‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 111 sur 210 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

l’esprit, mais on lui avait donné contre lui de mauvaises impressions.

Nous avons quitté William Shakspeare à Kenilworth (1570). Nous nous sommes séparé presque à la même époque à Greenwich de François Bacon. Qu’est-il devenu?

Lord Burleigh n’était pas très-empressé pour François Bacon. 11 louvoyait avec lui. Ce grand homme d’ État pratique préférait de beaucoup aux facultés transcendantes de sou neveu les facultés positives de son fils Robert Cecil. « François, disait-il, sera un rêveur, mais Robert sera un politique, et, s’il persévère, il me succédera. »

On a parlé de l’envie de Robert Cecil contre François Bacon. Il y a bien l;\ un peu de vrai. Ce qui est plus vrai encore, c’est que le dédain était le sentiment principal dps Burleigh contre un grand esprit mobile auquel les affaires publiques n’auraient jamais suffi et qui leur serait resté inégal, ne fût-ce que par distraction.

Bacon cependant llattait son oncle, son cousin, la reine Élisabeth. Il écrivit plusieurs mémoires pour réfuter des libelles contre le gouvernement. Il recevait des rcmercîments pour récompense.

Le poste de solliciteur général étant vacant, ce fut Édouard Coke, l’ennemi personnel de Bacon, qui l’obtint. Coke 'en quelques mois monta plus haut encore. Il fut nommé attorney général. Bacon souffrit deux fois de son échec et du succès de son adversaire. Coke n’était pas du reste un rival tout à fait indigne. 11 est le plus grand jurisconsulte du règne d’Elisabeth, comme Bacon en est le plus grand métaphysicien.

Presque toujours éconduit dans ses ambitions, malgré ses lâchetés, Bacon démêla qu’il lui fallait d’autres appuis que Burleigh et Cecil. Dans sa détresse, il se tourna vers le comte d’Essex. Ce seigneur s’amusait aux sciences et aux lettres. Bacon le prit par cette anse. Il avait organisé, en 1592, un petit instrument avec lequel, au moyen d’une certaine quantité

d’eau, il pouvait sans quitter sa chambre dire quel temps il faisait et présager quel temps il ferait. C’était tout simplement le thermomètre, trouvé en 1596 par Galilée et en 1620 par Drebbel. La gloire de cette découverte est demeurée au savant hollandais Drebbel, qui est seulement le troisième inventeur, tandis que l’Italien Galilée est le second et l’Anglais Bacon le premier.

Qui ne s’intéresserait à cette origine de la liaison de Bacon et du comte d’Essex? Le philosophe fit présent du thermomètre au grand seigneur. Le comte en fut si charmé qu’il donna Twickenham-Park pour résidence à Bacon. Le métaphysicien s’y installa en 1593.

Ce qui le ravissait plus encore que ce délicieux séjour, c’était l’amitié d’Essex. Le malheur du philosophe fut d’hésiter misérablement entre les deux grandes faveurs de ce règne : le comte d’Essex, un amour, et lord Burlcjgh, une estime de la reine. Robert Cecil, Walter Raleigh, l’attorney général Coke s’étaient ligués contre le brillant Essex et soulevaient contre lui la plus terrible passion d’Élisabeth : l’orgueil de sa souveraineté à laquelle attentait audacieusement le comte par la tyrannie sans frein de ses exigences et de ses caprices.

Bacon avait longtemps poursuivi son oncle des plus pressahtes prières. 11 désirait s’enrichir par lui.

Il lui écrit encore, en 1591 :

« Mylord, plein d’une confiance sans bornes dans mon « honorable et fidèle dévouement à votre service, comme dans « l’intérêt que vous prenez à moi et à ma triste position, je me « recommande à Votre Seigneurie. Je commence à n’étre plus « jeune : trente et un ans voient tomber bien des grains dans « un sablier! Grâce à Dieu, ma santé s’est affermie et ne m’in- « tordit plus l’action, car quelle action est plus pénible que les « études et la méditation qui font l’occupation ordinaire de ma « vie ? J’ai toujours désiré quelque place modeste dans laquelle

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