LIVRE IX
lippe 11, par une guerre opiniâtre, le supprimait à la longue, sauvait Henri IV, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne elle— même. Tandis que les Burlcigh et la reine tendaient à désunir le faisceau des puissances protestantes, Essex aspirait à le resserrer. Non-seulement il était le plus généreux en cela, mais il était le plus sage. 11 est vrai que ces considérations étaient secondaires en lui. Son mobile le plus énergique était l’amour de la gloire. Le sentiment moral ne venait qu’a près. Quoiqu’il agît en patriote contre Philippe II, Essex n’était point un patriote, c’était, un héros et de tous les héros le plus orgueilleusement personnel, un héros anglais.
Il a gagné Elisabeth et fait reculer lord Burleigh, qui profitera de la conjoncture dans l’intérêt de sa famille. 11 est en pleine mer. 11 a joint les vingt-deux vaisseaux de la Hollande qui, avec les vaisseaux de la reine, montent à cent cinquante bâtiments. Ces bâtiments portent quatorze mille hommes. Le grand amiral Charles Howard d’Effingham est le maître des navires et des marins, Essex est le maître de l’armée. Seulement ils sont soumis l’un et l'autre à la majorité d’un conseil de guerre. Ce conseil se compose des deux commandants, de lord Thomas Howard, second fils du duc de Norfolk, de sir Walter Raleigh et de sir Francis Vère assistés par sir George Carrew et par sir Coniers Clillord. De tous ces hardis seigneurs, le plus impétueux, c’est Essex, le plus spécial, c’est Charles Howard, le plus inspiré, le plus universel, c’est Baleigh. Tous les autres sont dignes de ces premiers entre les premiers.
Le 20 juin 1590, la Hotte était devant Cadix dont la rade contenait cinquante-cinq vaisseaux, parmi lesquels il y en avait quinze de guerre. Le 2t , le feu commença. Le comte d’Essex lança de joie son chapeau à plumes dans les Ilots. Les Anglais forcèrent la rade, où le combat fut terrible. Il dura six heures. Deux des plus grands vaisseaux espagnols, le Sainl-Mathicu et le Sainl-André, avec un riche navire mar-
histoire d’Élisabeth d'angleterre
chand furent pris et mis en sûreté. Pour les autres, le duc de Medina-Sidonia offrit une rançon qui fut refusée. Il avait eu soin pendant l’action d’ordonner qu’on déchargeât les marchandises, ce qui avait été fait. Le duc, dont le nom est éclatant par des désastres comme d'autres noms le sont par des victoires, fit incendier sa Hotte de cinquante-deux navires. Cette ville des eaux brûlait, tandis que la ville de terre, Cadix, tremblait.
Le comte d’Essex marchait sur elle avec deux mille hommes et une élite de volontaires qu’il avait débarqués à Puntalès. Il fut reçu vigoureusement par la garnison, qui s’acharnait à défendre la porte attaquée par les Anglais. Il y eut un moment d’hésitation. Mais Essex, saisissant sa bannière, la jeta dans la ville, par-dessus la muraille, en s’écriant : « Je relèverai cette bannière ou je laisserai ici mes os. » Il s’avança alors d’un tel élan que tous le suivirent et que dans cette irruption Cadix fut emportée d’assaut. Le comte d’Essex retrouva sur la place du Marché le lord amiral qui arrivait par un autre chemin d’honneur. La vilSe fut frappée d’une contribution de cent vingt mille couronnes. Des marchandises innombrables passèrent aux mains des conquérants. Les fortifications de Cadix, la place la plus importante de l’Espagne, furent rasées. Du reste, le pillage fut interdit, le sang épargné; les vierges, les femmes, les enfants et les vieillards furent protégés efficacement. Tous les Anglais et particulièrement les chefs avaient fait leur devoir sur mer et sur terre. Le lord amiral s’était distingué en se ménageant, Walter Italeigh en s'effaçant, le comte d’Essex en se prodiguant et en s’étalant. Il désirait compléter cette glorieuse expédition, soit par une conquête de l’Andalousie,soit par l’occupation de l’île de Léon , où Cadix est située. Ces deux projets refoulés par le conseil de guerre, Essex souhaitait que la flotto anglaise allât du moins attendre aux Açores les galions qui ramenaient A Philippe II la moisson d’or de ses Amériques. Ce vœu fut encore trompé. Le conseil de guerre,