‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 133 sur 210 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

« eu très-mauvaise opinion et espère que l’on découvrira par « son moyen et des autres qui ont été pris avec lui une partie « des projets de l’ennemi contre ma personne et celle du « sieur Antonio Perez. » ( Documents inédits de la maison de la Force.)

L’ancien ministre de Philippe II était le pensionnaire de Henri IV et d’Élisabeth. 11 touchait du roi de France quatre mille écus et de la reine d’Angleterre cent livres sterling, ce qui ne l’empêchait pas d’être fourbe avec eux tour à tour. Il était par ses manèges suspect aux deux gouvernements, surtout au gouvernement français. Tandis qu’à Londres Burloigh contestait à ce mendiant espagnol ses prétendus droits sur le trésor, Sully à Paris était sourd à des réclamations de Perez, tantôt obséquieuses, tantôt fanfaronnes. Le proscrit, pour apaiser les ministres, avait recours en France à Montmorency- Damville, devenu connétable comme son père; en Angleterre, c’était à Essex que Perez s’adressait contre toute malveillance. A la longue il déplut au delà et en deçà du détroit, singulièrement à la paix avec Philippe II, à la paix de 1598, connue sous le nom de paix de Venins. Il était hardi avec les pins grandes dames, artificieux avec les ministres, charmant avec les savants ou avec les grands seigneurs.

11 faisait quelquefois de petits présents d’F.spagne conformes à sa détresse, mais qu’il relevait par des mots heureux. Envoyait-il une épée de Tolède au comte d’Essex, il lui mandait : « Je regrette que ce ne soit pas l’épée du Cid, la seule « digne de vous. » Envoyait-il des gants au connétable de Montmorcncy-Damville , il lui écrivait : « Je m’aperçois que s Votre Excellence ne porte jamais de gants parfumés « d’ ambre, mais de très- légers gants de chevreau. Que « Votre Excellence veuille bien essayer de ceux-ci que j’ai « fait arranger à mon ancienne mode; sauf vanité, je suis ’ Espagnol, et ils ont je ne sais quoi d’hidalgo. Leur finesse « conserve les mains. Or les mains qui s’emploient si noble-

« ment au bien public et si délicatement au bien des per- « sonnes qui leur sont recommandées, doivent être conser- « vées, tant elles sont précieuses, pendant une longue vie. » Envoyait-il à Bacon un extrait des fueros d’Aragon copié de la main de Mesa, il ajoutait cette prophétie amicale : « Au a futur secrétaire d’État de la reine d’Angleterre par l’ex- « secrétaire d’État du roi d’Espagne. » Envoyait-il à Élisabeth une huile de parfum , il lui mandait qu’elle était « d’une recette de Valladolid inventée par madame Circé « elle-même afin d’entretenir la beauté des princesses. »

C’est en 1591, à Saragosse, qu’il composa le premier jet de ses Rclaciones, — son Memorial où il cite les billets homicides de Philippe II et les lettres sacrilèges de fray Diego de Chaves.

Ce fut en 1594, ù Londres, qu’il dévoila tous les développements du Memorial dans les liclaciones, un monument de honte pour son persécuteur, le roi d’Espagne. Le nom de Raphaël Pcrcgrino pris par Ferez en tète du livre ne trompa personne. N’annonçait-il pas l’exil errant de l’homme sans peur qui avait osé aimer la princesse d’Eboli et haïr Philippe II? Perez offrit des exemplaires magnifiquement reliés de son livre à, la reine Élisabeth et au roi Henri IV, à Bacon, à Burleigh et à Sully, à Catherine de Bourbon, à lord Mountjov, à lord Southampton, et enfin ùscs deux Mécènes : le comte d’Essex et le connétable de Montmorency-Damville.

Cette publication fut en Europe un événement politique. Un sujet, un ministre, en racontant ses propres aventures déshonorait le souverain de toutes les Espagnes. L’écrivain était un homme qui avait jeté la plume officielle et qui d’un stylet aigu traçait des aventures pathétiques : soit les infortunes de sa maîtresse, de sa femme et de ses enfants, soit scs angoisses personnelles, soit les efforts et les désastres du peuple d’Aragon, soit les forfaits du roi et de l’Escurial, soit les simonies du confesseur, soit les attentats de l’Inquisition.

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