LA TREIZIÈME DYNASTIE
L'époque dont nous allons nous occuper dans ce chapitre renferme la partie la plus difficile des recherches historiques sur l'Égypte. La table d'Abydos passe entièrement de l'époque de la douzième dynastie à la dix-huitième sans faire connaître les rois, ou un choix des rois, qui ont rempli cette énorme lacune. Les traditions des anciens qui, sans exception, se basent sur les données que l'ouvrage de Manéthon contenait à l'égard de cette partie de l'histoire d'Egypte , ne présentent que des erreurs évidentes et des confusions de toute espèce. Le fameux canon de Turin serait la seule source monumentale qui pourrait nous servir de guide dans ce labyrinthe, si par malheur les fragments du manuscrit qui énuméraient les rois successeurs des pharaons de la 12e dynastie, n étaient pas remplis de lacunes d'une extension trop regrettable. Sous ces circonstances la critique a fait tous les efforts imaginables pour arriver à résoudre les difficultés et pour apporter la lumière dans ces ténèbres. Tout ce que nous savons aujourd'hui, grâce aux recherches minutieuses des moindres traces monumentales de cette époque , se restreint à la conviction que longtemps encore après la fin de la 12e dynastie, des rois indigènes exerçaient le pouvoir pharaonique sur les deux parties de l'empire égyptien jusqu'à ce qu'un peuple de race étrangère venant du côté de l'orient, franchît la frontière du Delta pour s'emparer des régions de la basse Egypte et finalement pour étendre sa domination sur les nomes de la haute Egypte.
Avant de donner la description de cette invasion , d'après le récit de Manéthon , il nous paraît utile d'examiner en peu de mots la suite des dynasties et le nombre des rois qui se distribuent sur l'époque écoulée depuis la fin de la douzième dynastie jusqu'au commencement de la dix-huitième.
Les extraits de l'ouvrage de Manéthon , ainsi que nous l'avons observé plus haut, différent notablement entre eux et ce n'est qu'en suivant la critique la plus probable que nous présentons au lecteur le tableau ci-après des cinq dynasties en question
13e dynastie de Diospolis, 60 rois, 453 ans. 14e dynastie de Xoïs , 76 rois, 484 ans. 15e dynastie des Hycsos , 6 rois, 260 ans. 16e dynastie des Hycsos , x rois, 251 ans. 17e dynastie de Diospolis, x rois ? ans. Sans nous arrêter à l'examen des chiffres qui se prêtent aisément à tous les systèmes chronologiques qu'on voudrait établir pour reconstruire le canon de Manéthon, la science ne se trompera pas trop en adoptant deux séries de dynasties collatérales dont voici le tableau :
Dynasties légitimes Dynasties de Diospolis. illégitimes.
13e dynastie, 60 rois, 453 ans 14e dynastie de Xoïs, 76 rois,
484 ans
1 5e dynastie des Hycsos, 6 rois, 260 ans
17e dynastie. . . [ ? ans] 16e dynastie des Hycsos, xrois,
251 ans.
En consultant les fragments du canon royal de Turin on peut se convaincre que les cinq dernières colonnes étaient consacrées au souvenir des rois qui appartenaient indubitablement aux dynasties précédentes. On peut évaluer leur nombre total, dans ce manuscrit, à 150 (5 X 30), mais il est évident que le calcul généalogique ne pourra pas être appliqué pour fixer approximativement la durée de leur règne. Les chiffres qui, dans le canon, se sont conservés et qui servaient à indiquer les années de règne pour
Brugsch, Histoire d'Égypte. L 8
chacun des rois dont nous venons de parler , surpasse rarement le nombre de trois ou de quatre. Il est donc presque sûr que l'histoire d'Egypte, à cette époque , a dû se composer de temps de révoltes et de malheurs intérieurs qui seulement peuvent expliquer cette observation extraordinaire que nous venons de signaler.
Comme nous l'avons remarqué plus haut , il est incontestable que les rois qui suivirent immédiatement la 1 2e dynastie , étaient encore en pleine possession de la haute et de la basse Égypte. On avait eu longtemps l'opinion que la 13R dynastie marquait l'époque à laquelle les étrangers firent leur invasion, de sorte que la basse Egypte , ou du moins la partie orientale du bas pays , se trouvait sous la domination des rois Hycsos. Cependant les recherches historiques prouvent au contraire que plusieurs pharaons de la 13e dynastie s'occupaient à ériger des monuments sur le sol du Delta , ce qui suppose très-naturellement des temps paisibles et une contrée exempte de guerres et d'invasions. Parmi ces monuments il y en a qui ont été dressés au centre de la ville de Tanis située tout près de la frontière et occupée plus tard par les rois des dynasties étrangères. Le fait est donc hors de doute que L'attaque des ennemis devait tomber dans une époque de beaucoup postérieure au commencement de la 1 3P dynastie.
Dans les listes de Manéthon telles qu'elles existent de nos jours , les noms des rois de la 1 3° dynastie sont totalement supprimés comme si on les avait jugés indignes du souvenir historique. Le canon de Turin supplée en quelque sorte cette lacune, un nombre de fragments du papyrus ayant conservé très-lisiblement les noms de plusieurs pharaons appartenant à cette dynastie. Selon l'usage que nous rencontrons assez souvent dans les listes monumentales qui renferment des séries royales, le canon de Turin ne fait connaître que les noms officiels des rois, les noms de famille étant rarement ajoutés à la fin des cartouches.
Cependant grâce aux indications d'autres monuments de l'époque, qui fournissent les doubles noms pharaoniques, nous soin mes assez bien informés pour pouvoir constater que la plupart des rois
de la 1 3e dynastie portaient alternativement les noms de famille
Sebek-hotep et ^ ^ Nofer-hotep.
Malgré l'origine thébaine de la maison royale dont nous nous occupons, le nom de Sebek-hotep (d'attaché au dieu Sebekv indique d'avance que les pharaons de la 1 3e dynastie vénéraient spécialement le dieu à tête de crocodile Sebek1 le même auquel les rois de la dynastie précédente avaient bâti un temple très-solide au centre du Fayoum et dans le voisinage du fameux lac Moeris. Il y avait donc une liaison intime entre les deux maisons royales de la 12e et de la 13e dynastie, et il est à supposer que la reine Sebeknqferu-râ, à la fin de la 12e dynastie, avait transmis le culte du dieu Sebek à son successeur immédiat, celui que le canon de Turin
désigne par le nom officiel de a — a ^| Ra-xu-taui, cest-
à-dire «le soleil, le protecteur des deux mondes.» C'est le même que les monuments font reconnaître comme le premier Sebek-hotep.
En suivant les indications du papyrus de Turin nous sommes à même de dresser la tableau ci-après des rois qui succédèrent à Sebek-hotep Ier, sauf les lacunes plus ou moins étendues qui parfois interrompent la série. Les pharaons dont on va lire les noms, appartiennent tous à la 13e dynastie qui d'après Manéthon, comme nous l'avons dit, se composait d'un nombre de soixante rois.
[LES ROIS DE LA 13e DYNASTIE] .