CHAPITRE XL IW
t-il.L'intr^ide évêque dirigea alors une charge désespérée contre l4es Anglais qui n'avaiaat pas achevé leur débarquement et qui furent repoussés vers leurs vaisseaux avec perte. Quand Bruce apprit l'exploit du prélat, il déclara que Sinclair serait désormais son évêque , et on le distingua long-temps sous le nom d'évéque du roi.
L'histoire que nous racontons a été si loog-temps une suite continuelle de guerres et de batailles , que c'est pour nous une espèce de plaisir d'avoir à mentionner quelques intrigues d'un genre plus pacifique, qui placent la sagacité de Robert Bruce sous un point de vue aussi remarquable que sa bravoure: Le roi d'Angleterre , mécontent de la prolongation d'hostilités qui lui étaient préjudiciables de toutes parts, et néanmoins ne voulant pas acheter la paix au prix des sacrifices que l'Ecosse exigeait de lui, forma le projet d'obtenir une trêve sans compro* mettre sa dignité, par l'intervention du pape. Jean XXII, alors souverain pontife , obéissant à l'influence anglaise , qui se manifesta, dit-on, sous la tonne attrayante de l'or , résolut de pro» mulguer une bulle qui ordonnait deux années de paix entre l'Angleterre et l'Ecosse. Le document fut confié à deux cardinaux qui eurent ordre de se rendre dans les pays qu'il concernait et de Fy faire connaître. Ces dignitaires de l'église avaient aussi des lettres, lettres scellées et patentes, adressée» aux deux rois. De plus , ils furent secrètement investis du pouvoir de fulminer une sentence d'excomunication contre le roi écossais, contre son frère Edouard, et contre tous autres de leurs partisans qu'ils le jugeraient convenable. Arrivés en Angleterre, les cardinaux dépêchèrent deux nonces en Ecosse, l'évéque de Corbeilet un prêtre nommé Aumori , pour remettre les lettres du pape au monarque écossais. Les deux révérends nonces , afin de voyager plus à leur aise et avec plus de dignité , prirent la route du nprd à la suite de Louis de Beaumont , récemment élu évêque de Durham , qui passait dans son diocèse pour y recevoir la consécration. Mais à un relai de Durham , toute la compagnie fut surprise par une troupe de bandilsque commandaient deux chevaliers delà grande route, nommés Middleton et Selby, qui de soldats étaient devenus chefs de brigands. Insensibles au caractère sacré de ces ecclésiastiques, ils leur enlevèrent jusqu'à leur plus petite pièce de monnaie^ , et laissèrent les deux nonces poursuivre leur chemin vers
4 Furthingy petite tnonnaie de cuivre écossaise. a« x.
fil HlSTÔIB^ d'ÉCO^SE.
FÉcosse ; mais emmenant eaptif réyéqm titulaire , ils ne le relà* ebërent pas avant <f ayoir extorqaé de lui une rançon ai forte, qae pour le payer , il Crilut néceMiirement vendre la raisei^e et tes^ joyaux de la cathédrale.
Quoique découragés par le triste aceu^l qui venait de leur être fait sur le Ihéatrede la guerre, les nonces finirent par arriva de* vaut Braee, et lui présentèrent les lettres du pape. Il cooimaBda qu'onloi lût oeHesquiétaientouvertes^eten écouta la teneur avec beaucoup de respect. Mats, avant d'ouvrir tes épitres scellées, ite s'aperçut qu'elles portaient Tackesse, non do nn, mais du seigneur Bobert Bruce, gouverneur d'Ecosse.** Je ne les recevrai pas, dil-il, d; n'en romprai pas le cachet. J'ai des sujets du même nom que moi, et peut-être qudques-uns d'entre eux sont-ils fonctionnaires du gouvernement. Les lettres du saint pèreleur sont probablement adressées; quant à moi qui suis souverain d'Ecosse , elles i^ me r^ardent certes pas. » Les nonces s'efforcèrent de pallier la chos&, ils alléguèrent que ce n'était pas la couttmne de l'église, tant qu'une ocmtroverse restait pendante, de préjuger par un mot ou une expression le droit de l'une ou de l'autre des parties. >• C'est à moi, non à Edouard, répliqua Bruce , que la conduite de la sainte église cause pr^udice. Ma mère spirituelle me fait tort me refusant le nom de rm souslequ^ mon peuple m'obéÂt> et si ce n'était que je révère notre mère l'élise, je vous r^xHtelrais différemment. » Les nonces n^avaient plus qu'à se r^irer et à aller remke compte aux cardinaux de leur mission. Ces digmti^es résolurent à tout risque d'exécuté les ordres du pape^ de publier la bulle, et d^user de leurs pldns-pouvoirs. Mats ne se douciant pas d'exposer leurs révérentes personnes au delà des fronti^^ ils remirent à Adam Newton, père gardien des moines mineurSt l'importante et assez périUeute tâche de communiquer à Bobert Bruce ce qu'ils avaient tout lieu de regarder comme ne devmi pas être pour loi d'i^éables neoveUes.
Le pèi^ Newton se comporta avec toute la prudence nécessaire; Avant de s'aventura, lui et les pièces dont il était porteur, sor sur le territoire écossais, il eut soin d'obtenir un sauf-conduit ea 7^;le. Ce Ait alors seulement quH mit la buUe et les instructions pafiales sous les yeux de Bruce etde son conseil ^ mais, voyafit que le titre de roi lui était enlevé, Bobert ne voulut ni les écouter ni les ouvrir, et renditle tout i renmyéavee un {Hrofànd mépris» Le père gardien tenta alors^ de proclamer au nom du papelft
nic«tioiia[vecd«8iiUDt}oesteUesdecoière etdedéchHn,queNewtoA eonun^iiça à craiiuke que les preotet du mécontentement général ne selKHiiassent ni à des parles ni à des gestes. It sdlicita a^ee ifislamcela bcoltédepénétoririasayant en Ecosse pouryconférw ayec eertains ^élats écossais, ou du moins la garantie de pouvoir regagner B^rwick sans péril. Ces deux requêtes furent rejeiées^et lemaliMireQXpère gartien, recevant wdre de partir immédiatemei^ dut ne compta sur aucune proteetioo. Les lecteurs de^ Tinent sans peine ce qui arriva. Pendant qu'il s'en revenait, le moine tomba entre les mains de quatre brigands qui le dépouiK lèvent de ses papiers et dépêches, qui déchirèrent, dit-on, la bulle du pape, SUIS doute afin d'empécber qu'on ne fît i»age de cett» copie, et le renvoyèrent à Berwiek, sans mal il est vrai, mais hor^ TÎMecaent effrayé. Le plus divertissant de l'affaire est que le Bic»ne, à ^ie (pi'il paraît, n'bénta guère à croire que d'une ma* nière ou d'une autre les pièces d<»it il était porteur avaient passé en la puissance du srtgneur Hob^t Bruce et de ses complices. Ce fut ainsi qu'avec un mélange de fermeté et d'adresse, Bruce éAûda une autorité qu'il n'eût pas été pc^tique de combattre cnk^ Tcrt^nent, et r^iversa les barrières spirituelles dont Jean XXD, ee serviie pootife, voulait l'entourw.
Lorsque le père Adam Newton remit son message à Bruce, ou {dtttât proposa de le lui remettre, le roi d'Ecosse était calhpé avec un corps de troupes dans les bds d'Old-Cambus où il mûrissait secrètement lUie grave entreprise. De toutes les conquêtes septentrionales d'Edouard I"^ Berwick'seul demeurait au pouvoir de son infortuné fils. L'importance de celte place était grande comme entr^>ât commercial, mais plus grande encore comme garnison et ville frontière, puisque celui des deux rois qui en âait possesseur pouvait envabir le royaume de l'autre à plaisir. C'était pour cette raison qu^Édouard I"* avait toujours mis beaucoup de scÂn à rest^ maître de la ville et du château ; que toujours il f avait tenu ^tes troupes nomlnreoses^ et qu'Edouard II, qui sons tant de ran[Kvts avait i^ligé les préceptes et la politique de soa pèfte, s'était montré fidèle à son exemple en voilant d'un .œil ja* loux à la sûreté de Berwiek. Mais il y avait placé un gouverneur^ qui, ex^^nt une discipline trcq) rigoureuse, s'était attiréla haine des habitants* Un bourgeois nonuné Spaidiag, qui était sans doute écossais d'<»rigitte, comme son nom parait l'indiquer, et qid
lie HISTOIRE IVÉÇOSSE.
certainement avait épousé une écossaise, fut si irrité de quelque mauvais traitement qu'il avait reçu du gouverneur anglais, qu'il résolut, par vengeance, de livrer la place à Robert Bruce. Il forma donc un plan à cet effet, et le communiqua au comte de March, qui avait abandonné la cause anglaise et était devenu bon Écossais. Son correspondant soumit la proposition au roi. «Vous avez, bien fait de m'en instruire, dit Bruce, avec une finesse qui montre, sa connaissance du cœur humain et du caractère de ses généraux: Douglas et Randolph sont rivaux de gloire, et si vous n'aviez confié le secret qu'à Tun d'eux, l'autre aurait cru qu'on le dédaignait; moi, je mettrai à profit l'habileté de l'un et de l'autre. >» En conséquence, il ordonna que ses deux meilleurs capitaines se cbarr geassent de l'entreprise. D'accord avec Spalding, ilss'approchérent des murs de la ville une nuit où ce bourgeois était de ronde, et forent secondés par lui dans l'escalade. Quelques-uns de leurs soldats, à peine entrés dans la ville^ rompirent leurs rangs pour piller, et donnèrent au gouverneur l'occasion d'une sortie qui, peu s'en fallut, coûta cher aux assaillants. Mais Douglas, Randolph, et un jeune chevalier qui se nommait sir William Keith de Galston, après avoir rudement combattu quelque temps, repoussèrent les Anglaisdans l'enceinte du château, qui ne tarda guère à se rendre lorsque le roi en personne se présenta devant lui. BrucCf ea-r chanté d'une telle acquisition, en donna la garde à son courageux gendre, Walter, grand-sénéchal d'Ecosse^ et fit largement approvisionner la place pour une année, car cinq cents gentilshommes, amis ou parents du grand-maitre ofirirent leurs services pour augmenter la garnison.
Après s'être ainsi assuré de cette importante capture, Bruce recommença ses ravages dans les provinces septentrionales de l'Angleterre, brûla Northallerton, Boroughbridge, et Skiptonen-Craven, força Rippon à se racheter moyenant mille marcs d'or, et quand il revint de ces incursions dévastatrices, il ne rencontra aucun obstacle, aucune résistance *, ses soldats chassaient leurs prisonniers devant eux «comme defs troupeaux de moutons.» De tels passages empruntés aux historiens anglais, rappellent au lecteur l'invasion des Pietés et des Soots contre les Bretons si peu guerriers du sud.
Mais la prééminence que les Écossais obtinrent pendant ce règne I5ur les Anglais ne repose pas uniquement sur une supériorité de courage de la part des premiers, quoique sans dpute