CHRONOLOGIE DU TEMPS DES PHARAONS
Si le lecteur qui désire connaître les dates chronologiques de l'histoire d'Egypte, se donne la peine d'examiner les systèmes du calcul des temps établis jusqu'à présent, il doit être frappé de La diversité des opinions émises là-dessas par les savants de l'école moderne. C'est ainsi que, pour fixer l'avènement de Mena, les savants allemands qui suivent, ont calculé les dates que voici
Boeckh l'an 5702 av. notre ère,
Unger » 5613,
Brugsch » 4455,
Lauth » 4157 av. notre ère,
Lepsius » 3892,
Bunsen » 3623.
La différence entre les limites extrêmes est énorme , elle n'est pas moins de 2079 années. C'est comme si soixante siècles après nous les savants se disputaient sur l'époque cle l'empereur romain Auguste qui, comme on sait, monta sur le trône l'an 30 avant notre ère, les uns prétendant que son avènement avait eu lieu 207 ans avant J.-C; les autres, au contraire, 1872 ans après la naissance du Christ. Cependant aussi l'erreur a ses limites et nous en démontrerons la cause. Les calculs en question sont basés sur les chiffres contenus dans les extraits de l'ouvrage du prêtre Manéthon sur l'histoire d'Egypte. En profitant des annales conservées dans les temples , ce savant avait rédigé en grec l'histoire des pharaons. Son livre contenait un tableau des rois du pays , divisé en trente dynasties, avec leurs noms, la durée de leur règne et les sommes
totales de la durée des dynasties. Peu connu des auteurs classiques cet ouvrage a été extrait par des écrivains ecclésiastiques ; plus tard les copistes, soit par erreur, soit avec intention, ont défiguré les noms et les chiffres et c'est ainsi que nous ne possédons aujourd'hui que les débris de la liste royale de Manéthon. La véracité de l'original et l'authenticité des sources était prouvée par" le déchiffrement des textes égyptiens ; la liste des rois de Manéthon servait de guide pour assigner leur place aux noms royaux lus sur les monuments et pour rectifier mainte erreur de copie dans l'orthographe des noms propres. Les recherches minutieuses auxquelles les savants soumettaient la succession des pharaons et l'ordre chronologique des dynasties , démontrait la nécessité absolue de supposer, dans la liste manéthonienne, des dynasties contemporaines et collatérales, et ainsi de diminuer la somme totale de la durée des trente dynasties. Malgré toutes ces découvertes, les chiffres sont dans un état déplorable: et. selon la nature du calcul basé sur la durée des règnes , un seul chiffre rectifié change nécessairement la computation des sommes générales. Ce n'est qu'à partir de la 26me dynastie que la chronologie est fondée sur des dates qui laissent peu à désirer pour leur exactitude.
La grande généalogie de 22 architectes à la cour pharaonique sur laquelle, dans la première édition de notre histoire, nous avons attiré l'attention des savants, et qui se termine par l'individu du nom yjium-àb-ra vivant l'an 27 du règne de Darius Ier , a donné lieu à une nouvelle méthode de fixer approximativement les dates chronologiques antérieures à la 26me dynastie par l'étude des séries généalogiques. C'est un savant Suédois, M. Liebhin qui, dans ses dernières publications , a adopté cette méthode généalogique. La valeur de cet élément correcteur est incontestable , et les preuves qu'il propose militent tout à fait en faveur de sa cause. En supposant qu'un siècle embrasse trois généalogies, d'après le procédé du père de l'histoire Hérodote , nous avons un moyen de déterminer approximativement le nombre d'années qui se sont écoulées depuis Mena jusqu'à la fin de la 12me dynastie, et depuis le commencement de la 1 8rae dynastie jusqu'à la fin de la 26rae. A ceux qui nous oppo-
sent la remarque que là série des rois contenus dans la table d Abvdos ne présente pas la succession directe de père en tils et <iue l'idée généalogique doit être exclue de cette liste, nous ferons observer que la table en question ne contient qu'un choix de mis légitimes, que les rois qui n'ont régné que peu de temps ou qui ont été censés illégitimes sont éliminés, do manière que la durée de 100 ans pour 3 règnes consécutifs de la table, sera plutôt audessous qu'au-dessus de la vérité.
La nouvelle table d'Abydos, découverte il y a neuf années dans un des compartiments du temple de Seti Ier à Haràbat cl- Madfouneb . énumère en ordre successif 65 rois jusqu'au dernier pharaon de la 12me dynastie de Manéthon. Ces rois représenteraient ainsi X 1(>() ou 2166 années, sauf La fraction dont nous
nous passerons dans notre comput.
Les rois de la IV" dynastie jusqu'au pharaon Ramsès 11 de la
L9 sont au nombre de 12, d'après la même table d'Abydos.
D'un autre côté le nombre des architectes, à partir de Nofer-mennu^ petit-fils de l'architecte Bokenypnsu qui vivait sous le règne de Setiler, jusqu'à leur descendant Aâhmes- sa- nit, père de yjntntàb-ra dont nous avons cité plus haut une inscription de l'an 27 de Darius lel est de dix-neuf. Nous avons donc 12 4- 19 = 31
généalogies ou % X 100 = 10337a années à enrégistrer pour la
seconde époque. La 18Iue dynastie aurait commencé I033y3 ans avant l'an 525 ayant J.-C. , c'est-à-dire l'ân 1558, ce qui est un peu au-dessous des chiffres adoptés par les chronologues pour cette époque, qui débute d'après Bure/,// en 1655, d'après Bunsen en 1625, d'après Lepdm en 1684, d'après Unger en 1796 avant notre ère.
Selon la table d'Abydos les rois de la douzième et de la dixhuitième dynastie de Manéthon se succèdent sans le moindre intervalle, d'accord avec la remarque judicieuse de Màriette-Béy que les noms propres des personnages de la 12me, et surtout de la M,ue dynastie, se rencontrent également sur les monuments du commencement de la 18me dynastie, et de plus qu'aux deux époques
indiquées le caractère des cercueils, des ornements et du style est tout à fait identique. Il y a là certainement une énigme à résoudre sans que nous ayons les moyens d'arriver à la solution.
Supposons pour un moment le saut de la 12me à la lS",e dynastie, selon la table d'Abydos , nous arriverions pour le commencement de l'empire égyptien vers Fan 3724 avant J.-C. 2166 années avant 155S . Mais en adoptant le nombre de 500 années comme la moyenne pour le temps écoulé depuis la fin de la 12,,ie dynastie jusqu'au commencement de la lS,nc, il en résulte que Mena aurait monté sur le trône 500 années avant 3724. c est-àdire vers 4224 avant notre ère.
Il y a eu des savants qui ont cru découvrir un autre expédient pour fixer plusieurs dates de l'histoire d'Egypte en se servant du calcul astronomique. Le règne d'un roi Ménophrès sous lequel, d'après une tradition des anciens, une nouvelle période sothiaque a recommencé, après la date du lever de l'étoile Sirius, la Sothis des Egyptiens , rapportée sous trois rois du nom de Ranisès sur des monuments contemporains de leur époque, et à la fin quelques autres indications de nature astronomique ont donné lieu à des calculs très-compliqués sans que la critique ait dit son dernier mot sur leur valeur historique.
Les difficultés pour préciser les époques de l'histoire d'Egypte au lieu de diminuer , augmentent de jour en jour, et de nouvelles questions à résoudre se mêlent aux discussions chronologiques. Les anciens Egyptiens, se demande-t-on , par exemple, avaient -ils adopté la même forme de calendrier à toutes les époques de l'antiquité, avaient-ils connaissance de la période sothiaque ou de n'importe quelle autre période , leurs tables de levers de constellations du ciel égyptien sont-elles dressées dans le but de représenter la position des astres pour une certaine époque du règne de tel pharaon? Voilà des questions de la plus haute importance qui jusqu'à présent attendent leur solution.
Peut-être, si le papyrus de Turin contenant le canon des rois d'Egypte était conservé, que nous serions à même d'établir la chronologie de l'époque la plus ancienne de l'histoire d'Egypte
Mais à l'heure qu'il est, nul mortel n'est capable de lever les difficultés qui naissent de la tâche de vouloir reconstruire le tableau du canon royal moyennant les fragments du papyrus de Turin.
Il nous manque trop d'éléments nécessaires pour combler les lacunes et pour compléter les monuments historiques, surtout ceux des anciennes dynasties, qui sont trop rares pour être consultés avec succès. En outre il est certain que les séries des rois que le canon nous a conservées, sont dressées selon des vues particulières. Il est vrai qu'on y cite les années, les mois et les jours de règne de tels rois, mais l'auteur du papyrus s'est abstenu, par exemple, de rendre compte des règnes simultanés de deux rois, le père et le fils, qui sont prouvés, pour plusieurs dynasties, de la manière la plus authentique par les inscriptions.
Le tableau chronologique que nous avons dressé et que le lecteur trouvera dans l'Appendice No. II, à la tin de cet ouvrage, est présenté avec une extrême réserve. En général les chiffres proposés pour les diverses dynasties auront 1 avantage de ne pas exagérer l'âge des monuments , et de plus de ne pas trop blesser les scrupules de ceux qui aiment à maintenir la personne historique du père Adam.