‹ Histoire d'Égypte /Chapitre 23 sur 26 · CM CD · texte numérisé non relu

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Les observations qui précèdent peuvent servir d'exemple jusqu'à quel point les traditions monumentales permettent quelquefois de pousser les études , en nous révélant ainsi les détails les plus minutieux d'une généalogie de quarante siècles avant nos jours, tandis que ces mêmes monuments gardent un profond silence sur les plus graves et les plus importants événements de l'histoire. On conçoit que les recherches sur des époques aussi anciennes que celles que nous traitons, dépendent finalement d'un heureux hasard et que les résultats de toutes nos études s'attachent presque exclusivement à des découvertes tout à fait fortuites.

Le roi Sebekhotep IV, fils de MentuJwtep , était encore en possession de la basse Egypte. Sa statue sculptée en granit, a été découverte à Tanis , preuve évidente que ni cette ville ni la frontière du Delta située vers l'orient n'était occupée par des ennemis. Le même fait resssort du reste de l'existence d'une statue de Sebekhotep V qui fut trouvée sur place à Bubastus pour être transportée à Paris. Sur l'île d'Argo, au fond de l'Ethiopie, une autre statue d'un des Sebekhotep démontre le pouvoir absolu des rois de la 13e dynastie dans les parties mériodionales de leur royaume. En descendant vers le nord nous découvrons à Thèbes et à Abydos. et encore plus bas , dans la vallée de Hammamât , de semblables témoignages d'un gouvernement puissant , sans rencontrer aucune trace de la présence d'ennemis. Ainsi, comme nous l'avons déjà avancé , tous ceux qui supposent que l'invasion des Hycsos a eu lieu au commencement de la 13e dynastie, n'ont pas examiné suffisamment les monuments de cette époque qui , malgré leur petit nombre , ne laissent subsister aucun doute sur le pouvoir que les pharaons de la dyuastie en question exerçaient sur l'Egypte entière, ainsi que sur les régions de la Nubie.

Une autre preuve de l'état paisible qui devait régner dans « les deux mondes » à l'époque qui nous occupe , est fournie par cette curieuse expédition maritime que le pharaon Sânykara , le 79e de la liste , fit partir pour l'Arabie , le pays Pan ou Punt des textes égyptiens , pour en rapporter l'encens et les parfums si recherchés de la « terre divine. »

L'inscription qui relate ce fait mémorable, est gravée sur les rochers de la vallée de Hammamât. Après avoir rendu compte de la date de l'an 8 du règne de Scmyjcarci , le personnage chargé de l'expédition , un des hauts fonctionnaires à la cour pharaonique, donne un récit très-exact de son voyage qui partait de la ville de Coptos. Ayant traversé avec la troupe [qui l'accompagnait, la vallée en question où l'on s'arrêtait aux stations à eau , il arriva à un endroit situé sur la côte égyptienne de la mer Rouge (probablement le port de Leukos-li?nèn à l'époque des Ptolémées) pour faire construire des navires de transport et pour entreprendre le voyage par mer. C'est à M. Chabas que la science doit un travail trèsinstructif sur ce texte qui, pour la première fois, nous donne connaissance des relations, existant dès la plus haute antiquité, entre l'Egypte et l'Arabie. Nous différons seulement du savant auteur de cette étude *) en ce que nous préférons de reconnaître le roi Scmykarâ dans celui qui est du nombre des pharaons de la 1 3e dynastie , tandis que M. Chabas n'hésite pas à le comparer avec le roi du même nom qui termine la série des souverains de la 11e dynastie. Mais quoi qu'il en soit, toujours est-il certain que les Egyptiens à une époque aussi reculée de l'histoire du monde étaient parfaitement instruits du chemin maritime qui conduisait les denrées et les produits industriels de l'Arabie heureuse jusqu'aux bords du Nil. Nous avons été le premier qui ait reconnu le nom de Pun comme désignant quelques contrées de l'Arabie méridionale, et nous voyons avec plaisir que depuis cette découverte très-importante pour la géographie du monde le plus ancien, tous les savants se sont rangés de notre côté.

Le pays de ° Pun-t , l'Ophir des Égyptiens , doit être

regardé comme une contrée maritime , traversée de vallées et de plateaux, abondant en bois précieux, en encens, en parfums, en richesses métalliques et en pierreries, et nourrissant plusieurs espèces d'animaux , tels que la panthère , le singe ami (le cyno-

*) Voir «Voyage d'un Égyptien » p. 50.

céphale), le singe kaf ou kafi*) et une espèce de chien appelé tasem, dans lequel on veut reconnaître le lévrier. Les habitants de cette contrée, distingués comme les Egyptiens par la couleur rouge de leur peau , apparaissent sous un aspect assez favorable pour leur état de civilisation. Les textes hiéroglyphiques parlent très-clairement du fait singulier que plusieurs divinités de la mythologie égyptienne immigrèrent de Pun-t en Egypte , telles que le dieu à type barbare Bes ou Bas , le Dionysos de l'antiquité classique, la déesse Hathor-Isis et le dieu Horus. Le roi des

dieux, Amon. est désigné comme ? A ° haq Punt « le ré-

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gent du pays de Punt. » Dans un hymne adressé à cette divinité et conservé dans la collection des papyrus du Musée de Boulaq (pag. 2, 1. 4), l'auteur de cette pièce poétique remarque par rap-

port à Amon que: § \ |) ^ ^ (1 ~ ^ *JL J [) [)

jL> merru nuteru' seti-f %eft ai-f em Punt «les divinités

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aiment le parfum de son odeur quand il arrive du pays de Punt.» Parmi les milliers de textes qui couvrent les murailles du temple d'Edfou, nous avons trouvé des inscriptions de nature astronomique qui se rapportent au même pays. Le dieu Horus d'Edfou, ou le Hor-

Hut , y est appelé ^ * miter tuau « la planète Vénus » qui, dit-

on, * AAWVA seb pu Jii àment en Pun «est cette étoile

à l'ouest du pays de Pun. » C'est ainsi que partout les temples égyptiens cachent un grand nombre de textes, qui font reconnaître l'importance de la contrée en question aux yeux des anciens Égyptiens.

Diodore , au cinquième livre de son Histoire universelle , nous a conservé la description d'une île qui , selon les termes de son récit , se trouve en face de l'Arabie heureuse et qui portait le nom

*) Ce nom est remarquable ; il se retrouve en hébreu sous la forme q&f; en sanscrit c'est Kapi, en grec Kép-os, Kéb-os, en latin cep-us. Spécialement c'est le cercopithecus , le même que les Arabes désignent par le nom à'Abeleg ou Abeleng. V. notre Dict. p. 1512.

de l'île « divine. » Malgré la difficulté qu'on a éprouvée à fixer géographiquement la position de cette île qui, probablement, doit être comprise de la côte d'une partie de l'Arabie heureuse , toutefois il est incontestable que la description de Diodore à l'égard des produits de l'île divine et du culte des divinités, s'applique merveilleusement aux indications des textes égyptiens sur le pays de Pun-i. Le nom de l'île « divine » rappelle à l'instant le nom de

1 nl(ter (( la terre divine » que les inscriptions s'accordent

à donner à cette contrée qui rappelait aux Égyptiens les origines de leur culte religieux.

Il résulte des remarques qui précèdent que « la terre divine » de l'Arabie avait une signification bien particulière pour les habitants de la vallée du Nil. A en croire les^textes qui se prononcent très-catégoriquement dans le sens indiqué , a la terre divine » d'où les plus grandes divinités de l'Egpytc tiraient leur origine , doit être regardée comme une station préhistorique des Egyptiens avant leur entrée en Egypte , et comme un point d'arrêt des peuples de race couchite avant leur dispersion sur les diverses contrées de l'Afrique orientale. Si les textes reviennent à mille reprises à la mention de la terre divine, si les monuments se plaisent à rappeler l'ancien berceau des plus grandes divinités qui formaient les principes fondamentaux de la mythologie égyptienne, ils ne font que confesser lucidement la direction du chemin que les ancêtres des Égyptiens avaient pris avant d'arriver sur la scène de leur vie politique et de leur travail civilisateur.

Après cette digression qui nous a paru nécessaire pour fixer l'attention du lecteur sur l'importance de l'Arabie heureuse aux époques les plus antiques de l'histoire du monde, nous allons terminer la revue des pharaons appartenant à la 1 3° dynastie par la mention d'un roi dont le souvenir s'est conservé dans une des chapelles funéraires taillées dans le roc de la montagne derrière la ville moderne de Siout ou Ossiont. Nous voulons parler de ce roi

O U ^sl l l ] ka-meri-ra qui a laissé la seule trace de son

existence dans la tombe de Tef-ùb, fils de yefi, ancien «gouverneur delà contrée du Midi » ^ 1 hir a en Kemâ. Quoi-

que le texte qui mentionne le nom de Kamerirti , se trouve dans un état déplorable de dégradation , il est résulté cependant d'une étude des parties encore existantes que le haut fonctionnaire

Tef-àb avait reçu l'ordre du J « régent des deux mondes »

de faire exécuter quelques constructions pour élargir le sanctuaire du dieu Anoubis, maître de Saut, nom donné à la ville antique sur les ruines de laquelle s'élève aujourd'hui l'endroit moderne d'Ossiout. Nous ne savons où placer, dans notre liste, ledit roi Kamerirâ , mais nul doute qu'il n'appartienne aux pharaons qui composent la 13e dynastie. Peut-être qu'il est identique au roi Mer-ka-râ au lieu de Ka-mer-ra qui occupe le numéro 45 dans la série, ou que le nom à demi effacé Ka .... râ (N° 82) doit être complété par la syllabe mer pour restituer la lecture demandée.

Les tombeaux (VOssioi/t, autant qu'il est permis d'en juger d'après le style et le langage des textes qui les ornent, datent certainement de l'époque de la 13e dynastie. Il en est de même quant aux chapelles funéraires d' El-Kab, dans le midi de la haute Egypte , que nous sommes forcés d'attribuer à de hauts fonctionnaires du temps de cette dynastie. Le style des légendes et surtout les noms propres portés par des individus mentionnés dans les tableaux de famille, servent à démontrer ce fait, qui du reste est prouvé suffisamment par la présence du nom officiel

Çq H |1 1 ^| Râ Soyem-sitz-tam [Sebekhotep IV, N° 21 de notre liste qui se rencontre dans un texte sculpté sur les parois

de la chapelle funéraire d'un certain |1 ^ Sebek-neyt à El-Kab.

Nous aurons, plus tard, l'occasion de revenir à l'ancienne ville et forteresse qui occupait l'emplacement de l'endroit appelé El- Kab de nos jours et qui , à l'époque de la guerre de délivrance entreprise par les chefs de ln Thébaïde contre les rois Hycsos

formait le centre du soulèvement dans le midi de l'Égypte. C'est l'ancien El-Kab — la ville d'Eileithyiapolis des Grecs — d'où sortait un des lieutenants des pharaons qui prit part à l'expédition, par eau et parterre, préparée contre les étrangers, qui assistait à Tassant de la ville d'Avaris et qui accompagnait ses maîtres royaux dans les guerres lointaines soutenues pour répandre la gloire des armes égyptiennes jusqu'au centre de la Mésopotamie.

Guerrier égyptien du temps de la 13e dynastie. [Tombeaux d'Ossiont.]

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