‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 141 sur 210 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

surtout celui d’Élisabeth, et c’est pour l’obtenir qu’il envoya comme ambassadeur auprès de cette princesse Hurault de Maisse, un négociateur accompli qui avait fait ses preuves au delà des Alpes, surtout dans ses missions à Venise.

Cette ambassade est racontée par de Maisse lui-même avec intérêt dans un manuscrit in-/j° déposé aux archives des affaires étrangères. Un tel manuscrit d’un tel homme est inestimable. 11 a été pour M. Prevost-Paradol l’occasion d’une excellente étude. Nous-même nous ne l’avons pas feuilleté sans fruit ; car il jette un jour nouveau sur les préliminaires de la paix de Vervins (22 avril 1598), sur Élisabeth, sur Henri IV et sur les deux cours soit de Fontainebleau, soit surtout de Greenwich.

Quels grands coups de pinceau de Maisse donne en passant et comme sans le vouloir! Tous les diplomates, du reste, s’entr’ aident et s'accordent pour reproduire cette ligure étrange de la reine-vierge.

Élisabeth était une bonne tête politique, mais sa coquetterie surannée la préoccupait autant et plus que les affaires d’État.

Il faut voir dans Hurault de Maisse, dans du Yair, dtins le maréchal de Biron, la furie de jeunesse et de beauté d’Élisabeth. Elle se disait sotte, laide et vieille, pour qu’on recommençât sans fin de prodigieux éloges sur son génie, sur sa grâce, sur sa fraîcheur inaltérable. Elle fut toujours inassouvie de plaisirs et de louanges.

Elle avait une robe fendue en manteau. Son sein flétri, plâtré comme son visage, apparaissait tout entier, et, si sa robe se refermait un peu, elle ne manquait pas d’en rejeter les plis à droite et à gauche. Son geste le plus fréquent était de mettre à nu sa poitrine. La vierge royale frappait de dégoût les ambassadeurs comme une courtisane sexagénaire. Ils sont* unanimes.

Ses costumes étaient innombrables; elle en laissa trois mille à sa mort. Elle se surchargeait de diamants. Elle portait au

histoire d'Élisabeth d'angletkrhe

co! un « carcan » fort large afin de cacher ses rides. Il lui arrivait assez souvent de se coiffer avec une perruque rouge enguirlandée de perles.

Los ambassadeurs parlent tour à tour des bagues à tous les , doigts de la reine, de ses carcans aux, deux bras aussi bien qu’au col, de ses bijoux non moins nombreux que ceux d’un joaillier. Aucun n’est plus explicite que de Maisse : « Sa robe (la robe d’Élisabeth), échancrée fort bas, était ouverte devant aussi bien que sa chemise, tellement que lui voyait-on jusqu’au nombril... Klle a cette façon, qu’en rehaussant la teste elle met les deux mains à sa robe et l’entr’ ouvre tellement qu’on lui voit toute la gorge (Journal 256, 279). »

Ces citations qui paraissent incroyables sont cependant fort exactes. Tout le monde peut les lire çà et là, comme je l’ai fait moi-même dans le manuscrit des affaires étrangères.

llurault de Maisse échoua et devait échouer dans l’impossible. line réussit qu’à des ajournements. Avant de rentrer en France le 19 janvier 1598, il écrivit au roi son maître une lettre qui explique bien sa mission et la situation politique de l’Europe.

« Je n’ai pas dû forcer la reine, dit-il, à se prononcer malgré elle ; » puis il ajoute : « La nécessité porte Votre Majesté à la paix; la crainte et la défiance conduisent les Etats (les Provinces-linies) à la guerre ; et la reine ne désire ni l’une ni l’autre, mais elle veut voir ses voisins embrouillés et cependant faire ses affaires. Sur ces trois fondements si divers, je ne sais quel édifice on pourra bâtir. »

Henri IV était décidé. C’était sa fatalité de signer cette paix; c’était son malheur, en la signant, de découvrir ses alliées, l’Angleterre et la Hollande. Henri ne les attira pas dans un même dessein que lui. Les intérêts étaient trop divers. La Hollande ne pouvait traiter avec Philippe, qui ne la reconnaissait pas comme libre, mais comme sujette, et l’Angleterre ne pouvait abandonner la Hollande; car c’eût été

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