‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 140 sur 210 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

« chambre et en bonnet de nuit ; il y avait quatorze jours « qu’il y était enfermé. »

La reine ne résistait pas à ces absences dont elle souffrait. La mauvaise humeur d’Essex domptait jusqu’à l’orgueil d’Élisabeth. En cette circonstance, le comte employa une autre adresse. Il sembla s’éloigner de la belle Bridges, une des filles d’honneur de la reine. Il avait aimé deux fois cette charmante personne, dont Elisabeth avait été si jalouse, qu’elle l’avait battue et chassée. La froideur d’Essex pour cette rivale était tout ce qui pouvait le plus fléchir la reine. L'unanimité d’ailleurs de son conseil se joignant à ces raisons de palais, elle approuva l’expédition tant désirée par Essex. Le comte en fut nommé l’amiral et le général en chef. Walter Raleigh et Thomas Howard étaient ses lieutenants. Le comte de Southampton, son ami , brillait parmi les volontaires. Lord Mountjov (Blount) et sir Françis Vère étaient aussi aux côtés d’Essex, lorsqu’il entra à Plymouth, au commencement de juillet 1597. Il trouva une flotte de cent quarante voiles et une armée de huit mille hommes. Il quitta la rade le 5, mais la tempête l’y rejeta le 9, après quatre jours pendant lesquels ils fut vingt fois sur le point de sombrer. La flotte ne fut réparée qu’au bout d’un mois. Elle regagna la pleine mer, se dirigeant vers le chemin orageux des galions de Philippe 11, dans les parages des Açores. Raleigh, qui était un bien autre marin que le comte d’Essex, arriva le premier avec ses navires, et, par de soudaines manœuvres, sans attendre son chef, il conquit l’une des Açores, l’ile de Payai, malgré une résistance acharnée. Essex, furieux d’une gloire dans laquelle il n’avait aucune part, s’emporta contre Raleigh, qui n’était pas toujours patient, et cette animosité eût été bieji funeste, si lord Thomas Howard n’eût employé son grand tact à réconcilier Essex et Raleigh, comme Raleigh avait réconcilié Essex et Robert Cecil.

Ce qu’il y eut de triste, c’est que les galions du roi d’Espa-

histoire d’élisabeth d’angleterre

gne échappèrent aux croiseurs du comte d’Essex. Il ne s’empara que de trois navires marchands, faible indemnité des Irais de l’expédition. Il revint ulcéré à Plymouth, puis à la cour, où l’accueil de la reine fut acerbe. Elle blâma le comte d’avoir obéré le trésor, opprimé Raleigh, compromis les armes anglaises. Lui se retira à sa maison de Wanstead et s’y enferma dans une véhémente irritation. Ce qui mettait le comble à son ressentiment, c’est que Charles Iloward d’Eflingham, le grand amiral, avait été créé comte de Nottingham, titre qui lui donnait la préséance sur Essex et que l’on motivait dans les lettres patentes de sa promotion sur sa conduite magnanime à Cadix. Essex était donc deux fois blessé, puisque par là on attentait à sa gloire, tout en élevant son émule dans la hiérarchie aristocratique. Le favori ne se connaissait plus. 11 défia le lord amiral, son fils ou tout autre de sa famille. La reine eut toutes les condescendances. Elle proclama Essex sans reproche. Elle lui dépêcha Raleigh et les Cecil. Elle le fit comte maréchal, ce qui lui rendait la préséance sur le lord amiral. Tant de réparations apaisèrent Essex et il revint à la cour. Nottingham en partit indigné.

Le comte d’Essex s’avançait pas à pas dans une voie mauvaise. Il était sourd aux avertissements de François Racon et de lord Pickering. Il tentait Elisabeth. 11 jouait un jeu dangereux. C’était une grande témérité de contrarier cette fière Tudor et de chercher à usurper sur elle ce qui lui était plus cher que tout, plus cher que l’amour et que la vie : une partie de l’autorité. Il sonnera infailliblement une heure où elle sera intraitable.

La France, l’Irlande et l’Espagne troublaient Élisabeth. Henri IY avait hâte de^ sortir des guerres civiles. Il avait besoin de la paix pour ressusciter le royaume épuisé. Il lui fallait traiter avec l’Espagne; mais avant tout il lui fallait l’agrément de ses alliées les Provinces-Unies et l’Angleterre. Leur assentiment était presque impossible. Henri IV désirait

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