LES DERNIÈRES ANNÉES
Manel après avoir quitté son atelier de la rue de St-Pétersbourg en avait pris un, en 1879, au numéro 77 de la rue d'Amsterdam, où il devait rester jusqu'à sa mort.
Il envoya au Salon, en 1880, Chez le Père Lalhuille, un plein air, et le Polirait de M. Antonin Proust, exécuté dans l'atelier. Le premier de ces tableaux avait été peint dans le jardin du Père Lathuille, un des restaurants les plus vieux et les plus connus de Paris, situé à l'entrée de l'avenue de Clichy. Avant que les limites de la ville de Paris n'eussent été portées aux fortifications, il avait été une de ces maisons, hors barrières, que les Parisiens fréquentaient le dimanche et où ils aimaient à célébrer noces et festins. Horace Vernet, en 1820, l'avait mis, comme fond à son tableau de bataille, le Maréchal Moncey à la barrière de Clichy en 181i. La lithographie en popularisant le tableau
avait en même temps recommandé le restaurant aux patriotes, alors épris d'Horace Vernet et de ses œuvres. Manet qui habitait dans le voisinage, rue de St-Petersbourg, allait y déjeuner ou dîner de temps en temps. Il avait eu l'idée d'utiliser le jardin, lieu tranquille, pour y peindre une scène de plein air : un tout jeune homme y ferait la cour à une femme. En bon observateur, il avait conçu la scène telle que la vie l'offre généralement, où les tout jeunes gens s'éprennent de femmes l^lus âgées qu'eux. Le tableau représente les amoureux assis à une table, où ils achèvent de déjeuner. Le jouvenceau montre la plénitude de sa passion et laisse deviner des demandes pressantes, tandis que la femme, une personne dans les trente ans, fait la mijaurée devant lui et se tient sur la réserve, pour le mieux captiver. On ne pouvait reprocher à Manet devant cette scène, comme on l'avait fajt devant d'autres, de peindre des gens dans des attitudes incompréhensibles, ne se livrant à aucune action déterminée. Les amoureux du Père Lathuille jouaient si bien leur rôle, qu'on les comprenait à première vue. Manet, qui peignait la vie en la serrant toujours de près, pouvait trouver des motifs diversifiés à l'infini, parce que la vie est ainsi diversifiée. Aux scènes où les personnages, simplement juxtaposés, étaient tenus inactifs, telles que les yeux en rencontrent partout, il savait en faire succéder d'autres, où ils s'appliquent à des actions caractéristiques. Il avait du reste, dans le cas actuel, obtenu son effet par des moyens décisifs, quoique très simples. Le