LIVRE SEPTIÈME
Expédition en Portugal (1589). — Duel du comte d’Essex et de Charles Blount. — Mariage du roi d’Ecosse Jacques VI avec une princesse de Danemark. — Portrait de Jacques. — Mort de Walsingham. — Sa fille, veuve de Philippe Sidney, épouse Essex. — Dépit de la reine. — Élisabeth secourt Henri IV. — Voyages de la reine. — Présents de ses hôtes. — 1 Mort de Christophe Hatton. — Il s’était opposé aux persécutions. — Thomas Cavendish. — Richard Grenville. — Son vaisseau le Revenge. — Compagnie des Indes. — Raleigh.— Introduction de la pomme de terre. — Culture du tahac et du thé. — Walter Raleigh à la cour. — Son amour pour miss Trockmorton. — Fureur d’Élisabeth. — Raleigh à la Tour. —
Sa liberté. — Sa rançon et son mariage. — Le bouffon Tarlclon. — Le tragédien Burbagc et Shakspeare à Greenwich. — Shakspeare depuis Kenilworth. — Sa querelle avec sir Thomas Lucy. — Le poète réfugié à Londres. — François Bacon. — Éconduit par son oncle Burleigh. — S’attache au comte d’Essex. — Générosité du comte. — Il loge Bacon à Twickenham. — Il lui confère la propriété d’une terre. — Les ambitions ' vulgaires de Bacon le détournent de la philosophie. — Caractère du seizième siècle. — Shakspeare. — Bacon. — Raleigh. — Drakc. — Hawckins. — Essex. — Antonio Perez.
Henri, roi de Portugal, ayant laissé par son trépas la couronne vacante en 1580, Philippe II s’en était emparé et avait expulsé don Antonio, prieur de Crato, neveu bâtard du monarque décédé. Une flotte commandée par Drake et une armée commandée par sir John Norris tentèrent vainement de rendre le sceptre à ce prince. Plus de onze mille hommes périrent dans cette entreprise, et, sur onze cents nobles, quatre cents seulement revirent l’Angleterre (1589).
Essex, qui s’était associé, malgré la reine, à cette expédition malheureuse, reparut à la cour après mille périls. On le crut perdu, à cause de son insubordination ; mais la reine,
histoire d’élisabeth d’angleterre
auprès de laquelle il avait remplacé Leicester, son beau-père, le reçut avec des transports de joie. Elle avait alors quatre favoris : Hatton, sur lequel il n’est pas étonnant qu’elle fût un peu blasée; Charles Blount, un caractère fort sérieux sous les apparences frivoles du courtisan; Walter Raleigh, un Agrippa d’Aubigné anglais et voyageur; Essex enfin, un héros de roman qui aspirait à devenir un héros d’histoire. Il comprit, dès sa première entrevue avec Élisabeth, après la campagne de Portugal, combien était puissant son ascendant sur elle. Il l’exerça sans retard. Il ne daigna pas s’occuper de Hatton, mais il exigea que Raleigh irait cultiver les terres qu’il avait en Irlande. La reine se prêta perfidement à ce désir du comte d’Essex, et Raleigh ne sut peut-être pas à quel point ce qu’il appelait une fantaisie d’Élisabeth était une jalousie de son rival. Celte jalousie d’Essex éclata bientôt contre Charles Rlount, qui était timide avec les femmes et intrépide avec les hommes. Rlount avait électrisé Élisabeth dans un tournoi. Elle était si touchée de la bravoure et de l’adresse de Charles Rlount, qu’elle lui envoya une petite reine d’échecs en or. Ce gage était précieux. Blount se l’attacha au bras avec un ruban cramoisi. Il s’en fit une gloire et une parure. Tous enviaient Rlount. Le comte d’Essex exaspéré, mais feignant d’ignorer quelle était cette singulière décoration, le demanda. On lui raconta la bienveillance d’Élisabeth. » Ah ! s’écria le jeune comte avec un dépit superbe, il n’est pas de fou qui ne puisse surprendre un hochet. » Le mot fut répété à Blount, qui défia le comte d’Essex. Ils se battirent brillamment. Essex fut blessé à la cuisse. « C’est bien, dit Élisabeth lorsqu’on lui annonça le duel. Essex n’a que ce qu’il mérite, et cette leçon lui apprendra à vivre. • Malgré sa sévérité extérieure, la reine était ravie que ces jeunes gens se fussent mesurés pour elle en champ clos. « Tous les duels sont répréhensibles, disait- elle dans son orgueil, mais le plus excusable est le duel d’amour. » Elle gracia facilement, on le