LIVRE NEUVIEME
Seconde émeute. — Perez s’évade de Saragosse. — Par les neiges des montagnes arrive h Pau. — Présenté à Henri IV dans la ville de Tours (1593).
— Philippe II, l'Inquisition et le bourreau en Aragon. — Rapports de Perez avec Henri IV et avec Élisabeth. — Déjoue les assassins envoyés contre lui par Philippe II. — Le baron de Pinillu. — Les llelaciones. — Succès de ce pamphlet. — Influence littéraire de Perez. — Corneille. — Balzac l'ancien. — Mort de Perez. — Son ami Gil de Mesa. — Dona Juana Coéllo. — Les trois favoris d’Élisabeth !i cette date : Essex, Ralcigh,’ Charles Blount. — Mort de Hawkins. — Mort de Drake. — Robert Cecil, secrétaire d’État. — Expédition de Cadix (1596). — Essex. — Charles Howard. — Ralcigh. — Abaissement de l'Espagne. — Trépas de lord Ilunsdon, du comte de Huntingdon, de Richard Flechtcr. — Promotion de Vaugham. — Les écrouelles. — Manèges d’Esscx avec Élisabeth. — Nouvelle expédition d’Essex (1597'. — La reine mécontente. — llurault de Maisse. — Son ambassade. — Son manuscrit. — Détails piquants sur Élisabeth. — Insurrection du comte de Tyrone en Irlande. — Démêlés entre Essex et Élisabeth. — Essex tourne le dos à la reine qui lui donne un soufflet. — Colère du comte. — Apaisement de la reine et de son favori.
— Mort de Burleigh. — Il avait gouverné quarante ans l’Angleterre avec Élisabeth. — Larmes de la reine. — Messages de Jacques VI auprès d’Élisabeth. — Mort de Philippe II (1598).
Furieux à ces nouvelles, Philippe II organisa pendant quatre mois sa vengeance. Il communiqua par l’Inquisition la terreur et par son vice-roi l’espérance à la noblesse. Il la gagna, la désorienta, ou l’acheta tant qu’il put. 11 fit même travailler la populace de certains quartiers de Saragosse. Ces quartiers parurent acquis au gouvernement. Les inquisiteurs de.I’Aljufera étaient contents. Ils avaient déjà disposé sous leur tribunal le cachot de Perez. Le grand justicier et ses assesseurs intimidés n’osaient plus s’opposer à l’extradition du captif. Perez allait être transporté de nouveau de la prison nationale
de F Aragon à la prison sacerdotale et royale de l’Aljufera. L’expédition, car c’en était une, était fixée au 2ft septembre 1591.
Le vice-roi était sans inquiétude. Il comptait sur les gentilshommes et sur leurs vassaux ; il comptait sur deux faubourgs où il avait fait distribuer de l’argent. Il se flattait aussi que les vendanges dont c’était la saison et qui promettaient d’être belles retiendraient hors de la ville beaucoup d’ouvriers de Saragosse et tous les paysans de la banlieue. C’est dans de telles circonstances et dans de tels calculs que, le 2A septembre, le vice-roi sortit à cheval, l’ordre de la Toison d’or sursa cuirasse. Il avait jeté un réseau de troupes autour de la prison d’Antonio Ferez. 11 était escorté d’une innombrable noblesse parmi laquelle on distinguait le duc de Yillahermosa, les comtes de Morata, d’Aranda et de Saslago que suivaient la garde, l’artillerie, et que précédaient les massiers du grand juge. Le vice-roi s’avança par les rues adjacentes à la place du Marché sur laquelle était située la prison de la cour suprême.
Ferez paraissait abandonné de Dieu et des hommes. Qu’allait-il arriver? Tout se dénouait au gré de Fhilippe et de l'Inquisition. On pouvait remarquer seulement quelque murmure dans la multitude et quelque hésitation parmi les soldats.
On se demandait où étaient les deux héros de la dernière insurrection, Gil de Mesa et don Martin de la Nuza. On les cherchait des yeux. L’imagination des jeunes gens, des ouvriers et des femmes s'allumait à ces noms aussi populaires que les noms du Romancero d’Aragon. On se répétait tout bas des mots qu’ils avaient prononcés et qui présageaient bien des choses. Don Martin de la Nuza avait dit : « Les nobles de Saragosse, s'ils laissent prendre leur captif par l’Inquisition, seront à jamais indignes de chausser des éperons d’or et de manger pain sur nappe. Quant à moi, le jour où Antonio Ferez repassera le seuil de l’Aljufera, je ne serai plus debout comme