‹ histoire d'ecosseChapitre 51 sur 86 · CHAPITRE Xill. lOtt · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xill. lOtt

raison, quoique bonne pour qu'on n'eût pas consenti à Tarticle , était mauvaise pour empêcher qu'on ne Texécutât. L'administration de Mortimer qui ne favorisait pas Beaumont, ne se montra nullement jalouse d'appuyer sa demande auprès de Robert Bruce. Mais quand Mortimer tomba, la réintégration de Beaumont et de Wake fut formellement réclamée parle jeune roi. Pendant ce temps-lÂ, le régent écossais avait appris que les seigneurs anglais en question, et d'autres avec. eux, s-étaient ligués pour envahir l'Ecosse, et, s'ils le pouvaient, détrôner son pupille. Cet acte d'hostilité autorisa Randolph à refuser la restitution qui précisément lui fut demandée sur ces entrefaites.

Pour bien comprendre la nature de cette ligue ^ le lecteur doit savoir , et ici un nom fameux dans l'histoire écossaise va se représenter, que Jean de Baliol, quelque temps roi vassal d'Ecosse, mourut .obscurément dans son château héréditaire de Norman* die , peu apr^s la décisive bataille de Bannockburn , et laissa un fils du nom d'Edouard. Dansl'espoir d'effrayer Bruce, Edouard II envoya quérir en Normandie ce jeune homme qui déployait alors un caractère hardi et aventureux. Ce dernier rejeton des Baliol parut donc en 1324 à la cour anglaise-, il y revint en 1327, et comme il était celui de tous les seigneurs déshérités qui lors de la déposition de son père avait éprouvé les plus grandes pertes , quoique non du fait de . Robert Bruce, naturellement il devint l'un des chefs de l'entreprise formée par Wake , Beaumont, et les autres nobles ou chevaliers qui , de même qu'eux, désiraient rentrer en possesdon de leurs domaines d'Ecosse, mais ne pouvaient pas, à leur exemple , se prévaloir d'une clause expresse dans le traité de Northampton. Ces fougueux et téméraires barons, rassemblant une petite troupe de trois cents chevaux et de quelques piétons, résolurent xle tenter avec de si faibles ressources la con^ quête d'un royaume qui, récemment et à plusieurs reprises, avait défié toutes les forces de l'Angleterre.

Edouard III temporisa : sous prétexte d'observer rigoureuse* ment la trêve conclue entre les deux royaumes , il empêcha que les barons déshérités ne pénétrassent en Ecosse par terre , mais leur facilita les moyens de s'embarquer au petit port de Ravenshire près l'embouchure de THumber, et d'aller ainsi chercher les aventures que la fortune leur réservait.

- Quoique le succès d'une telle entreprise parût impossible , le r^ent Randolph n'en Qt pas moins pour la repousser des prépa-

.M6 HISTOIitE DlÉiOQSSE.

Tatifs éitraondHaair^. Ce qui d'ailleurs , «n cetèe clmcinsteaee^ devait contrihiier plus ei&acemeiit qxjte tout le re^ au salut 4ai royauaie,c'étaieQt,et seslrameiises talents etsa longue expérience; mais sa patrie fut, au moQfteiit<»ri tique, pri¥ée de si grands a^aur tages. Il mourat à Musoeil^urgh ta»dte qu'il conduisaii Vaitmée écossaise vers le nord , pour s'opposer à la descente que Saliol^ .ses partisans projetaient. Un accident «Ti funeste fut généraleone^ attribué à l'c^et du poison, et on soupçonna un nK>ine fugittf d'être l'auteur du crime.

Il semble que toute bonne administration , toute science wli^ taire, et môme le soin de la défisse commune, furent inconnus ^u peuple écossais quand la mort eut enlevé Robert Bruce , Douglas et Randolph. De vieux soldats , il est vrai , leur survécurent, mais sans chefs, et, dès lors, non moins inutiles qu'une lame d'épée qui n'a plus de manche. Dès lors, la nobtesse, qui s'était ipénéralement soumise à l'habile autorité de Randolph, se divisa en une multitude de factions rivales. Après beaucoup d'intrigues jalouses, Donald, comte de Mar, homme qui n'avait qu'un talent très ordinaire , quoique neveu de Robert Bruce, fut élevé à la régence. L'élection eut lieu à Perth , et ce triste choix venait d^étre fait quand les nobles d'£cosse apprirent que Baliol et les barons déshérités , pénétrant dans le golfe de Forih , avaient débarqué à Kinghorn, battu le comte de Fife, et que, se dirigeant à travers la campagne, ils étaient Tenus s'établir près Forteriot avec la rivière d'Éame devant eux. A leur petite troupe s'étaient joints beaucoup d'adhérents , mais elle ne s'élevait en tout qu'à trois mille hommes au plus. Le comte de Mar, avec des forces dix fois aussi nombreuses , alla camper près de Duj^lin Moor , sur la nve opposée ou droite de la rivière , tandis qu'une deuxième armée qui se composait de barons du sud avec le comte de Mardi à leur tète, s'approcha jusqu'à huit milles du flanc gauche de l'ennemi. On ne saurait imaginer une position plus désespérée que celle de Bruce , et s'il s'en tira , ce fut par un excès d'audace que }e désespoir put seul lui inspirer. Un secret partisan des barons déshérités planta dans l'Éame un pieu ^ qui indiqua l'endroit où l'on pouvait guéer avec le nK>ins de péril. A minuit, l'armée wor glaise traversa d^ic la rivière dans un profond silence, et se jeta sur le camp de ses nombreux antagonistes , qui , loin de se tenir Sur leurs gardes , étaient appesantis par le sommeil et l'intempérance, car ils avaient ps^ la soirée en débauches et négligé

CaiÀPITRE Xill.

-Blême de placer des se^mcAtes. Les Angtei» firent nn affreux car^ fiage de leurs ennemis, sans que {presque ils se dérendiasent. Seul, le Jeune comte de Moray déploya une valeur digne de son père; réanissaiit les bommesde sa suite, il changea avee succès en tête 4e eette cdomie intrépide et peu nottibrieuse. Mais l'incapacité du comte de Mar qui , aux lueurs douteuses du matin , donna sans Yègle et sans ordre avec une masse confuse, perdit, au lieu de tes secourir, Randolph et sa petite troupe de braves. Il les airéta sans savc^ ce qu'il faisait , et quand il reconnut sa méprise , la ràirrnte était àmeam impossible. Les Anglais émoussèrent leurs épées à rhonriUe boucherie qui commençai dès lors , et la perle de l'anaée écossa»e , qui en grande partie fut oocasionée par le ^lésordre de leurs rangs , ou ils se foulèrent aux pieds et sétouCfèrent les uns les autres , ne s'éleva guère à moins de trente mille hommes, ce qui était quatre fois plus que toute l'armée de Baliol.

Après la bataille de Du(^lin , les envahisseurs n'eurent aucune peine i s'emparer de Perth. Comme les fortifications de ceU« place avaient été détruites pn* Bruce d'après sa méthode •cmlinaire , ies nouveaux possesseurs se mirent aus^tôt en devoir de la protéger au moyen de quelques palissades. Ils tr»vailiaient encore à cette besogne lorsque Farmée du sud, coo»mandée , ainsi que nou» l'avons dit , par le comte de March, se montra dans le vcrisinage de la ville. Les Anglais craignirent qu'on ne leur donnât l'assaut sur le champ et qu'ils ne pu8s«[it y résM^r. Mais lorsque Beaumont vit les bannières de l'a vantarde s'arrêter sur les bai^eurs qui domin^^ la place : — « Ne craignons rien de ces g^is-Jà , s'écria-4-il ; nous avons des ao^ parmi eux. » C'est ce que pi^uva bientôt la retraite du comte de March qui agissait^ a-t-cn supposé, de concert avee les envahisseurs. Une infructueuse tentative fut faite contre la flotte des barons déduérités , qui avait côtoyé le Filfe et était i l'ancre 4ian$ le Tay , par cet ingénieur flamand nommé Crab, qui sous le précédent règne avait sauvé Berwidc. Il parvint à prendre im beau navire appelé le cogue de Beaumont ^ . mais succomba dans ses efforts contre le rei^ de la flotille , et fut obligé de S'enftiir à Berwic^.

Le comte de March rétrograda avec son armée , ta licencia, et bientôt, né dissimulant plus ses sentiments véritables , se

1 Cogue est un mot écossais, d^ordinaire employé pour désigner un yase à boire; mais il signifie iei un vaisseau, un bàtimeat. a. m.

tes HISTOIRE D*ÉGOSSE.

déclara encore une fois pour la cause anglaise. Ce ne fut cependant qu'après la défaite 4es Écossais à Halidon-Hiil , que ce puissant comte et d'autres barons des frontières orientales d'Ecosse, qui , naguère et à contre-cœur, avaient retiré leur obéissance au monarque anglais pour la donner h Bruce , éprouvèrent le désir, alors que la contrainte imposée par sa puissance n'existait plus , de rentrer sous la dépendance de la couronne an-^ glaise, qu'ils trouvaient sans doute plus nominale que celle qui était exercée par leurs proches voisins les monarques écossais.

Quand l'invasion étrangère eut été ainsi couronnée d'un succès 4ont la grandeur contraste merveilleusement avec la faiblesse des moyens employés pour l'obtenir, la conspiration domestique 4ont il vient d'être parlé éclata. Toutes les branches de la famille des Comyn , tous leurs gens qui s'étaient indirectement ressentis des rigueurs exercées contre David de Brechin et les autres conspirateurs mis à mort par ordre du parlement noir, tous ceux qui , dans ces temps de troubles et de viol^ices où tant de maux furent causés et subis de part et d'autre, avaient souffert ou prétendu souffrir ; tous ceux enfin qui nourrissaient d'ambitieuses vues d'élévation sous le nouvel ordre de choses, ou trouvaient que l'ancien gouvernement les avait méconnus, s'unirent pour mener Edouard Baliol à Scone. Là, il fut couronné roi en leur présence ; là , chose non moins pénible que tionteuse à dire, Sinclair, prélat de Dunkeld , que Bruce à cause de sa bravoure appelait son royal é>èque, officia pour la cérémonie du couronnement d'un usurpateur, qui n'avait lieu qu'au préjudice du fils de son héroïque maître.

Si étonnante et si douloureuse que fût certes une telle révolution , elle était de nature à durer plus long-temps que celle qui avait été opérée par Edouard ¥' après la bataille de Falkirk. Alors tout semblait perdu, et si quelques patriotes résistaient encore, c'était plus par désespoir que par l'attente du succès. Alors, quoiqu'on désirât secouer le joug , il n'y avait cependant ni accord ni parité de vue , quant au monarque ou au mode de gouvernement à substituer. Aujourd'hui, on ne pouvait plus hésiter à ce sujet. La partie sage du royaume , et c'était de beaucoup ja plus grande ^ avait pris unanimement la ferme résolution de replacer sur le trône la race du libérateur de l'Ecosse \ et la foi de ceux qui embrassèrent ce noble dessein , sans être toutà-fait inébranlable , était encore, comme on l'a déjà dit, une

Page 1