‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 103 sur 210 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Elle lui en savait un gré infini, mais elle croyait sauver son honneur devant l’Europe en le châtiant d’avoir trop bien obéi. Elle se flattait que sa sévérité contre Davison paraîtrait un regret de sa clémence rendue par lui impossible envers Marie Stuart. Davison fut donc repoussé malgré les instances d’Essex. Le vieux Burleigh nomma son fils Robert Cecil devant la reine, non pour succéder à Walsingham; lui seul, Burleigh, le pourrait peut-être, mais il aurait besoin d’être aidé, et Robert convenait à cette tâche laborieuse. La reine consentit à cet expédient. Six années plus tard, Robert Cecil, que son père avait introduit dans la familiarité d’Élisabeth et qui eut l’art de s’y maintenir, sera fait par elle premier secrétaire d’État, — l’égal respectueux de lord Burleigh, — le véritable successeur politique de Walsingham.

L’héritière des biens, la fille de Walsingham était veuve de sir Philippe Sidney. Elle aima le comte d’Essex et en fut aimée. Il eut le courage de son sentiment et il épousa cette charmante femme (1590). Élisabeth ne put contenir sa douleur et sa rage en apprenant ces noces clandestines. Elle maudit Essex, insulta ce mariage contracté sans son aveu, le considérant comme une mésalliance, accusant d’ingratitude Essex qu’elle, la reine, avait daigné protéger dès l’adolescence, qu’elle avait décoré de la Jarretière et qui, si jeune, était général de la cavalerie, t Elle veut partir ce soir pour Rich- « mond, écrit John Stanhope à lord Talbot; si elle pouvait « surmonter sa colère contre milord Essex, elle serait plus « tranquille. Néanmoins elle se conduit plus modérément « qu’on ne s’y serait attendu; Dieu soit loué, elle ne frappe « pas tous ceux qu’elle menace. Le comte agit de son côté « avec prudence; il évite de parler de son mariage, non pas 4 qu’il le nie, mais il essaye de calmer Sa Majesté par son « silence et il se réjouit de ce que milady consent à vivre « chez sa mère d’une manière très-retirée. »

Du milieu de ses)ennuis de cœur, Élisabeth ne négligeait

pas le gouvernement. Elle s’intéressait à Henri de Navarre qui venait d’être proclamé roi de France, sous le nom de Henri IV (2 août 1589), au camp de Saint-Cloud. Elle lui avait envoyé vingt-deux mille livres, et quatre mille bons soldats sous un admirable général, lord Willoughby. Dès cette époque, Elisabeth change de politique avec la France. Elle ne secourt plus une sédition, car cette sédition est devenue le gouvernement dans la personne de Henri IV. C’est le Béarnais qui résume non pas au Louvre, mais sous sa tente vagabonde, le parti huguenot. Depuis l’heureuse transformation de ce parti, elle s’attache plus tendrement à lui. Elle ajoute à à son calcul une amitié pour Henri. Elle l’assiste avec plaisir, quoique toujours un peu chichement. C’est un trait distinctif de son caractère.

Sans doute, elle a ses motifs. Elle ne veut pas dépendre de son parlement et elle veut ne pas manquer au protestantisme et à l’Angleterre. Mais ce n’est pas uniquement par principe, par sagesse, qu’elle thésaurise ; c’est par goût.

Pour se distraire du chagrin que lui avait causé Essex, h qui elle garda une longue rancune, elle voyagea. Elle s’arrêta chez le comte de Hertford ii Elvetham et chez le vicomte Montacute à Coudray. Ces deux réceptions furent féeriques. A Coudray, pendant une promenade de la reine dans le parc, une nymphe sortit d’une allée profonde et lui chanta d’une voix harmonieuse toutes les joies qu’elle répandait dans les châteaux et dans les chaumières. Diane elle-même accourut ensuite vêtue en déesse. Elle offrit à Elisabeth son arc et son carquois. La reine sans hésiter ajusta plusieurs daims et en tua quatre tour à tour avec une adresse que la sœur d’Apollon célébra aussitôt. La reine fut ravie de ses deux séjours et des pièces d’argenterie ciselée qu’elle rapportait. Elle avait reçu ces présents de scs hôtes. Elle en recevait partout et toujours. Bijoux, robes, manteaux, chemises bordées de dentelles, elle ne dédaignait rien, ne refusait rien. Les lords et les évêques

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