‹ histoire d'ecosseChapitre 22 sur 86 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Interrègne*— Causes des infoctiines nationales de rècosse. — IndlflTérence dee barons normands. — Sir GsttlaiiBie WaHace.— Bataille de Sterling.— Wallaee nommé régent d'Ëcoss/e. — Edouard envahit l'JÉcoafte. — BaUilIe de FalkirlL. — Mort de Wallace»

La soumission unanime d'un peuple brave et fier à un conquérant étranger est trop surprenante pour ne pas mériter quelques remarques , surtout quancji elle fut si générale que la plupart des nobles et anciennes famille»» d'Ecosse sont réduites à la nécessité de courir après les noms de leurs ancêtres dans lès ciar quante-six feuilles de parchemin qui forment la honteuse liste des Écossais qui se soumirent alors à Edouard ï^ . Il faut croire que , le plus souvent , des propriétaires , qui ont beaucoup à perdre y sont plus disposés à souffrir la tyrannie et l'invasion que le pauvre paysan qui ne possède que son couteau et sa mante ^ et dont toute la richesse se compose de sa part individuelle dans la liberté et l'indépendance de la nation. Maisceci n'explique encore qu'à peine les marques de vacillement et d'apostasie que laisse voir la noblesse de cette époque y époque toute chevaleresque pourtant où l'on se piquait d'estimer si peu la vie , comparée au point d'honneur le plus léger et le plus futile. Les circonstances qui suivent se suggèrent d'elles-mêmes pour l'explication d'un fait si bizarre.

Pendant les guérites civiles y la noblesse d'Ecosse en était venue , par l'invariable politique de IVf alcolm Cean^Morh et de ses successeurs , à ne consister presque absolument qu'en une race étrangère à la contrée -, race que n'y attachait , non plus qu'au peuple 9 aucun de ces doux liens qui retiennent l'indigène au sol qu'il habite, comme à celui que ses pères ont peut-être habité durant des siècles. Deux ou trois générations n'avaient pas converti des Normands en Écossais ; et , si fidèles que ces émigrés pussent être aux monarques dont ils tenaient leurs fiefs, une telle fidélité ne devait ressembler en rien aux sentiments de teurr dresse filiale qu^on éprouve , soit pour la terre de sa naissance et pour celle de ses aïeux , soit pour les princes par les pères de qui HisToiAE d'Ecosse, 5

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les siens ont été conduits au combat et avec qui ils ont partagé la joîe de la victoire , le chagrin de la défaite.

A bien considérer la chose ^ les Normands n'étaient, ni parla naissance , ni par les mœurs , susceptibles des émotions qui constituent le patriotisme. Us avaient pour aïeux ces Scandinaves qui $ans regret quittèrent leur pays natal pour aller à la recherche de séjours meilleurs, et ouvrirent leurs voiles auvent, comme l'exilé volontaire des temps modernes , en se souciant peu d'être "Jetés sur telle ou telle côte , pourvu qu'ils ne fussent pas ramenés vers la leur. L'éducation des Normands du troisième siècle ne leur avait pas inculqué cet amour du sol natal, qu'ils n'avaient pu apprendre de leurs pères, vagahondsr des jâècles précédents.IIs étaient, plus que tout autre peuple, dévoués à la ebevalerie, dont les règles et les habitudes ne favorisaient certes pas rattachement local. Le comble de la perfection pour un chevalier errant était de courir sans cesse d'un pays dans tin autre après les aventures, d'acquérir du renom, de gagner des comtés, des Toyaumes , même des empires , par Tépée , puis de s'établir sur les possessions ainsi acquises et d'y demeurer sans jamais songer à la terre où il avait reçu le jour. Cette indifférence pour son pay$ natal était enseignée à quiconque aspirait aux honneurs de la chevalerie , par la rupture nécessitée dès l'âge le plus tendre , des liens qui unissent le jeune homme à ses parents et à sa famille. Le soin de son éducation militaire Farraehait encore enfant à la maison paternelle, et l'envoyant s'instruire des coutumes de la chevalerie k la cour de quelque prince ou seigneur étranger , détruisait de bonne heure ces iiœuds sociaux qui attachent un Individu à ses proches et au lieu qui l'a vu naître. Armé une fols chevalier , le brave gars trouvait un chez-lui dans chaque tournoi ou chaque champ de bataille , et son établissement dans le premier royaume venu où la valeur était le mieux récompensée. Le véritaMe cljevalier errant était donc cosmopolite, citoyen du monde ; chaque sol était son pays , et II n'avait ni lessèutiments ni les prér juèés qui excitent chez d'autres personnes une patriotique affection pour un pays particulier.

Ce système, féodal aussi , quoique Tassertion puisse d'abord Sembler bizarre , fut, jusqu'à ée que les fieft devinssent hérédltaires , défovorable à U fidélité et au patriotisme. Un vassal pouvait, > ce qui arrivait souvent, posséder. des fiefs dans t)3iisd'un royaume.: division de vas$elage qui tendait à «mpôcher

C9UPITRE VIT. il

^tieTidlée-de devoir ou de fld&ld attachaient ne prtt qoel^ae tarù& d'aoean cdté. II pouvait même, et ne s'en faisait pas bute, avo^ des domaines qui dépendissent des différents rois de Franôe, d'Angleterre, d'Ecosse, et devenant ainsi , Jusqu'à un certain point , le sujet de tous ces princes, il n'eût porté que diffiettement â Tun ou à Feutre d^ntre eux une affection particulière qui ne fftt point iMtsée sur un respect ou une préférence pdrsonneb. Quand la guerre éclataitenlre deux des princes dont il dépendait, le feadataire, après avoir déôidé sous qud étendard il irait combattre , se dispensait de toute allégeance envers l'autre des deux puissances ennemîes par la résignatioii do fief qu'il tenait d'elle. La possilnlité de changer ainsi et de contrée et de mattre , cette habitude de vassal de ne servir un prince qu'aussi long- temps qu'il tenait un fief de lui, menaient â des idées commodes et peurégu- Itères au sujet de la fidélité, et donnaient au feudataire plutôt l'apparence d'un mercenaire qiA sert parce qu^bn le paie , que d'un patriote qui combat pour la défense de son pays. C'est une eons^ quence qu'on peut tirer de cette promptitudeà passer sans cesse d'un parti daps un atitre , qu'on remarque chez les barons étaos* sais et que les historiens ont beaucoup censurée. Enfin , le lecteur remarquera que les grands feudataires , qui semblaient se regaiv der comme libres , absolument libres de choisir tel ou tel monap* que pour s'attacha" à lui, s'inquiétaient moins des droits de l'An"*' gleterre et de l'Ecosse, ou de ceux des princes é^ngeis ou d'an ' prince indigène, que des talents personnels et de la sitbaticHides deux rois. Ens'attachant à Edouard plutôt qu'à Balicd , les grands > vassaux se rangeaient du côté plutôt du courage que de tatimi dite , de la richesse que de l'indigence , et de la victoire que de la '' défaite. SI dune une telle indifférence pour les coosidérationa qui naissent du patriotisme , et un tel attachement individuel à leur propre intérêt, caractérisaient les nobles Scoto^Normands, on ne doit pas s'étonner que beaucoup d'enti^e eux n'aient pris qu'avec tiédeur part à la défense de leur pays , et que moine quelques-uns se soient rendus coupables de versatilité pendant les scènes con«ttnuellement changeantes que nous allons raconter. Il en fut aci-» trement de la nation écossaise.

Exaspérée par les Insultes flsâtes A la patrie , par les viotencis des garnisons anglaises, et par les exactions du trésorier Crc»singham , une haine universelle du Joug de l'Angleterre se menir testait parmi le peuple , qui , encore demi^barbube , ne demiuadût

n HISTOIRE D'ECOSSE.

pus mieux que d'échanger ud honteux ^assujettissement contre une guerre honorable , quoique désespérée. Les Scots se réunissaient en bandes , en compagnies , et se réfugiant dans les bois , dans les montagnes , dans les marécages , où leurs pères s'étaient dé* fendus contre les Romains^ se préparaient à une insurrection générale contre la puissance anglaise.

Si les nobles Seoto-Normands avaient, à la légère,reconnu la suzeraiBetéd'Edouard, il n'en était pas de même' des classes moyenne etinférieure de propriétaires; car. ceux-ci, descendus de la race indigène d'Ecosse , partageant le sort du peuple , et animés des mêmes sentiments, brûlaient du désir de se venger des Anglais, que l'usurpation avait rendus possesseurs de leurs forteresses natio* nales. Dès qu'Edouard et son armée franchirent la frontière, il éclata une multitude de petites insurrections , sans résultat il est vrai , mais assez nombreuses pour indiquer une disposition hostile et belliqueuse qui n'avait besoin que d'un chef pour devenir générales. Elles en trouvèrent un dans sir Guillaume Wallace.

Ce champion de la patrie était Anglo-Normand d'(Hîgine , mais ne se distinguait ni par sa naissance ni par sa fortune au point de jouir d'un haut rang et d'immenses richesses, ou de partager pour l'honneuret le bien public la fîroide indifférence quç de tels avantages pouvaient exciter chez leur possesseur II était né dans le Ren Irevshire , district -de l'ancien royaume de Strath- Glyde^^et sa nourrice l'avait peut -être bercé de contes et de chants des bardes Gallois v car il y a tout lieu de croire que la langue bretonne subsistait encore dans les coins les plus éloignés du pays où elle avait autrefois été universelle. En tout cas , Wallace fut affranchi par son éducation des principes d'intérêt personnel et d'égoïsme qui ne sont que trop naturels à l'air de la cour et surtout que trop défavorables aux nobles idées d'un patriote. Les traditions populaires de TEcosse, qui se complaisent à parler de ce bien^imé champion du peuple ^ représentent Guillaume Wallace comme d'une taille imposante, d'une force et d'une dextérité sans pareilles , et d'une si grande bravoure qu'il ne connut qu'une seule fois, dit-on, et encore subissait-il l'influence d'un pouvoir surnaturel , la sensation de la peur.

On pense que Wallace fut mis hors la loi pour avoir tué un Anglais-dans une querelle fortuite. Il se retira dans les bois , s'y entoura d'une bande de gens aussi désespérés que lui y et obtint divers succès dans des escarmouches contre les troupes anglaises*

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