‹ histoire d'ecosseChapitre 31 sur 86 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Préparatifs de Robert Bmce pour une bataille décisiye.^ Précautions adoptées par hii contre la supériorité de la cavalerie des Anglais-, contre celle de leurs membres*— Il rassemble ses troupes.— Description de remplacement du combat, et de Tordre dans lequel Parmée écossaise fut rangée. —L'avant-garde anglaise Tient en Tue.— Escarmouche entre Gliffort et le comte de Morey. —Conduite cheraleresque de Douglas. -« Bruce tue sir Henry Bohum. — Apparition de Parmée anglaise le matin suivant. — Circonstances qui précédèrent la bataille.— Les Anglais commencent Pattaque. leurs archers sont mis en déroute par un corps de ca • Talerie écossaise tenu exprés à Pécart.— Les Anglais tombent en désordre.— Bruce donne avec la réserve. —La multitude qui avait suivi son armée se montre sur le champ de bataille. — Une effroyable conftision se répand parmi les Anglais, ils fuient. — Grand massa cre. — Mort du comte de Glocester. — Le roi Edouard quitte la mélée.—Mort de d*Argentin.— Fuite du roi à Dunliar.— Prisonniers et butin.— Pertes écossaises.— Les Écossais ne savent pas tirer une leçon de stratégie de la bataille de fiannockburn, mais sont soutenus par le souvenir de ce grand triomphe pendant les malheurs qu'offre la suite de leur histoire.

La crise de cette longue et implacable guerre semblait approcher. Du printemps de 1306 à celui de 1314, les prospérités de Bruce semblent avoir suivi , une progression tellement croissante^ qu'aucun des légers obstacles qu'il rencontra dans sa. carrière ne doivent passer pour l'avoir sérieusement interrompue. Il était alors reconnu pour roi dans la majeure partie de l'Ecosse , mais beaucoup s'en fallait qu'il ne possédât l'autorité absolue dont jouit le chef suprême d'un gouvernement établi. Toutefois le zèle que ses compatriotes lui témoignaient , leur bonne volonté , leur affection pour sa personne y et leur estime pour ses talents, compensaient au-delà ce qui peut-être lui manquait sous le rapport du droit et de la forme. Aussi, fut-ce avec la certitude de recevoir l'appui général de la nation , qu'il se prépara au prochain conQit. Bruce avait principalement à se mettre en garde contre trois désavantages, les mêmes qui firent succomber Wallace à la bataille de Falkirk, et dont les deux premiers au moins continuèrent à être cruellement ressentis par les Écossais dans toutes leurs ac-

CaiAPITftE X. Ht

tioDS générales avec les Anglais , tant qu'ils restèrent nations séparées.

Le premier était que le roi d'Ecosse manquait presque de cava* terie. Or la cavalerie, et surtout les gens-d'armes qui étaient entièrement recouverts d'acier , passait pour la partie la plus formidable, ou plutôt la seule utile d'une armée féodale. Mais Bruce s'était formé sur xe point une opinion plus particulière à notre époque qu'à la sienne. Peut-être avait-il vu la bataille de Talkirk , où la résistance des massés de l'infanterie écossaise avait été si formidable que la cavalerie anglaise avait failli en être vaincue ; peut-être aussi connaissait-il les détails de celle de Courtray/où les gens-d'armes de France furent défaits par les piquiers flamands. L'expérience qu'il avait lui-même acquise à labataille de Loudoun-Hill le confirmait dans l'opinion , quoique réputée bizarre de son temps , qu'un bon corps de fantassins, armés tant de piques que d'autres armes longues et judicieusement portées, pouvait, au cas qu'on en obtînt de rester ferme et de garder sesr angs, battre à plate couture un corps plus nombreux de cavalerie. C'est un fait que tous les tacticiens modernes reconnaissent.

La seconde difficulté de Bruce consistait dans l'infériorité des s\!&nssous le rapport des archers, dont les terribles flèches formaient rartillerie d'alors. L'arc ne fut jamais une arme favorite des Ecossais, et ceux de leurs soldats qui le maniaient, généralement recrutés dans les Highiands et rebelles à la discipline , n'en avaient qu'un court et mal tourné dont la corde était à peine tendue. Pour s'en servir ils la tiraient jusqu'à leur poitrJne , et ne lançaient qu'une flèche grossière avec une lourde tête de fer à deux pointes, qui , faute d'une impulsion suffisante , ne produisait que peu d'eflet. Ces archers si peu habiles et munis d'armes si imparfaites étaient tout ce que l'Ecosse avait à opposer aux célèbres yeomen * d'Angleterre qui dès leur enfance étaient familiarisés avec l'usage de l'arc. Aussitôt qu'un enfant atteignait cinq ans, on lui mettait entre les mains cet instrument guerrier qui n'avait alors qu'une grandeur proportionnée à son âge, et qui ensuite grandissait peu à peu au fur à mesure que la vigueur de celui qui devait s'en servir se développait : c'était ainsi que le

1 Fameax archers anglais; c^étaient origioairemeDt les petits propriétaires faisant ▼àloir leurs terres* On donna ensuite ce nom anx Volontaires et aux soldats. Le ro> d^Angleterre a CDCvre aujourd'hui dans sa garde une compagnie a^yeodien. ▲. m.

iM HIS'TOIAE irBCOSSE.

jNiM konmie ^prenait à poui^oir, aoe fctederenu grand, manier un arc long de six pieds , et au moyen de ce qu'il tendait h eorde jusqu'il son orefile, obtenir assez de ibrce pour décharger Aas trafits longs d*aM«oiie. Mais quelle que fût rirrégularité dt nomlMPe et de l'adresse entre lesHi^ttaiidais d^Éeosse et les archers tfAngMerre^ Braoe eq>ér»it y remédier encore par Tordre d» lirtailte dans lequel il se proposait de «ang^ ses troupes.^

Letroisièniedésa^antageaTeelecpièl les Boossats devaient «voir I soQtoHr la hrtte décisive , était que lenr armée serait infinîm^nt moins n(»nbfeuse que celle des* Anglais. Les ordres de Bruce, dans les paities de TÉcosse qui reconnaissaient sa souveraineté , réunireirt, ile^ vrai, des forces conmdérables , et ce d'autant pins facilement , «pie Stirling était une position centrale ; mais les districts les plus éloigiiés étaient , durant le tumulte de la guerre Cfvile,clevenns presque indépendants^et il n^était pas pro- MMe que les injonctions de Bruce produisissent beaucoup d'effet sur les provinces les plus lointaines du nord. D'un autre cMé , dans le pays au sud et surtout au sud-est des frontières, la plu* part des grands seigneuns et des barons continuaient À favoriser la cause anglaise. Parmi eux il faut citer au premier rang le fameux icomte de March. Ces diverses raisons nous montrent que les historiens écossais ont droit d'avancer que tous les efforts ds Hobert, en c^te critique oocaaon , ne parvinrent à rassemUer qu'environ trente mille combattants, quoique iselon l'usage d'une armée écossaise â y eût encore à la suite du camp au moins rix mille personnes. Leur présence était ordinairement inutile et même incommode ; mais le hasaid voulut que cette fois elles in* Huassent d'une façon singulière sur Hssoe de la journée. Bruce, ainsi inférieur en nombre, résolut comme un habile général qu'il était, de compenser un tel désavantage par un choix si bien calculé de son terrain , que les ennemis fussent obligés de rétré* cîr extrêmement leur ligne d'attaque , sans même pouvoir proS^ de leurs nombreuses farces pour les développer et venir entourer ses fltancs. '

Cette résolution prise , Robert Bruce donna aux troupes do son royaume rendez-vous dans les bois de Tarwood , à environ i|uatre milles deStirling, et par degrés prépara Tendroit qu'il avaft choisi pour théâtre de l'action. C'était une étendue de terre alors nommée le parc neuf, etpeut-être réservée pour la chasse, puisque Stirling était souvent une résâdenoe royale. Cet eapaee était CA

CBiMTBfi JL III

yuttieàéoQmvattyefi p^tie obstrué d'jHi>i«s, les vus i^rgronpei^ les iiuiressépaiés. Les Écossais y fiooBèrM leur ligae de bataÂUe ^i s'éteodit 4u sudiiu aord et regaida TesL £a -ceUe {ftosition, le flaoe gaucbe de £nuee «t sqd «nûère^garde eosseat été sam doute eK^posésÀ oae aortie du cbAieaudeStirJMig^ aaîs la bonne Soi deMowbray ie gouverneur n'était pas suspecte , et le roi ne fi£aignait aucunement i|u'U ne TÎûlât le truté par lequel à était lequ de demeuFer dans l'attente passive de son destin. Un «Miécage, a^pi^tié le £ourbîer du moulin neuf, empochait à peu prë9 ^''on |>ïU; i^rocber directement du front de l'wrmée écossaise. Son aile droite s'apjKUfait sur le ruisseau de Banaockburn 4j|ui G&ole vers l'est entre des bords escai^et rocailleux, et aînsî se trouva comy^tement înftDcessiUe : cdle de gaucbe semUaît iMne*, mais, de fait, elleétaitfonmidablementpit>légéepardeyaDta« mof e» d'une espèce partkniâ^ de retranchement. Gommecette partie du champ de bataille était ^^nopre aux manœuvres de cavalerie^ firuce y fit creuser une suiUitude de trous, profond* de trois pieds « et si voisins les 7UD& des autres qu'ils eussent l'air d'un rayon de miel avec ses rangées de cellules. Bes pieux apoin^ tis furent solidement enfoncés duis ces Irons, et on mit tant de ^ains à en recouvrir les ouvertures avec du gazon , qu'il était imfiossiide de soupçonner le piège. On sema aussi dans diverses directions des pointes {H*apres à estropier les chevaux.

Le 23 }ùm 1314, le roi d'Ecosse, instruit de Tapproc^ des Anglais, ccmduisit ses troupes sur le champ de bataille^ leur opt donna de préparer leurs armes ^ et ppoclama que ceux qui n'étaiemi; fias résolus à vaincre ou k niourir avec leur souYCcain ^uvaieixt se retirer. Ses soldats n'eurent qu'um cri, joyeux et jutanime , pour r^^Màdre qu'ils voulaient. tous partager saa sort Xe roi cangea alors l'armée dans l'ordre suivant. Trois colcHines ou masses ohfongues d'infanterie , amées de piques, et placéef aur le môme front ^ mais à quelque distance les unes des autres , armèrent la première ligne. La division de drmte était commandée par Edouard Br^uce^ cdle de gauche par James Douglas ^ par Waltea:, stewart ou ^and sénéchal ' d'Ecosse 4 celle du cen-** tre, par Thomas Randolph. Il fut enjoint à ces trois commandants de ne pas permettre que des troupes anglaises dépassassent leinr JErontpeur gagner SLirhog. La seconde ligne, ^iii nese composait

I Le sHewart eftencora aajonrd'Iral «n officier delà couronne brhaimique diarçé

que cfuae seule colonne ou masse , fût formée par lés hommes des tles, aux ordres du fidèle ami et allié de Bruce , lé prince insulaire Angus, par ses propres vassaux de Cornik, et par les habitants de TArgyle et du Cantire. Ce fut avec eux que le roi se plaça, pou r être à même de porter secours et assistance où besoin serait. Avec lui encore il garda à Tarrière-garde une troupe de carabiniers d'élite dont il destinait la plus grande partie à une besogne spéciale. Quant à la multitude qui suivait le camp, on l'envoya avec les bagages stationner de l'autre côté d'une éminence qui s'élevait derrière l'armée écossaise et qu'on appelle encore la Gillies'-Hill ou Montagne des valets.

A peine le monarque écossais achevait-il ces dispositions, qu'il arriva la nouvelle que l'effroyable armée d'£douard,qui avait quitté Fàlkirkle matin de bonne heure, approchait. Lorsque le roi d'Angleterre se vit dans le voisinage de Stirling , il détacha sir Robert Cliffort avec huit cents chevaux , et lui ordonna d'éviter le front des Ecossais , puis , décrivant une courbe , de tourner leur flanc gauche et se jeter dans Stirling. Le chevalier anglais faisait donc tm circuit à l'est où un creux du terrain cachait ses manœuvres , lorsque l'œil d'aigle de Bruce découvrit une traînée de poussière, au sein de laquelle brillaient comme des fers de lances et des armures, et qui se mouvait vers le nord dans la direction de Stirling. Il la fit remarquer à Randolph : «Us ont passé, lui dit-il , du côté dont vous aviez la surveillance ; ah ! Randolph , c'est une rose qui tombe de votre couronne ! «

Lecomte deMoray fut blessé d'un tel reproche, et, prenant avec lui une centaine au plusde piquiersàpied qui rentouraient,s'élanca à la rencontre de Cliffort pour réparer sa faute. L'Anglais ne pouvant plus continuer sa route vers Stirling, tourna son fort détachement de cavalerie sur Randolph et le chargea au grandissime galop Le comte fit former ses hommes en cercle pour recevoir la charge, et ordonna au premier rang de se mettre à genoux, au secMid d'incliner le corps, au troisième de rester droit, à tous d'opposer leurs piques comme un mur, au choc terrible des cavaliers qui accouraient. Le combat paraissait à ceux qui le regardaient de loin devoir être tellement inégal qu'ils croyaient Randolph perdu si on ne venait à son secours, et que Douglas demanda au roi d'aller en toute hâte le tirer d'affaire, « C'est impossible , répondit Bruce ; il faut que Randolph porte la peine de sa négligence. — Ah ! noble sire , répliqua Douglas , je n'ai pas

Page 1