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Nous allons nous occuper d'abord de l'histoire d'Amem qui. dans deux textes sculptés sur les côtés intérieurs de la porte d'entrée . nous raconte les grands événements de sa vie passée. L'inscription du côté du sud débute ainsi :
«Lan 43, sous la Majesté du roi Usurtasen Ier, qu'il vive longtemps, jusqu'à l'éternité ; lequel correspond avec l'an 25 dans le nome de Sa h, le erpâ-kâ Amen étant gouverneur.
«L'an 43 le 14e jour du mois de Paophi.
« On s'adresse à ceux qui aiment la vie et qui détestent la mort pour qu'ils récitent la prière funéraire [relative aux offrandes en faveur du erpâ-hâ gouverneur en chef du nome de Sâh suivent encore quelques titres; Amen, le défunt.
«J'ai suivi -dit -il mon maître lorsqu'il fit l'expédition pour battre les ennemis dans le pays des Atu. J'ai pris part à l'expédition comme fils d'un erpâ-hâ, l'illustre, commandant de troupes et grand personnage du nome de Sâ7? . en remplaçant (?) la personne de mon père qui était âgé après avoir en des récompenses de la part du palais, car il était aimé de la maison du pharaon. J'arrivai dans le pays de Kah l'Ethiopie) en montant le fleuve. Je pris le chemin par terre. Je conduisis le butin à mon maître. Les éloges qu'on me fit. atteignaient le ciel. Lorsque Sa Majesté retourna paisiblement, ayant battu ses ennemis dans le pays de Kus . le misérable , j'arrivai pour l'escorter occupant la tête. Personne ne manquait parmi mes guerriers. Je partis encore pour conduire les produits merveilleux d'or à la Majesté du roi Usurtasen Ier. qu'il vive longtemps, jusqu'à l'éternité. Je partis avec un nombre de 400 personnes, l'élite de mes guerriers. Je retournai heureusement sans que personne manquât. Je conduisis les pièces d'or. C'était pour moi le commencement des récompenses de la part des rois. »
La suite de cette histoire se lit sur le côté nord de la porte. La voici : « J'ai rendu le divin hommage à mon père mort ?) . Voilà que je montai encore le fleuve pour ramener les produits merveilleux à la ville de Coptos avec le prince héritier , le gouverneur Usurtasen , qu'il vive ! qu'il soit sain et fort ! Je montai le fleuve
avec 400 hommes . l'élite des guerriers du nome de Sâh. J'arrivai heureusement. Mes guerriers peuvent certifier tout ce que j'ai dit. Moi, j'étais plein de bonté et d'un caractère doux, un gouverneur qui aimait sa ville. Pendant des années j'ai exercé mon pouvoir comme gouverneur dans le nome de Sâh. Tous les travaux pour le palais du roi étaient mis entre mes mains. Voilà que les chefs des .... des temples des divinités du nome de Sâh avaient donné des milliers de taureaux avec leur veaux. Je fus récompensé pour cela de la part du palais royal , à cause de la livraison annuelle en vaches à lait ; j'ai fourni tous leurs travaux à la maison du roi, et je ne retenais rien pour moi de tous ses magasins. Le nome de >SY7// tout entier travaillait pour moi en activité multiple. Mais je n'ai jamais affligé l'enfant du pauvre , je n'ai pas maltraité la veuve, je n'ai pas troublé le pêcheur, je n'ai pas chassé le pasteur. Il n'existait pas de fermier auquel j'ai pris ses hommes à mes travaux. Il n'y avait pas de misérable à mon époque, et l'affamé n'existait pas de mon temps , même quand il y avait des années de famine. Car voilà que j'avais labouré tous les champs du district de Sâh jusqu'à ses frontières au sud et au nord, faisant vivre ses habitants et produisant en lui des nourritures. Il n'y avait pas d'affamés en lui. J'ai donné également à la veuve comme à la femme mariée. Je irai pas préféré le grand personnage au petit dans tout ce que j'ai donné. Les inondations du Nil ayant été grandes . celui qui avait semé . était maître de la récolte. Je n'ai rien retenu sur les revenus du champ. »
La dernière partie de cette curieuse inscription n'a pas manqué d'attirer l'attention de plusieurs auteurs qui voulaient y reconnaître un pendant de l'histoire de Joseph en Egypte et des sept années de famine sous son gouvernement. Qu'on se garde cependant de croire que le roi Usurtasen Ier , sous le règne duquel une famine avait régné en Egypte , soit le pharaon de Joseph. Il y a deux raisons qui s'opposent à cette supposition , d'abord la chronologie qui demande un tout autre règne pour l'histoire du patriarche, et puis le fait qu'il existe d'autres textes datant de rois tout à fait
différents, qui font mention de famines et qui rapportent les mêmes mesures pour les prévenir.
Quant à l'histoire de ce pharaon . le texte que nous venons de traduire, parle d une expédition militaire dirigée contre les habitants de l'Ethiopie. Le même fait est relaté sur une stèle à Ouadi- Halfa qui à présent est exposée dans la Galerie du Musée de Xaples. On y voit le roi présentant ses hommages au dieu Horus qui lui amène les représentants de huit peuples vaincus de cette région. Voici leur liste: les Semit, les Ses. les Hesaa, les Chaut . les Kas , les Arqin et encore deux autres dont les noms ne sont plus lisibles. Ce sont des Nègres habitant les contrées du Guism- Halfa . qui furent soumis par le roi Usurtasen Ier et qui , à partir du règne de ce pharaon, ne cessent pas d'être dominés par le sceptre égyptien.
Plusieurs inscriptions gravées sur les rochers des carrières de la presqu'île du Sinaï nous donnent la preuve que ce roi est du nombre de ceux qui firent exploiter les riches mines, et qui soutenaient le pouvoir du vainqueur parmi les habitants de cette région. Les textes en question nous témoignent . en outre . que la colonie égyptienne établie dans ces montagnes vénérait d'un culte spécial surtout deux divinités . la déesse Hathor « la maîtresse du pays des turquoises» et le dieu Soptu «le maître de l'Est.» Il faut y compter encore le roi Senoferu (de la troisième dynastie; , le même qui pour la première fois avait ouvert la presqu'île. Il était adoré par les Egyptiens de la douzième dynastie en qualité de divinité locale. Ce dernier fait résulte d'un texte de Ouacli-Magharah qui est daté de l'an 42 du règne & Usurtasen Ier. C'est ce même pharaon qui doit être compté au nombre des premiers fondateurs du temple d'Amon à Thèbes. Le fragment d'une statue colossale de ce pharaon assis sur son trône, qui est conservé aujourd'hui au Musée de Berlin, provient des vastes ruines de Tanis. Il prouve que le roi Usurtasen Ier avait exécuté des travaux en l'honneur des divinités du temple de cette ville.
Nous ne terminerons pas ce chapitre qui concerne le roi Usurtasen Ier sans suivre l'appel d'un de ses contemporains à l'attention
de la postérité, c'est-à-dire de ce grand seigneur Mentuholep qui. sur une immense stèle conservée dans les magasins de Boulaq (N° 5, stèle 78), a laissé une page brillante de sa propre histoire. Il se vante d'avoir été « un homme de droit, un législateur, un chef de tous les travaux du roi et l'architecte en chef du pharaon , qui a su régler les affaires et qui a tranquillisé les deux mondes. » Il est fier «d'avoir fait prospérer le culte des divinités et d'avoir instruit les habitants du pays selon son savoir, comme Dieu ordonne de le faire ; » et ensuite « d'avoir protégé le pauvre et défendu l'impuissant.)) — «La paix était dans les paroles qui sortaient de sa bouche, et le livre de Thot était sur sa langue. » — «Le roi l'aimait autant que ses collègues et les grands du royaume. » — «Il savait tout ce qu'il y avait dans les intestins et il appréciait l'homme selon sa valeur. » — « Il avait battu les ennemis du roi , vaincu les Asiatiques , calmé ceux qui sont sur les sables les Bédouins) et apaisé les Nègres pour leurs affaires. Il était le très-puissant dans les plaines et le chef des vallées des terres étrangères. Il donnait ses ordres à la haute Egypte et imposa la quote de l'impôt à la basse Égypte. » En un mot Mentuholep qui par-dessus le marché était investi de fonctions religieuses et chargé du trésor du pharaon, était Yalter ego de Sa Majesté, il n'avait pas son pareil. «Quand il arrivait, les grands personnages s'inclinaient devant lui en dehors de la porte du palais royal. » Son discours qui embrasse vingt-deux lignes des plus beaux hiéroglyphes, se termine par une remarque relative à des constructions. Ces dernières , probablement un sanctuaire attenant au temple iïOsiris à Abydos et un puits, furent exécutées par Me.ntuhotep sur les ordres de son maître, le pharaon lïsurtasen Ier.
Nous voilà donc en présence d'un de ces grands chefs de l'empire égyptien qui réunissaient en eux seuls les plus différentes connaissances et dignités, et auxquels nous n'avons rien à comparer dans nos temps modernes. Mentuhotep remplissait à la fois les fonctions de ministre de la justice, de l'intérieur, des travaux publics, du culte, et peut-être aussi celles de ministre des affaires étrangères et de la guerre. Mais à cette époque l'horizon de l'admi-
nistration de l'état était restreint . des études de métier ne préparaient pas encore la carrière à suivre . l'homme énergique et laborieux valait alors rhomme d'études de nos jours qui doit passer ses examens pour arriver à la hauteur de sa vocation.