LIVRE XII
« tilités insignifiantes de l’école pour se livrer aux opérations « et aux expériences, et en indiquant la vraie méthode de « s’élever aux causes générales des phénomènes, le chance- « lier Bacon a contribué aùx progrès immenses que l’esprit « humain a faits dans le beau siècle de ce grand philosophe.!
Voilà des témoignages. Il y en a bien d’autres. Mais il est de mode à celte heure de disputer à Bacon les découvertes et même son invention la plus assurée : celle de V induction. Au lieu de chicaner le génie, avouons du moins que si Bacon n’a pas combiné assez psychologiquement l’induction, il en a fait une habitude universelle, un torrent à mille bras, un débordement de courants et d'applications. S’il a négligé parfois le principe de l’induction, se contentant de la prendre comme une évidence, combien ne l’ a-t-il pas mise en œuvre, de telle sorte que d’une méthode il a dégagé une révolution. Là est son immortelle originalité.
Et quelle langue n’a-t-il pas trouvée pour mieux propager la méthode! C’est le premier prosateur de l’Angleterre. Quelle richesse d’images, de tours et d’idées! Tout ce qu’il touche devient or pur. Veut-il prouver l’inanité des causes finales dont il n’est pas le partisan comme le fut plus tard Newton, il dira : « La recherche des causes finales ne produit rien ; c’est une vierge consacrée à Dieu, elle demeure stérile. » Newton l’a fécondée. Non moins heureux dans l’expression d’une vérité que Bacon dans l’expression d’un paradoxe, Newton dira : « Qui retient les étoiles fixes et les empêche de tomber les unes sur les autres? Comment est-il arrivé que les corps des animaux vivants fussent formés avec tant d’art, et pour quelles fins leurs diverses parties ont-elles été faites? L’œil a-t-il été construit sans aucune science de l’optique et l’oreille sans aucune connaissance des sons?... Toutes ces choses étant si parfaitement opérées, ne paraît-il pas d’après les phénomènes qu’il existe un Dieu immatériel?... » Newton mène ainsi des effets aux causes « jusqu’à la première de toutes les causes,
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qui certainement n’est point mécanique... » Sa conclusion est celle-ci : « L’univers approprié à la variété des temps et des lieux n’a pu tirer son origine que d’un être primitif ayant des idées et une volonté. » La démonstration des causes finales n’a pas été moins sympathique à Leibnitz qu’à Newton.
Vaincu par eux en raison. Bacon n’est pas vaincu par eux en style. Personne ne sait mieux dire, personne ne lui est supérieur comme écrivain. La comparaison que lui suggèrent les causes finales n’est qu’une de celles qu’il prodigue sans compter avec lui-même ou avec les autres.
Voudra-t-il nous prémunir contre notre facilité à nous passer des faits et des solides études, il dira : « Ce ne sont pas des plumes, mais des plombs qu’il faut attacher à l’esprit humain. » Voudra-t-il convaincre que l’observation ordinaire et futile qui se contente de petits hasards est insuffisante, il dira :
« L’histoire naturelle doit porter la lumière dans la science des causes et ne se point arrêter à des détails curieux que la nature jette sur nos. pas, comme les fruits d’Atalante, pour hetarder notre course. »
Tel est Bacon. 11 a été surpassé comme inventeur, égalé comme penseur; comme écrivain, il est peut-être le premier parmi les premiers.
Le courtisan abject dans l’ordre du gouvernement est un sublime révolutionnaire dans l’ordre des idées et des sciences. Il dédaigne les routes battues, il ouvre des routes nouvelles. Sa résolution est inébranlable. Il aspire à des destinées meilleures pour le genre humain. Il déploie un cœur de héros. Bacon est le héros des innovations. Il se hasarde sur l’océan de l’inconnu, brave les flots et les tempêtes, s’éloigne du moyen âge et navigue entre mille dangers doublés de mille fantômes vers un monde ignoré de tous, deviné de lui seul. Est-il donc étrange qu’il se soit comparé à Colomb? C’est le Colomb de h philosophie.
Cet absolutiste en politique est très-libéral en métaphysique.