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ORIGINE DES ANCIENS ÉGYPTIENS LEURS VOISINS

Malgré les grands faits historiques et les bouleversements qui pendant un si long espaee de temps de soixante siècles ont dû nécessairement altérer la face politique de l'Egypte, l'ancienne race des Égyptiens n'a pas trop changé, et conserve encore aujourd'hui ces traits frappants de physionomie, de mœurs et de coutumes que les monuments et les récits des auteurs classiques désignent comme particuliers à ce peuple.

L étude de l'histoire d'une nation ne peut pas être séparée d'une grave et importante question, celle de savoir d'où elle a tiré son origine, où il faut chercher le berceau de son enfance historique . Pour répondre à cette question l'historien ne suffit plus. C'est d'un côté la science de l'anthropologie et de l'autre la linguistique qui par des études comparatives peuvent déterminer d'une manière approximative l'origine des peuples.

Sans vouloir entrer dans les détails des recherches auxquelles l'anthropologie a soumis la question si intéressante sur l'origine de la race égyptienne de l'antiquité, nous pouvons assurer, sans nous exposer à l'erreur, que cette science a prouvé un fait incontestable, c'est que les ancêtres des Egyptiens n'appartiennent pas à une de ces races qui habitent l'Afrique proprement dite. La formation des crânes et les proportions des diverses parties du corps étudiées sur un grand nombre de momies démontrent que les anciens Égyp-

tiens ont dû appartenir à la grande race caucasienne. Avec d'autres nations ils en forment, à ce qu'il paraît, une troisième branche (couschite) , différente par certaines particularités des branches dites pélasgique et sémitique. Mais quoiqu'il en soit, il est certain que le berceau de la nation égyptienne doit être cherché dans le centre de l'Asie. A des époques de beaucoup antérieures à tout souvenir historique, et poussés par des causes à nous inconnues . les Égyptiens ont quitté leur sol primitif, en se dirigeant vers l'ouest pour franchir l'isthme de Suez et pour chercher une nouvelle patrie sur les heureux bords du Nil. Les recherches linguistiques sont toutà-fait d'accord avec ce résultat des études comparatives de l'anthropologiste. La langue des Égyptiens qui s'est conservée non-seulement sur les monuments des Pharaons, mais aussi dans les livres religieux des chrétiens coptes , n'offre aucune analogie avec les langues des peuples de l'Afrique. C'est au contraire que les racines de ses mots et les éléments qui constituent sa grammaire présentent des affinités si frappantes avec les langues indo-germaniques et sémitiques . qu'il est impossible de nier les rapports intimes qui doivent avoir existé entre les Égyptiens et les peuples des races indogermanique et sémitique.

Il est remarquable, et nous ne pouvons passer ce fait sous silence , que certaines traditions grecques veulent chercher en Ethiopie le berceau du peuple égyptien. Suivant une opinion généralement répandue chez les anciens, et soutenue encore par plusieurs historiens modernes, la civilisation égyptienne ne serait due qu'à une colonie de prêtres de la ville deMeroë en Ethiopie. Après avoir descendu le Nil ils se seraient arrêtés et établis en Thébaïde en Egypte en formant le premier Etat avec un gouvernement théocratique. Quoique cette opinion, basée sur une tradition des anciens, ait été répétée dans les ouvrages historiques des époques suivantes, elle est fausse et dénuée de tout fondement. Ce n'est pas à des prêtres éthiopiens que l'empire égyptien doit la forme de son gouvernement et sa haute civilisation, mais ce sont au contraire les Égyptiens qui les premiers remontèrent le Nil pour fonder en Éthiopie des villes, des forteresses et des temples, et qui propagé-

rent la civilisation égyptienne au beau milieu des tribus de Nègres sauvages. Celui qui parmi les historiens grecs avait raconté que l'Egypte n'était qu'une colonie éthiopienne, avait très - mal compris l'histoire d'Égypte d'une certaine époque dans laquelle un rôle important avait été réservé aux Éthiopiens.

Si l'Egypte, disons-nous, devait son existence politique et sa civilisation à l'Ethiopie, rien de plus probable que de rencontrer dans ce pays des monuments de la plus haute antiquité, et au fur et à mesure qu'on descendrait le Nil de trouver des monuments de dates relativement modernes. Mais, chose étrange, l'étude monumentale nous fournit les preuves incontestables que la série historique des sanctuaires, des tombeaux et des villes égyptiennes construits sur les deux rives du Nil. se suit dans un ordre chronologique. de manière que les monuments les plus antiques , les pyramides, se trouvent au nord, au sommet du Delta et de la basse Égypte. Plus on s'approche des cataractes de l'Éthiopie, plus les monuments perdent le cachet de l'antiquité, plus ils révèlent les traces de la décadence de l'art, du goût et de la beauté. Enfin l'art éthiopien lui-même, tel qu'il se présente dans ses restes existant encore aujourd'hui, manque tout-à-fait d'originalité. On reconnaît à la première vue qu'il représente la dégénération du style égyptien mal étudié et assez mal exécuté. L'imitation grossière des connaissances égyptiennes en tout ce qui regarde les sciences et les arts, telle est la hauteur de la civilisation éthiopienne.

D'après le récit des auteurs classiques qui avaient eu l'occasion de visiter l'Égypte antique et de s'entretenir avec ses habitants, les Égyptiens eux-mêmes se croyaient autochtones de leur pays. La fertile vallée du Nil formait, selon leur opinion , le coeur ou le centre du monde entier. A l'ouest il y avait des peuples qui portaient le nom commun de Ttibou ou Libon, , les ancêtres des Libyens, mentionnés si souvent dans les livres historiques et géographiques de l'antiquité. Ils habitaient le nord de l'Afrique et touchaient du côté de l'est, aux environs de la branche canopique du Nil, celle de Rosette de nos jours. D'après les monuments ils ippartiennent à la race blanche, aux yeux bleus et aux

cheveux blonds, qui, suivant les recherches si intéressantes du général Faidherhe. sont venus du nord de l'Europe en envahissant la Libye par les trois presqu'îles de l'Europe dans la Méditerranée.

Il est très-remarquable que des individus appartenant à ce curieux peuple paraissent déjà sur des monuments de la quatrième dynastie de l'empire égyptien, mais alors sous un aspect différent marqué surtout par la couleur brunâtre et parfois grisâtre de leur peau. Ils arrivaient en Egypte pour y exercer le métier de gymnastes et de voltigeurs également comme encore de nos jours des bandes de Moghrabins visitent l'Égypte pour amuser le public avec leurs jeux d'adresse.

La grande masse des peuplades dont la patrie doit être cherchée dans les vastes régions du Nil supérieur à partir de la frontière égyptienne près de la première cataracte , était désignée sur les monuments par le nom générique de Nahasou. Dans les peintures on les représentait avec la peau de couleur noire ou brune , leur costume étant d'une simplicité toute primitive. C'est la race que nous nommons aujourd'hui les Nègres. A la plus haute antiquité leurs tribus s'étendaient jusqu'à la frontière de l'Egypte: à une certaine époque de l'histoire d'Egypte , comme nous allons le voir plus tard, les Nègres appelés dans les textes Kar ou Kal, peut-être les ancêtres des Galla de nos jours, habitaient la contrée la plus méridionale du Soudan pharaonique. Toutes ces peuplades de couleur foncée inquiétaient assez souvent les sujets égyptiens domiciliés dans les parties méridionales, et les rois étaient obligés de les repousser en soutenant des guerres continuelles.

A l'est de l'Égypte, du côté de l'isthme de Suez, il y avait un amas de peuplades que les Egyptiens désignaient par le nom générique des Amou. Soit qu'on veuille expliquer ce nom par un mot tout-à-fait semblable des langues sémitiques qui désigne «peuple,» soit qu'on ait recours au mot copte ame, (au pluriel améou) avec le sens de «bouvier,)) toujours est-il que les Egyptiens du temps pharaonique usaient de ce mot avec un certain dédain. C'étaient les païens, les kafir ou infidèles de l'époque. Dans les tableaux peints des monuments leur peau est d'une couleur

jaune. Leur costume y offre tantôt une grande simplicité , tantôt il est caractérisé d'une certaine richesse, surtout pour le choix des desseins et des couleurs.

Depuis longtemps la science a reconnu dans cesAmou les types de la race sémitique , quoique d'après notre opinion il soit certain que le nom générique des Amou embrasse plusieurs peuples qui n'ont aucune relation ni parenté avec le caractère sémitique. Les peuples nommés en égyptien Kheta (yeta , %ata), Khar ou Khal [yar , %al) et llouten ou Loutcn et habitant les contrées septentrionales de la Palestine entre la Méditerranée et la Mésopotamie, apparaissent comme les représentants les plus nobles et les plus civilisés de cette race. Nous devons noter encore comme un fait incontestable que des Amou, même aux époques les plus glorieuses de l'histoire dÉgypte occupaient la contrée du Delta dans les environs du lac Menzaleh de nos jours. Un grand nombre de villes, de canaux et de lacs situés sur ce terrain, portaient des noms purement sémitiques comme nous allons le prouver plus tard. Le centre de cette colonie d'Ammi avait le nom deZân. C'est la ville de Zoan de la Bible, Tards des auteurs classiques, la même à laquelle Bamscs II, qui y fit élever de splendides édifices de plusieurs sanctuaires, donna le nom égyptien de la ville de Ramsès si célèbre par sa mention dans l'histoire de la sortie des Juifs.

La plus grande partie de l'histoire d'Egypte, dont nous lisons les hauts faits sur les monuments , s'occupe d'expéditions militaires et de guerres que les Égyptiens, à toutes les époques de leur existence politique, soutinrent contre leurs voisins. Nous verrons dans la suite de notre histoire comment les Pharaons cherchaient à ouvrir des grandes routes dans toutes les directions du monde antique, et comme le principe de leur gloire et de leur puissance est basé sur l'idée d'étendre les frontières de l'Égypte jusqu'aux extrémités de la terre. Aux époques les plus brillantes de leur histoire, des pierres sculptées furent dressées dans la grande plaine de la Mésopotamie, de même que dans les parties les plus inaccessibles de l'intérieur de l'Afrique. C'étaient les monuments qui servaient à rappeler la gloire pharaonique à la postérité.

Il nous reste un mot à dire sur le nom que les Égyptiens avaient choisi pour se désigner eux-mêmes. Nous avions d'abord émis l'opinion que c'était le mot Rout ou Lotit, mais les recherches savantes qu'on a entreprises au sujet de cette appellation, ont donné des preuves contre la probabilité de cette dénomination qui ne comporte que le sens général d'homme. Les Égyptiens s'appelaient eux-mêmes «les hommes de l'Égypte.» Dans un papyrus conservé dans la collection du Musée égyptien à Boulaq que M. Mariette - Bey vient de livrer à la publicité, on trouve un passage infiniment intéressant pour cette expression. L'auteur de l'écrit en question, contenant un traité de morale, se rapporte à la docilité des Nahasou ou Nègres qui, dit-il, apprennent « les langues des hommes de V Egypte , des Khar Phéniciens) et de tous les peuples.» Il en résulte nécessairement que le nom des hommes de V Egypte, servait à désigner les Égyptiens et (pie cette expression devait être de coutume.

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