‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 17 sur 210 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Avènement d'Élisabeth. — Le cardinal Polus ne survit que pou d’heures à Marie Tudor. — Portrait d'Élisabeth à vingt-cinq ans. — Ses munificences à sa famille. — Ses longues préparations au trône. — William Cecil. — Rolicrt Dudley. — Le ministre et le favori il Hatfleld. — Leurs portraits.

— Entrée de la reine à Londres et à la Tour. — Élisabeth se concerte avec Burleigh. — Sa politique. — Couronnement de la reine, le 15 janvier 1550. — La Bible. — La Chambre des Communes provoque au mariage Élisabeth. — Elle maintient son libre arbitre. — Le Parlement confirme le testament de Henri VIII et la royauté d'Élisabeth. — Le protestantisme est décrété. — Le culte anglican. — Élisabeth joint à sa couronne la tiare. — Renaissance. — Réforme. — Parker, primat de l'anglicanisme. — Son portrait. — Absolutisme de la reine comme pape.

— Elle refuse les prétendants. — Sa lutte avec Marie Stuart en France et en Écosse. — Séjour d'Élisabeth dans ses châteaux.

Le cardinal Polus mourut de la mort de la reine. L’évèque de Londres lui en ayant porté la nouvelle, Polus saisit son crucifix, le baisa tendrement et .s’écria : « Domine, salva nos, j :erimus ! Salvator mundi, salva Ecclesiam tuam! Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ! Sauveur du monde, sauvez votre Eglise! » Quinze heures après, le cardinal n’était plus. Il prophétisa dans son agonie qu’ Élisabeth rétablirait le protestantisme. Il ne se trompait pas. Polus était fait pour les lettres, pour la religion et pour l’amitié. Il avait le front grand, le nez droit, les yeux étincelants, la bouche mordante et vibrante, les joues colorées, les cheveux rares. Quand il ne tonnait pas, son accent s’insinuait. Il était très-savant et très-fin. Son érudition était d’un humaniste, sa pénétration d’un prêtre, sa grâce d’un prince. Il eut un ami, Jean Priuli de Venise. Leur union n’eut jamais un nuage. Jules III ayant proposé la

barrette à Priuli : — Je demande à Votre Sainteté la permission de refuser, répondit le gentiiliomme vénitien, car si j’acceptais cette haute faveur, je serais forcé de quitter mon ami Polus dont je ne me suis pas séparé un jour depuis vingt-six ans. » Héritier du cardinal Polus, Priuli distribua les immenses biens à la famille du testateur et aux pauvres, ne gardant qu’un crucifix de cristal, celui que Polus suspendait toujours a son cou. Le cardinal, avant de rendre le dernier soupir, dit à Priuli : — Soyez béni, vous par qui même la terre d’exil m’a été douce.

Polus, cet adversaire de Henri VIII, n’était pas implacable de cœur comme ses proches parents, les Tudors. 11 eut la joie de replanter le catholicisme dans ce sol d’où il avait été déraciné, mais cette joie se tourna en amertume à ses moments suprêmes. 11 eut une prévision sinistre, c’est que son île allait redevenir hérétique. Il avait toléré trop de meurtres. Légat du pape, cousin de la reine Marie, il est un peu responsable des exécutions qu’il aurait dû tenter du moins d’empêcher.

Le trépas de Marie Tudor entraîna donc celui du cardinal Polus et consterna les catholiques. Cette reine d’une bigoterie espagnole et , italienne fut pleurée de tout ce qui se rattachait au passé et à l’Église de Rome; la princesse Élisabeth, au contraire, fut acclamée de tout ce qui était dévoué au protestantisme et au progrès. L’Angleterre presque unanime était du parti de l’avenir. Il parut bien alors qu’ Élisabeth personnifiait ce grand parti. La reine Marieétant morte, le 17 novembre 1558, à midi et quelques minutes, — les communes furent immédiatement appelées à la barre de la Chambre des lords. Dès qu’ elles eurent pris place, Heath, évêque d’Ely et lord chancelier, annonça officiellement au parlement tout entier le changement de règne. Il y eut d’abord un silence durant lequel les députés pensèrent sans doute à la bâtardise légale d’Élisabeth, à la légitimité de Marie Stuart reine d’Écosse et de Françoise duchesse de Sull'olk, issues des deux sœurs de

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