‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 120 sur 210 · U VUE VIII · texte numérisé non relu

U VUE VIII

hasard dans une sorte d'effarement, et par les ruelles qui s'offrirent.

Piubio ne s’arrêta pas longtemps à sa demeure. Il partit, après une courte halte, comme il était convenu de le faire, pour Alcala, où Antonio Pcrcz passait la semaine sainte. 11 lui rendit compte de l’expédition dans tous les détails. Le secrétaire d’fttat Escovedo était bien mort et tous les compagnons avaient échappé.

Ferez se félicita de celte double nouvelle. 11 laissa Rubio â Alcala et revint à Madrid, le 2 avril. Sa première visite fut pour le fils de sa victime. La dissimulation était désormais son unique loi. Il ne s’y déroba point et poussa la bienséance jusqu’à l’impossible. Il eut l’hypocrisie de pénétrer avec un visage ému chez le jeune Escovedo et de serrer sur sa poitrine celui qu’il avait rendu orphelin. Le pauvre enfant, croyant presser l’ami de son père, s’attendrit, et Ferez feignit de s’attendrir aussi. Comédie odieuse, et plus criminelle que le crime! Le guet-apens où succomba Escovedo est certainement moins hideux (pie l’empoisonnement dont il fut précédé et que le baiser dont il fut suivi. Oui, l’empoisonnement au père et le baiser au fils sont deux flétrissures indélébiles sur la mémoire de Ferez. Comme hôte d’abord, puis comme homme, il fut deux fois Judas. 11 dut lui en coûter moins d’être Caïn.

Les difficultés s’accumulèrent bientôt sous ses pas. La famille d’Escovedo devina l’ennemi en Ferez. Le fils du mort se repentit de sa crédulié, la veuve cria vengeance. Le chef des alcades de la cour, Hernan Velasquez et son gendre, Garcia de Arce, vinrent plusieurs fois et tour à tour consulter Perez. Tout en lui demandant conseil, ils l’observaient, notant ses pâleurs et ses rougeurs, les mobilités de sa physionomie, les inflexions de sa voix. Perez souffrit beaucoup dans ces conversations.

Il rendait compte au roi de ses angoisses. Ferez était à Madrid, au centre des procédures, et Philippe à l’Escurial, sous les voûtes tranquilles de son cloître. Les courriers se

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multipliaient sur cette route poudreuse de huit lieues, entre le ministre et le roi. Ferez écrivit à Philippe : « Mes débôires « sont innombrables, » et Philippe répondait : «Parlez peu et « prudemment : les déboires sont inévitables; traversez-les « avec toute votre adresse. » Perez écrit encore : « Sire, j’ai « ici mes hommes et celui qui a fait le coup (Insausti). L’autre « (Rubio) est à Alcala, où je l’entretiens à mes frais. J’ai l’in- « tention de les faire partir séparément; j’userai de précau- « (ion, de peur qu’ils ne soient enveloppés dans ce chaos « d’arrestations. » Le roi répond de nouveau : Je vous ap- « prouve d’avoir retenu votre monde. Le meilleur est, à mon « avis, que ces gens-là fassent les morts, tandis que vous « aurez les oreilles au guet comme vous les avez. »

Chose curieuse et pathétique ! le ministre et le roi craignaient leur propre police, cette police qu’ils avaient tant perfectionnée. Elle était formidable en effet, et ils étaient sincères dans leurs terreurs. Car s’il y allait de la vie du ministre, il y allait de l’honneur du roi.

Perez se dégagea enfin d’une lourde responsabilité. Il fit partir ses sicaires. Juan de Mesa, le seul de ces bandits qui 11e fût pas un bandit, se retira en Aragon, sa province. La princesse d’Eboli l’avait nommé intendant de ses immenses terres dans ce pays. 11 avait de plus accepté de Perez une tasse d'argent fin, quatre cents écus d’or et une chaîne d’or. Philippe Il et Antonio Perez, ces grands coupables, respirèrent un peu quand ils eurent dispersé aux quatre vents du monde leurs complices. Les meurtriers d’Escovedo éloignés et séparés à de vastes distances, tout vestige du crime sembla disparu aussi complètement du sol que sur mer disparaît la trace des pirates lorsque le sillage de sang de leur navire au pavillon noir s’est effacé.

J.es amis d’Escovedo et sa famille furent un moment déconcertés. Mais bientôt ils se réveillèrent de leur découragement. Le fils d’Escovedo se repentait d'avoir été le jouet du

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