‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 181 sur 210 · LIVRE Xll · texte numérisé non relu

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aux perspectives ses mirages, non moins que la durée. C’est au milieu de ce ciel pur de sa fortune qu’un orage sinistre se forma.

Le parlement de 1621 s’étant réuni, le 30 janvier, ce fut Bacon qui ouvrit la session par un discours absolutiste dans le goût du roi. Le chancelier ne reconnaissait aux deux chambres que le droit de conseiller et d’adhérer. Cette prétention de la couronne irrita le parlement. 11 s’inquiéta des abus, et il résolut de les extirper, fût-ce même par l’exercice d’un pouvoir que le chancelier avait passé sous silence, le pouvoir d’accuser et déjuger, soit les ministres, soit les hauts fonctionnaires prévaricateurs.

Un comité des recherches fut institué par les communes. Ce comité signala des vexations et des rapines innombrables. Il y avait principalement trois privilèges qui accordaient aux titulaires la faculté exclusive d’autoriser, soit les tavernes à bière, soit les hôtelleries et auberges de ville et de campagne, soit les fabriques du galon d’or et d’argent. Pour suffire aux extorsions des patentés, les cabaretiers et les manufacturiers, volés eux-mêmes, étaient obligés de frelater par des ingrédients nuisibles la bière du peuple et de substituer dans les galons les trois quarts de cuivre à l'or et à l’argent.

Ces monopoles odieux furent dénoncés comme des attentats publics. Or les patentés étaient sir Cil Mompesson et sir Francis Michell, auxquels s’était associé Édouard Villicrs, frère de Buckingham. Le favori, compromis lui-même, fit partir son frère qu’il chargea d’une mission diplomatique au delà du détroit.

Les deux complices d’Édouard Villiers furent seuls poursuivis. Buckingham fut soupçonné, le chancelier presque incriminé. Bacon, en effet, avait apposé le sceau de l’État aux monopoles, et il en retirait un bénéfice, à l’exemple de Buckingham.

Sir Gil Mompesson et sir Francis Michell furent condamnés

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à une prison perpétuelle et déclarés infâmes en même temps que dépouillés du titre dé chevalier. Édouard Villiers se cacha dans son nuage diplomatique, et Buckingham sous la pourpre du manteau royal. Restait Bacon, autour duquel s’amoncelaient des culpabilités si nombreuses, que la chambre des communes, sur les conclusions de sir Robert Philips, déféra la cause du chancelier à la chambre haute. Il était accusé de corruption. Coke, le plus grand jurisconsulte d’Angleterre, l’ennemi implacable de Bacon, pressait, envenimait la procédure. 11 n’avait qu’un trait de plume, qu’un éclat de voix : t Le chancelier est coupable. » Chaque jour un fait surgissait. Des griefs renaissants s’accumulaient et sc précipitaient en avalanches. Du 17 au 2 h mars, l’affaire avait démesurément empiré.

Le chancelier fut surpris, dépassé, foudroyé. 11 écrivit le 25 mars à Buckingham :

« Milord, le jour d’hier ne fut pas un jour pour moi. J’at- « tends des nouvelles de vous qui êtes mon ancre sur cette « mer agitée. Cependant, pour tranquilliser mon cœur, j’écris « à Sa Majesté. Fasse le ciel que Votre Seigneurie soit con- « stamment heureuse !

« François Saint-Alban,

« Chancelier. »

Un mois s’écoula. Bacon vécut, pendant ces longues heures, dans des tortures sans nom. 11 sollicitait tour â tour, soit directement, soit indirectement, le favori, le roi, les lords, les députés des communes. Il essaya même, par l’intervention de Jacques 1", d’adoucir la rage de Coke, un légiste supérieur qui croyait s’obstiner sur Bacon par justice et qui s’acharnait par envie.

Jacques était fort embarrassé. Il aimait Bacon, un Platon et un Aristote pour son régne; oui, Jacques s’intéressait à son

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