CHAPITRE XVII
la poudre à canon en pareille circonstance , il fut question d'imposer à chaque ménage d'Ecosse une taxe de quatre sous, au moyen de laquelle on paierait le nombre d'ouvriers nécessaire^ L'amour de popularité du régent se déploya aussitôt. Il déclara que sous son administration nul faix ne serait imposé au pauvre , et fit prélever la dépense sur le trésor royal. La trêve avec l'Angleterre fut ensuite renouvelée. Dans la ratification qu'il en signa , Albany , non content , à ce qu'il paraît , de ne jouir que d'une puissance déléguée > s'intitula récent par la grftce de Dieu et employa la formule : «« Nos sujets d'Ecosse. »
Sur ces entrefaites, une querelle delà plus sérieuse nature éclata entre la population celtique et la population lowlandaisè ou saxonne du royaume. — Les lords des Iles , profitant de Textrême désordre qui , durant la régence , se répandit dans toute l'Ecosse , n'avaient pas eu beaucoup de peine à ressaisir Tindé- ~ pendance qu'ils s'étaient vu enlever sous le règne vigoureux de Robert Bruce. Ils possédaient une flotte avec laquelle ils harassaient suivant leur bon plaisir les côtes de la Grande-Bretagne ; et Donald à qui cette seigneurie insulaire était alors dévolue , se rangeant parmi les alliés de l'Angleterre , faisait la guerre et la paix comme un monarque indépendant. Le régent n'avait pris aucune mesure pour réduire ce roitelet à l'obéissance , et sans doute il eût toujours reculé à entreprendre cette tftche difficile, si Donald n'avait pas élevé des prétentions au comté de Ross qui occupait une vaste étendue de terrain dans le nonl-ouest de l'É- . cosse^ comprenait la vaste Ile de Skye^ et avoisinait, touchait même ses propres domaines insulaires.
Voici l'origine des droits qu'il prétendait avoir. Euphémie , comtesse de Ross , avait d(mné sa main à Walter Leslay , qui était ainsi devenu comte du même nom. Ils eurent deux enfants , un fils appelé Alexandre qur» par le fait de sa naissance, hérita du comté de sa mère , et une fille qui épousa Donald des Iles. Leslay venant à mourir, sa veuve se remaria à Alexandre, comte de Buchan, frère d' Albany; mais ils ne laissèrent pas d'héritiers. . Alexandre , comte de Ross s'allia une seconde fois à la royale famille des Siuarts en épousant Isabelle , fille du rident , dont il n'eut qu'un enfant du sexe féminin, aussi nommé Euphémie. Cette da- . moiselle avait témoigné l'intention de se retirer dans un couvent; et le bruit s'était répandu qu'elle comptait se démettre du comté . de Ross , qui incontestablement lui appartenait» en faveur de son
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HIS10IR£ D^ÉCÛfiSB.
Q9Cld raatenwl Alexandret comte de Buebao^ fils qu' Albaay «vait Qtt^e son deoilème mariage. Ua tel acte aurait détruit les titres que Dooald l'insulaire tenait du chefde sa femme*
Bfigardaut Euphémie , une fois retirée dans un cloître , emn&ie Oiorte aux yeux de la loi ^ le lord des îles résolut do maintenir ses dooits par la foroe des armes. U enbra donc, avec une armée de dix mille Hébridé^is et Highlandais commandés par leurs propres cheb, dans le Rosshire, parvint à se rendre maître du obàr taaa de Dingwall , ne se contentant pas d'un tel succès, et pour* suivant sa course dévastatrice jusqu W Garioch , menaça nonseutement de piller Aberdeen , mais de ravager le bas pays du Mearnset de l'Angus jusqu'aux bords de la Tay.
Si Bonald avait réussi dans s^ ambitieux desseins^ que de gr»- 1BBS conséquences n'en fût-il pas résulté ! D'abord ^ le régent aurait vu l'espérance qu'il nourrissait au EchkI du cœur , de jptiacer un jour la ceurenae sur la tôted'un de ses propres desceiMlantSt lui échapper ; ensuite, les plus graves malheurs eussent fiindu sur l'Ecosse, car c'eût été la conquête des habttents civilisés de ces pays par les hatûtants sauvages , et plus tard une tendance au rétehUssemeat progressif de la barbarie avec son cortège d'hcNN neurs.
. AlexandreStiiart, comte de Mar, assembla en toute hâte Lâche* v^rie des basses-tecr^ pour arrêter la marche furieuse de IK>o«ykl et de son armée* Le comte était un personnage extraordinaire, et la vie qu'H avait menée jusquesalors caractérise ^ bies œs temps de désordre, que nous les ferons mieux compcradre ea la racontant avec brièveté, qu'en nous livrant à de vagues et Ion*, gnesdéclamationsgénérales.— 'Uétait filsnaturel da cet Alexandre, comte de Buchan, qui, lui-même second Ste de Robert H, brûla la eathédrate d'E^;in a^nt que son: onde Robert 111 fût ix>u^ ronné. Elevé auprès d'un tel père, Alexandre devint à son tour l&ckeCd'une terribte troupe de Gatheransou handiis highlandais, et en cette qualité visa à conquérir de force un rang et de l'opur lenee* Voici à quels moyens il recourut Sir Malccdm Brummond de Stobhitt , firère d'Annabeite , femme de Robert 111 , avait été surpris dans^son propre cbàteati par des brigands de la montagne, et par suite des mauvais traitements souflSM*ts pendant sa capti* vite, était mort. On soupçonna AtoxandreStnart d'avoir étécooH pbcede cette violmice, soupceos qui furent cot^rmés lorsqu'il se piésenta soudaisf eveci un «qqisde Gatherans en armes ^ devant
CBAFITRE XVÏl. 98ft
1b. ehètemi de Kildrommie où résidait IsabeUe , la vea ve de Tiaiirtuné 3tr Makotai Dnimmond, qui de son chef était couijLesse de Mar. La fortereaae fut prise d'assaut, et la ooMe yeuve, 8<»t persuafiioD, soit eontraiote, se décida à donner sa main au terrihie Alexandre Stiiart , au chef de la baode qui s'était emparée de ao» œai^r , et selon toute probabilité à l'auteur de remprisoni» sèment, et de la mort de son mari. Peu de semaines après leur mamge , il crut la dame teilement réconciliée avec son sort, qu'il Be eraignit pas de la remettre en possession de son cbàteau , aimi que des ffieuble&, des titres do propriété, etc.; puis, se rendant Ifa-ffléme jusqu'aux portes , il remit humblement les dés à Tex-* venve en signe qu'elle était libre de disposer du tout. Le résultat, dont sajua doute Stuart s'était bien assuré d'avance, fut que la dame raeeueiliit avec bonté , et que librement , par le seul eflét derafifection qu'elle éprouvait pour lui > elle l'agréa peur époux.; après quoi il se prévalut des droite de la comtesse tebelie sa femme pour s'attribner le titre , la pnissanee et les domaines du QomtédeMar.
Après St'étaie ainai élevé an-dessus de son métier de brigand, Slnart aamtm paraa eonduite subséquente, qu'il y avait dans son ftme une certaine nobleaset en harmonie avec son élévation , que personne ne hii contesta pendant la régence iaifale et corrempne d'Albaiif . Il se distaig^ par beaucoup (fexplcéts ckevalereiqiMS^ et parut danade nombreux tournois en Ecosse et ea AngleterreL Enfin, son aidiamr bettiqueuse le porta a passer sur le continfioli poiir y courir après la renommée. On te cka pour son. esprit, pomr sa vertu ,> et pour sa bMté à Paria où il tint maison ouverte ; ea l'y honora même. Be k cour de France, le comte se renfit à eeUe de Bouifogne. A cette époqœ., l'évéque de Liège , Jean de Ba^ vétee, « cet eeeléaiastiqQe qui n'avait pasl'air de Fètre, » oonsait un grand péril p«r suite d'une insurrection de^sea vassaux, et la due Charles votait è son secours. Se trouvait à même d'acipiérût quelque gkiira, Mar , avee une centame de chevaliera éoesmia, presque tous gens de qualité quji eh^^ebaient comme lut de» aventures et des batailles , suivit l'armée du duc. Au moBMnt où l'aetioB aUatt s'engager , le comte de Mar , apereevant sur la prer mière ligne des ennemis deux vigoureux champions qui hnaa^ diesaient des haehes d-'armes., deeraiça de k longnenr de tpois lances les troupes de Liège , ordonna à son porte bannière de s'arrêter, et engageant son écuyer John de Gares à le suivre, se pré?^
m HISTOIRE D'ECOSSE.
cipita sur les. deux pierriers , qui , précisément , se trouvèrent être les chefs de la révolte, Henri Horn et son fits. Il les combattit corps à corps et les tua. Mar se distingua le même jour par beaucoup d'autres prouesses^ et ajouta autant à l'honneur de son propre nom qu'à la gloire de son pays. Lorsqu'il revint en Ecosse , le feu de sa jeunesse s'était un peu modéré. Il fut alors un feime soutien du bon ordre , auquel ses anciens exploits avaient été si hostiles , imposa une espèce de gouvernement régulier aux provinces du nord, et fut le chef que la voix publique désigna comme le plus capable d'arrêter les progrès du lord des îles. Ce fut toutefois un singulier hasard que Donald , qui aurait pu être appelé le roi des Mighlandais ^ trouvât pour adversaire un individu qui dans sa jeunesse, s'était illustré comme chef de leurs bandes de pillards, et un fait non moins étrange, que les prétentions de l'insulaire au comté de Boss , fussent contestées par un honmie dont le titre à celui de Mar était bien plus contestable encore.
Toute la petite noblesse lowlandaise des Meams et de l'Aberdeenshire prit les armes pour suivre le comte de Mar. La ville d'Aberdeen envoya un brave corps de citoyens j commandé par sir Robert Davidson leur prévôt. Ogilry, shérif d'Angus , dont le nom était si célèbre à la guerre , amena lui-môme les principaux gentilshommes du comté. Cependant , lorsque les deux armées se rencontrèrent à Harlaw^ près la source du Garioch , celle de Mar était beaucoup moins nombreuse que celle de Donald des !les, sous la bannière de qui l'amour des armes et l'espoir du pillage avaient rassemblé les Mao^Intosh et d'autres clahs plus septentrionaux. Les troupes gaélique et saxonne , qui étaient respectivement composées de la fleur de leurs races , se battirent avec la rage et la furie les plus implacables. Un millier environ d'Highlandais restèrent sur la place , ainsi que les deux chefs des clans Mac-Intosh et Mac-Lean. La perte de Mar fut moindre demoitié , mais comprit un grand nombre de gentilshommes , car presque tous ses soldats Tétaient. Le prévôt d'Aberdeen fût tué , et tant de ses concitoyens périrent avec lui , qu'il fallut prendre un arrêté municipal pour que le premier magi 4rat de la ville ^ agissant en cette qualité, ne pût s'éloigner qu'à une certaine distance de la cité.
< On peut dire que la bataille d'Harlaw demeura en quelque sorte
< Thê hing oftke Gaéls, d^apr^s le textej le roi des Ga«l8, c^est-à-dlre de» Higli- Undaii on moDiaçoards d^Écosse. a. m.