‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 152 sur 210 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

l’hôtel où Sidney avait été reçu en plénipotentiaire de Charles Howard, comte de Noltingham, le lord amiral, le héros qui avait été assisté de Drake contre V Armada et qui avait aidé Esscx contre Cadix. Sidney parla du parc, Essex et Southampton parlèrent d’un des balcons. 11 était environ quatre heures. Toute capitulation était interdite au comte ; un délai pour la retraite des femmes fut seulement accordé jusqu’à six heures du soir. Alors les canons de la Tour étaient arrivés. Le comte de Noltingham fit une dernière sommation. Il y eut une anxiété. Les arquebusades éclataient déjà. Lord Sands, le plus vieux des amis d’ Essex, lui dit : * Faisons une trouée à travers les troupes de la reine. Pour des hommes de notre sorte, mieux vaut périr de l’épée que de la hache. » Essex se taisait. Arden Salisbury, interprétant ce silence et ne voulant pas survivre, courut tête nue à une fenêtre où il fut frappé mortellement. Essex, après une perplexité, consentit enfin à se rendre, soit qu’il ne voulût pas faire écharper ses compagnons, soit que son espérance en la reine ne fût pas éteinte. II stipula qu’on traiterait courtoisement lui et ses amis, qu’on les jugerait selon la loi et que de plus il emmènerait dans sa prison le théologien de sa confiance, le révérend Ashton. Ces conditions ne pouvaient pas être refusées. Le lord amiral y souscrivit. Ce même jour (8 février 1G01), il fit conduire les comtes d’Essex et de Southampton au palais de Lambeth, où ils passèrent la nuit avec leurs principaux complices. Le lendemain, ils étaient tous écroués à la Tour.

Bacon n’alla pas visiter Essex captif. Plus courtisan qu'ami, le premier des philosophes de l’Angleterre fut en cette circonstance le dernier des hommes. Ce qui ajoute, selon moi, à sa honte, c’est l’hypocrisie de scs sophismes. « 11 voulait, disaitil, n’être pas suspect de trop d’affection, afin d’intervenir plus utilement auprès de la reine.* » Balbutiement d’un faible cœur qui a la conscience de sa trahison et qui n’a pas le courage de sa lâcheté !

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Élisabeth avait été admirable d’intrépidité durant toute cette journée du 8 février. Ferme dans le sentiment de son droit et dans l’auréole de sa majesté, elle s’était montrée plus résolue qu’aucun de ses ministres, aussi brave que le grand amiral. Elle avait dit à deux reprises : « Si cela continue, je monterai à cheval et je jure Dieu que ces extravagants fuiront devant mon visage comme un troupeau de daims. » Mais l’intervention militaire de la reine ne fut pas nécessaire.

Les comtes d’Essex et de Southampton furent traduits, le 19 février, devant un tribunal composé de vingt-six pairs. C’étaient les comtes de Nottingham, d’Oxford, de Shrewsbury, de Derby, de Worccster, de Cumberland, de Lincoln, de Sussex et do Hartford; le vicomte Blindon; les lords Delawarc, Hunsdon, Cobham, Morley, Grey, Stafford, Lumlev, Rich, Windsor, Chandos, Darcy, de Bletso, Compton, Burleigh et Howard de Walden. Lord Buckhurst les présidait. La faculté de récusation fut déniée à Essex. Le flagrant délit de haute trahison était évident. Les accusés l’atténuèrent. Essex déclara qu’il ne s’était pas armé contre la reine, mais seulement contre Robert Cecil, Raleigh et Cobham, scs ennemis. 11 outragea ce dernier lord. Il fut très-fier et très-dédaigneux. Il irrita les juges. Le comte de Southampton les toucha. Ce n’était pas sa querelle; c’était celle d'Essex. Lui et les autres avaient été les conjurés, non de la sédition, mais de l’amitié, comme autrefois les compagnons de Babington avaient suivi leur chef par dévouement à sa personne bien plus que par révolte contre Élisabeth. Dans tous les cas, même pour Essex, le complot n’allait pas jusqu’au meurtre de la reine. Sir Édouard Coke, Velverton et François Bacon soutinrent que les accusés n’auraient pas seulement déposé Élisabeth, s’ils eussent vaincu, mais qu’ils l’auraient immolée. Essex protesta contre cette imputation calomnieuse, et* d’un accent ému il reprocha à Bacon de manquer à l’amitié autant qu’à la vérité. La question de la culpabilité des comtes ayant été posée criminelle-

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