LIVRE XII
de quarante mille livres sterling. Bacon le remercia, lui promettant, pour s’acquitter, d’écrire l’histoire de Henri VII. Il tint parole et demanda au roi de nouvelles subventions. « Ne souffrez pas, lui écrivait-il, qu’ après avoir porté
* les sceaux de l’État, je porte la besace, et que j’étudie pour « vivre, moi qui ne souhaite de vivre que pour étudier. * Jacques le combla d’autres grâces. Il lui ouvrit les faubourgs de Londres et Londres même. Enfin Bacon sollicita une dernière faveur : l’abolition de la sentence qui consternait sa vieillesse. Il écrivit au roi, le 30 juillet 1624 :
« Très-gracieux et très-vénéré souverain, avant d’adresser « cette supplique à Votre Majesté, je prends Dieu à témoin « du fond de mon cœur que je n’ai rien de plus cher que « votre service, votre satisfaction et votre renommée. Si je « mens, qu’il me désavoue; mais si je dis la vérité, puissc- « t-il toucher Votre Majesté et me faire obtenir ce que « je désire. -
« Je me prosterne à vos pieds, moi, votre vieux serviteur, « âgé de soixante-quatre ans et blanchi par trois ans et cinq
* mois d’opprobre. Je ne demande à Votre Majesté ni se- « cours, ni place; je lui demande seulement, après une si « longue attente, la remise pleine et entière de la sentence
* de la chambre haute, afin que la tache d’ignominie qui « s’étend sur moi soit effacée, que ma mémoire arrive pure à
* la postérité, et que je ne meure pas comme un condamné, « mais que je sois pour Votre Majesté, comme je le suis pour « Dieu, une créature nouvelle...
« Je sais quel est le cœur de Votre Majesté. Milord Buc- « kingham ne cesse de me dire que vous êtes le plus humain « des monarques, et je n’oublie pas que l’un des attributs de « Dieu est d’aimer toujours ce qu’il a une fois aimé; vous « ouvrirez donc sur moi les sources de votre clémence. Laissez « à cette clémence son cours naturel, pour que, soit que je
394 HISTOIRE D’ ÉLISABETH ü’ ANGLETERRE
« vive, soit que je meure, la bonté du roi Jacques soit em-
* preinte dans ma poitrine et que ses louanges soient sur mes « lèvres. En admettant ma très-humble requête, faites que « je puisse encore vivre content une année ou deux. Un refus « me serait mortel. Toutefois ce qui mourra le dernier en « moi, c’est mon affection pour Votre Majesté.
« Fr: Saint-Alban. »
Sous l’impression de cette lettre appuyée vivement par le prince de Galles et par Buckingham, le roi dicta le warrant de grâce :
« A Thomas Coventry, notre attorney général.
« Considérant que notre très-fidèle et bien-aimé cousin, le « vicomte de Saint-Alban, par suite de la sentence rendue en « la chambre haute du parlement, a, depuis trois ans et plus, « éprouvé la perte de sa place, subi la prison et supporté une
• longue proscription, punitions suffisantes, nous toujours « disposé à tempérer la justice par la miséricorde, rappelant « à notre esprit les premiers services du noble vicomte et la « manière utile dont il a employé son temps pendant son ban- « nissement, jugeons à propos d’effacer la tache d'ignominie « qui demeure encore sur lui, le relevons de toute incapacité « et impuissance et lui faisons remise pleine et entière de « toutes peines quelconques contre lui prononcées, desquelles « nous avions déjà retranché l’amende et l’exil.
« En conséquence, les présentes sont pour vous ordonner « de soumettre à notre signature un bill de pardon, et vous « vaudront une autorisation nécessaire. »
Il n’est pas certain que Bacon soit jamais parvenu à se faire expédier ses lettres de grâce. Néanmoins ce warrant le pénétra d’une grande joie. Il fut transporté d’aise, et son génie
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