LE PLEIN AIR
Cependant les artistes que Manet avait attirés vers lui par son esprit d'innovation s'étaient, à partir de 1874, pleinement développés. Ils avaient formé un groupe produisant d'après des données assez neuves pour qu'on eût senti le besoin de leur trouver un nom. On les avait alors appelés les Impressionnistes.
Les Impressionnistes, qui étaient surtout des paysagistes, se distinguaient par deux particularités. Ils peignaient en tons clairs et systématiquement en plein air, devant la nature. Ils avaient reçu de Manet l'exemple de la peinture en tons clairs et ils s'étaient mis à travailler en plein air, comme adoptant une pratique déjà connue, au moment où ils survenaient. On ne saurait dire, en effet, que l'idée de peindre devant la nature puisse être spécialement revendiquée par quelqu'un. Il est des procédés qui ont surgi, d'une façon en quelque sorte spontanée, et que l'on voit
ensuite s'être généralisés, sans que l'on puisse trop savoir comment. Mais s'il fallait absolument citer des noms, on pourrait faire honneur à Constable, en Angleterre, à Corot et à Courbet, en France, de la coutume de peindre directement en plein air. Je me rappelle personnellement avoir vu ces deux derniers, assis l'un près de l'autre dans un champ, et peignant chacun une même vue de la ville de Saintes, ma ville natale. Seulement ils se restreignaient, en plein air, à des tableaux de petite dimension, que l'on n'appelait pas même des tableaux mais des études, et leurs œuvres importantes s'exécutaient à l'atelier.
Les paysagistes du groupe impressionniste, allant plus loin que leurs devanciers, avaient généralisé le procédé de peindre en plein air, en en faisant une règle absolue. Avec eux il n'y eut plus de paysage produit dans l'atelier. Tout paysage, quelle que fût son importance, dut être mené à terme, directement devant la scène à représenter. Les Impressionnistes sont arrivés de la sorte à obtenir des effets nouveaux et inattendus. Placés, en tout temps, obstinément devant la nature, ils ont pu saisir, ])our les rendre, ces aspects fugitifs qui avaient échappé aux autres, retenus dans l'atelier. Ils ont observé ces différences, considérées par les autres comme négligeables, mais pour eux devenues essentielles, qui existent dans l'aspect d'une même campagne, par un temps gris ou le plein soleil, par la pluie ou le brouillard et aux diverses heures de la journée. Ils ont recherché les apparences chan-