CHAPITRE xvnr. MS
presque ifiiuMiigibles. Ils se marièrent à Londres^ et te roi d'éeosBe reçut Gomaie dot de sa fiemoie uae quitlance d'uD quart de la sooKQd stipttlée pour son raeliat. Oir conduisit alors le jeune couple en Ecosse avec tout le respect et la pompe convenables, et Alurdacb, te dernier régent, eut l*honnear de mettre son royal eouân em possession do trtee de ses pères.
Les avantages , tant d^esprit que de corps, dont la nature avaK doué Jacques, étaient de premier ordre ; et si Henri lY avait été aussi 'm^oBie que cruel lorsqu'il avait profilé , pour retenir le captif, d'un hasard qui te jeta entre ses mains, il avait réparé sea torts de t» seute laianière posstUe en lui faisant donner une parfMteéducafon. Le roi d'Ecosse éùaAi assez petit de taiUe , mais teUement vigoureux, tellement robuste, qu'il excellait dans tons tea rudes ex^ciees que la chevalerie avait mis en honneurs B ne se distingimt pas motns^ par ses facultés intelleetueltes, qui avaîeoft élé soigneusement cultivées par les plus habites proies^ seurs que l'Angleterre renformftt. C'était , eu ^ard aux counaissances de l'époque, ma littérateur aceompti , un poète déli<* dteux, et surtout un habite musicien; car il jouait à ravir de tCNis tes instruments connus dans le pays de GMès , l'Irlande, et fEcoese, qui sont représentés comme les principaux sanctuaires d'aloffr pour la musique nàtionato*. Enfin il avait ui> goût décidé pour tes beaux «^ts, pour l'arclûlecture, la peinture et l'horti-culture. Homme, rien n'éMt plus propre que son caractère à lui concilier la faveur; prince, Péducation qu'il avait reçue en Angle* terre kii avait donné sur la p<ditique des idés profôodesi, qui peutêfere n'euasent jamai» pénétré jusqu'à son esprit dans son rude et grossier royaume. Bref, telle était sa soif d'instruction que nonr seulement il avait acquis, dans toutes lesespèces d'arts qoelespersonnes de son rang peuvent cultiver, unesupériorité passaUe^maia qu'eneere^ malgrétes peinesque sascienoe luiavût nécessairemesit coûtées^ il y trouvait une vériiid>lesourÈede plaisir. L'Ecosse,quaad il Y amva, était ptoogée dans te fdus; affreux désordre, et divisée entre «neèande d'orgueîlteux barcms^que les guerres du règne de David II> la faiblesse de celui de ses deux SMceaseurs ^ et i'induir gence coupable de deux régences, av»eitl rendus prœque indé« pendants de te couronne. €ourber et soiMnettre cette fière ari^«^
4 Les liUnOaiit dit^i^ exc^tlûeM «ur deux inatramuiia» 1& barpt et le Umbou.rin ; \eê Écossais sur trois, la harpe, le tambourin et le eor; les Gallob sur un même nombre, le cor, le tambourin et la comMUiae^- av At
9M HISTOIBE D'ECOSSE.
cratie, ramener Tordre partout, rendre à la couronne sa légitime autorité , était une tâche aussi difficile que périlleuse ; mais Jacques l'entreprit, et la contiuua avec un courage qui ressemblait presque à de la témérité.
Pdrmi différentes lois qui avaient pour but de régulariser Tadministration de la justice , d'obliger les nobles à ne pas se faire accompagner de suites*plus nombreuses que celles qu*il leur était permis d'avoir, de mettre un terme à l'exaction tyrannique d^ contributions volontaires, et d'établir que'toute la jeunesse écossaise apprit à manier l'arc, deux mesures adoptées par Jacques furent extrêmement impopulaires. La première ordonna une en^ quête de l'étendue que les propriétés de la couronne avaient sous les trois derniers monarques. On voulait ainsi découvrir les dilapidations faites au détriment des domaines du roi, pendant les règnes dé Robert II et de Robert III> ou les régences des deux ducs d'Albany. Mais tandis que par ces moyens Jacques tentait de restituer à l'apanage royal les terres qui en avaient été distraites par de faibles souverains ou par .d'infidèles vice-rois, il excita dans tout le pays^ au sujet de la stabilité des possessions^ des doutes et des craintes qui produisirent un mécontentement général. Ce qui mécontenta encore fut un énorme subside que Jacques demanda à la nation , pour acquitter la somme due à l'Angle^ terre d'après le dernier traité , et dont le simple nom de taxe suffisait pour qu'on ne raccueillit pas avec faveur, d'autant plus, que les ressources du pays étaient à peu près épuisées.
Ck>mme il existe à peine de chroniques sur ce règne , on ignore par quels expédients , si ce ne fut point par la conviction de son habileté et par l'empire qu'une telle conviction donne nécessairement sur les autres hommes, le jeune roi réussit à rendre son autorité toute puissante dans un royaume où un fort parti s'était ligué par intérêt mutuel, pour maintenir les usurpations que la couronne avait soufilertes pendant plus de vingt années , espace de temps au bout duquel les empiétements de toute nature avaient emprunté à la prescription une apparence de droit. Nous savons seulement que Jacques, une fois sur le trône, n'attendit pas même un an pour venger sur les membres de la famille Albany, et les torts que sa longue captivité , qui n'avait duré tant qu'à cause de leurs intrigues, lui avait causés , et les dilapidations de toute sorte exercées par eux , leurs favoris et leurs alliés , sur les droits et les biens de la couronne.
CfiÂPITRE XVIII. 24tt
Walter, fils da duc de Mardach, dont la brutale insoteuce envers son père avait suggéré au vieillard l'idée de ramener en Ecosse l'héritier légitime du trône , ou ,du moins l'avait décidé à prendre cette mesure^ plus tard si fatale à sa famille, fut incarcéré peu après le retour du roi. Le comte de Lennox , beau-frère du duc de M^urdach, et sir Robert Graham, homme d'une violence et d'une audace particulières, furent ensuite jetés en prison. Mais, le 12 mars 1425, le roi se trouva, n'importe par quel moyen , assez puissant pour arrêter , pendant qu'un parlement siégeait à Perth, Murdach lui-même le dernier régent, son deuxième fils Alexandre, les comtes de Douglas, d'Angus et de March, ainsi que vingt autres barons du rang le plus élevé, parmi lesquels on remarque les noms formidables d'Alexandre Lyndsay de Glesresk , Hepburn de Haies , Hay d'Yester , Walter Halyburton , Walter Ogilvy , Stuart de Rosyth , Alexandre de Seton-Gordon, Ogilvy d'Auchterhouse, John Stuart de Dundonald dit le Roux, David Murray de Gask, Hay d'ËrroK connétable d'Ecosse, Scrimgeour gouverneur de Dundee, Irving de Drum, Herbert Maxwell de Garlaverock , Herbert Herries de Terreagles , Gray de Foulis, Guningham de Kilmauris^ Ramsay de Dalwolsey et Cricbton deCrichton.
Lorsqu^on parcourt cette liste de noms anciens et puissants, on n'est pas moins surpris de voir tant de seigneurs , dont les domaines et les intérêts se trouvaient disséminés dans les differentes parties de l'Ecosse, enveloppés dans la même accusation générale, qu'étonné du courage de Jacques qui, d'un seul coup^ osa appliquer les rigueurs de la loi à un si grand nombre de ses plus redoutables sujists. Tous ceux qu'il jugea convenable de jeter ainsi dans les fers, étaient sans doute les principaux membres de la famille Albany, ou peut-être les nobles qui , pour avoir le plus participé aux largesses des deux régents , devaient éprouver un plus vif désir de défendre les usurpations de leurs proches. Le crime qu'on allégua contre les barons emprisonnés fut probablement qu'ils n'avaient pas obéi à l'ordre royal d'exhiber leurs titres de propriété. Mais, malgré le grand nombre des arrestations, les vengeances de Jacques ne tombèrent que sur la famille Albany. Le coup fût frappé si soudainement, que, seul des membres de cette famille condamnée , James Stuart, le plus jeune des fils du duc de Murdach , eut le temps de pourvoir à son salut ou d'opposer un peu de résistance. Il se sauva dans l'ouest de l'É-
916 HISTOIBE lyÉCOâSB.
CQBafd , rermt par uaeiocursion subite^ brûla BuadMirton, et tna l'oBCledu roi, Stuart de DundoBald dit le Roux; maie rude?* ment pressé par ordre de Jacques, il Eut ebligé de fuir en b-tande. Murdacb , ses deux autres fitt , et leur aïeul OMterMl le coiBle' de Leonox , fanent traduits deyasit une cour d'assises doat les jurés étaient tous des nobles pris en proportion assez égale enta» les flimîs et les membres de la famille Albany d'une part , entm les parents et les favoris du roi de l'autre, pour donner un air d'impartialité k la sentenee ;: mais , dan& le fait , les royaUi^eft étaient assez nombreux pour influer sur le sens du verdict, qui, ea Ecosse^ se prononce toujours à la majorité des voix ^ . . La nature des char^^s auxqiieUea ces accusés> aussi remarquables par leur antique origine que par leur pouvoir réeent, eor^tt à- répondre, est inconiiue. Il dut ne pas manquer d*exem|ries oà leur ambition usurpatrice s'était étevée jusqu'à des actes de hautetrahison. Le roi lui-même, ^revêtu des insignes de la dignité royale , assista à leur jugement. Le fatal verdict de culpabilité fut proiaoncé contre eux tous, et leur exécution eut Heu à Stirling , sur cette petite éminence artificielle appelée Harley-Hacket, qui termine la hauteur où le château est bâti. De cette position élevée, le duc de Murdach put jeter son dernier regard sur le fertile et pittoresque domaine de Monleith qui formait une partie de ses biens patrimoniaux, et distingiier au loin le noMe château de Doone^ qui rivalisait de magnificence avec bien des palais, et hii avait servi de deineure pendant qu'il était régent. Aux yeux de la foule qui contempla ce lugubre spectacle , la pensée de l'inconstance des choses humaines et l'intérêt qui naturellement s^attaeha à la grandeur déchue , efiaçant le souvenir des fautes de ces nobies criminels, le remplacèrent par un sentiment de sympathie pour leur infortune. Le duc Robert, celui de tous les membrea de la famille qui avait été le plus coupable, avait depuis longtemps comparu devant le tribunal de Dieu ; aussi la faiblesse dn duc de Murdach qui n'avait, lui, qn'hérité des usurpations de sw père, et qui même y avait renoncé, excita-t-elle phi» de commisération que d'horreur. La bonne mine de ses deux fils emrpêcha le vulgaire de se rappeler leurs vices et leurs folies*; et à voir l'air vénérable du comte de Lennox qui était âgé de qnatre^ lâfigts ans, on se récria que le vieillard était diéyà trof^ près de la
I En Angleterre, an contraire,! e Terdict du Jurf doit être prononcé à ronanimité.
GHApmiE xvm.
tomte poor 7 être préeiptté par Ta main du bMrreaa. Enfin le Mri nfattetgnit guère le bot qu'il afétait proposé. Il avait voulu in* primer une terreur salutaire; mais la chute de taoït d'iUastres tétes^ ^i étaient celtes de ses {dus proches parente, ins(Hra dan9 quelques cœur» une haine viidente contre Tespril vindicatif' q«rii semblait en avoir donné Tordre, et, généralement , Tidée qu'une punition si sévère de^ eriows depuis long-temps passés , sentait trop la rigueur pour être de benne poËtique. Ces griefti s>nw* mmèrent encore ehea ceux qui crurent que le monarque avaK r^ieïste dessein d'améfiorer les revemis royaux par la confisca^ tiott des terres de ces riches criminels.
• Peut-être, comme beaucoup de réformateurs , cet excellent prince , car e'est un nom qui ne peut certainement lai être re^ fusé , tombart-il dans une erreur commune à ces médecins qui , voyant à merwille l'étendue d'un mal enraciné , tentent aviec trop de promptitude et de violence d'y remédier sur-le-champ par l'extirpation* Il en est du monde politique comme du corps humain ; des dislocations qui remontent à une date lointaine, et auxquelles les parties avoisinantes du système se sont accommodées, ne peuvent entièrement disparaître qu'à fbrce de temps, de patience et de douceur. A dire vrai, la longue suite des licences autorisées par la mollesse du gouvernement des ducs d'Albany, avait rendu des centaines, des milliers même de gens passibles de la sévérité des lois; mais on ne peut se dissimuler que si quelques exemples de rigueur sont nécessaires en pareil cas pour contraindre au respect de la justice, l'extension de la peine capitale* à un vaste cercle dégoûte Tesprit public , prend un air de vengeance plutôt que de châtiment légal y et inspire en faveur dies coupables un intérêt qui peut détruire le résultat que le juge qui condamne se propose , celui de foire respecter, non haïr, les mo* tife qui l'ont guidé. Si, comme des historiens Taffirment, Jacques, pen(tent les deux premières aimées de son règne , condamna rée^ lement à mort trois mille de se» sujets pour des crimes commis lors de sa captivité en An^eterre, il aurait certes mérité que 1» reproche adressé par Mécène è Auguste [^Surgt tomfefn, carnif^xi ! ^) eût interrompu sa boucherie judiciaire.
Pour justifier Jacques de sa sévérité , on devrait dire , non qu'il la déploya pour punir des actes de trahison commis lorsque le royaume était sans roi, mais qu'il jugea nécessaire de répandra
1 Lère-toî, enfin, boarrean! a« x.
tant de sang pour enseigner, môme à ce prix, le respect dû au souverain, comme personoification vivante de la loi et delà justice , respeet qui était tombé en mépris sous ta faible régence du duc Murdach. Voici un exemple de l'excessive rigueur dont Jacques usait, pour peu qu'il crût la dignité royale offensée. — Un personnage de distinction , qui même était allié de près à la famille régnante, s'oublia un jour jusqu'à frapper un jeune homme dans le cabinet du roi. Jacques, qui était présent, ordonna tout de suite au seigneur qui venait d'agir ainsi , d'étendre sur la table du conseil la main par laquelle il avait péchés et au jeune homme qui avait été battu de se tenir, avec le tranchant d'un large couteau appuyé sur le poing du coups^ble, prêt à le lui couper au signal donné. Le malheureux seigneur demeura plus d'une heure dans <;ette cruelle posture à attendre le coup fatal , tandis que la reine et ses dames, les prélats et les autres personnes présentes , prosternés jusqu'à terre, imploraient la pitié du roi. 11 Gt enfin grâce au coupable de la punition, mais le bannit quelque temps de sa cour et de sa présence.
Jacques dut non seulement réprimer les habitudes générales de violence et de dévastation qui s'étaient introduites dans les bassesterres d'Ecosse, mais encore réduire à l'obéissance les chefs highlandaia qui , pendant l'impunité de la dernière régence, s'étaient dispensés de tenir aucun compte des ordres émanés de la couronne, avaient oublié la terrible bataille d'Harlaw, etsemblaient être revenus à leur indépendance et leur barbarie d'autrefois. Jacques, pour remédier à ces maux, fit bâtir ou réparer le chft^ teau-fort dlnverness et y tint un parlement Alexandre, le lord des iles, sa mère, la comtesse de Koss, et presque tous les chefs highlandais, dont la plupart pouvaient mettre en campagne au moins deux mille hommes, vinrent à cette assemblée; le roi les invita séparément à visiter son château , puis, au même moment , par son ordre , une cinquantaine d'entre eux y furent arrêtés. Jacques, pendant ce temps-là, improvisait pour s'applaudir de son adresse deux vers dont il ne reste que la traduction latine *. Deux chefs de tribus, Alexandre Mac Reury de Garmoran et John Mac Arthur, comme plus redoutables, plus insolents ou plus cri-
t Ad tnrriin fortem ducamns cautè cohortem ; Per Christi mortem, meruerunl bl quia mortem. -Ce qui Teut dire : « Conânisons prudemment cette raillante eohorte lers le fort, car, par la croix de Jesus-Christ, elle a mérité la mort. » a. m.