CHAPITRE XII. f Mf
ô mon cher caraarade ! un cheyalier plus digne que vous d*exécuter une pareille conunission. »
Tous ceux qui étaient présents pleuraient i chaudes larmes autour du lit, pendant que le roi, d'une voix presque mourante, chargeait de cette tâche mélancolique le plus fidèle do ses parti-* sans et le plus brave de ses guerriers. Robert Bruce mourut le 7 juin 1329, à l'âge presque prématuré de cinquante-cinq ans. On. l'enterra à Bumfermline , où sa tombe a été ouverte de notre temps et son squelette de nouveau enseveli, au milieu de tous les sentimens de crainte respectueuse et d'admiration qu'un tel spectacle tendait naturellement à inspirer.
La vie de Robert Bruce, remarquable sous beaucoup de rap-; ports^ eut ceci de presque particulier, qu'elle se divisa en trois parties distinctes qui peuvent à peine être regardées comme appar-^ tenant au môme individu. Sa jeunesse fut légère, bouillante, inconsidérée; et depuis le moment où il commence à se mêler desâffîures publiques jusqu'au meurtre de Comyn le Roux, même jusqu'à ce qu'il prenne possession définitive de la couronne, il parait n'avoir pas eu d'autre plan de conduite que celui de chaoT ger avec autant d'inconstance que l'inconstante marée^ xeasemr blant ainsi aux barons dont il était entouré, et prêt comme eux à cuivre les projets les plus déraisonnables pour arracheï* l'Ecosse au joug de l'Angleterre, mais non moins prompt à se soumettre au pouvoir triomphantd'Ëdouard. Puis vient la courte, mais active période où il déploya tant de fermeté, tant de force d'ame, tant de persévérance, et où il supporta avec une patience et une résignation inébranlable la perte de tant de batailles, la mort de tant d'amis, la ruine de tant d'espérances, enfin une suite continuelle de désastres au travers desquels la possibilité d'un destin meilleur se laissait à peine entrevoir. Cette époque de souffrance dura depuis la bataille de Metbram jusqu'à ce qu'il repassât de llle Racbrin en Ecosse ; mais dès lors^ sa carrière, en tout ce qui le concerne particulièrement, fut presque toujours heureuse, et il finit par atteindre au comble de ses désirs, à la possession sûre d'un trône indépendant.
Si l'on considère l'ensemble de la vie de Bruce, il faudra reconnaître que les infortunes qui en marquèrent la seconde partie^ c'est-à-dire celle de toutes ses souffrances, lui donnèrent des leçons de constance, de sagesse et de modération , vertus qu'il ignora pendant ses premières années, et domptèrent la fougue
t» HISTOIRE D'ECOSSE.
ardente et impétueuse qui ^it naturelle à son caractère comme à celui de son frère Edouard. Il ne se laissa, jamais entraîner par les torts du a)ons»*que anglais, qui avait pourtant finit couler le sang de trois de ses frères, à user de représailles ; et sa généreuse conduite envers les prisonniersde Bannockburn, ainsi qu'en d'autres occasions, honore autant sa prudence que son humanité. Mais il y a un trait de Bruce qui prouve encore mieux la mâle grandeur de son ame chevaleresque . C'était pendant sa campagne d'Irlande; poursuivi par des forces anglaises supérieures m» siennes, il fit halte et offrit la bataille à son désavantage plutôt que d'abandonner une pauvre blanchisseuse qui avait été prise du mal d'enfant, à la bart)arie des naturels Irlandais. L'habileté personnelle de Robert dans le métier des armes s'élevait si haut, qu'il ftit généralement regardé, dans le cours de ce siècle bdliqueux^ comme un des trois meilleurs chevaliers d'Europe, et qui! accom- Jplit de sa main un grand nombre de prouesses. Cette brillante réputation est basée du reste sur des faits, car les trois Highiandais qu'il tua dans la retraite de Dalry, et sir Henri de Bohun qu'il étendit mort d'un coup de hache eh présence de toute Farmée anglaise^ prouvent un valeureux guerrier, de môme que le plan de ses campagnes dénote un chef prudent et habile. Le talent militaire de Bruce était de premier ordre ; et dans ce qu'on appelle son testament, il légua à ses compatriotes des instructicms qui, pour peu qu'ils eussent su en profiter, leur auraient épargné beaucoup de sauvantes défaites ^ .
4 Les f nslracUoiu dont il 08t Ui parlé «ont contâmes dans me pièce de Ters ié0. nias en Iao£pue latine dont Toici è peu prés le sens :
Les Écossais, à pied, feront toutes leurs guerres,
Ke quitteront jamais les monts ni les bruyères ,
JEt n'auront pour remparts que le fourré des bois.
Leur armure sera Tare avec son carquois,
La faaciie de balaiile et la terrible lance.
Pour dMin ennemi fort éluder la vaillance^
Il devra leur suffire, enfermant avec soin
Des vivres quMls pourront retrouver au besofn*,
P'aUttmef sur leur route un immense ineendie;
Ils rallumeront même au sein de leur patrie !....
Alors, ne trouvant plus que cendre sous ses pas,
L'MiBemi sor laur aol ne ftéjoqroera pas.
Puis ils le poursuivront par des ruses sans nombre'^
L^attaqueront la nuit à Pheure la plus sombre.
Et lui feront surtout ne tapage d'enfer.
Aussitôt qu'un tel bruit retentira dan^ l'air,
Ils verront l'ennemi, dans sa frayeur subite, - Tout comme e^il pl«iviit dee «eups, prendre |a fuite !