‹ histoire d'ecosseChapitre 21 sur 86 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

qu'il voulait obliger ainsi à de fréquentes et honteuses comf>ara« tfoBS devant les tribunaux anglais. Un simple particulier de Berwiek alla même jusqu'à en appeler à ces tribunaux d'un arr^t rendu par des juges d'Ecosse , dixit cette ville passait alors pour faire partie. Baliol protesta contre la validité de cet appel, et rappela à Edouard que d'après les C(Hiditions jurées à Birgham , il avait été rigoureusement stipulé que nul sujet écossais ne poui^ rait être mandé devant une cour dé justice anglaise pour des laits qui -se seraient passés en Ecosse. Edouard répliqua avec une superbe indifférence et une inf&me eflronterie qu'un tel engage* ment n'avait été pris alors qu'eu égard aux circonstances, et que de pareilles promesses ne l'empêcheraient pas de citer à oompa* rattre devant les juges anglais le roi d'À^osse lui-même, s'il y avait lieu. Il ne laisserait pas son vassal , ajouta-t-il , devenir son directeur de conscience pour être réprimandé par lui d'avoir manqué de parole , et ne s'abstiendrait pas , quoi qu'il eût promis aux Écossais lorsqu'il avait traité du mariage de son fils avec Marguerite , de rendre à tous ses sujets la justice à laquelle ils avaient droit de sa part. Baliol fbt obligé, pour faire la paix avec un maître si impérieux , d'abandonner toutes les stipulations et toutes les garanties qui concernaient l'indépendance et les privi-* lëges de l'Ecosse , et de souffrir qu'elles Rissent méconnues, annulées.

Bientôt après , pendant la minorité de Duncan , comte de File , Macduff, son grand-oncle, s'appropria momentanément une partie du comté, puis , cité pour ce délit à comparaître devant les étaAs d'Ecosse , fut condamné par Baliol à un court emprisonne^* ment. Sorti de prison, Mâcdùff cita à son tour, Baliol devant Edouard, et Edouard ordonna que le roi écossais comparût- en personne devant lui. Il vint , mais refusa de se défendre. Le parlement d'Angleterre décida que Baliol devait des dcMnmages à Macduff, et pour le punir de son entêtement à ne pas vouloir présenter sa défense devant son seigneur suzerain , ordonna que trois des principales villes d'Ecosse , ainsi que leurs châteaux , seraient remis entre les mains d'Edouard , jusqu'à ce que le roi écossais lui donnât satisfaction. De sévères et insultantes règles de procédure furent arrêtées pour les cas où le roi d'Ecosse aurait dans la suite à comparaître devant les tribunaux de son suzerain d'Angleterre. Bref, on fit sentir à Baliol que quoiqu'on dût peut-être lui laisser encore quelque temps le sceptre et la cou-^

m HISTOIRE iyÉCOSSE.

TOaoe) cène saraitqu'à la condition doiae regard^ comme nu jNBiple instrument anx mmns d*un fiupérieur aussi hautain qu'ar* Intraire, qui était résolu à le jeter de côté à la prasii^ oecaaian, et à entasser tant d'insultes , tant d'ignominies sur le semUant d'mUxité royale qu'il tenait de son bon plaisir, que la patience enfin lui manquât. Le t(A d'Ecosse se détermina donc à s'arracher d'tme position si honteuse , et à s'affranchir lui et son peuple du joug d'un usurpateur étranger.

Les<^irconstances paraissaient favorables à un tel dessein , car la discorde avait éclaté ratre les royaumes de France et d'An* gleterre, au siqet de quelques droits féodaux pour te&quete Edouard s'était montré un vassal aussi intraitaUe et aussi dé^-» obéissant envers Philippe de France, qu'il se montrait un supérieur sévère et absolu à l'égard de Baliol.

Saisôssant une si belle occaiûon , Baliol par un traité secret s'allia avec la France et se tint sur ses gardes. Les nobles écossais as joignirent à lui pour secouer le joug d'Edouard, mais refusé^ l'eut de lui donner la direction des préparatifs qui ftirent faita pour la défense nationale. Ne se fiant ni en sa sagesse , ni en ça farmeté,'ils l'envoyèrent dans un chftteau lointain où ils le retinrent dans une espèce de captivité honorable , et mirent leurs levées sous les ordres de chefs dont le patriotisme semUait nmm douteux.

Edouard , se mettant lui*méme à la tête de quatre ;nille cavaliers et de trente mille fantassins, les plusbeaux soldats d'Europe, s^ dirigea vers le Northumberland. Anthony Beck, évôqile de Durbam , joignit , tout évoque qu'il était, l'armée royale avec un nombreux corps de troupes. Berwick , qu'ils assiégèrent, fut pris d^assaut >» quoique vaillamment défendu. Plus de dixHsept mille des habitants sans défense furent égorgée dans le msH^sacre qui suivit, et la ville qui était fort riche fut complètement pillée. Une trentaine de marchands flamands s'étaient retraïK^és dws ^w» espèce de château fort appelé Bedfaall , avec promesse de le déffendre contre les Anglais ; ils tinrent bon jusqu'à là fin et périrent honorablement parmi les ruines de l'édifice.

Bruce , le compétiteur, le comte de Marcfa et d'autres noMes écossais du sud , se réunirent au roi Edouard , en place de se dé^ elarer contre lui. Le premier se flattait vainement que Baliol , une fois exdu du trône, et la couronne d'Ecosse venant à être dédarée vacante par la forfaiture de son rival , eUe serait placée

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sur sa tdte ; mais Edouard semblait encourager de telles espérances. Tandis que le roi an^is était encore à Berwick , TdM d'AberiMrotbodc vint lai remettre de la part de Baliol une lettiB où ce dernier, en réponse i Tordre d'Edouard , qu'il eût à compa* raitreen personne, renonçait à son vasselage Renvoyait unedé* claration de guerre. «< L'insensé ! le traître ! s'écria le roi , quelle frénésie le tient ! Mais puisqu'il ne veut pas venir k nous , boqs irons à lui. >»

L.es progièsd'Edouard vers le nord furent arrêtés par la citaddio de Dunt)ar. £ll6 était défendue par la comtesse de Alarcb qui , quoique le comte, son époux, servit dans l'armée anglaise, s'était jointe aux seigneurs que la cause de l'indép^idance comptait parmi ses partisans ; tant les Ecossais étaient divisés en une ai grave occasicm ! Pendant qu'Edouard pressait le siège de cetta importante place qu'on peut appeler la deuxième porte de l'Ecosse , une nuée de soldats apparut sur le versant de la chaîne des Lammermoar-Hills qui domine la cité. C'était l'année écos* saise qui venait au secours de Dunbar, et a la vue des bannières amies, les assiégés poussèrent, un cri de triomi^e et de défi. Mais quand Warenne , comtB de Surrey , général d'Edouard , alla à fai rencontre des Écossais, ceux-ci, avec une témérité qui leur fut souvent fotale avant comme ensuite , se précipitèrent de la position avantageuse qu'ils occupaient , et par leur imprudence essuyèrent une terriUe dé£aite dont le résultat Ait d'ouvrir toute la contrée à l'envahisseur.

Bruce s'imagina , après la victoire de Dunbar, que son tour de. régner était venu , et confia à Edouard son espoir de remplacer Baliol sur le trône. «N'avons-nous à nous occuper d'autre chose, répartit Edouard , enle regardant de travers, qu'à vous conquérir des royaumes? » Bruce se retira pour ne plus se mêler des affaires publiques , auxquelles son petit-fils devait , à une époque postérieure, prendre une part si éclatante.

Après la bataille de Dunbar, ce fut à peine si une étincelle de résistance a Edouard parut jaillir du désespoir général. L'armée anglaise continua sans obstacle sa marche vers le nord et s'avança jusqu'à Aberdeen etElgin. Baliol, amené devant son ennemi , au château de Brechen, eut littéralement son manteau royal déchiré sur lui , confessa avoir commis un crime féodal en se révoltant contre son s^neur suzerain , et fit en règle la reddition de fioa royaume au vainqueur.

m HISTOIBE D'ECOSSE.

Le roi d'Angleterre tint à Berwick un parlement où il reçut la soumission volontaire et empressée de tous les Ecossais des plus hauts rangs. — Seigneurs , chevaliers , écuyersj) Edouard les accueillit tous gracieusement et prit d'utiles mesures pour assurer sa conquête. Il û(»nma Jean Warenne, comte^ de Surrey, gouverneur de rÉcossè. Hugues Cressingham, prélat ambitieux , fut fait trésorier-général, et Guillaume Ormesby grand-justicier du royaume . Il plaça des commandants anglais dans toutes lés forteresses, y laissa des garnisons à lui , et regagna l'Angleterre après avoir conquis l'Ecosse , non seulement sans peine, mais encore, i ce qu'il semblait, d'une manière durable.

Ce ne fut pas tout : Edouard résolut de profiter de sa conquête pour détruire tout indice d'indépendance nationale. Il emporta hors du pays ou mutila tous les documents de nature à rappeler que TEcosse eût jamais été libre. Les archives de l'Ecosse, l'endroit où depuis Kenneth Macalpin, les monarquesécossais avaient été toujours couronnés, furent fouillées avec soin , on en détruisit toute pièce qui se trouvât contredire les prétentions d'Edouard. Les historiens écossais ont peut-être exagéré l'importance de ces rapines ; mais il n'en est pas moins prouvé qu'Edouard fut jaloux de faire disparaître tout ce qui pouvait éveiller en Ecosse le souyoQkir d'une indépendance primitive , car il emporta à Londres, non seulement la couronne et le sceptre que remit Baliol , mais même la pierre enchantée sur laquelle les rois se plaçaient pour recevoir l'inauguration royale , trophées dont il fit hommage à l'abbaye de Westminster ^ .

4 La yerta que po&sédait la fameuse pierre de Scone dont nous ayons rapporté Torigine plus haut, est indiquée dans les deux célèbres yers léonins qui suiyent :

^'i fallat fatum, Scoti, quocomque looatam

Inyenient lapidem, regnare teneolur ibidem.

Et dont yoici à peu près le sens :

Si le destin n'est pas trompeur,

11 faudra de toute manière

Que PËcossais règne yainqueur,

Aux lieux où sera cette pierre.

11 y eut des écossais qui s'obstinèrent à yoir Taccomplissement de cette prophétie dans raccession de Jacques VI au trône d'Angleterre, et qui firent remarquer ayec orgueil que la conduite d'Edouard, lorsqu'il ayait enleyé à l'Ecosse son pal^dium, ayait ressemblé à celle des Troyens lorsqu'ils eurent amené en triomphe au sein de leurs murailles ce cheval de bois des Grecs qui occasiona la destruction de leur royale famille. La pierre en question, qui existe encore, et qui forme le soutien du 9iége du trône du roi £douard-le-Gonfesseur, que le souyerain d^Angleterre occupe lors de son couronnement, est en elle-même, à part la prédiction qui a été si loDÇue k s'accomplir, une très curieuse relique d'une très haute aotiquité* w* $•

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