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LIVRE I

chancelier, et Bonner, l'évêque de Londres, furent des inquisiteurs impitoyables. La reine les encourageait et les récompensait. Philippe simulait de loin en loin la miséricorde, afin de leurrer et de séduire cette île tragique plus agitée dans ta persécution que ses flottes dans la tempête.

Ridlev, Latimer et Cranmer, qui avaient été l’un évêque de Londres, l’autre évêque de Worcester, l’autre archevêque de Cantorbéry, furent transférés de la Tour à Oxford, après la conspiration de Wyat.

On sait assez que Cranmer était le véritable initiateur de l’Angleterre à la réforme.

Ridley et Latimer avaient été ses zélés coopérateurs. Ridley était un logicien hardi, un orateur fécond en ressources, un esprit inépuisable, un caractère entier. Ce fut le plus éloquent admirateur de Jane Grey, «qu’il considérait comme l’ange du protestantisme et comme l’héroïne de la patrie. Latimer était le prédicateur populaire et véhément des mêmes sentiments et des mêmes doctrines. II était l’athlète de la foi, dont Ridley était le théologien et Cranmer le pontife.

Les trois prélats furent cités devant des députés du clergé et des universités, soit d’Oxford, soit de Cambridge. A dater du 1 h avril, ils discutèrent quatre jours durant. Ils furent déclarés hérétiques. L’auditoire composé pour la circonstance cria : « Vincit veritas. »

Ridley et Latimer furent attachés au bûcher avec des sacs de poudre au cou et sous les pieds. Latimer s’affaissa aux premières explosions. Ridley fut lent à expirer ; ses tourments sont indescriptibles. Consumé aux extrémités et toujours vivant, il s’écriait : « Seigneur, je ne me plains pas. Ce chemin est de flamme, mais il mène à vous. » Du milieu du brasier, il conversait avec Dieu. L’un des sacs de poudre, celui qu’il portait au cou et sur la poitrine ayant pris feu, l’intrépide novateur expira (16 octobre 1555).

De la lucarne de son cachot, Cranmer avait vu passer les

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deux amis de son cœur et de sa foi. Des tourbillons de fumée mêlés d’étincelles et d’éclats de poudre lui annoncèrent ces grands trépas. L’archevêque, se précipitant sur les dalles nues, pria et dit : « Mon Dieu, accordez-moi le courage de ces lions. »

Après Jane Grey, c’est Thomas Cranmer qui fut la plus auguste victime de Marie Tudor.

Cranmer avait été le pontife delà réforme sous Henri VIII, puis le guide d’Édouard VI et le continuateur du protestantisme sous ce prince enfant.

Il s’était associé aux anathèmes contre le pape et il avait maintenu la scission entre l’Angleterre et ce souverain étranger. Il avait fait adopter la communion sous les deux espèces du pain et du vin. Il avait aboli le culte des images et permis le mariage des prêtres. Enfin, il avait rejeté le dogme de la présence réelle dans l'eucharistie. C’étaient là les vrais griefs. On les couvrait néanmoins d’un prétexte. Cranmer fut arrêté pour complicité de rébellion dans l’usurpation de Jane Grey. II avait en effet signé l’acte qui excluait Marie du trône.

Traduit devant un conseil extraordinaire, l’archevêque de Cantorbéry fut condamné à mort.

La reine daigna lui faire grâce. Elle le relâcha comme traître, mais elle le ressaisit aussitôt comme hérétique. Elle aimait à jouer avec une proie.

L’hérésie était le crime de Cranmer, et ce crime, il fallait l’effacer dans le sang. Le grand réformateur avait fondé la religion d’État en Angleterre et entretenu une correspondance coupable avec Knox et Calvin. Il avait accueilli tous les proscrits de l’Europe, Bucer, Pierre Martyr, Bernard Ochin, et le palais de l’archevêque avait été leur port après la tempête. Cranmer persévérait de plus avec opiniâtreté dans ses convictions. Toutes les colères sacrées et profanes se déchaînèrent contre lui.

Il avait été transporté de la Tour de Londres à la prison

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