CHAPITRE II. S
Fenella ne s'en décida pas moins facilement à venger le fruit de ses ^trailles. Elle invita Kenneth à venir loger dans sa maison près de Fettercalm, dans les M eams, et l'y assassina; puis, sangainaire violatrice de Tbospitalité , elle s'échappa de son château, dont les restes se voient encore, et s'enfuit par une vallée qui porte encore le nom de Strath-Fenella ; mais elle fut arrêtée dans la paroisse de Fordun, et décapitée.
Les filsdes deux prédécesseurs de Kenneth III se disputèrent la couronne d'Ecosse. Un d'eux était Constantin lY, flis de Gulen, gui prit le titre de roi, mais fut défait et tué en 99d par Kenneth ly , fils de Duff , surnommé le Refrogné. Celui-ci fut à son tour détrôné et assassiné par Malcolm, fils de Kenneth III, après huit ans de guerres et de massacres. C'était en 1003.
Le vainqueur Malcdm II fut un prince habile et un grand capitaine. Les invasions des Danois lui donnèrent beaucoup de besogne; en 1010, ils firent une descente sur le Moray, et le roi d'Ecosse leur livra bataille. La fureur des guerriers du nord ayant triomphé, les Écossais reculèrent jusque dans le voisinage d'une chapelle dédiée à saint Moloch. Là, Malcolm n'espérant plus aucun secours terrestre, se jeta à bas de son coursier, et fit vœu de bâtir une cathédrale en Thonneur du saint, quoiqu'il eût un nomqui sonne peu cattioliquement, si par son intervention pro* tectrice il le rendait vainqueur. Se relevant alors de terre , Mal« colm combattit avec enthousiasme , tua le chef Danois , et remporta une victoire complète. La cathédrale promise M bfttie soos rinvocationde saint Moloch^ et existe encore: on eut soin, dit-on, de donner au chœur une longueur de vingt-trois pieds, pour qu'elle correspondit A celle de la gigantesque lance du chef; car telle était une des conditions du vœu de Malcolm, et on plaça, en guise depierre, dans les murs de l'édifice, les crânes deplusieurs des plus illustres chefs Danois. Suenon, le monarque Danois, fit une nouvelle tentative d'invasion. Il enVoya une flotte armée sous les ordres de Camus, un des plus fameux f>ikingar ou rois de l'océan ; mais celui-ci fut battu et tué à Aberlemno, où une grande pierre monumentale, chargée de sculpture, conserve en-» core le souvenir de cette journée.
Suenon, découragé par tant de défaites , parut en être venu à quelque accord avec Malcolm II, pour s'abstenir désormais d'ia* vasions et pour abandonner une espèce de château appelé Burgh* Head qu'il avait construit dans le Moray. Il est extrêmement
BISTOIEB D'icoSSE. ^
HISTOIRE D^ÉœSSE.
glCNrieax p6ur le prince et pour sea peuple que ces guerriers da nord, qui infestaient sans qu'on les en pût empêcher , les rivas[es de chaque autre contrée d'Europe , et qui avaient établi une dy-^ nastie danoise sur le trône d'Angleterre, aient appris par des défaites successives à fuir comme fatales les cités de TÉcosse ; ce fut sans doute la renommée de ses victoires sur les Danois , ainsi qu'une heureuse campagne contre les Saxons, qui valurent à Malccrim une vaste et précieuse augmentation de territoire. Eadulf-Ciudel, comte de Northumberland , céda en 1020 au roi d'Ecosse le riche district de Lothene ou Lothian, qui comprenait non seulement la totalité des trois provinces maintenant nommées ainsi, mais le Berwickshire, et le bas Teviotdale peut-être jusqu'à Melrose sur la Tweed. La condition de cette cession fut une amitié durable, laquelle semble avoir été plus tard l'origine de l'hommage que les rois écossais rendirent certainement pour ce district du Lothian, aussi bien que pour d'autres possessions en Angleterre, aux souverains de cette contrée.
^ Malcolm mourut paisiblement en 1033 et eut pour successeur « le gracieux Dunean » , le même qui tomba sous le pmgnard de Macbeth. A la lecture de ces noms, tout lecteur doit éprouver une sensation analogue à celle qu'on éprouve par le passage d'une obscurité profonde au plus vif éclat du jour , tant on est fanûtier avec les personnages dont il vient d'être fait mention ! tant ob se rai^elle avec clarté et précision les événements qui les concernent , en comparaison surtout des idées si informes et si peu satistaisantes qu'on parvient à se former sur lestemps obscurs qui précédèrent et suivirent cette heureuse période *. Mais nous ne devons pas nous laisser aveugler par notre poétique enthousiasme , ni ajouter plus de foi qu'elles n'en méritent à certaines légendes, parce qu'elles ont servi à tracer le tat^u de la plus e&ayante hitte entre l'ambition et le remords , qui eût jamais le cœur hunaain pour théâlrcv Le génie de Shakspeare , après avoir découvert l'histoire de Macbeth dans les chroniques écossaises d'Holinshed , lui dcmna un lustre semblable à cdui qu'un reflet du soleil prête souv^t à un fragment de verre qui , quoique res* plendissant de loin de tout l'éclat d'un diamant , $e trouve , pour peu qu'on l'examiae de près , n'avoir ni valeur ni mérite.
JDuncan , petit-fiis par sa mère Béatrix, de Malcolm U, monta sur le trône à la mort de soa grand-père , en 1033 ; il ne régna
I Voir la tragédie de Matheth^ de SaAKsrjBiU a. k«