CHAPITRE X
le courage de voir Randolph périr ainsi, fiiute d'assistance, etau« tant de sa propre autorité que de Tassentiment du roi , il courut le défendre ; mais, en approchant de la scène du combat , il vit la petite troupe de Randolph qui demeurait immobile comme un roc au milieu des vagues , et les rangs de la cavalerie anglaise qui s'en retiraient brisés de toutes parts , comme la marée lorsqu'elle trouve un ol^tacle, « Halte ! halte ! cria Douglas à ses gens. Nous sommes venus trop tard pour les aider; ne diminuons pas la vie* toire qu'ils ont obtenue en usurpant le droit de la partager. » Quand on se rappelle que Douglas et Randolph étaient rivaux de réputation, c'est un des plus brillants traits qui décorent et embellissent l'histoire de ces siècles dont le sang et la dévastation étaient le caractère principal.
Un autre événement préliminaire eut lieu le même soir. Bruce en personne, monté sur un de ces petits chevaux qu'on appelle poneys, inspectait avec attention les rangs de son avant-garde. Il tenait à la main une hache de combat, et pouvait être reconnu» autant par les enhemis que par les siens, à une couronne d'or qu'il portait sur son casque. Une partie de l'avant-garde des Anglais se montra alors, et un de leurs chevaliers , sir Henri de Bohun, s'imaginant avoir trouvé une occasion d'acquérir beaucoup d'honneur, outre qu'il terminerait la guerre d'un seul coup, mit sa lance en arrêt, piqua son vigoureux cheval de bataille, et se précipita à franc é(rier sur le roi. Use flattait, grâce à sa monture plus robuste et à son arme plus longue, de l'étendre à terre aisément : mais Bruce devina ce calcul , fit semblant d'être résolu à attendre le choc, puis, une seconde avant qu'il eût lieu, tira soudain à gauche la bride de son petit palefroi, évita ainsi une rencontre inégale , et porta au chevalier anglais , lorsqu'il le dépassa au galop, un coup de hache qui fit voler en éclat le casque et la tête du téméraire. Sir Henri de Bohun tomba mort aux pieds diiroi, et l'enthousiasme que cette victoire excita parmi les Ecossais n'eut d'égal que la tristesse qu'elle répandit chez leurs ennemis. L'avant-garde anglaise se retira avec de sinistres présages pour l'issue de la bataille, qu'Edouard avait résolu de différer jusqu'au matin suivant, par suite peut-être du découragement que la mort de Bohun et la défaite de Gliffort avaient produit. Les nobles Écossais reprochèrent à Bruce le péril auquel il s'était exposé ; mais le roi regarda son arme, et répondK seulement : «En effet , j'ai brisé ma bonne hache ! » Il ne voulait pas justifier
tu HISTOIRE D'ECOSSE.
Itepruâmee qôH seatait 9fvmt eommse ; mais sans doele il AYwl comme d'aulrès grafids honnnes^ q^allf a des moments oa «B général doit ykÀer les règles de b prudence onfinaire .{NMir donner à ses scMsIs nne impulsion' d'enthousiaane.
Le S4 jiHn 1314^ jour de la fête de Saiot-Bamabédit le Gl&rieuT^ Edouard, dès le matin, s'avança dians les règles pour attaqaer les Éeossats,el les trooyadans lenrs portions du soir précédien!. IV vant-garde des Anglais, formée de leurs arcbers et piqulers el comprenant presque tonfe leur înfantene, marchait sous les ordres descomtesdeGlocesteretdeHereford, qui ayaient en outre im beau corps de gens-d*àrmos pour soutenir leur colonne. Tout le reste des trouves anglaises, qui se composait encore de neuf régiments distincts était tellement resserré parle défaut d'espace, qu'il paraissait, aux yeux des Ecossais, ne former qu'aune seule et yaste division toute resplendissante de Téclat des armures, mars obscurcie en quelque sorte par le nombre des bannières qui flottaient au-dessus. Edouard lui-môme commandait ce terrible corps, et pour protéger sa personne, était accompagné de quatre cents gens-d'armes d'éfite. Tout prés du roi se tenaient sir Aymer de Valence, le comte de Pembroke qui avait défait Bruce à Methven , mais qui alFaît vofr une journée bien différente, sfr Giies d'Argentin, chevalier de Saint- Jean de Jérusalem, qui, {mr ses exploits en Palestine et atfFeurs, était regardé comme un des jdus illustres chevaliers de répoque,et sir Ingram Umfiravilte, écossais angtisé, fametix aussi pour son habileté militaire.
Quand les Ecossais virent l'immense multitude de lenrsennemis rouler vers eux conimemie mer houtetase, ils ftirent rnyit^ à faire ensemble on appe! i Dieu contre la force d'adversaires mortels. Maurice, abbé dTFnchaflfray, nu-tête et nu-pieds^ parcourut toute la ligne écossaise et donna sa bénédiction aux Soldats qui s'agenouHlèrent pour la recevoir et adorer ïapuiissanee 9n npm de laque!!e on fa leur conférait.
Pendant ce temps-là, le roi d'Angleterre questionnait Pinfra-* TîBe sur les desseins probables de ses antagonistes. « E^t-ce qu'ils vont soutenir notre attaque ? » demanda Edouard. — Oui certes ! répKqua Umfiraville, et pour les attaquer avec avantage^ votre majesté ferait bfen d'ordonner une retraite sîmalée, et de* les déj gager ainsi de leur forte position. » Edouard rejeta ce conseil, et voyant les soldats écossais s'agenouiller, s'écria avec joie ' « Hs demandent merci f — ^ G'est le ciel et non vous, sire^ qn'ib ifOr
CBèFSTÏÏKX. i§M
plormtj TépctOit VnAwnOti il leur int aiqoufd'boi wmBcrt on jBOiuir. » Le rai coomiiida alors qu'on sooMlt la duurge et qoa Faitaque eomomatftt
Les comtes deGlocesleret de Bereford chargèrent avec leurs gens-d'anoes r«ite gauche écossaise qui' était soea les ordres d'£doaarà Bruce ç mais quelque rmlUé qui r%Mit enire ces deux grands seigneors lesprécipèta au coastM^ arec pUia d'ardeu que de prudence : ils arrivèrent au choc en désordreet brirs d'hakàne^ et ne purent pas ouvrir les rangs profonds des piquieis. Beaucoup de chevaux furent jetés à la renverse» et leurs maltrea abandonnés à h discrétk» de rennemi. Les trois autres divisions de Farmée écossaise attaquèrent la masse de Tinianterie anglaise qui résista couragensetnent. Les archers anglaîsy eomrae è la ha* taille deFalkiric, commencera t alors i déployer leur redoutable adresse aux d^^ens des lanciers écossais ; nais Bruce avait pris ses précautions. Il enjoignit à Bobert Keîtb^ maréchal d'Ecosse^ de prendre les quatre cotts hommes d'armes qu'il avait mi&en rén serve tout exprès, de faire un circuit, et de dmrger les archers angfads par le flanc. Cette manoeuvre s'exécuta avec une iwompti:* tode et une jH-écision. qui di^)«rsèrent biaitût ces redoutaUes soldats ; mâne &ute de pieux ou d'autres h^rriàres pour écarter leschevaux, faute dTamies longues pour lesr^pousser^ ilsfurenl pourfendus i i^aiâr et presque ssms résistance.
Lm bataille ccmtinna avec aehameoK^ mais au désavantage des Anglais. Les archers écossais parent dè&-lors. faire rage sur temr iidanterie sans que ri»i s'y Oi^Misât-, et il paratt.quele rot Edcmard ne troiEvanul moyen d'envoyer on détacfaeanent, ou de son centre ou de. son arrière-garde;, l'un et l'aigre ai nombreux; an secours de sa {nreanère ligne qui eombattait si inégalemenL La cause semble en avdr été qn% ccmrae ses troupes ne cons»^ talent à peu près qu'en cavalerie, la place manqua pour que les escadrons agissait séparéfloent et a^ee i'<»rdre conveoahie^ puis, qimîqa'il y ait des cas où des masses de fwttfsms peuvent gai^ der une espèce d'îordre^ alors même qu'etlea sont entassées, pcwr amsidire, il n'en peut jamais jfetre qu'autrement pour des cavafiersdonit les mouvements ne sont utiles cgae si ehai^iie dievai a Tespaee néèessaîre pour se mouvoir.
Broce, voyant que la collusion augmentait , jugea qu'il]était temp&de se ioetlre i ta tête de b réserve^ et criant 4 Anpisdea Mes: « Fat toi^nurs coidunAe eft vousl » se pré^
lée^ivi de toutes les troupes qu'il avait jusque-là tenues àVécart. L'effet d'un tel coup , réservé pour un instant favorable , ne man*qua point d'être décisif. Ceux des Anglais qui n'étaient encore qu'ébranlés furent contraints A là retraite, tandis que ceux qui se retiraient déjà se mirent réellement à fuir. En ce moment critique, la foule que l'armée écossaise traînait à sa suite, cédant à la eu- : rlosité de voir comment les choses se passaient, ou peut-être dé* sirant avoir part au butin, se montra subitement au faite du Giilies'hill , derrière la ligne de bataille écossaise ; et comme tous ces gens portaient au bout de bâtons des pièces d'étoffe ou des couvertures de chevaux en guise d'enseignes, les Anglais crurent voir une armée qui arrivait bannières au vent. La crainte que ce ne fût une ruse de l'ennemi ou un renfort considérable qui venait lé soutenir, acheva de répandre la terreur parmi eux ; et tous fuirent, ceux même qui avaient d'abord résisté. Le carnage ftat immense ; le profond ravin de Bannockburn, qui coulait au sud du champ de bataille, et se trouvait dans la direction prise par la plupart des fuyards, fut presque rempli, presque comblé de morts, car le mauvais état du terrain retardait tellement les cavaliers fugitifs que lespiquiers pouvaient lesatteindre. D'autres, et en grand nombre, se précipitèrent dans le Forth, aveuglés qu'ils étaient parla frayeur, et y périrent. Il n'y eut pas moins de vingt-sept barons qui restèrent sur la place , et le comte de Glocester fut en tête de la fatale liste. Jeune,brave et bien né, quand il vit l'affaire perdue, il s'élança comme un désespéré sur les piques écossaises et fut tué. Sir Robert Cliffort, si célèbre dans les guerres d'Ecosse, eut le même destin. Deux cents chevaliers et sept cents écuyers, tous de haute naissance, inscrivirent parmi les victimes les noms les plus nobles et les plus honorables de l'Angleterre*, enfin trente mille simples soldats laissèrent aussi leur^ vie sur le champ de bataille.
Edouard, qui, malgré toutes ses faiblesses, n'avait pas celle de la lâcheté, ne quitta la mêlée sanglante que de force et entraîné par le comte de Pembroke. Le noble sir Giles d'Argentin regarda comme de son devoir d'accompagner le roi jusqu'à ce qu'il le vit personnellement hors de péril , puis, observant que « ce n'était pas son habitude de fuir, » il rebroussa chemin, se mêla de nouveau parmi les combattants, fit retentir son cri dé guerre, galopa intrépidement contre les Écossais vainqueurs, et fut tué d'après son désir> le visage tourné à l'ennemi. Il faut qu'Edouard ait perdA