CHAPITRE XIL IM
Le suriendemain de cette rude affaire , les Anglais furent instruits par un prisonnier que toute l'armée écossaise avait reçu l'ordre de se tenir prête à marcher vers le soir et à suivre la bannière de Douglas. Ils imaginèrent que c'était le préparatif d'une répétition de l'attaque nocturne , et passèrent toute la nuit sous les armes. Mais Douglas était trop sage pour employer deux fois de suite le même stratagème. On reconnut au matin que les ilcossais^, après avoir laissé de grands feux brûler dans leur camp, s'étaient éloignés vers minuit par une route qu'ils avait ouverte dans un marais situé derrière eux et supposé impraticable.
Le camp naguère quitté par les Écossais offrit un curieux spectacle tant aux Anglais qu'aux étrangers qui servaient parmi eux. Quatre cents bœufs y gisaient égorgés pour l'usage du soldat. Trois cents chaudrons, improvisés avec les peaux encore fraîches qui avaient recouvert les animaux de leur vivant , étaient rempfa'es de leurs chairs; et des milliers de vieilles marmites, faites de la même manière , étaient éparses autour des tentes. De cinq cents captifs qu'on trouva liés à des arbres , trois cents avaient les janvhes cassées, mais on ignore si ce malheur leur était arrivé dans quelque combat précédent, ou si on doit l'attribuer à une cruauté gratuite de l'ennemi après qu'ils eurent été faits prisonniers. Les vaillants compagtions de Douglas et de Randolph vivaient absolu* ment comme des meneurs de troupeaux, et comme d'autres Ecossais des classes inférieures vivent aujourd'hui, lorsqu'ils entreprennent de longs voyages. Un sac de farined'avoine était attaché en croupe derrière eux, ainsi qu'une plaque de fer sur laquelle, dit-on , ils faisaient cuire des gâteaux de la susdite farine lorsque l'occasion le leur permettait. Quant à la viande , ils s'en procu-» raient chez l'ennemi par le pillage, et s'en passaient assez bien chez eux. Ils ne faisaient usage ni de sel ni d'aucune autre espèce de nourriture, et ne buvaient absolument que de l'eau.
n est aisé de comprendre qu'avec une telle frugalité , et portant toujours avec eux de quoi rassasier leur faim , ces agiles maraudeurs se dérobèrent sans peine aux yeux des Anglais si pesamment armés, que gênaient également et leur nombreux besoins et l'attirail qu'ils traînaient après eux pour les satisfaire , jusqu'à ce que leur bon plaisir fût de se laisser voir dans le Weardale ou ils ne restèrent que le temps qu'il leur plut. On apprit bientôt que Douglas et Randolph , après avoir fait un circuit de manière à tourner le flanc de l'année anglaise, s'étaient déjà fort rappro^
f«4 HISTOIRE rrÉCOSSE.
<5hés de rÉcosse, afin de se réunir à une autre division de troupes ^ossaîses qui avaient franchi la frontière pour leur prêter secours ^n cas de nécessité.
Les Anglais se retirèrent i Durham, abattus et découragés^ surtout les chevaliers et les gens-d'armes de Hainaut , dont la plupart, au lieu dé la gloire et du butin qu'ils espéraient acquérir, ■avaient perdu leurs bons chevaux et tout ce qu'ils possédaient de précieux. On ne les congédia néanmoins qu'avec des reinercîements et des récompenses ; et on dit que ces troupes, malgré leur complète inutilité dans cette campagne , avaient coûté au royaume d'Angleterre une somme équivalente à 350,000 livres sterling d'argent mode^'ne, ou huit millions de francs.
Le roi Edouard III convoqua ensuite un parlement à York , et H parut y avoir, dans cette assemblée , tendance de la part de l'Angleterre à lever les principaux obstacles qui avaient jusqu'alors fait échouer les tentatives <îe paix. Ainsi , on reconnut Tin* dépendance de fÉcosse.et la souveraineté légitime de Bruce. Les penchants à une réconciliation furent beaucoup fortifiés par la soudaine apparition de Robert lui-même sur la frontière Mentale, où il mît le siège devant les châteaux de Norham et tfAlnwick. Pendant ce temps-là, une forte division de son armée brûlait et saccageait tout dans la pleine campagne, et le Toi s'en allait chassant de parc en parc, c(Mnme s'il eût été en partie de plaisir. Quoique les châteaux assiégés tinssent bon , le parlement d'York consentit à une trêve qu'on résolut de feirc suivre d'une paix-, du reste , comme préliminaires obligés, les îiommes d'état anglais se décidèrent à renoncer formellement aux prétentions de tout genre que les anciens avaient élevées sur le royaume d'Ecosse , et convinrent que toutes les pièces et tous les documents qui pourraient servir à les appuyer se^ raient remis au commissaire de l'Ecosse. Cette convention ftrf souscrite i^ar le roi le 4 mars 1328. La paix fut ensuite conclue à Edimbourg le 17 du même mois de la même année et ratifiée à Northampton le 4 du mots suivant. On la confirma par nu projet de mariage entre la princesse Jeanne sœur d'Edouard IH et David, fils de Robert le', quoique tous deux fuss^t en(»re enfants. Un pacte amical , dont les articles toutefois ne géirôrent en rien Feffet de ràîliance entre TÉcosse et la France , se signa entre l'Angleterre et l'Ecosse. Bruce renonça an prî^ tîlége <ïe seconde toute révolte contre l'Angleterre xjai éclate»
rtii eu Irltyddft^ et Sdoiiani au droit iTaictar left rebelles ^iii finrgiraieDt i^oatre rScœse dans ses Iles. Oastipula que toatesjes divrtes et tQU9 les parebemins enlevés d'ficœae par Edouard 1^ aernent reaMlua , et le monarque anglais s^wgagea à uaer de tout aoâQ crédit près la cour de Rome pour faire leirer l'excommu^ nicatiido qui pesait sur la tête du roi Robert. Eafk , par suite de ces conditioDs favorables, l'Ecosse dut payer une somme à» â04100 livres. Les foontièras sefaient désormais respectées 4e part et d'autre , et on restituerait la pierre sur laquelle les rois d'Ecosse étaient couronnés. Il y eut du côté des Écoe^ m^ une autre <d3ligatiifm particulière qui entraîna les plus sérieuses ooQséquenœs sous le règne suivant. Uarticle 7 de la pai& de Nortbampton portait que certains barons d'Angleterre, &ds <|ue Thomas lord Wake de Lidel , Henri de BeaumcMEit, comte de Bueban , et Henri de Percy , rentreraient dai^ la IxissesskHi de leurs teires et héritages d'Ecosse dont le roî les avait d^iouittés pendant la guerre et dont il était resté maître. I/ei:éoution de cet article lut différée par le monarque écossais qui , on ie p^ise bien, ne se souciait pas trop d'introduire des nobles an^is comme propriétaires terriens en Ecosse. La populace anglaise , pour sa part , ne souffrit pas que la fameuse pierre de Scone tôt enlevée de Westminster où on l'avait dé- {Msée ^ obstination que des vieillards superstitieux ont cru avoir entraîné avec soi son châtiment , puisque , par une attraction lente , mais sûre , la mystérieuse influence de ce palladium magn^ique amena le Salomon écossais, Jacques YI , à la soi»- Teraineté du royaume qui en était le dépositaire. On restitua ie^)endant aux bossais la pièce intitulée Ragman's-Roll, c'estè-^re le registre de Rogman, et contenant la listé des barons ei des gens de marque qui souscrivirent en li96 la soumission à Edouard P'; et, gage plus importante la princesse anglaise Jeanne , qui n'entrait que dans sa septième année, fut mise soifô la tutelle de Bruce pour être unie en âge convenable à son jeune Ssaoé David qui était luir*môme plus jeune de deux ans. Les histcH'iens de l'An^et^rre ont dit que le traitéde paix eondu àïTwthampton était déshonorait pour die-, mais lorsque les stipulions sont ju^es et nécessaires en elles-mêmes , elles ne sauraiententratner aucundéshonneur, quelque avantageuses qu'elles putos^fit être. Or, te traité de Northampton était juate, car les Anglais n'avaient nuUitre à lasouveraineté de TScoese i et il était ué-
HISTOIRE DlCOSSE.
tessaire, car Edouard ni, non- seulement manquait de force pour repousser l'armée écossaise, mais était obligé de se tenir derrière les fortiiications d'York et de voir les envahisseurs saccager le pays presque jusqu'au bord de l'Humber. Les concessions que la justice et la politique réclament peuvent être cruelles , mais non honteuses à faire; et avant d'adresser un si grave reproche au parlement de Northampton , les savants auteurs auraient dû exa-* miner si l'Angleterre possédait aucun droit sur l'Ecosse, et en se* cond lieu , si ce qu'elle réclamait était un motif suffisant pour con*linuer une guerre malheureuse.
Bruce parut n'attendre que la délivrance définitive de son pays pour terminer son héroïque carrière. Il s'était retiré , pro^ liablement pour jouir d'un climat plus doux, dans son château de Cardross , sur le golfe de Clyde près Dumbarton. Il y vivait dans une royale retraite ; et n'accordant aux nobles qu'une simplicité hospitalière , soulageait la détresse des pauvres par de libérales distributions d'aliments. La marine semble avoir beaucoup oc^ cupé son attention dans les derniers temps de sa vie , et il construisait des vaisseaux sur lesquels il parcourait souvent le golfe voisin. Ne pouvant plus supporter les fatigues de la chasse au chien , il s'étiait rejeté sur la fauconnerie. Nous pouvons i^jouter^ car tout ce qui concerne Robert Bruce est intéressant, qu'un lion et un fou nommé Patrick faisaient partie de sa maison privée. Cependant la maladie dont il était attaqué , et qui, nous l'avons dit déjà, était une espèce de lèpre provenant des souffrances et des privations qu'il avait subies pendant tant d'années, minait insensiblement le peu de forces qui lui restât.
. Lorsque le grand roi sentit sa Gn prochaine, il assembla ses barons et ses pairs autour de lui , recommanda affectueusement son fils à leui^ soins , et se tournant vers le digne lord James de Douglas, le supplia avec instance, comme le plus vieux de ses amis et de ses compagnons d'armes ^ de faire extraire son ôœur . de son corps, dès qu'il aurait rendu le dernier soupir ; après quoi il conjura Douglas de vouloir bien le porter en Palestine cemmQ rédemption d'un vœu qu'il avait jadis fait d'y aller en personne, mais que le tracas de ses guerres avec les Anglais l'avait toujours empêché d'accomplir. « Maintenant que cet obstacle n'existe plus» ajouta-t-4l, ma santé me met hors d'état de profiter d'une si belle 'occasion, et je dois au moins envoyer mon cœur au lieu démon C^orps en terre-sainte! Or, il n'est aumonde^êmon ami éprouvé^