LIVRE XII
et le Novum Organum, furent achevées. Tout le génie de Bacon est là.
Il montre dans l' Avancement des sciences les découvertes faites par l’humanité et il devine celles qui se feront; il touche à ce qui a été et à ce qui n’est pas encore. Il raconte le passé, il pressent l’avenir.
Il va plus loin. Il expose dans son Novum Organum une méthode nouvelle. Il s’oriente et il oriente l'esprit humain dans cette immense végétation de choses et d’expériences qu’il indique et qu’il appelle Sylva sylvarum, la forêt des forêts, la pépinière des pépinières. Le Novum Organum est une logique, la logique de l 'induction destinée à remplacer la logique du syllogisme. Bacon passe ainsi majestueusement du moyen âge au inonde moderne dont il colore et illumine toutes les perspectives. 11 n’est plus le dialecticien des traditions, il est l’interprète de la nature, de l’àme et des idées. Il est un régénérateur. Il reflète Archimède et toute l’antiquité, il soupçonne, il devance Newton et les temps futurs. Il est le Janus de la science.
Voilà ce qu’il est avec la Grande Instauration, Instauratio magna, un édifice inachevé cependant, car cette Grande Instauration , outre l'Avancement des sciences imprimé en anglais (1605), traduit en latin avec développements sous ce titre : de Üignilate et Augmenlis scientiarum (1623), ne comprend que le Novum Organum. Ces deux livres sont toute la Grande Instauration, et certes c’est assez.
Non pas que Bacon ait détruit par l'induction le syllogisme. Syllogisme et induction sont deux formes de l’esprit humain que Descartes et Leibnitz appliqueront magnifiquement et qui appartiennent plutôt à la philosophie éternelle qu'aux philosophes passagers. Le syllogisme et l’induction, que ces philosophes emploient tour à tour, sont en effet, nous le répétons, des moules de l’esprit dont aucun ne peut être exclu parce quç tous deux sont indispensables, étant de main divine. L’es-
histoire d’Élisabeth d' Angleterre
prit qui les contient est à plus forte raison de main divine aussi. Il est antérieur et supérieur à l’une et à l’autre méthode par l’aperception des lois de causalité et de substance, lois primordiales et préexistantes en nous, alors même quelles sont suscitées par des phénomènes hors de nous. Ni l’induction, ni le syllogisme ne périront. Ce n’est pas trop de toutes les méthodes pour l’humanité qui procède à ses découvertes comme Newton aux siennes, « en y pensant toujours » , et qui est pénétrée instinctivement de l’axiome de Leibnitz : « 11 n’est pas nécessaire de vivre, mais il est nécessaire de penser. »
Le syllogisme et l’induction, étant deux logiques correspondantes à l’intelligence, ne peuvent être abolies l’une par l’autre. Elles se rejoignent dans leurs évolutions, et le syllogisme, qui conclut du général au particulier, est l’induction retournée, l’inverse de l’induction, laquelle conclut du particulier au général.
Voici un syllogisme : ■ — Les oiseaux sont mortels; or l’aigle est un oiseau ; donc il est mortel. Et voici une induction : — L’aigle, le vautour, le cygne sont mortels; or ils sont des oiseaux ; donc les oiseaux sont mortels.
Je n’appuie pas.
Jusqu’à nos jours, les hommages ont monté de plus en plus vers Bacon.
Reid a dit : « Après que les hommes eurent travaillé à la « recherche de la vérité pendant deux mille ans avec l’aide « du syllogisme, lord Bacon proposa la méthode de l'induc- « tion comme un instrument plus puissant. Son Movum Orga- « ntim peut être considéré comme une seconde grande ère « dans le progrès de la raison humaine. »
Royer-Collard a dit : « La logique du raisonnement inductif « a été créée par Bacon dans son Novum Organum. »
Laplace a dit : « En insistant avec toute la force de la rai- « son et de l’éloquence sur la nécessité d’abandonner les sub-