AMENEMHÂT IL
Ce roi dont le nom officiel est Nub-kau-ra ,
n'a laissé que très-peu de souvenirs qui nous rappellent les événements politiques passés en Egypte sous son règne. Cependant il est prouvé par les inscriptions que les Egyptiens étaient en guerre avec les habitants de l'Éthiopie dans le but d'étendre et de fortifier l'empire pharaonique dans cette contrée.
[4. USURTASEN II.} Les monuments qui sont décorés des noms du roi suivant :
Usurtasen II, qui officiellement s'appelle Q yJl~"Ael)e'~
râ, nont aucune importance historique à peu d'exception près. A peine servent-ils à prouver que la puissance de l'empire égyptien se trouvait encore à sa hauteur. Une inscription sculptée sur un des rochers de la ville cVAssouan mérite d'être mentionnée. Elle commence par une date du règne simultané des rois Amenemhât II et Usurtasen II, en citant, après, le nom d'un haut fonctionnaire desdits pharaons qui fut chargé de rendre compte des stations militaires du pays Ouaoua-t. Nous savons déjà que ce pays situé au sud de l'Égypte, embrassait une grande partie de l'Éthiopie.
Les premiers rois de cette dynastie dont nous avons parlé jusqu'ici et auxquels il faut ajouter encore leur successeur Usurtasen III, se rencontrent dans la longue inscription qui orne les soubassements de la chapelle funéraire de ynum-liotep à Béni-Hassan . Afin de donner au lecteur une idée de la vie politique des grands seigneurs de cette époque , nous allons en reproduire la traduction littérale en supprimant , dans notre version , les longs titres des rois. «Le parent royal, celui qui aime son dieu, le gouverneur dea
pays de l'Est"*} yjnumhotep fils de Nehira, le défunt, né de la fille d'un chef, la dame Beqet. la défunte, il a fait ceci en son souvenir. Il commença par être le bienfaiteur de sa ville , de faire prospérer son nom éternellement et de l'illustrer à toujours dans sa chapelle funéraire. Il lit prospérer le nom de ses employés qui faisaient du bien selon leur rang. C'étaient de braves gens qui se trouvaient dans ses maisons. Celui qui se distingua parmi ses
paysans , chaque rang lui fut offert , comme c'est de
coutume. »
« Sa bouche parle ainsi : la Majesté du roi Amenemhât II me nomma prince gouverneur des pays de l'Est et prêtre (VHorus et de Payt1 la déesse lionne, à cause du droit de succession du père de ma mère, dans la ville Menîd-yufu. (Le roi) il m'avait établi (pour fixer les frontières) la borne vers le midi , et il avait dressé (une autre) vers le nord, selon la direction du ciel. Il avait distribué le grand fleuve sur son territoire . ainsi comme cela a été fait au père de ma mère auparavant. »
«Un ordre émana de la bouche de la Majesté du roi Amenemhât Ier qui lui conféra (au père de ma mère) le titre de prince chef des pays de l'Est dans la ville de Menât-yufu. Il lui avait établi une stèle vers le midi et dressé (une autre) vers le nord , selon la direction du ciel. Il avait distribué le grand fleuve sur son terrain. Sa frontière Est commençait par le nome de ... . Hor et s'étendait jusqu'au pays de l'Est. (Cela se passa) lorsque arriva Sa Majesté. Il avait battu l'adversaire, se manifestant comme le dieu Tum lui-même. Il restaura ce qu'il avait trouvé détruit. Il prit possession d'une ville après (l'autre) ville. Il fit connaître une ville et sa frontière jusqu'à (l'autre) ville , (il fit; dresser leurs bornes selon la direction du ciel, (il fit) connaître leur arrosement d'après les registres et T) estimer d'après leur valeur (de production) conformément à la grandeur de son amour pour de la justice. Voilà qu'il lui conféra le titre de prince gouverneur en chef du nome de Sa h. Il fit établir les bornes, le midi de sa frontière étant vers le nome
Cette fonction répond à l'Arabi arches de l'époque gréco-romaine.
Hermopolite et son nord vers le nome Cynopolite. Il avait distribué le grand fleuve sur son territoire. Son arrosement, ses champs, ses arbres et les sables s'étendaient jusqu'au pays de l'Ouest. Et il donna à son fils aîné Nè%t, le très-digne, le défunt, le maître de l'hommage , le titre de haq , son droit de succession étant dans la ville de Mcnâf-yufu , comme signe de grande faveur royale. »
«Un décret émana de la bouche de la Majesté du roi Usurtasen Ier que le premier noble de ceux qui allaient être nés, serait un lui (chef) . Ma mère procéda dans la dignité d'une princesse comme fille d'un vénérable haq (gouverneur) de la ville de Sehotep-ab-râ (Amenemhat Ier) du nome de Sah pour devenir la femme d'un gouverneur de villes. Fut enchanté le coeur du roi de la haute Egypte et joyeux le roi de la basse Égypte,*) de manière qu'il l'unit au préfet d'une ville : Nehîra, le défunt, le maître de l'hommage. »
«Le roi Amenemhât II me conféra à moi comme fils d'un M le droit de succession de la dignité de haq du père de ma mère, selon la grandeur de son amour pour la justice. Lui c'est le dieu Tum lui-même. »
«Le roi Amenemhat II, l'an 19 (de son règne) , me nomma ha dans la ville de Mencd-yufu. Voilà que j'ai été un bienfaiteur, en établissant l'opulence de substances en toutes sortes de choses. J'ai fait prospérer le nom de mon père , j'ai construit des maisons de culte pour ceux auxquels elles appartiennent , j'ai conduit mes statues vers le temple, je leur ai organisé le service de leur sacrifice, j'ai institué un prêtre auquel j'ai fait des donations en terrains et en paysans. J'ai ordonné des offrandes funéraires à toutes les fêtes de la nécropole : à la fête du nouvel an , à la fête de l'ouverture de l'an, à la fête de la grande année, à la fête de la petite année, à la fête de la fin de l'an, à la fête de la grande panégyrie, à la fête de la grande chaleur , à la fête de la petite chaleur . à la
*) Nous ne sommes pas sûr d'avoir bien saisi le sens de cette phrase qui en égyptien offre plusieurs difficultés à l'interprétation. Cependant l'intelligence générale du texte ne souffre pas de cet inconvénient.
fête des cinq jours supplémentaires de l'an, à la fête de Seiâi, à la fête des sables, aux douze fêtes du second jour du mois et aux douze fêtes du quinze du mois , à toutes les fêtes sur la plaine et à la belle fête sur la montagne. S'il arrive que le prêtre ou toute autre personne cesse de les faire , alors qu'il n'existe pas et que son fils n'existe pas sur son siège. »
Nous terminons ici la traduction de la première partie du longtexte qui couvre les parois de la chapelle funéraire de Béni-Hassan. L'auteur égyptien qui a composé ce texte, nous représente l'histoire d'une des plus nobles familles du pays qui ont vécu sous les premiers pharaons de la douzième dynastie. Nous y reconnaissons les temps heureux d'un sage et paisible gouvernement, animé de zèle pour le bien des vivants , pour le service des dieux et pour le souvenir des morts. Dans les mêmes endroits où de nos jours de pauvres villages avec une misérable population se présentent aux yeux des voyageurs , il y avait jadis des villes florissantes habitées par un peuple laborieux, et des campagnes cultivées et arrosées par nombre de canaux. On y rencontrait des temples splendides fréquentés par la foule religieuse, et on admirait les magnifiques chapelles funéraires taillées dans le roc de la montagne en l'honneur des défunts dont les momies soigneusement embaumées et richement décorées , reposaient dans des puits bien fermés et profondément percés dans le rocher. Et de toute cette grandeur il n'y a que quelques restes qui se soient sauvés de la destruction générale, grâce à la solidité de ces ouvrages d'une antiquité prodigieuse que ni la main de l'homme , ni la dent du temps n'a eu la force de renverser. Encore dans leurs ruines ces souvenirs nous rappellent l'état d'une civilisation aussi élevée que notre siècle des grandes découvertes et des idées avancées reste stupéfait en face de ces géants des temps passés.
En examinant attentivement les paroles que ynum-hotcp est censé adresser aux visiteurs de sa tombe , il en résulte des observations très-intéressantes pour se former de justes idées sur l'organisation de l'administration publique et notamment sur les droits qui réglaient la succession héréditaire, ainsi que les titres aux
rang de gouverneur et de chef des différents nomes et villes du pays. La noblesse possédait ces droits ou par naissance ou par alliance avec des filles héréditaires. C'est le pharaon régnant qui les sanctionnait par des décrets. La dignité des haq, des gouverneurs , est surtout d'une haute importance pour bien comprendre les événements qui, dans l'histoire d'Égypte, ont si souvent bouleversé les dynasties et changé la marche régulière des affaires publiques. Nous aurons plus tard l'occasion de revenir à cette question qui nous servira à expliquer plusieurs faits d'une grande portée dans le développement de l'état politique de l'Egypte.
Une autre observation que le texte de Béni- Hassan nous oblige de faire, se rapporte à l'intérêt que les pharaons prenaient personnellement à la fixation des limites qui séparaient les nomes et les villes , et à la distribution de la masse d'eau qui , à l'époque de l'inondation, arrosait les campagnes. Ces soins-là ont eu leurs bonnes raisons. D'un côté on arrivait à empêcher les disputes quelquefois inévitables sur la propriété, et de l'autre côté «les registres » mentionnés dans notre texte avaient la valeur de cadastres pour les impôts à percevoir.
Une troisième observation que nous ne voudrions pas passer sous silence , regarde plutôt la science que l'organisation de l'administration. Nous voulons parler des notions calendriques qui se rattachent aux fêtes religieuses citées longuement vers la fin de l'inscription. Nous verrons que , déjà à cette époque reculée de l'histoire du monde, les savants aux bords du Nil étaient bien avancés dans leurs études calendriques , et surtout que la forme de l'année était différemment fixée sous l'influence de vues astronomiques.
Pour mieux juger cette question intéressante , il faut que nous présentions encore la traduction d'un texte également calendrique qui est sculpté au-dessus de la porte d'entrée de la chapelle funéraire. On y énumère la série suivante de fêtes funéraires que nous avons rangées d'après des vues dont le lecteur reconnaîtra sans difficulté le principe. Les dates que nous avons apposées à quelques-unes d'entre elles, sont données sur les traditions monumentales en matière calendrique.
DKCCMOB, Histoire d'Egypte. I. 7
A. Fêtes de Van :
1 ) fête du nouvel an.
2) fête de la grande année,
3) fête de la petite année.
B . Fêtes de mois :
1) fête de la grande chaleur (au commencement du mois de Mec/tir .
2] fête de la petite chaleur (au commencement du mois de Phamenoth) .