‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 115 sur 210 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Ferez recommandé à Philippe II par le prince et par la princesse d’Eboli. — Écriture et annotations du roi d'Espagne. — Amour de Pcrez et de la princesse d'Eboli. — Meurtre d'Escovedo. — Le confesseur de Philippe II, Eray Diego de Cliaves. — Juan de Mesa. — Le roi complice de Perez dans l’assassinat d’Escovedo. — Imprudences de la princesse d’Eboli. — Sa passion pour Perez révélée .H Philippe IL — Arrestation des deux amants. — Captivité de la princesse. — Sa mort. — Perez prisonnier. — Mis à la torture. — S’enfuit de son cachot. — Gagne l’ Aragon, la terre des Fueros. — Protégé par le grand justicier, réclamé par Philippe IL — Le roi secondé par l'Inquisition dont le palais est l’Aljufera. — Perez transporté de la prison du Fuero à ce donjon des rois mores. — Délivré par don Martin de la Nuza et par Gil de Mesa. — Réintégré dans la prison du Grand-Justicier. — Intérêt du peuple pour le captif.

Le premier séjour de Perez eu Angleterre est de cette année 1593.

Voilà un personnage qui mérite tout notre intérêt par la variété de ses talents, de ses ressources et de ses influences. Il est au cœur de notre sujet; car nul n’essaya plus vivement de déshonorer Philippe II auprès d’Élisabeth. Sa haine fut sa meilleure recommandation. Il eut cette fortune avec Henri IV et avec Élisabeth de satisfaire leur inimitié, et, pendant quelque temps, leur politique. Perez s’était insinué dans les bonnes grâces du Béarnais et de la fille de Henri VIII, et il s’en aidait pour cimenter une alliance de plus en plus forte entre la France et l’Angleterre contre l’F.spagne. Il s’était fait deux Mécènes : à Fontainebleau, du connétable de Montmorency (l’ancien maréchal Damville); et, à Greenwich, du comte d’Essex, dont l’amitié pour Henri IV et l’héroïque fureur contre Phi-

histoire d’élisabeth d'anoletebbe

lippe II s’harmoniaient à merveille avec la passion et les plans d’Antonio I’erez.

Cet Espagnol, qui avait dans les veines du feu au lieu de sang et dans le regard du soleil d’Andalousie, était un billard de bonne maison. Fils de Gonzalo Percz, ministre de Charles- Quint, il fut légitimé par des lettres patentes de l’empereur. Le père de cet enfant d’une précocité d’esprit admirable avait fort soigné son éducation. Antonio fut remarqué dès l’adolescence. A vingt-cinq ans, il était secrétaire d’Etat.

Il plut à Philippe II par des manèges profonds, par des stratégies singulières, par son intelligence des hautes affaires et par je ne sais quoi de soudain qui jaillissait comme un éclair et qui dissipait l’incertitude du roi.

Philippe II aimait les génies prompts, lorsqu’ils étaient modestes, soumis, ou qu’ils le paraissaient ; il avait besoin d’élre échauffé plutôt que dirigé. Ce qu’on a nommé son irrésolution n’était que de la lenteur. 11 était décidé au fond et fixé ; il ne flottait que dans les détails. Et encore, le plus souvent, scs hésitations élaient jouées. C’était une de ses affinités avec Élisabeth. Ils agissaient l’un et l’autre avec prudence, mais ils étaient puissamment déterminés, Elisabeth par la politique, ou par l’orgueil, ou par la vengeance, Philippe II par ces mêmes passions et de plus par le fanatisme.

Le roi de l’Escurial était un commis couronné. Il exigeait de longues lettres, des mémoires motivés, soit de ses ministres, soit de scs espions, soit de ses correspondants innombrables dans le monde entier. Il lisait ou se faisait lire tous ces papiers et il les annotait. C’était un érudit du trône, de la police et des tortures.

Jamais prince n’a autant écrit que Philippe II. C’était, je le répète, le plus laborieux des inquisiteurs, le plus énigmatique des tyrans.

Il griffonnait d’une façon indéchiffrable les marges de toutes les dépêches ministérielles ou diplomatiques. Il faut voir avec

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