‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 125 sur 210 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

sans se montrer, puis il fit demander à la femme de Perez et à Perez lui-mème, soit par le confesseur fray Diego de Chaves, soit par le comte de Barajas, tous les papiers relatifs à Escovcdo. Perez et dona Juana Coëllo, sa femme, résistaient. Cette noble femme fut l’ange de Perez. Malgré les passions, les erreurs et les forfaits de son mari, elle lui demeura entière. Elle fut sa providence persévérante, inébranlable. Après avoir dérobé aux investigations les plus minutieuses tous les papiers compromettants pour le roi, elle ne consentit à les livrer que sur un ordre écrit et signé de Perez. Ils étaient enfermés dans deux malles dont s’empara le confesseur fray Diego de Chaves qui en expédia les clefs à Philippe. Le roi s’imagina n’avoir plus rien à craindre de son ancien favori. Il s’abusait. Car Perez avait mis à part les lignes les plus cruelles au roi, se réservant de les citer au besoin et par là de déshonorer au moins le despote qui avait soif de son sang.

Philippe cependant, tranquille désormais sur lui-même, lança contre Perez ses plus impitoyables juges. Entre le prisonnier et les magistrats, Philippe II était transparent. Perez sentait le roi présent, quoique invisible.

Perez ne convenait pas du meurtre d’Escovedo; il éludait toute allusion à Philippe II. 11 était muet, se retranchant dans le respect pour le roi et dans son innocence. Les mois de jan vier et de février 1590 furent signalés par des interrogatoires acharnés et captieux. Le 20 février, le captif fut mis à la torture. Les barbaries exercées sur lui le firent parler. Il s’avoua coupable de l’assassinat contre Escovedo, mais ce fut après huit tours de corde.

Ces huit tours de la corde fatale et les supplications de Perez au milieu des angoisses percèrent les murs de sa prison et touchèrent les cœurs. Ceux qui n’étaient pas consternés étaient indignés. La ville et la cour murmurèrent. Un grand d’Espagne eut le courage de dire : « Jamais pareille traîtrise ne se vit d’un prince à un sujet. »

histoire d’Élisabeth d’ Angleterre

Le prince en effet était le complice de son favori, et, après lui avoir ordonné le crime, il ordonnait la torture, et Perez la subissait pour avoir exécuté ce que Philippe avait conçu, ce qu'il avait commandé d’accomplir. Quelle monstrueuse iniquité! Rien ne peut l’expliquer même chez Philippe 11, si ce n’est la jalousie, la jalousie inexorable sous des dehors léthargiques. Ce n’était pas l’assassin, ni le ministre que le roi traquait et martyrisait avec scs juges et avec son bourreau, c’était le rival, c’était l’amant exécré de la princesse d’Eboli. C’est là le mot de cette énigme tragique.

Philippe II ne pouvait s’assouvir que dans le supplice ignominieux de Perez. Mais avant le supplice, rendu certain par l’aveu du coupable, le roi souhaitait de prolonger l’agonie. Cette pensée semblait l’attendrir. 11 permit que les serviteurs de Perez vinssent auprès de lui ; et, comme le docteur Torres attestait que le captif avait une fièvre ardente et qu’il était en péril de sa vie, le roi autorisa le dévouement et les soins d’un page que Perez aimait. Il alla plus loin. L’état du prisonnier paraissant s’aggraver, Philippe II ne s’opposa plus aux généreux desseins de doua JuanaCoëllo, qui, bien que grosse, aspirait à s’enfermer avec scs enfants sous les voûtes sombres où languissait Perez. Le roi ne voulait à aucun prix que son ancien ministre mourût de maladie. Pour le sauver, il lui accordait serviteurs, médecin, page et famille. Il l’entourait de distractions affectueuses. A travers des mirages perfides et de menteuses sollicitudes, il le gardait précieusement pour l’échafaud.

Antonio Perez l’avait pénétré et il ne songeait, lui, qu’à la fuite. Il disposa tout dans ce but. Il se concerta profondément avec sa femme. 11 prévint par elle un hidalgo qu’il avait autrefois protégé et qui était tout enflammé de reconnaissance. Cil de Mesa fut mandé aussi. Ce nom de Mesa, comme plus tard le nom de Nuza, devait être propice à Perez. Gil de Mesa était un enseigne, un jeune officier qui par son intelligence autant que par sa bravoure serait arrivé aux plus hauts

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