‹ histoire d'ecosseChapitre 66 sur 86 · CHAPITRE XYU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYU

douteuse , mais tous les avantages de la victoire furent recueillis par les Lowlandais. Le lord insulaire se retira après l'action , sans avoir pu obtenir de ses troupes découragées qu'elles en vinssent aux mains une seconde fois. Le régent Albany se comporta en cette circonstance avec une ardeur et uneénergie queson administration déployait rarement. Il se mit à la tête d'une nouvelle ar* mée , occupa le territoire contesté de Ross, et s'y empara du chft* teau de Dingwall où il laissa une garnison. L'été suivant, il assembla utie flotte , menaça Donald des lies d'envahir ses domaines , et le força non-seulement de se soumettre à la suprématie de l'Ecosse y mais encore de donner des otages pour garantie de son obéissance future. La bataille de Harlaw et ses résultats eurent une haute importance , puisque ce fait d'armes, à proprement parler , décida la supériorité des régions civilisées de l'Ecosse sur celles qu'habitaient les tribus celtiques qui demeuraient presque aussi sauvages que leurs aïeux les Dalviades. Les habitants des hautes-terres et des Ites continuèrent , il est vrai , à causer de fréquents désordres dans l'état par leur manque total de subordination et leurs continuels ravages chez leurs voisinS', mais ils ne s'aventurèrent plus à combiner leurs forces pour une attaque simultanée contre les basses-terres , avec des espérances de conquêtes et des projets d'établissement.

Une autre preuve du progrès de la civilisation est la fondation de l'université de Saint-André , qu'ordonna l'archevêque de ce nom , Henri Wardlaw^, cardinal et légat du pape , en Ecosse; université qu'il plaça sous ses auspices et dota à ses frais.

Dans ses rapports avec l'Angleterre, le régent Albany était singulièrement embarrassé. Ses plus importantes négociations avec cette puissance concernaient le sort de deux prisonniers. L'un , Jacques , son lieveu et son souverain , qui était tombé , comme nous l'avons déjà dit , entré les mains de Henri lY par une indigne violation du droit des gens; l'autre, son propre iils Murdach, comte de Fife , fait prisonnier à la bataille d'Homildon. Les vues d'Albany étaient fort différentes au sujet de ces deux captifs. II lui fallait bien témoigner quelque désir de voirie jeune monarque rendu à la liberté , puisque non-seulement les devoirs de la fidélité la plus commune et les affections de famille lui enjoignaient de tenter un effort apparent à l'égard de son neveu , mais qu'encore les lois féodales , qui imposaient aux vassaux le soin de racheter leurs seigneurs et maîtres quand ils étaient prisonniers ^

mi H£STDIRE D'ECOSSE.

ioi rendaient cette oMigation imriolftMe sons tonte espèce de mp^ inrts. D'autre part, sa politique Inisuggéraitfcproking^ te plî» de temps possible l'absence du roi d'Ecosse , dont le retour «tH nécessairement mis fin à sa propre puissance comme régent. Au contraire^ il ne pouvait s'empôcber, ce qui était tout simple , de travailler à la délivrance de son fils Murdach avec l'arâeiir et k mcérité de l'amour paternel. La nature de ces négociations, surtodt de la première dans laquelle le langage et les offres d'AIbasif devaient avoir un sens ostensible tout contraire à sesdémus , daanait infailliblement un air de mystère et d'cmbarnis à ses netatîons arec la cour anglaise. La manière même dont Jacques se trouve désigné dans les notes diplomatiques du régent est amfei* guë; elle n'énonce jamais et môme ne fait supposer nulle part son titre d'héritier de la couronne dïicosse , parce que c'était Atbanrf hri-méme qui exerçait alors l'autorité royale. Il Tappelle donc , « le fils de notre feu seigneur et roi Robert, » ce qui est loin d'impliquer évidemment sa qualité de souverain, car on flîsnatarel ou plus jeune du demiermonarqueaur^iit pu être qualifié de même. Cette affectation d'ambiguité nedonoé-t-ellepasàcroirequ'Albany , que l'ambition avait poussé eru meurtre du duc de Rothsay, voulût se frayer une route à l'exclusive possession d'un trône qn*à n'occupait alors que par délégation , et qu'en conséquence, il tàt disposé à ne jamais mettre au grand jour les droits du possesseur véritable Henri IV, qui n'étant lui-même parvenu à la couronne qu'au moyen d'une usurpation , était assez fin pour comprencb* les sentiments qui agitaient le duc d'Albany , et s'arrangeait toujours de façon à susciter au retour de Jacques 1**" dans ses états des obstacles en harmonie avec les véritables souhaits de son oncle, sans jamais forcer cekii-ci à exprimer trop clairement son désir de prolonger Temprisonnement de son neveu? Un autre et iméme fort curieux sujet de discussions diplomatiques existait entre Henri ÏV et le régent d'Ecosse.

Bower ou Bowmaker , le continuateur de la Chronique de Fopdun, raconte une histoire qui a été jusqu'à présent traitée de fabb par les auteurs plus modernes. Cette histoire dit que Richard II, qu'on suppose généralement avoir péri au château de Pontefiractt soit de la « terrible main de sir Piers d'£xton » , soit d'une mort plus longue et plus cruelle, c'est-à-dire de faim, eut en réalité Fadressede s'évader du lieu où il était renfermé ; qu'il gagna , à kl foveur d'iHi déguisement, teslies écossaises, et qu'il yfotTeooniMi

cHAmnexYiL m

par un certam foa ou boofibn , à qui It cour anglaise avait été d'autaat phis Annilièpe, qtt'H n'était autre que le roi détrflné de ee royaome. Bower ajoute que Richard II, après avoir été aiasi découvert , fut reoiia, par le lord des Iles, à la discrétion du lord Montgomery , et que ce dernier le mena à Robert III, qui, tout le reste de sa propre vie , le traita avec honneur et c(»isidération. A la mort de Robert, ce Richard, dit-on, fut pensionné parte duc d'Albany de manière à mttier un train magnifique et presque royal, mourut enfin au château de Stirling, et Ait enterré dans Féglisedes moines de cette ville , à Tangte septentrional de Tautel. Cette singulière l^ende est encore rapportée par un autre annaliste contemporain , Winton, prieur de Locbleven. U la conte avec de légères difTérences : ainsi , que le monarque fugitif et déposé fut reconnu par une Irlandaise, femme d'un frèredu lord des Iles», qui Favait vu en Irlande ; qu'interpellé s'd était le roi Richard , il le nia; qu'il fut commise la garde du lord de Montgomery et en* suite du lord de Gumbernauld; enfin, qu'il fut long-temps confié au soin du régent, duc d'Albany. « Mais ce mystérieux personnage était-il roi ou non ? dit le chroniqueur de Locbleven ; peu de gens l'ont positivement su. Il ne montrait guère de dévotion, pas n'était disposé tous les jours à entendre la messe, et se conduisait comme un homme i moitié fou ». Série, aussi yeoman des robes de Ri* chard , fut exécuté parce que , venant d'Ecosse en Angleterre , il rapporta, dans cette dernière contrée, que Richard vivait encore.

Cette légende , dont l'authenticité importe tant à l'histoire de la Bretagne du nord et de la Bretagne du sud , a été jusqu'ici re« gardée comme une fable. Mais les rechercheset la sagacité du plus récent historien d'Ecosse ont curieusement éclairci ce point, et montré, par des preuves extraites des manuscrits originaux, que ce captif, du nom de Richard II , a réellement vécu plusieurs années en Ecosse, et en fut défrayé aux dépens du trésor pu* Mic^

Il est donc clair maintenant que pour contrebalancer l'avantage qu'avait Henri IV "sur le régent d'Ecosse en ce qu'il tenait entre ses mains la personne de Jacques, et pouvait par conséquent met* tre fin à l'autorité provisoire d'Albany, dès qu'il jugerait convena- We de rendre la liberté au jeune roi, Albany , de son côté, avait en sa puissance la personne de Richardll , ou de quelque individu

I On peut consulter sur cet intéressant sujet le troisième Tolume de Thistoire d'E- ^Of«e de Tytler. yr, •.

tair msromB ivëgosse.

qui lui ressemblait fortement, prisonnier dont rélargissement n'aurait pas été moins funeste à la tranquillité de Henri lY^qui, à aucune époque, ne posséda son trône usurpé d'une manière assez sûre pour voir avec indifférence la résurrection réelle ou fausse du Richard qu'il avait déposé.

' Il serait fastidieux , quand môme nous le pourrions , d'exposer en détail les négociations compliquées du roi et du régent. Cha* cun d'eux se sentant, d'un côté, plus fort que son adversaire, mais d'un autre, plus faible que lui, cherchait, comme un habile lutteur, à profiter de son avantage, tout en ne se dissinuilant pas qu'il courait risque de recevoir l^ii-méme le coup qii'il désirait porter à son antagoniste. Ces deux rusés personnages , se trouvant, l'un par rapport^ l'autre , dans cette singulière position, et connaissant chacun lesdéfautsde leur cuirasse , négocièrent toujours, mais ne purent jamais en venir ni à un traité définitif, ni à une rupture ouverte.

La mort de Henri IV et l'avènement de Henri V ne changèrent pas beaucoup la situation des deux contrées , mais mirent le rég^t à môme d'obtenir la liberté de son fils Murdach , comte de Fifo , en échange de celle du jeune comte de Northumberland , fils du célèbre Hotspur, que son aïeul, avant de lever contre Henri lY d'Angleterre l'étendard de la révolte, avait envoyé en Ecosse pour qu'il ne courût aucun danger. Le monarque écossais qiii, tant que ce jeune homme était demeuré comme otage entre les mains de ses sujets , avait au moins eu dans le fait une chance d'élargissement , la vit s'évanouir lorsque le régent échangea le comte de Ncrthumberland contre son propre fils.

En 1417, tandis que Henri Vêtait occupé en France, Albany, supposant que presque toutes les forces de rAnglèterre devaient avoir. passé le détroit, rassembla des troupes nombreuses , et assiégea en môme temps le château deRoxburgfret la ville de Berwick. Mais une armée anglaise, fort supérieure en nombre, qui s'avança sous les ordres des ducs d'Exeter et de Bedford , obligea bientôt le régent à lever les deux sièges; et ce fut un échec d'autant plus triste pour sa Tenommée , que les Écossais donnèrent à sa téméraire entreprise le nom de fml raid, c'est-à-dire honteuse invasion.

La guerre, qui dès-lors sembla langirir quelque temps , reprit un peu d'intérêt par un audacieux exploit d'Halyburton de Fastcastle qui attaqua à l'improviste le château de Wàrk , situé sur la Tweed^

GHAHTRE XVH. tO

et s'ra rendit maitre. Mais Robert Ogle tarda peu à le recouvrer au profit des Anglais. Ud jour qu'Halyburton n'était pas non plus sur ses gardes , il escalada les murs de la forteresse , et le passa y lui et toute sa garnison ^ au fil de Tépée.

Dans un parlement que les états écossais tinrent en la môme année 1419 , ils jugèrent convenable d'envoyer au dauphin de France , qui était alors pressé rudement par le victorieux Henri , un corps considérable de troupes auxiliaires sous les ordres du second fils d'AIbany, Jobn Stuart, comte de Bucban. Les détails de cette expédition appartiennent au prochain chapitre.

Tel fut le dernier acte du gouvernement d'Albany que l'historien^ait à .mentionner. Le duc , tant comme premier ministre de Robert I*' et de Robert II que comme régent pour Jacques T' , administra TËcosse pendant cinquante ans, et lorsqu'il mourut, avait atteint sa quatre-vingtième année. Examine-t-on en lui l'homme politique? il n'avait ni foi ni honneur; le soldat? on peut suspecter son courage ; mais comme dépositaire de l'autorité \ il Be manquait pas de mérite. Il gouvernait avec sagesse et pru^ denee , administrait strictement la justice , et ne punissait qu'avec douceur. Si l'Ecosse ne fit pas grande figure sous son administration , du moins lui épargna-t-il de graves calamités. Ses contemporains ont signalé avec admiration sa munificence envers l'église et sa générosité envers la noblesse ; mais la libéralité dans les deux cas était politiquement si essentielle au maintien de son pouvoir, que nous devons hésiter aujourd'hui à regarder comme^me vertu celle qu'il déploya.Sans le meurtre horrible qu'il exécuta de sangfroid contre son neveu le duc de Rotfasay , et qui entache de cruauté son caractère , l'ambition et les rudes épreuves auxquelles l'ambitieux est soumis, pourraient jusqu'à un certain point servir d'excuse aux vices et aux défauts d'Albany , puisqu'elles en furent les causes.

HISTOIRE ITECOSSE.

Page 1