif, proche parent de
son vainqueur. Il faut toutefois se rappeler que l'intervention de
Guillaume dans les querelles domestiques de la famille de Henri
devait avoir irrité (ortement ce dernier contre lui , et qu'à cette
époque, on li'était pas très scrupuleux sur la manière d'assouvir
son ressentiment.
Il est raisonnable de supposer que Henri II , avec des sentiment!} a vindicatifs envers son prisonnier , ne dui le relâcher sans doute qu'aux plus rigoureuses conditions. D'ailleurs Tabsence du roi • occasiona un désordre si complet dans le système du gouverne-' ment, tel qu'il existait alors en Ecosse, que la noblesse et le clergé du royaume consentirent, pour que Guillaume recouvrât la liberté, à ce qu'il devînt homme-lige du monarque anglais, et
HISTOIBE irÉCOSSE.
rendtt hommage tant pour l'Ecosse (pie poar tousses autres teni*^ toires. Avant ce honteux traité, qu'on signa le 4 décembre 1 174, à Falaise en Normandie , les rois d'Angleterre n'avaient pas l'ombre du droit d'exiger hommage pour un seul prince de terre ëcos* saise , excepté pour le Lothian qui , comme nous Tavons répété^ tant de fois , fat cédé à Malcolmll par octroi du comte northum-» brien Eaduir. Toutes les autres provinces, composant ce qu'on appelle aujourd'hui l'Ecosse , étaient arrivées à la couronne de ce royaume par droit de conquête , sans avoir été dépendantes de TAngleterre sous aucun point de vue. Les territoires des Pietés avaient été réunis à ceux des Scots par les victoires de Kennetti Alacalpin. Le Moray était revenu k l'Ecosse par le succès de Mal* eolm II à repousser les Danois. Le Galloway avait aussi été réduit sous le sceptre écossais sans l'aide ni l'intervention de l'Angle» terre, et le Strath-Clyde fut subjugué avec des circonstances analogues. Une dépendance féodale n'aurait pu être établie que par une cession de terres qui eussent été originairement anglai* ses , ou par la restitution de districts qui eussent été conquis sur l'Ecosse. Mais l'Angleterre n'avait aucun titre à ce qu'hommage lui fût rendu pour des-provinces qu'elle ne pouvait ni céder, puisqu'elle ne les posséda jamais , ni rendre puisqu'elle n'en flt jamais la conquête.
Dès lors, cependant, aux termes du traité de Falaise, lerôi d'Angleterre fut déclaré seigneur souverain de tout le royaume d'Ecosse; exemple déplorable de cette impatience qui trop sou* vent caractérisa les conseils écossais !
Il fut fait à la même époque une tentative pour soumettre l'église d'Ecosse à celle d'Angleterre , au moyen d'une clause qui, dans le même traité, déclarait que la première serait tenue envers la seconde à cette soumission qui avait toujours été due et accor«dée autrefois, et que l'église anglaise jouirait de la suprématie qu'elle devait posséder en bonne justice. Les prélats écossais expliquèrent cet article , lequel fut rédigé à dessein en termes ambigus , connue laissant toute la question entière , car ils prétendirent qu'aucune suprématie n'avait jadis existé de fait , et qu'en droit rien de pareil n'était dû. Mais on rédigea avec plus de soin l'article ccmcernant la soumission civile ; et les principa* les forteresses du royaume, Roxburgb , Berwick, Sedhourh, Zklimbourg et Sterling , furent mises entre les mains de Henri ^ comme gages de l'exécution du traiié de Falaise , tandis que le
GHAPITRB IV. n'
frète da roi Gtallamne, Sayid , comte de Hantingdon, et beaii* coup de-Doblas Écoasais furent lirrés comme Mages dans le mè^ me irat. Hommage pour toute l'Écosw tût réeUement renda dans la Yille d'York ^ d'après la stipulation du traité, et alors le roi redevint Ufaro.
Guillaume avait sacrifié l'indépendance de sa couronne- A un désir maladroit de recouvrer promptement sa liberté personnelle; maïs il défendit avec plus de cœur les franchises religieuses de son peuple. Dans une élection bien débattue à l'épiscopat de Saint- André, il s'opposa avec force et constance A la nomination de Jean , dit l'É^Msais, dont le pape Alexandre III appuyait la can^didature. Le royaume dTcosse Ait mis ^ il est vrai , en interdit ; mais Guillaume ne s'en émut pas , et un nouveau pape , voulant arranger Taibire , céda à la volonté du roi , puis retira l'excom* municatiaD. En 1188, le pape Clément III ratifia formellement les privilèges de l'église d'Ecosse , comme fille et immédiate sujette de Rome ; il déclara même qu'aucune bulle d'^communîcation ne pourrait y être lancée que par Sa Sainteté en personne ou par son légat â laUre ^ lequel serait toujours un Écossais ou un d^uté spécial pris entre les membres du sacré collège. Tels furent les principaux faits du règne de Guillaume depuis sa mise en liberté Jusqu'à la mort de Henri n d'Angleterre , pour ne pas parler de qudques événements déplorables qui eurent lieu en Gallo'fray , et agiotent combien la barbarie des habitants y était aitors complàte.
Les châteaux frontières de Boxburgh et de Berwick demeuraient encore en la possession des Anglais à la mort de Henri II. LcMTsque son fils Ricbard-Cœur^de-Llon monta sur le trône , Use conclut entre les deux rois et les deux peuples un traité remar* qoable par lequel Richard , k la suite d'une entrevue personnelle' * qu'il eut à Gantorbèry avec Gtiillaume , renonga à tout droit de supériorité et dlMHnmage qu'on avait extorqué de eelui*ci pendant sa captivité , et rétaUit les limites de leurs royaumes respeetife telles qu'elles étaient lors de son infortune ; il rèserv» seulement à l'Angleterre un hommage tel que Malcfrfm^frère atné de Guillaume , l'avait rendu , ou était tenu de le rendre , et ainsi replaça tout-àrfait ITcosse dans la ritaation d^indépendance neiionale que le traité de Falaise lui avait ravie. Toute dette d'hom* mage envers r Angleterre , qui préexistait A cette renoneiatloff , ftHsoigneusefloent réserrée , de sc^le que GuHIaume se trouva*
eacore vassal du roi anglais pour lé Lothian , pour la ville de Berwiek et pour toutes les terres qu'il possédait en outré dans Fenceinte des possessions anglaises. Le retour dont TÉcosse âe^ vait payer cette ample restitution de sa liberté nationale, fut Qxé^ à dix mille marcs sterling, somme qui équivaut enviroii à deux millions cinq cent mille francs d'aujourd'hui.
Les motifs qui décidèrent Richard à renoncer aux avantages que son père avait obtenus lors du malheur de Guillaume , sont aisés à comprendre. — D'abord , Richard , doué d'un caractère généreux , se rappela sans doute que l'invasion du Nortbumberland et la bataille d'Alnwick eurent lieu à la suite d'un traité entre Guillaume et lui-même ; il put donc se croire obligé en honneur à réparer , dans l'intérêt de son allié, une partie au moins des fâcheuses conséquences qui avaient suivi sa malheureuse tenta-tive de mettre à effet leurs conventions. C'était, à coup sûr, un argument que des monarques d'un naturel égoïste n'eussent été que peu disposés à admettre , mais auquel Gœur-de-Lion , * avec ses nobles et chevaleresques idées, ne devait pas restei^insensiUe. — - Ensuite, comme Richard allait s'embarquer pour la* Terre-Sainte, une forte somme d'argent était plu» importante « pour lui qu'un stérile droit d'hommage , qui jamais , en effet , ne * pouvait avoir pour un monarque anglais de valeur réelle et distincte, à moins qu'il ne se présentât une circonstance favorable d'y joindre un titre à la possession , aussi bien qu'à la pure Stipré* matie du royaume d'Ecosse. — En troisième lieu , il était de la dernière nécessité que le roi anglais , partant pour une lointaine expédition avec la fleur de 3es troupes, laissât sur sa frontière Un belliqueux voisin plutôt dans la position d'un allié reconnaissaint que d'un farouche et mécontent vassal , désireux de saisir la première occasion de briser ses fers féodaux par un acte de violence semblable à celui par lequel on l'en avait chargé.
La somme stipulée pour le rachat de l'indépendance nationale d'Ecosse fut réunie au moyen d'un subside que la noblesse et le Cl^gé accordèrent au roi ; et il y a toute raison de croire que , en^ partie du moins, le fardeau retomba sur les habitants en forme de capitation. Deux mille marcs demeuraient dus, quand Richard lui-même tomba captif, et furent payés par Guillaume pour servir, à la rançon du prince , si même, ce qui semble également pro* bable , cette somme ne fut pas une généreuse et gratuite contribution de la part du roi écossais à la délivrance de son bienfaiteurs