‹ histoire d'ecosseChapitre 81 sur 86 · CHAPITRE XXI. 86t · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. 86t

rentes, la fllle da comte de Huntley , reconnut ses prétentions an trône d'Angleterre comme fondées en droit, et, pour qu'elles triomphassent , leva une armée à la tête de laquelle il entra luimême dans le Northumberland. Il s'attendait à une insurrection générale de l'Angleterre en faveur de son allié ; mais son attente ne se réalisa point. Personne ne se déclara pour Perkin. Alors Jacques donna carrière à son désappointement et ravagea le pays. Le prétendant affecta de la compassion pour les sujets dont il réclamait l'obéissance , et intercéda à leur égard : « Vous êtes trop bon , lui répliqua Jacques avec ironie , de vous intéresser à un peuple qui tarde tant à vous reconnaître comme souverain. » Ces paroles intimaient que Jacques se sentait engagé dans unemalen* contreuse entreprise qu'il termina bientôt après par un armistice avec l'Angleterre.

Dans le cours des négociations , Jacques refusa fermement de livrer Perkin Warbeck à Henri ; mais il l'expulsa de son royaume et l'envoya continuer ailleurs des aventures qui finirent avec sa vie à une des potences de Tyburn. Sa malheureuse veuve fut ho-^ norablement recueillie par Henri YII , et porta à la cour anglaise le nom de Rose Blanche , par suite de la prétention de son époux à être le représentant de la maison d'York.

Les troubles qui régnaient toujours sur la frontière parurent de temps en temps menacer d'interrompre la bonne hannoniedes deux royaumes ; mais l'ardent et impétueux Jacques avait affaire à la froide prudence et à la subtile sagesse de Henri, monarque qui ne souffrit jamais qu'aucune querelle fondée sur des vétilles arrêtât l'exécution du plan que sa prévoyance avait conçu , et qui semblait aussi indifférent aux offenses du roi, son voisin, qu'un animal de grande taille et de grande force , qui endure patiemment les libertés d'un individu de la même espèce , mais plus pe*^ tit et moins fort.

Bientôt l'Ecosse commença à recueillir les fruits d'une longue paix. Une université, lasecondedu royaume, car il en existait dé/à une à Saint- André, avait été en 1453 fondée à Glasgow sous les pieux auspices de TurnbuU, évoque de ce siège. Un troisième établissement du même genre fut érigé en 1500 par Elphinstone, évêque d'Aberdeen. Les efforts de ces dignes prélats ne furent point infructueux. La science, chaque jour mieux comprise et plus cultivée, trouva incessamment de nouveaux protecteurs. Douglas, évêque de Dunkeld^ fit une excellente traduction i»

HisToiRB d'Ecosse. ^0

sie HISTOIRE d*égos$;e.

rÉnéide de Yirgile ; et Dunbar , le Ghaucer écossais , entendit applaudir à la cour ses <$onapoj5iUonâ tant héroïques que légères, qui en effet ne sont pas indignes du barde de Woodstoçk. Jacques lY, poète lui-mêmevaimail et encourageait les muses; môme CD peut voir d'après ce qui reste des poésies du temps qu^il p^mit aux satiristes jd'exercer librement leur veiye sur ses propres; défauts. Une telle toléraqce , dé la part d'un prince comme lui » montre qu'il avait foi en son mérite pour croire que sa réputation i\'en souffrirait pas, et se mettre aurdessus des petites attaque&de la satire.

Le roi , qui avait hérité du goût de son père pour l'architec* ture, oiaisne le poussait pas jusqu'à l'excès , embellit les palais 4e Stirling et de Falkland. Jeune et célibataire, il s'abandonna trop à de licencieux plaisirs ; mais son respect pour la religion i^'en souffrit point et d'après la mode du temps, il le témoigna par la fondation de monastères et d'autres établissements ecclésiastn ques. Jacques lY ne parvint jamais à éteindre le violent remords que la part qu'on lui avait fait prendre à la débite de son père^ lui causait. En manière de pénitence, il portait autour de sou corps une ceinture de fer dont il augmentait le poids chaque an^ née. Tous les ans aussi, il consacrait plusieurs semaines du carême à une sévère retraite dans quelque couvent, et là ne s'épargnait ni prières, ni jeûnes, ni rigueurs d'aucune espèce, pour espi^ le crime qui posait sur sa conscience. Ces sombres intervalles devaient faire un singulier contraste avec la manière dcmt lacques vivait le reste du temps; car, d'habitude, il s'occupait 4'abord de rendre la justice et de remplir les divers (tevoirs de souverain, mais ensuite il profitait du moindre instant de loisir pour se livrer au noble exercice de la chasse, pour danser, et pour combattre en champ dos. Youlant ne le céder en rien à d'autresmonarques, qui s'étaient plu à former des ordres de chevalerie, aÔa t}e les présider eux-mêmes , comme Arthur à sa table ronde ou Gharlemagne parmi ses paladins, Jacques fonda l'ordre de Saint- André, et adopta pour emblème une branche de chardon, qui est toujours restée depuis dans les armes nationales de l'Ecosse.

Quand Jacques lY approcha de la trentaine , peut-^tre com« mença-t-il à éprouver le désir d'une vie plus régulière que celle qu'il avait jusques alors menée, d'autant que la princesse anglaise llarguerUe, qui n'était qu'une enfant lorsqu'on la lui avait d'a« til^d prpposée;^ «Olait enfin atteindre l'âge iHibile ^ loiyours^ l'aa^

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née 1S03 vit^eUû eontlureun important traité j, dont les eOëtss'é* tendirent sur un long espace de temps , et honorèrent beaucoup la sagesse de Henri YII, qui en avait pressé l'iadoption dix-sept années durant avec une si infatigable persévérance. Trente mille nobles-à-l'ange ^ durent être payés comme dot de la reine d'E-* cosse , et un douaire de deux mille livres sterling lui fut constitué en cas qu'elle survécût à Jacques. A l'occasion de ce mariage, l'Angleterre et l'Ecosse conclurent un traité de paix , le premier qui se fût signé depuis celui de Northampton en 1332. Les articles en furent équitables, et ne favorisent l'une des deux parties au détriment de Tautre , que dans la clause par laquelle l'Ecosse l^nonça pour.l'avenir à ses droits sur la ville de Berwick.

Par suite de ces importantes conventions , la jeune Marguerite fut menée en Ecosse avec toute la splendeur convenable. Jacques y avec une ardeur amoureuse qu'un témoin oculaire corn* pare à la fougue d'un faucon s'élançant sur sa proie, alla en toute JiALe recevoir la princesse à l'abbaye de Newbattle. Les noces se célébrèrent avec une rare magniGcence, et toutes les pompes de la chevalerie furent mises en réquisitioi\. Un grand nombre de tournois eurent lieu, et les chefs, soit des frontières, soit des iijghiands, en profitèrent pour sedéQerles uns les autres et avoir le idaisir de s'entrégorger. La mort de sujets si turbulents causa peu de regret au roi, et surtout aux hommes d'état, qui probablement regardèrent de telles luttes, plutôt d'un œil politique qu'avec une nnnanesque admiration.

De sages mesures d'intérêt national succédèrent à ces fêtes. La c(»nplète suppression de la dignité de lord des ties fut un incidrat remarquable, et, pour peu qu'on réfléchisse à l'arrogance et à l'insubordination de ces petits rois > fort avantageux pour l'état. John, le titulaire d'alors, qu'on avait dépouillé en 1476, du comté de Ross et de ses possessions continentales de Knapdale et de Gantire, s'était prêté i un tel afifaibiissement de sa puissance et avait promis d'amender sa conduite. En 1480, cet incorrigible seigneur renouvela ses secrètes négociations avec l'Angleterre. U avait été appelé à répondre de cette intrigue devant le parle^ ipent écossais ; mais les divisions du règne de Jacques III avaient empêché qu'on ne donnât suite à Taf&ire. Sous le règne vigou* reux de Jacques lY, déchéance fut prononcée contre ce prince insulaire , et la seigneurie des îles devint ainsi un apanage de la

i Nom d'une monnaie d'or de ce temps, a. m*

M% HISTOIRE D*ÉCÔSS£.

couronne. On avisa alors aux moyens d'étendre à ces régions Ichii* taines et bartmres, l'avantage d'une Impartiale distribution de Im justice; mais ce ne fut que semer dés germes de civilisation , qui eurent besoin Je trois siècles et demi » et d'une multitude de cir* constances pour parvenir à maturité. La ruine de cette grande famille, dont les chefs avaient autrefois eu le privilège de réunir tous les malfaiteurs sous leur étendard , et dont les domaines avaient naturellement servi de refuge aux proscrits et rebelles de tout genre, fut très proGtableaux deux royaumes, et, du moins, les désordres qui éclatèrent encore dans les hautes-terres et les tles ne furent plus ni universels, ni fréquents, ni dangereux.

D*autres statuts de cette époque montrent que les législateurs écossais , par leur sagesse , étaient supérieurs à leur temps , et désiraient aider de tout leur pouvoir au progrès du bien-être national. Une loi fort juste réforma l'abus qui consistait à énoncer dans les grâces et les pardons , un délit d'une nature moins grave que celui dont il s'agissait réellement; grâces et pardons qui d'ailleurs n'étaient que trop souvent accordés , pour être le prétexte d'une Dfiéme indulgence à l'égard de crimes beaucoup plus grands. Une seconde loi déclara que Tassassin convaincu de préméditation ne pourrait être gracié , et une troisième ordonna la punition des notaires inGdèles. Puis vint une suite de règlements dont l'ensemble avait pour but de perfectionner l'économie rurale, et dont l'un portait une amende plus forte qu'auparavant contre les destruc^ teurs de bois , « car , y est-il dit, les forêts d'Ecosse ont entièrement disparu. » Pour la même raison, il ftit enjoint à tout héritier de planter au moins un ac;*e , de former des parcs et des clos , de construire des colombiers, d'établir des viviers et des garennes, euGn de propager les arbres à fruits. Une loi surtout témoigne du penchant de ces sages législateurs à favoriser les arts de la paix ; c'est celle qui permet au roi, et , par un article additionnel, à tous les autres propriétaires terriers, de louer par bail à feux (*) telle portion de leurs terres qu'il leur plairait. Le vassal, dans cette espèce de contrat , était exempté de tout service militaire, mais tenu à payer une petite rente en argent ou en nature , au lieu d'autres pre tations. Les ecclésiastiques profitèrent de cet important privilège , qui non-seulement augmenta beaucoup la valeur de leurs domaines, mais favorisa ragrxulture dans tout le pays.

i ToUt %H fêUf c^est-i>dire louer k prix d^arf est. Feu Tient du mol saxon feol^, qui signifie argent. A. x.

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