LIVRE X
Egerton s’informa de la cause de ce rassemblement, t Ce sont mes amis qui sont venus me défendre, répondit Essex. Car vous n’ignorez pas qu’il y a un complot contre ma vie. — Si cela est, répliqua Egerton, exprimez vos griefs au conseil, et je vous promets qu’il vous sera fait justice. » A ces mots, des cris partent des groupes. * Milord Essex, c’est un piège. — Le temps passe. — A la Tamise le grand sceau. — En avant, en avant ! » Egerton, se couvrant, ordonna, au nom de la reine, à toute cette chevalerie de se disperser et de ne pas servir une sédition. Essex entraîna ces négociateurs inopportuns dans une chambre de son hôtel où ils furent gardés prisonniers. Le comte reparut alors, enjamba son cheval, et, l’épée nue au poing, il s’élança dans la rue à la tête de ses cent gentilshommes que rejoignirent le comte de Bedford, lord Cromwell et plus de deux cents autres clients tout bardés de fer. Essex criait : « Pour la reine et pour ma vie ! » 11 disait à ceux qu’il rencontrait : « Armez-vous, bon peuple, et venez avec moi. » Mais personne ou presque personne n’obéissait. Lecomte chevauchait dans Londres comme dans un désert. 11 eut bientôt la sensation douloureuse de son isolement. A Ludgate il eut besoin d’affirmer que cette levée de boucliers n’était que contre lord Cobham et Walter Raleigh. Sans ce serment de sa part, le poste militaire lui aurait barré le chemin. Le comte soucieux se dirigea vers la Croix de Saint-Paul, où il se flattait de trouver un prédicateur et une multitude. Il n’y avait ni prêtre, ni sermon, ni foule. Essex erra quatre heures dans Londres dont il ne parvint pas à échauffer la froideur. Smith lui-même, le sheriff qui devait rassembler douze cents miliciens, Smith regarda déboucher d’une lucarne de sa maison le comte et son escorte; mais loin de l’attendre ou de le prévenir, il sortit par une petite poterne et courut se mettre à la disposition du lord-maire. Ce magistrat, que le comte d' Essex croyait entraîner avec les aldermen et le peuple dans le courant de ses desseins, avait fait fermer les portes et doubler la garde
histoire d’élisabeth d'angleterre
de la cité. Les avenues du palais de la reine avaient été encombrées de charrettes renversées par la prévoyance du comte de Nottingham, le lord amiral. 11 avait envoyé dans tous les quartiers plusieurs lords, entre autres, lord Burleigh, le frère aîné de Robert Cecil, le comte de Cumberland et sir Thomas Gérard, chacun accompagné d’un héraut, afin de proclamer Essex traître. Une récompense de six mille livres était assurée à ceux qui arrêteraient le comte et une grâce prompte à ceux qui déserteraient sa cause. Essex sortait de la maison sans maître de Smith, lorsqu’il apprit cette tactique du gouvernement. Il marcha droit à lord Burleigh, qui n’étant pas en force se retira devant le comte. Ludgate, un poste triplé, était en bataille. Essex le chargea vaillamment et eut un de ses hommes tué. Christophe Blount tua de son côté un officier du poste, Waite, un ancien sieaire du comte de Leicester. Mais Blount fut blessé et pris.
Essex était désenchanté. Sa troupe fondait. Beaucoup s’étaient esquivés. Le comte n’avait plus que le tiers de ses gentilshommes, cent à peine. Il eût été stupide de s’acharner sur le poste de Ludgate. Essex se détourna ; il fut empêché de nouveau par un autre poste et par une chaîne tendue à l’entrée d’une rue qui aboutissait à son hôtel. Il tourna encore cet obstacle, rebroussa vers la Tamise, se jeta avec les siens dans plusieurs barques et regagna par eau Essex-Ilouse. Il pensait à ses prisonniers Egerton, Worcester, Knollys, comme à des otages, mais ils avaient été délivrés par sir Ferdinand Gorges qui les avait conduits jusqu’à White-Hall dans une égoïste espérance de salut pour lui. Essex, sans perdre de temps, barricada son hôtel. Lui, qui avait résolu d’attaquer la reine dans son palais, c’est lui qui se défendait dans sa propre maison. Le comte de Nottingham l’investissait avec des soldats et des matelots. Essex ne pouvait que se rendre ou mourir. Sir Robert Sidney eut une conférence avec le malheureux comte. Cette conférence eut lieu dans les jardins de