LIVRE IX
de plus eu plus absolue. Elle avait réuni un parlement au printemps de 1593. Elle l’enferma dans un cercle bien étroit, lui demandant des lois pour le maintien de la prérogative religieuse de la couronne et de l’argent pour la guerre contre l’Espagne. Peter Wenworth ayant supplié la reine de régler * définitivement la succession au trône d’Angleterre, il fut jeté en prison ; James Morice, un autre député, ayant attaqué les abus des juridictions ecclésiastiques, fut enfermé plusieurs années à Tilbury-Castle. Ces deux orateurs étaient coupables d’avoir transgressé un peu les limites de la discussion telles que les avait fixées la reine. Sa cupidité égalait son despotisme. Ses visites aux grands dignitaires et aux lords ne cessaient pas d’élre des pirateries à l’intérieur. Nous pourrions nous dispenser d’ajouter un trait de caractère à tous ceux que nous avons déjà cités touchant la cupidité d’Élisabeth, mais il est trop curieux pour le taire. « Sa Majesté, dit VVhyte « dans une lettre à Robert Sidney, jouit d’une santé parfaite « et se promène beaucoup. Jeudi dernier, elle dîna à kew, « chez milord chancelier (Pickering). La réception qu’il fit à « Sa Majesté fut très-coûteuse. Au moment où elle descendit « de cheval, il lui offrit un éventail tout garni de diamants, « dont la valeur est évaluée à quatre cents livres au moins. « Après dîner, lorsqu’elle se fût retirée dans sa chambre à « coucher, il lui offrit encore une robe et un jupon d’une « beauté remarquable, présents qui égayèrent extrêmement « Sa Majesté. Elle daigna de plus accepter dans l’excès de « sa condescendance de la main de Sa Seigneurie une cuiller, « une fourchette et une salière en agate. » Quelle aimable princesse! Sa bienveillance était redoutable, et par insinuation elle ne ravageait pas moins un château d’Angleterre que Drake et Hawkins ne dévalisaient par bravoure un galion de (bastille.
La cour d'Élisabeth avait toujours subi deux influences rivales : celle du grand favori et celle du grand ministre,
histoire d'éuisabeth d'Angleterre
Leicestcr et William Cecil. A la mort de Leicester (1588), le comte d’Essex hérita du parti de son beau-père et il sc trouva en face de l’autre parti, le parti de Burleigh. Walsingham disparu à son tour (1590), Essex proposa Davison, qui fut écarté, puis Thomas Bodlev, qui fut ajourné. Lord Burleigti, lui, s’arrangeait que la reine ne nommât personne secrétaire * à la place de Walsingham, ce grand homme d’Etat, et, pour ne pas la contrarier dans son inaction, il se chargea du ministère de son collègue, ne demandant que son fils Robert Cecil pour coopérateur. Cet expédient mécontenta le comte d’Essex, mais satisfit Élisabeth.
Kn 1595, cette situation provisoire durait encore. Les affaires allaient à merveille sous les deux Cecil, mais Robert aspirait à être secrétaire comme l’avait été Walsingham. Il souhaitait le titre de ses fonctions politiques. Cela semblait naturel. L’occasion de cet avènement officiel de Robert Cecil se présenta.
La reine signa cette nomination pendant que la flotte et un corps d’armée sous le double commandement de lord Charles Howard d’Eflingham, grand amiral, et du comte d’Essex, faisaient voile vers Cadix (juin 1596). Le plan était d’affaiblir l’Espagne en attaquant ses ports et en brûlant ses vaisseaux. Essex avait enfin surmonté les scrupules d’Élisabeth et fait triompher pour un temps la politique de la guerre, qui était la sienne, de la politique de la paix, qui était celle des Cecil et de la reine, « des deux renards du conseil et de Junon » , comme parte irrévérencieusement le comte.
Au fond, c’est lui qui avait raison. Élisabeth en inclinant vers la paix par économie et les Cecil en l’approuvant par ambition s’éloignaient de la grande pensée du règne, ménageaient l’Espagne, abandonnaient la France, la Hollande et livraient l’Angleterre qui, privée de ses alliés tour à tour vaincus, serait, elle aussi, la proie du tyran de l’Escurial. Le comte d’Essex au contraire, en frappant l’éternel ennemi, Phi-