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XXX. — PORTRAIT DE FAURE, EN HAMLET

Salon de 18

plus de faveur que ses tableaux. Elles étaient profondément dédaignées. Manet n'était, disait-on, qu'un artiste incomplet, dépourvu peut-être encore plus de science sur le terrain de la gravure que sur celui de la peinture. Mais sur les deux il avait, au contraire, étudié les maîtres et savait tout ce que l'on peut apprendre. Il aimait, à l'occasion, à disserter sur le mérite des aquafortistes ses devanciers. Ceux qu'il goûtait le mieux, vers lesquels il se sentait surtout porté, étaient Canal et Goya. Dans l'eau-forte comme dans la peinture, il était donc allé d'instinct vers Venise et l'Espagne.

Ce n'est pas que ses sujets espagnols du début, pas plus que ceux qui les ont suivis, aient été traités d'une manière qui rappelle les procédés soit de Canal, soit de Goya. Il était trop foncièrement original pour imiter les autres. Mais dans plusieurs de ses eaux-fortes, comme dans certains de ses tableaux, il a aimé, de propos délibéré, à faire apparaître la réminiscence des devanciers, ses préférés. C'est ainsi que sa Femme à la mantille a été exécutée ouvertement dans le genre de Goya. L'emprunt à un étranger était d'ailleurs, dans ce cas, de circonstance, car il s'agissait d'illustrer, sous une forme appropriée, un sonnet intitulé Fleur exotique, inséré dans la collection des Sonnets et Eauxfortes, publiée par Alphonse Lemerre, en 1869, à laquelle les principaux poètes et artistes du temps avaient collaboré. Dans quelques-unes de ses eauxfortes, ijarticulièrement dans le Philosophe, il a intro-

(luit des traits en zig-zag, rappelant la manière de Canal, qu'il trouvait spécialement souple et charmante.

M, Moreau-Nélaton a dressé le catalogue des eauxfortes et des lithographies de Manet (1). Il a mis en tête une étude, pleine de renseignements sur l'exécution et la publication des pièces détachées ou réunies en ensembles. Ce catalogue se recommande à toute personne désireuse de connaître l'œuvre gravé de Manet. Le nombre des eaux-fortes, en y comprenant les sujets rares, uniques et les variantes, est porté à soixantequinze par M. IMoreau-Nélaton.

Les lithographies sont beaucoup moins nombreuses, on n'en compte pas plus de douze : Lola de Valence et la Plainte Moresque, comme frontispices à des œuvres musicales, le Gamin au chien, le Rendezvous de chats, les deux Portraits de M"" Morisot, Course à Longchamp, le Ballon, YExécution de Maximilien, la Guerre civile, la Barricade, Polichinelle. A ranger à la suite des lithographies, des dessins reportés sur pierre et tirés comme lithographies : deux pièces, Au Café, et une pièce. Au Paradis (des spectateurs au théâtre).

Il a donné à une publication spéciale, l'Autographe, du 2 avril 1865, une page de croquis, où se voient le buveur d'eau, un danseur et une danseuse espagnols et la tête de Lola de Valence, et à la même publication.

(1) Etienne Moreau-Nélaton. Manet graveur et lithographe. Un volume. Chez Loys-Delteil. Paris, 1906.

en 1867, trois croquis, la tête du buveur d'absinthe, la malade et le torero mort.

La lithographie du Rendez-vous de chats, de grand format, a été faite, en 1868, pour être collée au milieu d'une affiche, annonçant le livre de Champfieury sur les chats. Manet, avant de l'exécuter, avait combiné son sujet sous la forme d'une gouache, avec l'idée d'arriver à frapper les passants. Il avait donc placé un chat noir à côté d'une chatte blanche. Tous les deux déroulent une longue queue dans l'espace. Ils s'ébattent sur les loits. Dans le fond, des tuyaux de cheminée correspondent au chat noir et la lune blanche et vermeille, à travers les nuages, forme une sorte de complément à la chatte blanche. Il s'était fort diverti à cette fantaisie. Il avait promis à Champfieury qu'elle attirerait les regards. Il ne l'avait pas trompé. A cette époque, l'affiche illustrée à personnages, qui s'est tant répandue depuis, demeurait presque inconnue; l'affichage d'un motif dessiné était une nouveauté. Les passants s'attroupèrent donc devant ces chats. Ils les regardaient étonnés. Beaucoup se fâchaient, persuadés que Manet avait voulu se moquer d'eux. On revoyait ainsi, dans la rue, devant son affiche, le soulèvement qu'on avait vu aux Salons devant ses tableaux. Cette lithographie, tirée à de nombreux exemplaires, s'est perdue sur les murailles; elle est devenue comme introuvable, au désespoir des collectionneurs. Une gravure sur bois, faite d'après le motif du Rendez-vous de chats, a été introduite dans le livre de Champfieury, les Chats.

Les portraits lithographies de M'" Morisot sous deux formes différentes, au trait et en plein, ont été exécutés d'après un tableau à l'huile.

La Guerre civile et la Barricade rappellent la bataille qui a eu lieu dans les rues de Paris, à la fin de mai 1871, entre les gardes nationaux fédérés et l'armée de Versailles. La Guerre civile donne en particulier l'image tragique d'un garde national mort, abandonné le long d'une barricade démantelée. La scène n'a point été composée. Manet l'avait réellement vue, à l'angle de la rue de l'Arcade et du boulevard Malesherbes. Il en avait pris un croquis sur place.

Le Polichinelle est d'abord apparu en aquarelle, puis dans le tableau à l'huile, exposé au Salon de 1874. Il a enfin été donné, sous la forme de lihographie en couleurs et même répété, à l'huile, sur un œuf d'autruche. Théodore de Banville fit, pour la lithographie, un distique placé au bas.

Féroce et rose, avec du feu dans sa prunelle, Effronté, saoul, divin, c'est lui Polichinelle.

Indépendamment des eaux-fortes et des lithographies à l'état de pièces séparées, Manet a produit des séries d'eaux-fortes, de lithographies et de dessins sur bois, pour illustrer divers ouvrages. Il a ainsi illustré d'eaux-fortes le Fleuve, poésie de Charles Gros, en 1874. Une libellule comme frontispice, un oiseau volant en cul-de-lampe et six légères compositions, qui représentent les divers aspects de la nature que voit le fleuve

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